‹ Précis de géographie économiqueChapitre 28 sur 182 · hectares produisant 1.061.300 quintaux de feuilles · texte numérisé non relu

hectares produisant 1.061.300 quintaux de feuilles

lions plus considérables que celles de la Russie ; au reste la qualité et U valeur des tahacs russes laissent encore À désirer.

La Transcaucasie offre d'excellentes conditions pour la culture do coton dans les parties basses du littoral et des vallées (1}. Lesmtînm<y sont déjà très nombreux.

Le tournesol de Saratof donne une huile de belle qualité.

Prodactions animales. — La Russie est, avec les États-Unis d'Amérique, l'État le plus riche de Tunivers en animaux domestiques. Et pourtant son sol n'est pas encore méthodiquement aménagé en vue de lelevage. Les steppes sont, en bien des régions, les seuls pâturages; les prairies naturelles ou artificielles sont rares. L'irrigation est à peine ébauchée. Enfin les rigueurs d'un climat qui ne permet pas pendant de longs mois de tenir les animaux au grand air, l'abondance des neiges, sont de graves obstacles au développement de l'élevage. Malgré tout, le nombre des bestiaux s'est accru pendant la période contemporaine.

Les bêles à cornes sont nombreuses dans deux régions : !• dans les provinces méridionales comprises entre le Pruth et l'Oural : la végétation des steppes leur donne une abondante nourriture; 2^ sur une longue bande de territoire développée entre l'Esthonie et l'Oural, c'est-à-dire» dans les gouvernements de Livonie, deCourlande, de Smolensk, de Novgorod, Yaroslav, etc., etc..

La Finlande possède aussi nombre de ces animaux; elle est même, à cet égard, un des pays les plus favorisés de l'Europe.

Les régions centrales, qui manquent de prairies et ne récoltent point de fourrage, élèvent plutôt des chevaux.

La Russie a recensé en 1889,23 millions de bétesà cornes, elle est donc, si l'on tient compte de sa population et de sa superficie, moins riche que la France, l'Angleterre, l'Allemagne et la plupart des pays agricoles de l'Occident (2).

Outre les causes naturelles que nous avons indiquées plus haut, le manque des capitaux nécessaires pour organiser scientifiquement l'élevage influe sur la qualité des bétes.

L'élevage des chevaux est beaucoup mieux entendu. Les races indigènes. Orlof, Rostopchine, dont les qualités sont remarquables, ont encore été améliorées par des croisements avec les races arabe, persane et anglaise. On a obtenu, en particulier, d'excellents trotteurs. Les petits chevaux tatares ont une vigueur et une force de résistance peu communes; on sait la valeur de la cavalerie irrégulière de l'armée russe. L'œuvre de l'amélioration des races chevalines a été vivement encouragée par l'État, qui la

(1) Récolte du coton dans les deux provinces de Elisabethpol et d'Erivan (189!;: 10.312 tonnes.

(2) Bêtes à cornes :

Finlande 928.276 têtes.

Russie (sans Pologne et Finlande) 23.840.000 —

RUSSIE. i71

considère avec raison comme une œuvre d'accroissement de la puissance militaire de l'empire. Le gouvernement entretient nombre d'excellents haras et s'ingénie à faire prospérer les grandes foires aux chevaux. Le domaine du grand élevage des chevaux est le centre; les pays d'Orel, de Voronej, de Riazan, de Nijni-Novgorod possèdent les troupeaux les plus considérables et les animaux de la plus haute valeur. Les Cosaques du Don ont aussi de gros troupeaux élevés dans les steppes, en liberté presque complète. Le nombre des chevaux s'est rapidement accru en Russie depuis trente ans (i).

Celui des mourons est resté stationnaire, du reste, pour le mouton, plus encore que pour les autres animaux, l'élevage russe souffre du peu de perfectionnement des moyens employés ; la Russie ne nourrit pas ua nombre de moutons proportionnel à son étendue, et les races sont encore assez médiocres.

C'est au sud, en Tauride et dans le gouvernement de Kherson, que l'éle- Tage des moutons est le plus avancé et le mieux compris (2).

