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chevaux-vapeur

tion des industries plus élémentaires dont les métaux sont Tobjet. Les grandes villes, les ports de commerce, les ports de guerre où les constructions navales sont actives, absorbent aussi une bonne proportion des forces que produisent les machines.

Mais il y a des progrès à faire. D*une part, chaque année apporte des découvertes scientifiques grâce auxquelles Tindustrie devient capable d'utiliser plus sainement, plus économiquement la matière. De Tautre, il est des forces dont remploi est encore rudimen taire. Cette prodigalité actuelle des trésors houillers n a-t-elle pas fait oublier les énergies naturelles de nos torrents et de nos rivières? Les chutes d'eau, les courants fluviaux et ceux de Tair, voilà de bien précieux auxiliaires dont les services peuvent aujourd'hui se prêter à distance, se transmettre, se distiibuer. Enfin, Télectricité ne donne- t-elle pas déjà son contingent de force sous forme de mouvement ou de lumière? Tout progrès qui compensera, si peu que ce soit, la médiocrité de nos houillères devra être accueilli avec une satisfaction patriotique.

Dans son état actuel, la force motrice est répartie de la manière suivante :

l'' Les centres métallurgiques les plus voisins des bassins houillers. et qui, pour la même raison, sont devenus des centres d'autres industries, de la filature et du tissage en particulier, et puis des industries chimiques, en détiennent la majeure partie. Le premier ran|^ appartient sans contredit au groupe du Nordj qui comprend non seulement le département de ce nom, mais la vaste région qu'il contribue à alimenter de ses houilles et de ses machines, c'est-à-dire la Flandre, V Artois, la Picardie, une partie de la Normandie^ de Vlle^e-France et de la Champagne (i).

2^ L'activité est remarquable ensuite dans les régions houillères du Massif Central et de ses dépendances. Il suffit de nommer les départements de Saône-et' Loire, de la Loire, du Rhône, de la Nièvre et de V Allier, Là aussi les industries qui ont le plus besoin de force, métallurgie, filature, tissage, se sont groupées dans le voisinage des gttes de combustible minéral. Le Gard se rattache aussi à cette catégorie (2).

3® Avant la guerre de 1870-71, nous avions en Alsace un des centres les plus importants de force industrielle. Et cette riche province avait su tirer, depuis plusieurs siècles, un excellent parti des énergies naturelles.

(I) Force motrice dans la région du Nord en 1893:

Département du Nord 141 .000 chevaux-vapeur.

— du Pas-de-Calais 66.000 —

— de la Seine 89.600 —

— de la Seine-lnrérieure. 48.000 —

()) Force motrice dans la région du Centre en 1893 :

Loire 55.000 chevaux-vapeur.

Saône-ct-Loire 42. 000 —

Allier 12.700 —

Gard 14.000 —

Nulle part au inonde on n'a mieux aménagé les chutes d'eau, établi des moulins, discipliné les ressources de la montagne. Aujourd'hui le déparlement des Vosges offre le même spectacle, et Bdfort a recueilli une partie de Théritage de TAlsace perdue. Les industries de Lorraine réclament beaucoup moins de force ; la métallurgie s*y applique surtout à la production brute des métaux et aux travaux assez rudimentaires de forge et de fonte, ce qui n'exige pas de grands moyens mécaniques (1).

On se tromperait en bornant à cette nomenclature localisée des forces iixes l'étude de la répartition des machines en France. Nos voies ferrées, nos voies navigables, nos ports , les Océans que sillonnent les navires sous le pavillon français, sont autant de théâtres de l'énergie industrielle de notre pays. Et ces forces mobiles peuventencore dans une certaine mesure être considérées suivant les lois de la distribution géographique. Quelle usine gigantesque qu'un port comme Marseille, avec sa flotte dont les navires disposent de plus de 270,000 chevaux !

Tout cela n'est rien encore en comparaison des 10,700 locomotives qui sillonnent notre réseau de voies ferrées et représentent 3,953,000 chevaux-vapeur. Le total des forces disponibles des machines françaises à vapeur, machines d'industries, machines des navires de guerre et de commerce, locomotives, est d'environ 9 millions et demi de • chevaux. L'Angleterre en possède le double, les États-Unis d'Amérique plus encore, l'empire d'Allemagne une quantité analogue. En outre, toutes proportions gardées, la Belgique nous est supérieure.

