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CHAPITRE III

Les industries dérivées du règne animal conlribuent aussi pour une part importante à Talimentation et à rhabillement. Mais, dans cette catégorie comme dans la précédente, les matières premières sont loin d'être exclusivement des produits français. Il en résulte qu'il faut voir dans la localisation de ces industries bien plutôt une persistance de certaines traditions, une manifestation du génie mécanique et commercial de plusieurs groupes de provinces, que l'influence des ressources naturelles de notre sol suscitant et dirigeant l'activité de la race. Le caractère de localisation géographique de ces industries n'est donc pas toujours très clair ni très évident. Les unes, jadis suffisamment pourvues de matières premières par l'élevage français, se sont maintenues en obtenant par des importations de produits bruts le contingent nécessaire à leur fonctionnement normal ; les autres n'ont pu subsister qu'en se déplaçant, qu'en se rappn>chant des centres où elles trouvaient la force motrice à bon marché et en abondance.

Industries alimentaires. — Une première industrie fort simple et primitive, mais strictement localisée par sa nature même dans les pays riches en p&turages et en bestiaux, est celle des fromages et du beurre. Elle enrichit surtout les pays aux herbages luxuriants comme la Flandre, U Normandie et l'Ile-de-France, puis certaines régions de montagnes où se pratique l'élevage.

La Normandie, avec les fromages de Camembert, Livarot j Neufchâtel et Pont-rÉvéque, occupe le premier rang.

Le Jura vient ensuite ; l'industrie des fromages s'y est développée avec 1« même succès que dans la Suisse. On y fabrique surtout le Gruyère, fromage cuit, qui contribue tant à l'alimentation française. Le Septmoncet est un produit de la même contrée.

La Brie a donné son nom à une catégorie de fromages qui sont fabriqués surtout dans les pays de Meaux et de la Ferté-sous-Jouarre, mais vissi en certaine^ parties de la Champagne et jusqu'en Lorraine. Elle contribue avec la Normandie à fournir la capitale de fromages frais.

Les provinces du Massif Central et des Alpes possèdent moins de troupeaux que les précédentes. Le fromage de Roquefort (Aveyron) fabriqué aïec du lait de brebis doit ses qualités particulières aux caves naturelles

dans lesquelles on le fait fermenter. Le Cantal produit aussi une assez grande variété de ces objets d^alimentation.

11 est difficile, en pareille matière, de donner des chiffres exacts, cependant on peut évaluer la valeur des fromages fabriqués en France à 75 millions de francs.

Les beurres sont fabriqués en grandes quantités et d'une façon presque industrielle dans les provinces si riches en lait de Normandie et de Bretagne. Isigny et Pennes sont les grands centres de production des beurres.

La chair des animaux est conservée par différents procédés ; on la sale, on la fume ou on la conserve à Fhuile dans des boites hermétiquement fermées. Toutefois, sauf les opérations assez élémentaires de la charcuterie, on n'a pas beaucoup développé chez nous l'industrie de la conservation des viandes de boucherie; cependant des lois récentes Tont encouragée et les besoins de notre armée ont amené la création de quelques usines où Ion fabrique des conserves de viande.

Il n'en est pas de même pour les produits de la pèche, qui occupe tant de milliers d'habitants sur nos côtes. Les conserves de sardines sont naturellement l'industrie de la Bretagne, qui arme le plus grand nombre de bateaux pour cette pèche. Nantes , puis Concameau dans le Finistère, Port-Louis dans le Morbihan, ont les principales usines de ce genre.

Nous n'avons pas à énumérer ici toutes les industries de détail qui conservent des objets alimentaires d'origine animale sous forme de pAtés, terrines, etc.; il n'y a là rien qui intéresse la géographie.

Industries davôtement. — Les industries qui emploient la peau des animaux ou cuirSy mégisserie, tannerie, etc., sont de plus en plus dans la dépendance de l'importation étrangère ; les cuirs des animaux abattus en France ne suffisent pas à fournir la matière première. Par conséquent leur répartition géographique sera la suivante : elles auront leur siège soit dans les grandes villes de l'intérieur, où elles trouvent à la fois abondance de main-d*œuvre et nombreuse clientèle, soit dans les ports maritimes, où la matière première apportée des pays de grand élevage Bf^i à bon marché.

Au nord et au nord-ouest, Lille, Rouen, Pont-Audemer, Gisors, enfin le Havre, ont l'avantage d'être dans un pays riche en bestiaux et de recevoir aussi par les ports de la Manche, surtout par le Havre, les peaux de l'Amérique du Sud et d'Angleterre.