Les porcs sont nombreux dans la petite Russie et dans les régions de steppes (3). Le gouvernement d'Astrakhan possède environ 40,000 chameaux. Les rennes de la Finlande et de la région des toundras sont des animaux domestiques très appréciés. Vapieulture est très développée dans toute la Russie, surtout au sud dans l'Ukraine, où le miel a longtemps remplacé le sucre pour presque tous les usages; l'extension de la culture des betteraves et de l'industrie sucrière est une cause de diminution »ies ruches d'abeilles. L'élevage du ver à soie n'est pas en rapport avec l'excellence des conditions naturelles; la Transcaucasie fera bientôt, si la \H)pulation répond aux encouragements de l'État russe, une concurrence dangereuse à la France et à l'Italie. Dès l'année 1883, après une période <le tâtonnements et d'hésitations, la production des cocons s'y élevait à plu^ de 430.000 kilogrammes.

La chasse et la pèche sont deux ressources importantes de la Russie. Us provinces du nord sont naturellement celles où la chasse donne les plus grands profits; dans cette zone de forêts la faune sauvage s'est conservée; on y tue nombre d'animaux à fourrures, ours, loups, renards, blaireaux..., etc... Les loups font en Russie de terribles ravages; au nombre de plus de 200.000 ils ont dévoré, en 1875, 180.000 tètes de gros^ bétail, 600.000 moutons, 100.000 chèvres et plus de 150 personnes. La cbasse a fourni au commerce russe, pendant la .dernière période décennale, plus de 400.000 pelleteries par an.

:!) Chevaux en 1889:20.020.000 têtes.

[T, Nombre des moutons :

1876 46.000.000 têtes .

(3) Porcs en 1889: 10.642.000 têtes.

i72 L'EUROPE.

Lsi pécfie est une des grandes industries alimentaires du pays: on sail combien la consommation du poisson y est considérable pendant le> périodes d'abstinence religieuse qui représentent un tiers de Tannée. Le^ pêcheurs récoltent sur les côtes 250 millions de kilogrammes de poisson d'une valeur de 75 millions de francs.

Dans la mer Blanche Arkhangelsk arme beaucoup de navires pour ta pêche des harengs, des morues, des saumons, pour la chasse du phoqu<» et de Tours blanc sous les latitudes les plus élevées de Tocéan Glacial.

La mer d'Azov est d'une richesse prodigieuse en poissons : esturgeons, harengs, sardines, y sont péchés, puis expédiés en salaisons pendant Télé, gelés pendant Thiver; sous ces deux formes, de grosses cargaison? sont constamment envoyées vers les provinces les plus peuplées.

La Caspienne est mieux pourvue encore que les autres mers russes, surtout aux embouchures de la Volga et du Kour. On prend, dans la zone des bouches de ces deux fleuves, plus d'esturgeons, de saumons, de brèmes, de brochets et de carpes que dans aucun autre pays du monde. Mais l'exploitation outrée de ces richesses semble avoir diminué, depuis quelques années, le produit de la pêche en ces parages. Le gouvernemenl a pris des mesures pour arrêter les abus et repeupler les fleuves suivant les meilleures méthodes scientiflques. L'établissement de pisciculture de Nikolski (gouvernement de Novgorod) livre chaque année 600.000 truiteaux lacs et rivières de Russie. £n l'état actuel, la Caspienne et la Vol?a livrent les 3/5 du poisson consommé.

Résumé de la production agricole. — La Russie tient une place très honorable parmi les pays agricoles du monde. Opendant quelque riche que soit l'agriculture russe, elle n'est pas encore en rapport avec la merveilleuse aptitude du sol.

Les terres noires pourraient donner des récoltes de céréales doubles et triples de ce qu'elles sont aujourd'hui si les semences étaient choisie;' avec plus de discernement, le sol mieux travaillé, l'irrigation plus développée. Les cultures arborescentes devraient fournir un produit beaucoup plus considérable ; la vigne en particulier n'occupe pas la place que lui assignent les conditions de géologie et de climat de la Russie méridionale et de laTranscaucasie.

Et malgré tout, les cultures industrielles, à peine naturalisées sur le sol russe, y ont pris un essor extraordinaire. En somme le grand empire a toutes les ressources végétales des principales zones de production de l'Europe, forêts, champs de céréales, vignobles, mûriers; il a les éléments nécessaires pour rivaliser en même temps avec les grands cultivateurs de grains de Tlnde et de l'Amérique et avec les vignerons des pays méditerranéens. La variété de ses richesses animales n'est pas moins remarquable. Ses récents progrès répondent de l'avenir ; et Ton peut prévoir dès aujourd'hui que la Russie prendra bientôt une place éminente parmi les pays les plus riches de l'univers. Son agriculture seule la lui assurerait déjà sans conteste.

B. — Industrie.

Conditioiis naturelles. — On a pu dire longtemps que la Russie était un pays exclusivement agricole, et que Findustrie n'y existait qu'à Tétat primitif d'industrie rurale, le paysan fabriquant encore, en bien des n*l?iims, tout ce qui lui est nécessaire.