Fabrication des machines, ontils et instraments divers. — A vrai dire, pour étudier en véritable géographe la distribution des fabriques de machines, d*outils et ustensiles divers, il faudrait déjà connaître tout l'ensemble du commerce français et des industries autres que la métallurgie. Etroème, en procédant ainsi, on empiéterait sur le domaine de l'économie politique. Toutefois on peut s'en tenir à une classification mixte qui laissera voir à la fois la part de la nature et celle de l'homme dans la répartition et le développement des industries mécaniques.

il est nécessaire, en outre, de remarquer que plusieurs conditions absolument étrangères à la géographie — conditions historiques, d'habilelé de main-d'œuvre et autres — ont souvent contribué à maintenir des centres de fabrication dans des régions où ni la proximité de la matière première, ni même celle de la force motrice ne pouvaient les attirer.

Tout d'abord, l'agriculture, qui occupe chez nous la plus grande place dans la vie économique, devait être appelée à profiter de la transformalion contemporaine, qui consiste à remplacer le plus possible la force humaine par celle des machines.

Un bon nombre des machines agricoles est encore de construction

(1) Force motrice dans la région de TEst en 1893 :

Meurthe-et-Moselle... 44.000 chevaux-vapeur. Vosges 36.000 —

assez simple, aussi la fabrication au détail chez les petits artisans des campagnes conserve de Timportance. L'industrie des machines agricoles n'a produit un groupement de forces et de population considérable que dans les zones de culture intense, dans le Nord, où les perfectionnements delà mécanique et de la chimie ont été accueillis avec le plus d'empressement parles agriculteurs; Saint-Quentin ^ Amiens et Lille, puis Liancourt, dans le département de TOise, sont les centres de fabrication du matériel de culture. Ajoutons que l'importation anglaise contribue aussi à satisfaire les besoins de la clientèle des campagnes en cette région.

L'Ile-de-France s'approvisionne à Paris et à Gngnon (Seine-et-Oise). Bourges, Orléans, Tours et Nancy ont également des fabriques de ce genre.

Les machines-outils qui servent à travailler les métaux, le bois, la pierre, à exploiter les mines, sont produites dans les centres d'industrie métallurgique active, au Creusot, à Saint-Chamond, à Rive-de-Gier, à Paris, à Saint-Denis, à Fives-Lille, dans les grands ports de commerce comme Rouen et le Havre.

Les machines de filature et de tissage sont fabriquées et montées dans les régions où s'est développée, souvent à la suite d'une longue tradition, l'industrie des tissus. Or, comme cette industrie ne s'est pas localisée en vertu de lois purement géographiques, mais a obéi à l'influence des courants commerciaux ou à celle d'habitudes contractées par certains groupes de population, on ne saurait davantage tenter une étude de la distribution géographique de l'industrie qui en est dérivée. L'industrie cotonnière reçoit ses instruments de Saint-Quentin, de Rouen, de Delfort, enfin de Paris, qui cumule tous les genres de fabrication mécanique. Pour la laine, les métiers viennent de Lille, Roubaix, Reims, Sedan, Louuiers et Elbeuf. Les manufactures de soieries se fournissent à Lyon et Saint^Chamond, celles de broderies à Nancy et dans tout le groupe métallurgique qui l'environne. Les machines à piquer, à coudre, etc., viennent encore en bonne partie des ateliers des États-Unis d'Amérique, qui excellent en ce travail. Cependant Paris, Lyon et Audincourt approvisionnent déjà en partie le marché national.

La quincailleine et la chaudronnerie occupaient jadis presque exclusivement certaines populations où le métier s'était transmis de père en fils depuis une époque très reculée. Ce n'était là qu'une médiocre et primitive adaptation du travail humain aux conditions naturelles. On peut encore citer deux de ces centres remarquables d'industrie traditionnelle, Monistrol, dans la Haute-Loire, Villedieu-les- Poêles, dans la Manche. Les grandes villes, Paris par exemple, ont d'abord attiré à elles ces industries qui fournissent des objets de consommation courante. Puis quincaillerie, chaudronnerie et autres fabrications analogues vont grossir le nombre des métiers métallurgiques accumulés dans le voisinage des mines de fer et de houille. Mais la centralisation n'est pas encore complète; et on trouve encore aujourd'hui des usines de ce genre assez loin des bassins houillers : c'est que la main-d'œuvre

humaine, par ses qualités de délicatesse et de souplesse, peut encore lutter sur ce terrain tant que l'emploi des machines n'aura pas atteint chez nous le prodigieux degré de minutie qu'on observe seulement dans les cités manufacturières des Ëtats-Unis. PariSy Lille, Guise dans TAisne, Fumay dans les Ardennes, sont les centres les plus actifs de fabrication du matériel de ménage ; les articles de Guise sont particulièrement appréciés. A Saint^Étienne, à Valentigney (Doubs), à Afaubeiige, à Plombières (Vosges), sont fabriqués les outils de menuisiers, de tapissiers, etc. Rugles (Eure) et Laigle (Orne) sont célèbres par leur curieuse industrie des aiguilles et des épingles, mais ne suffisent pas à la consommation française, qui procure de beaux gains aux fabriques similaires de la Grande-Bretagne.