Paris, où l'on abat une si grande quantité d'animaux pour l'alimentation, est de ce chef abondamment pourvu, mais traite en outre des cuirs bruts ou déjà quelque peu apprêtés venant de l'étranger.

Au sud-ouest et à l'ouest, Nantes et Bordeaux reçoivent aussi du commerce sud-américain l'approvisionnement de leurs manufactures.

Au sud-est, Grenoble et Annonay; au centre, Millau, ont une grande réputation pour l'apprêt des cuirs de ganterie.

Vindustrie de la laine et des lainages s'est si heureusement développée en France, qu'il est devenu nécessaire, malgré les perfectionnements de notre élevage, de recevoir beaucoup de matière première achetée à

INDUSTRIES DÉRIVÉES DU RÉGNE ANIMAL. iOl

l'étranger. On a vu, du reste, que le nombre des moutons élevés en France avait sensiblement décru pendant la période contemporaine.

D'ailleurs l'industrie de la laine produit des étoffes si diverses, appropriées à un si grand nombre de besoins, qu un des talents de l'industriel consiste dans le choix raisonné de la matière première ; or les troupeaux de France sont loin d'offrir à cet égard une variété suffisante. Lainages à longs poils, tissus ras ou draps, feutres, flanelles, mélanges, tels sont les principaux articles qui sortent des manufactures.

On compte plus de 2,000 établissements s'occupant du travail de la laine, peignage, cardage, filature, tissage, etc.. ; de ce travail vivent 115,000 ouvriers. La force est donnée par 43,000 métiers mécaniques; les broches sont au nombre d'un peu plus de 3 millions. On évalue enfin à 40,000 chevaux- vapeur l'importance des moteurs qui actionnent ces métiers. 11 y a trente ans, avant la période de grande diffusion des machines à vapeur, les ouvriers employés étaient deux fois plus nombreux qu'aujourd'hui, trois fois plus vers 1850.

La région où l'industrie lainière est le plus active est le département du Nord» Ce n'est pas que la matière première y soit abondante. Mais la houille est là qui donne la force à bon marché ; et par ûunkerque les cargaisons de laines de l'Amérique du Sud, de l'Australie, du Cap et de l'Algérie peuvent affluer. Aussi Roubaix^ Tourcoing et Fourmies sontelles parmi les premières villes du monde entier pour l'industrie des laines. Au département du Nord appartiennent près de 300 manufactures, 1,760,000 broches et 20,000 métiers mécaniques.

Au groupe du Nord, qui produit les articles pour le vêtement et les étoffes mêlées de soie, laine et coton pour l'ameublement, on peut rallacher .4 miens, aux velours célèbres, Abbeville (draps) et Saint-Quentin.

La région ardennaise et champenoise, où l'élevage du mouton est important, possède à Reims et à Sedan deux des grands centres de l'industrie lainière. Reims excelle dans la fabrication des tissus ras et des flanelles; les draps de Sedan conservent leur vieille renommée. Le département de la Marne tient le premier rang après le Nord, avec près de H,000 métiers mécaniques et 270,000 broches. Plus éloigné des mines de houille que le Nord, le groupe champenois a l'avantage d'une production abondante de laines indigènes.

La Guyenne et le Languedoc, dans un pays de grand élevage de moutons, possèdent peut-être la plus ancienne industrie des laines de France. Mais ces provinces n'ont point la force motrice à si bon compte <ïue le Nord, malgré le voisinage de quelques bassins houi tiers comme <^eux d*Alais et de Carmaux. Le département du Tarn est le plus actif de celte région ; on y trouve 70,000 broches, 400 métiers mécaniques et ^«500 métiers à bras. Mais on rencontre des groupes industriels dans i'élendue de toute la Guyenne et du Languedoc. NimeSy Carcassonne^ lodève, enlin Mazamet (Tarn) sont les centres les plus actifs.

U Normandie tient une grande place dans l'industrie lainière, moins P&rle nombre de ses manufactures, de ses broches et de ses métiers, que

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par la réputation exceptionnelle et méritée de sa draperie. Elbeuf et bouviers sont depuis longtemps célèbres pour cette industrie spéciale.

On jugera de Timportance du travail de la laine en France par la valeur des produits exportés, qui dépasse 300 millions de francs. L'Angleterre seule a des manufactures de lainages plus nombreuses et plus productives que les nôtres ; mais ses tissus de luxe, ses draps, malgré une active propagande dont bien des Français ont été les instruments, ne sont nullement supérieurs à ceux de Sedan et d^Elbeuf.