Rien ne serait plus faux aujourd'hui. La Russie possède en effet tout «V qui peut faire naître et alimenter une industrie prospère : combustible minéral et métaux industriels, trésors plus profitables que les métaux priécieux de l'Oural et de la Sibérie. Le pétrole lui-même s'ajoute à la houille, et rend déjà d'inappréciables services comme agent de force inolrioe. La révolution a été soudaine, irrésistible. L'initiative humaine \ a contribué en même temps que laptitude du sol. Déjà une bonne partie de la population russe s'occupe d'industrie (i). Il faut ajouter, (railleurs, que la Russie était préparée à cette transformation, que le peu[)le avait depuis longtemps l'habitude de la main-d'œuvre des métiers Ihs plus divers. Si la plupart des usines ont été fondées par des étrangers, le? ouvriers russes étaient capables de s'adonner, sans grand apprentissage, au travail savant et délicat des manufactures.

Est-il besoin d'ajouter que la perspective de l'ouverture des grands marchés asiatiques, vers lesquels les voies ferrées russes se développent rapidement, est pour l'industrie de ce pays un admirable encouragement ?

Industries dérlTées du rdgne minéral. — Parmi les industries dérivéo> du règne minéral, les industries extractives tiennent la première place, comme il arrive toujours dans les pays où l'activité industrielle pst de date récente.

Les explorations du bassin hottiller du DonetZy le plus vaste que l'on connaisse en Russie, remontent à Tannée 1840; Le Play en révéla alors rimportance. Mais c'est seulement vers 1870 que l'exportation fut entreprise avec méthode, et le véritable essor des charbonnages russes de ' elte région ne s'est marqué que vers 1875. Aujourd'hui, sur les deux lignes Voronej-Rostov et Kharkov-Taganrog, l'exploitation est en pleine activité. Malheureusement, ce bassin houiller très riche est assez éloiunié des centres métallurgiques. Les bassins de Moscou, de Pologne el <le roural sont bien moins complètement exploités; enfin, entre Kalouga, lUazan et Tambov, on compte 8 bassins principaux de grande importance. Malgré la facilité d'exploitation de la plupart des gisements, la condition des transports et les procédés employés pour l'extraction sont encore si imparfaits que les houilles anglaises arrivent à meilleur compte

Nombre d'ouvriers en Russie et Pologne :

Manufactures (1890) 1 . 161 .877

Mines (1888) 420.00C

sur les marchés russes. Le développement des voies navigables est le kmède à cet état de choses anormal (1).

Outre la houiJle, il y a en Russie une grande abondance de tourbe, Le< couches les plus épaisses ont été découvertes dans les gouvememeDl< d'Orel, de Koursk, de Tver et de Novgorod ; quelques-unes ont une prt>fondeur variant de 7 à 14 mètres ; leur développement superficiel est immense. Pendant les périodes de sécheresse estivale, de fréquent» incendies y portent le ravage. Cette précieuse ressource est négligée jusqu'à ce jour ; mais les bois devenant de moins en moins étendus, il faudra bientôt demander une compensation aux tourbières.

L'exploitation de la naphte a fait des progrès beaucoup plus rapides et déjà le produit russe engage la lutte sur les marchés de l'Europe centrale contre les envois similaires d'Amérique. Le principal cenlre d'exploitation du pétrole se trouve dans la presqu'île d'Âpchéron ; Inai^ entre la mer Caspienne et la mer Noire se développe une vaste nappe qui passe sous le Caucase. Outre le district de Bakou, ceux de Tiflis, des péninsules deXaman et de Kertch sont riches en pétrole. Tels puits temporaires de Bakou ont déversé jusqu'à 600 tonnes d'huile minérale en un jour. C'est de Bakou que se font les expéditions de pétrole, au moyen de navires, dont la plupart emploient cette huile comme combustible. De Bakou les bateaux chargés de pétrole gagnent Astrakhan, puis Tsaritzin par la Volga, et des trains en transportent beaucoup par voies ferrées, jusqu'à Batoum : il y a là d'immenses réservoirs qui peuvent contenir environ 200 millions de litres; Pétersbourg, Moscou, Varsovie H Saralov ont aussi des dépôts importants. Toute la Russie est approvisionnée par 60 trains et 1,500 wagons-réservoirs; déjà ces huiles franchissent souvent les frontières de l'Allemagne et de l'Autriche, pays où dominait jusqu'ici le pétrole américain. Les industriels s'ingénieot à appliquer de plus en plus le pétrole au chauffage des machines fixes et mobiles, des locomotives; la marine impériale étudie les moyen? de substituer sur ses navires à vapeur l'huile minérale à la houille, el ses tentatives sont couronnées de succès. Riche à la fois en houille el en pétrole, l'industrie russe a double chance de s'émanciper, de se suflire