La fabrication et l'ajustage des armes de chasse ou de guerre peut se rattacher a ce grouf^e d'industries. Mais il convient de distinguer avec soin plusieurs catégories dont les lois de localisation géographique ne sont point les mêmes. 11 en est qui, par l'importance du poids de métal employé, par le nombre et la complexité des opérations métallur* giques de martelage, de trempe, de fonte, exigent presque impérieusement le voisinage des houillères et des mines. Tel est le cas des usines fabriquant les canons de gros calibre qui ont fait en France de très rapides et remarquables progrès. C'est au Creusot et à Saint-Chamond, que sont fabriqués les éléments des monstrueuses pièces de 34, de 37 et 42 cenlimètres de calibre qui pèsent jusqu'à 80 tonnes. Mais ces pièces sont montées et définitivement ajustées dans les établissements de l'État à Bourges et à Ruelle (Charente), où l'on ne trouve ni la houille, ni le fer. Les « forges et chantiers de la Méditerranée » ont aussi installé à la Styne et au Havre dïmportants ateliers d'artillerie ; à Paris, l'usine Cail est réputée pour ces travaux.

Les manufactures d'armes portatives, fusils, armes blanches, sont restées fixées dans les régions où des générations d'ouvriers s'étaient formées à ces métiers d'une grande délicatesse. Les modèles du genre sont les établissements de l'Ëtat à Saint-ÉHenne, Tulle et Chdlellerault, où plus dun ouvrier est un véritable artiste, où l'on réalise les applications les plus merveilleuses de la mécanique. Les armes de chasse, qui exigent aussi une main-d'œuvre compliquée et fine, sortent des usines de ^aint'Élienne et de Paris; les produits de Saint-Denis ont une renommée universelle et valent ceux de l'Angleterre.

La même remarque s'applique à une série d'autres industries mécaniques qui emploient encore moins de matières que les précédentes et dont le mérite consiste uniquement dans le goût et la dextérité des ouvriers et ingénieurs. La coutellerie de Langres, de Chdtellerault, de Thier$ et de Paris, est par excellence une industrie traditionnelle qui a fait vivre des générations d'adroits artisans. La matière signifie moins encore dans la joaillerie, Vhorlogerie, la bijouterie, Vorfévrerie : à cet égard, Paris a une prééminence marquée sur la plupart des grandes villes. Besançon, qui monte les pièces et ressorts fabriqués dans les hautes

-vallées du Jura, à Morez, Monibéliard, etc., développe beaucoup celte industrie et possède une école d'horlogerie; Cluses (Haute-Savoie) est dans le même cas. 11 faudrait bien de la subtilité d'esprit pour montrer en quoi Tétude de ces industries regarde le géographe et peut gagner par Tobservation des causes physiques.

L'imprimerie f la gravure sur métaux ne méritent pas davantage de nous arrêter longtemps. Le papier, Tencre, le métal sont la moindre part de la valeur des livres et des gravures. L'imprimerie est naturellement développée dans les grandes villes ; mais elle en émigré souvent à cause de la cherté croissante de la main-d'œuvre dans les centres urbains. Ainsi les éditeurs de Paris envoient nombre d'ouvrages aux imprimeries de Versailles, de Gorbeil, de Sceaux, de Coulommiers, plus loin encore. Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, Nancy, etc., ont aussi des imprimeries actives; toutefois Paris et les déparlements voisins publient plus des trois quarts des ouvrages écrits en France. La capitale est encore maltresse' en l'art de graver.

L'industrie des instruments de musique a son siège dans les grandes villes; la quantité de métal qu'elle emploie est trop médiocre pour nécessiter le voisinage des grandes usines métallurgiques. En dehors des grandes villes, il convient de signaler quelques centres d'industries traditionnelles de ce genre, Mirecourt (Vosges), Couture (Eure), Château- Thierry (Aisne).