En revanche, malgré la concurrence de TAllemagne, de la Suisse et de ritalie, nous conservons encore le premier rang dans Tart de travailler la soie. Cette industrie s'est établie naturellement auprès des pays qui sont riches en mûriers et élèvent le ver. Mais nos magnanefies ne suffiseot pas à alimenter les fabriques de soieries ; nous importons des soies étrangères d'Italie, de Chine et du Japon pour une valeur de plus de 250 millions de francs par an. Ajoutons que le travail de la soie demande, plus que tout autre, beaucoup d'habileté manuelle, de délicatesse et même de science et d'art ; aussi nos dessinateurs, contremaîtres, ouvriers, ont, sur beaucoup de leurs concurrents étrangers, l'avantage d'une longue tradition.

L'industrie des soieries comprend plusieurs opérations : dévidage, moulinage, filature, tissage, et produit un grand nombre de tissus divers: rubans, étoffes rayées ou unieS; taffetas, foulards, soieries brochées. Tel est l'ensemble des œuvres qui occupent H 0,000 personnes, ouvriers et leurs familles, dans nos départements du sud-est, Drôme, Ardèche^ Gard, Rhône, Loire, hère, etc.

La filature tient la place principale dans l'Ardèche, la Drôme et le Rhône. Pour le tissage, le premier rang appartient sans conteste à Lyon, qui fabrique toutes sortes d'étoffes dans ses manufactures de la ville et de la campagne ; plus des deux tiers de la production française proviennent du groupe lyonnais. Saint-Êtienne a la spécialité des rubans.

On estime à plus de 600 millions de francs la valeur des soieries qui sortent chaque année des manufactures françaises.

La France produit aussi bien d'autres tissus de grand prix ou de consommation courante : dentelles, châles, confections diverses.

Résumé et conclusion. — Presque toutes les industries sont donc représentées en France, et ajoutent des revenus considérables à ceux que notre pays tire de la richesse agricole.

Des trois ordres d'industrie que nous avons distingués, l'un, celui qui consiste à extraire et à transformer les matières minérales, est fixé dans des régions déterminées presque rigoureusement par la nature du sol ; il n'y a d'exception que pour les ports de mer et les grandes villes, qui exercent une attraction sur les industries métallurgiques et mécaniques soit par la facilité d'importation des matières premières, soit par l'abondance et rhabileté de la main-d'œuvre, soit par l'agglomération des consommateurs.

A leur tour, les régions d'industries extractives et mécaniques attirent.

par suite du bon marché du combuslible minéral, les autres industries dont les matières premières sont moins encombrantes. Toutefois une tradition longtemps maintenue, ou quelque facilité naturelle autre que le voisinage de la houille (chute d'eau), peut empêcher ou retarder l'effet de cette attraction. Les Vosges ont conservé leur industrie des filatures pour ces deux causes.

Une revue générale de toutes les industries françaises amène à constater que nos provinces du nord et du nord-ouest sont les plus actives. Dans le département du Nord en particulier , la richesse houillère a produit une agglomération graduelle d'industries de toutes sortes. Là est la zone industrielle par excellence. On en peut citer d'autres dans chaque région houillère autour ou à l'intérieur du Massif Central.

Aussi ces provinces renferment, à défaut des plus grandes villes de France, le nombre le plus considérable d'agglomérations urbaines. Les départements du Nord et du Pas-de-Calais sont caractéristiques à ce sujet. Tout y est industrie, même l'agriculture; la population y est mixte et plus difQcilç à répartir en catégories tranchées que dans les autres régions de France.

Le progrès de l'industrie a produit dans notre pays un changement dans la répartition des habitants. Depuis le milieu du siècle jusqu'à nos jours, la population urbaine n'a cessé de s'accroître aux dépens de la population agricole (1). Cette attraction, si elle continuait, serait désastreuse non seulement pour la richesse agricole de la France, mais aussi pour ceux mêmes qui s'y laissent entraîner.

Dans l'état actuel, l'industrie française, après avoir eu à souffrir de la concurrence étrangère, s'est vue protéger par les tarifs douaniers de 1892; il serait regrettable cependant que nos industriels se laissent aller à trop de confiance dans la protection de l'État. Ils doivent profiter de la Mluation qui leur est faite pour améliorer sans cesse leur production, et se rendre dignes de l'intérêt que tout le monde leur porte; ils doivent en même temps faire que la supériorité, depuis longtemps reconnue à la production française, s'affirme de plus en plus, et permette à nos produits de lutter sur le marché étranger avec les produits similaires des pays mieux outillés que le nôtre, malgré les différences de prix qui ne peuvent pas ne pas exister. Mais ils ont le droit de réclamer pour eux le marché de nos colonies ; sinon notre politique coloniale n'aurait pas de sens.

U) Rapport de la population urbaine et rurale :

Population Population

rurale. urbaine.

Pour 100. Pour 100.

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