(1) Exploitation de la houille (1891) :

Bassin du Don 3.507.000 tonnes.

de Pologne 2.887.300 —

— derOural 230.000 —

— de Moscou 176.800 —

— du Caucase 16.700 —

— de Kiiev et environs. . . 13.700 —

Total... 5.781.500 —

Importation de houille étrangère la méuie année, malgré les droits de douane élevés : 1.410.900 tonnes.

Consommation évaluée à 202.400 tonnes.

Exploitation 1892 22.0uO —

et de prospérer par des ventes à Tétranger, dès que ces ressources se* ronl mieux mises en œuvre, ce qui ne saurait tarder. Ses moyens de transport, sa marine devront aussi à cette circonstance un heureux essor (1).

Les autres productions minérales ne lui manquent pas, mais sont, comme la houille, encore trop peu exploitées. Le centre le plus considérable d'extraction des métaux est dans les monts Oural, surtout dans le gouvernement de Perm. Dès une haute antiquité cette région minière avait été explorée et exploitée. L'Oural contient des gisements des minerais les plus divers : or, platine, plomb, cuivre et fer. Aujourd'hui Perm, lékatérinenbourg, Nijné-Tagilskii ont le plus grand nombre de puils et de galeries; mais les gisements qui, depuis cinquante ans, donnent les produits les plus rémunérateurs, sont ceux des districts des pentes orientales de TOural.

Le fer provient de la région lacustre du nord-ouest, de la Finlande en particulier, qui fournit d excellent minerai magnétique, puis plus encore du gouvernement de Perm, qui compte 200 mines et occupe 100,000 ouvriers (2).

Le cuivre est un métal beaucoup plus employé en Russie que dans nos pays de TOccident ; il sert presque exclusivement à la fabrication des samovars, des cafetières de campagne, des vases, des chandeliers d'église, etc... Les meilleures mines sont celles de Nijné-Tagilskii dans rOurtI (3).

Les mines de zinc de la Pologne (4), d'étairij de plomb, de nickel de rOural, sont beaucoup moins productives.

La Russie est le pays d'Europe lé plus riche en métaux précieux. L or, que plus de 60,000 ouvriers recherchent dans l'Oural, sur les pentes qui regardent l'Asie, a fourni, de 1828 à 1868, plus de 2 milliards et demi

X Production de la naphte :

18!*0 350.000 ton.

t890(Bakou seulement) 3.890.000 ton.

I89I 4..10I.OOO —

i2) Production du fer :

1880 740.000 tonnes.

3; Production du cuivre :

1880 8.203 tonnes.

1892 4.600 — valant 2.000.000 fr.

'S, Production du zinc :

1890 3.768 — valant 2.000.000 fr.

i76 L*EUROPE.

de francs à la circulation monétaire. Le plomb de la Russie caucasiqne contient une forte proportion iïargent (Vladikavkas). Nijné-Tagikkii exploite du platine (1).

Le selj que les paysans russes consomment en quantité considérable pour leurs conserves de Thiver, est produit sous ses diverses formes, b Russie méridionale (Bessarabie, Grimée, district d'Astrakhan), a des marais salants où Tévaporation est fort active. Dans les steppes salins qui s'étendent entre la Volga et le Don, les lacs en se desséchant laissent à découvert d'épaisses croûtes de sel. L'Oural (gouvernement de Perm abonde en sources salines ; Orenbourg et le Caucase ont des carrières de sel gemme (2).

L'habitude d'emprunter les matériaux de constructions aux forêts a longtemps empêché les Russes de tirer parti de leurs carrières. Mais le> progrès du déboisement d'un côté, de l'autre ceux de la civilisation el do bien-être, la naissance de l'industrie amenant un énorme et soudain développement de la vie urbaine, tout a contribué à h&ter l'exploitation de< pierres à construire. Les granits et le porphyre de la Finlande, les mmbris de l'Oural, les ardoises des pays cosaques entre Don et Donetz, commencent à être mieux exploités. Cette dernière région possède aussi d'excellentes meulières. Vargilc plastique est abondante en Pologne et dans les gouvernements du sud, où l'on fait beaucoup de briques. De^ gisements nombreux de phosphate de chaux fournissent à l'agriculture un excellent engrais. L'Oural donne, avec l'or, l'argent et les métaux industriels, une certaine quantité de pieires précieuses, améthystes, émeraude*. topazes, etc.