Les instruments de précision , tout comme l'horlogerie, occupent surtout la main-d'œuvre des grandes villes, de PatHs en première ligne. Mais une bonne partie des verres, lentilles, glaces, etc., provient de Tindustrieuse Saint-Gobain.

Machines servant au transport. — Une des plus grandes industries de la France est la fabrication des machines qui servent au transport par voies ferrées et voies navigables. En général les forges restent à la place que leur assigne la proximité des ressources naturelles; les ateliers et chantiers, avec un outillage permettant d'ajuster, de iinîr, d'assembler, sont situés dans les ports. Rappelons toutefois que des établissements complets de constructions navales, avec hauts fourneaux et forges, ont été fondés sur le littoral même à cause de la faculté qu'il y a de recevoir à bon compte par mer combustibles et minerais de France ou de l'étranger.

Les ports militaires, avec leurs vastes chantiers, Toulon, Rochefort, Lorient, Brest, Cherbourg, construisent une grande partie des coques des navires de notre flotte. Guérigny, dans la Nièvre, excelle à fabriquer les tôles d'acier de qualité supérieure qu'exigent ces constructions : c'est un établissement de l'État. Les machines si puissantes et complexes des navires de guerre sont usinées à Indret (Loire-Inférieure), autre établissement de la marine nationale. L'usine d'indret fabrique les pièces et les envoie dans les ports où se fait le montage à bord des bâtiments.

Pour les commandes de navires complets et prêts à prendre la mer,

sauf rarmement, le gouvemeineiit a recours à de nombreuses sociétés de conslructions navales dont la plus considérable est la « Société des forges et chantiers de la Méditerranée », établie à la Seyne, près de Toulon et possédant une grande succursale au Havre, Cette Société livre des coques et des machines ; ses ateliers sont parmi les plus vastes et les mieux outillés du monde, et dignes de rivaliser avec les célèbres chantiers anglais de la Clyde. A Bordeaux la « Société des ateliers et chantiers de la Gironde », celle des « ateliers et chantie^^s ds la Loire » à Saint'Nazaire^ enfin les chantiers Normand du Havre, connus presque à régal de ceux de la Méditerranée, sans rivaux en France pour la construction des torpilleurs, voilà les auxiliaires des établissements de TÉtat. Les forges et grandes usines de Tintérieur contribuent aussi à fournir ce matériel. Rouen et Saint-Denis mettent sur chantiers des navires de dimensions assez faibles pour gagner la mer par la Seine. A Paris même la maison Cail met à Teau des torpilleurs. Le Creusot et Fives-Lilie livrent à 1 Étal des machines pour grands navires. La même usine du Creusot jouit d une réputation européenne pour la trempe des blindages d'acier destinés à la cuirasse des vaisseaux de fort tonnage ; ses plaques sont recherchées de préférence à celles des forges anglaises. Saint-Chamond usine les mêmes produits.

Tous les chantiers maritimes que nous venons de citer sont en outre les pourvoyeurs d'une partie de notre marine marchande. La Compagnie des <c Messageries maritimes » a les siens à La Ciotat, entre Marseille et Toulon ; la « Compagnie générale transatlantique » a fondé un établissement à Penhoët, près de Saint- Nazaire.

Les bateaux de fer employés pour la navigation sur les fleuves, rivières et canaux sont construits à Rouen, Pans, Compiègne, Vierzon, Chalon-sur- Saône, etc.

Voilà une industrie prospère en France, pas assez cependant pour suffire aux besoins de la navigation sous pavillon national. C'est encore la médiocrité des mines de houille qui pèse ici ^ur notre condition industrielle : on remarquera en outre que nos bassins de combustible minérai, sauf ceux de la Flandre, de l'Artois et d'Alais sont situés assez loin de la mer. Combien plus favorisée est la Grande-Bretagne qui possède en plus d'une région côtière le fer et la houille !

Le matériel des chemins de fer, locomotives, rails, portions métalliques des wagons, roues, essieux, bandes, etc., est fabriqué à Fives-Lille, au Creusot, à Belfort dans les ateliers de la Société alsacienne, enfin à Paris (Cail).

Indnstries chimiques. — Aux industries dérivées du règne minéral se rattache une partie des industries chimiques. On traite les matières minérales pour la fabrication des produits chimiques dans un grand nombre de villes industrielles. Paris et sa banlieue (Saint-Denis, Saint- Ouen, Aubervilliers), Rouen, Lille, le Havre, Marseille, Lyon, possèdent les plus vastes laboratoires où Ton manipule ces produits. Mais ce sont là des industries que nulle nécessité n'oblige à se fixer en

un lieu plutôt qu'en Tautre. 11 en est une qui est toute récente chez nous et s'y développe dans le voisinage des houillères ; c'est celle de Texlniction des couleurs contenues dans le combustible minéral.

IndustrieB dériyéea du produit des carriôres. — La richesse de nos carrières ne se borne pas fort heureusement aux matériaux qu'on en retire pour la construction. L'industrie et le goût artistique aidant, quelques pierres et sables de choix se transforment, sous la main de nos artistes et de nos ouvriers d'art, en des objets de haute valeur, en des produits de luxe célèbres en France et à 1 étranger. Le siège de ces industries n'est pas toujours strictement fixé par les mêmes causes ; les unes ont intérêt, consommant beaucoup de combustible, à se tenir plus près des houillères ; les autres se sont établies au lieu même où le sol leur livre la roche ou les sables nécessaires ; et dans l'ordre artistique, la tradition d'habileté des ouvriers a maintenu ce qu'une loi géographique avait fait naître autrefois; souvent enfin les grandes villes, lieui de culture intellectuelle plus intense et de consommation plus considérable des produits de luxe, ont attiré ces fabriques.

Comme exemple d'une industrie que le besoin d'une quantité considérable de combustible oblige à s'établir à proximité des houillères, on peut citer la verrerie, du moins la verrerie vulgaire qui doit fournir des produits à bon marché. Les matières premières qu'elle emploie, silice ou sable, argile, carbonate de chaux, sulfate de potasse, ne sont point d'un grand prix ; mais il faut un chauffage intense et coûteux. Aussi les verreries sont-elles nombreuses dans la région houillère de la Flandre, à Anicke et à Anzin. Les noms des centres de verrerie sont les mêmes que ceux des mines de houille : celte industrie enrichit Épinac, Blanzy, Saint-Etienne y lUve-de-Gier^ Carmaux^ Alais, etc., etc. Mais il y a aussi des verreries dans les contrées forestières, dans les départements des Vosges, de Meurthe-et-Moselle, de la Marne, de la Seine -Inférieure et de l'Orne, enfin dans TÂisne. Creil, Quiquengrogne dans l'Aisne, sont parmi les plus anciennes verreries de France.

Mais Tindustrie de la cristallerie et des glaces veut une main-d'œuvre soignée, habile, véritablement artistique à l'occasion : elle est donc moins strictement condamnée à se développer à côté des houillères.

Notre première manufacture de glaces est celle de Saint-Gobain, qui date du règne de Louis XIV, puis Cirey (Meurthe-et-Moselle), dont la manufacture appartient d'ailleurs à la » Société de Sainl-Gobain ». Chauny (Aisne), Montluçon (Allier) et Aniche (Nord) fabriquent aussi des glaces.

Le travail de la crislallerie fait l'honneur de la ville de Baccarat (Meurthe-et-Moselle) et s'est développé dans le chef-lieu du même département, à Nancy qui fabrique des cristaux artistiques. Aux en\ irons de Paris, Clichy et Pantin arrivent à produire de grandes pièces de cristaux d ornementation dans des conditions de bon marché vraiment remarquables. Lyon possède aussi des cristalleries.

Les œuvres en terre cuite et porcelaine, les objets en faïence

occupent aussi chez nous bon nombre d'artisans. Signalons avant tout la manufacture nationale des porcelaines de SèvreSy créée au xviu* siècle comme établissement modèle de cette industrie d'art. Deux départements, dont le sol recèle du kaolin d'excellente qualité, ont des fabriques de porcelaine renommées, la Haute-Vienne avec Limoges, la Nièvre avec Nevers et Deeize ; le Cher enfîn, dont les établissements de Vienon peuvent se procurer aisément du combustible. Paris a surtout des ateliers de peinture sur porcelaines, de dorure, d'ornementation de toutes ëortes, mais reçoit les pièces à décorer des pays de cuisson, de Limoges en particulier. En somme la localisation de cette industrie, en vertu de causes géographiques, n'est point rigoureuse; et à Limoges même, si la naissance des fabriques de porcelaine est due à la découverte d'un kaolin supérieur, leur maintien s'explique par le mérite traditionnel des ouvriers et par le talent croissant des dessinateurs et des tourneurs. L'industrie de la faïence, introduite chez nous par Bernard Palissy, donne deux séries de produits, d'une part des ustensiles communs, des plaques pour poêles et cheminées, etc., d'autre part de véritables objets d'art. Les faïences communes sont fabriquées dans un grand nombre de départements. Les faïences artistiques et fines, qu'on appelle souvent aussi porcelaines opaques, sortent de manufactures dont plusieurs ont leur cachet particulier et jouissent d'une grande réputation. 11 y a d'abord UQ premier groupe de production autour de Paris et du département de la Seine ; Creil, dans l'Oise, Montereau, dans Seine-et-Marne, enfin Gien et Briare dans le Loiret, ont les fabriques les plus actives. A l'est. LunéxAUe, avec sa célèbre manufacture de Saint-Clément, fournit des faïences fines de grande valeur. Mais nous avons perdu dans cette région Sarre- Quemines dont l'industrie était en pleine prospérité.

La céramique française est une des plus estimées de l'univers, non pas tant à cause de l'abondance de ses produits que pour leur caractère artistique.

Résumé. — Cette étude, si sommaire qu'elle soit, laisse voir les causes qui rendent à nos nationaux la lutte contre la concurrence étrangère si diflicile. Certes la part des labeurs et de l'habileté de l'artisan, des chefs d'industrie, est aussi belle en France que dans les pays voisins. Mais nos concurrents ont de la houille en plus grande abondance et à meilleur marché, quelques-uns du moins, les Allemands, les Belges et les Anglais. 11 faut beaucoup d'efforts et de sacrifices pour compenser cette grave infériorité de notre sol natal. Mais n'avons-nous pas sous les yeux l'exemple des Suisses qui ont établi, font vivre et prospérer leurs industries mécaniques dans une condition encore moins favorable que celle des nôtres?

Le désavantage qui résulte de la pauvreté relative de nos mines de houille et de la cherté de leur exploitation n'est pas le seul qui pèse sur 1 industrie métallurgique en France. Nos grandes usines, qui n'emploient pas seulement la fonte, le fer et l'acier, mais sont des organismes complets employant à peu près tous les métaux, ne peuvent se procurer chez

nous que le fer et ses dérivés à bon compte et en quantité sufBsante. Lorsque le cuivre, Tétain, le zinc, etc..., leur sont apportés, ces marchandises sont déjà grevées de deux séries de bénéfices ; les maîtres des pays extracteurs et les intermédiaires chargés du transport ont déjà prélevé une part du profit et accru d'autant le prix des matières qui nous parviennent. Or cette infériorité se fait sentir à la base même de notre industrie, pour ainsi dire : les inconvénients se répercutent donc sur toute la série des travaux auxquels nous nous adonnons. Et comme chaque jour les applications de la mécanique mue par la vapeur se généralisent et transforment des industries que Ton croyait devoir rester le privilège de la main-d'œuvre et de Thabileté humaines, chaque jour rend aussi plus sensible le défaut originel ou plutôt l'insuffisance relative de nos ressources minérales. 11 y aurait donc lieu d'examiner s'il est de l'intérêt national de s'abandonner sans réserve à cette attraction, à cette fascination de la houille qui n'est pas assez abondante chez nous en proportion de notre activité industrielle. Nos savants signalent souvent quel merveilleux parti il y aurait à tirer d'autres forces naturelles emmagasinées et transmises ; mais l'industrie hésite et marque parfois une méfiance ennemie du progrès. Pourtant cet avertissement venu de haut mériterait de n'être point négligé. Les industriels qui ont si longtemps raillé la routine agricole ne doivent pas s'endormir eux-mêmes dans la sécurité d'un progrès déjà lointain, fût-il d'hier.

C'est une sérieuse épreuve pour notre pays moins riche en houille que plusieurs de ses rivaux. Mais, qu'on ne s y trompe pas; c'est le capital de la fortune nationale accumulée au prix d'efforts séculaires qu'il faudrait vite entamer si nous devenions avec trop d'insouciance tribu* taires de l'étranger. Il est mauvais sans doute, en matière dindustrie, de s'entêter à vouloir tirer de notre sol et de notre sous-sol des matières qu'on peut importer à peu de frais et dont l'exploitation en France dévorerait en pure perte des trésors d'activité et d'argent. Mais on ne doit pas non plus, se berçant d'illusions sur le prochain triomphe du cosmopolitisme et de la liberté, se livrer doucement à la paresseuse habitude de trop demander au voisin. Aux jours de crise il ne serait plus temps de remonter le courant. Se conduire avec les autres peuples en amis, mais comme s'ils devaient être demain nos ennemis, est une règle de prudence élémentaire en économie politique comme en diplomatie.

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