Les industries métallurgiques et chimiques ne sont pas en rapport aver la richesse naturelle du pays : ce fait s'explique non seulement par l'inexpérience d'un peuple chez lequel l'industrie est de date récente.

(1) Production de l'or:

1880 43.276 kilogr.

1892 42.996 — valant environ 127.000.000 fr.

Production de Pargent :

1880 10.107 kilogr.

1891 15.765 — valant environ 2.700.000 fr.

Production du piatiue :

1880 2.947 kilogr.

1889 2.fi2 — valant environ 2.500.000 fr.

(2) Production du sel :

1880 779.000 tonnes.

1892 1 . 405.000 - valant approximativement 16.000.000 fr.

mois par la grande distance qui sépare des houillères la plupart des districts métallifères.

La production de la fonte, du fer et de Tacier est cependant en rapide progrès (I). Les fonderies et les forges se sont établies dans le voisinage des hauts fourneaux et des mines de métaux, à Perm et à Toula. 11 y a, dans ces deux groupes industriels, de grosses agglomérations d'usines. On compte également quelques grandes aciéries dans TOural.

En dehors de ces régions où Tiadustrie métallurgique s*est concentrée, il y a des usines disséminées dans tout Tempire ; la Pologne, la Finlande, les grandes villes, Saint-Pétersbourg, Odessa, ont quelques établissements métallurgiques isolés.

La fabrication des machines est encore peu avancée. La Russie importe d'Angleterre, de France et d'Allemagne les moteurs les plus compliqués, comme les locomotives pour chemins de fer, les machines marines, les mécanismes pour filatures. Mais déjà les ateliers de Moscou, de Varsovie, d'Abc, de Pétersbourg et d'Odessa restreignent rapidement la part des importations étrangères. Les chantiers de Nikolaïewsk, de Sébastopol, d'Odessa sont de mieux en mieux pourvus des nombreuses industries qui concourent à la construction des navires en fer et en acier.

Toula fabrique d'excellentes armes de guerre et de chasse. La fonderie impériale d'Oboukhov fournit à Tarmée et à la marine Tartillerie jusquelà achetée aux établissements similaires d'Allemagne.

Les machines agricoles, dont les paysans russes commencent à apprécier les services, sortent en plus grand nombre des ateliers de Moscou, de Toula, de Kalouga, de Nij ni -Novgorod.

Ia quincaillerie^ la serrurerie^ la clouterie, la fabrication des outils dont le débit est énorme en ce pays où les constructions en bois sont encore les plus usitées, ont leur siège dans les mêmes villes. Tver est pourtant au premier rang pour la clouterie.

Lexistence dHndiutnes d'art et de Ituce, naturalisées en Russie depuis plusieurs siècles, atteste que la main-d'œuvre la plus ingénieuse ne manquera pas le jour où l'instruction sclentifîque aura fait des progrès plus remarquables encore. Moscou, Saint-Pétersbourg, Tiflis ont des orfèvres chez lesquels s'allient le goût du dessin et la linesse de l'exécution ; les ^ontts, les porcelaines d'art de la manufacture impériale, les cristaux, les niûMt^u^s, font grand honneur à l'habileté des artisans et des ingénieurs de la capitale.

En résumé, les industries dérivées du règne minéral n'ont pas encore atteint en Russie leur développement normal. Ce pays où ne manquent ni le combustible minéral, ni les métaux, ni l'habileté de main-d'œuvre,

(i) Production de la fonte, du fer et de Tacier (sauf celle de la Finlande) : Ponte. Fer. Acier.

*^ 448.000 tonnes. }9?. 000 tonnes. 307.000 tonnes.

1^ 87fi.000 — 4JI.000 — 365.000 —

ïWî 1.029.000 — 495.000 — 371.000 —

est appelé à posséder tout le cycle des industries méo^inîques. Il est probable que la révolution accomplie aujourd'hui en Angleterre, en France et en Allemagne ne tardera pas à s'opérer en Russie; les houillères mieux exploitées attireront dans leur voisinage la plupart des industries. La facilité des transports par voies navigables et canaux rendra cette transformation plus facile que partout ailleurs.

Industries dérÎTées du règne ▼égétal. — Les matières végétales sont en Russie Tobjet de nombreux travaux industriels.

Les scieries de bois fournissent les planches, poutres équarries, nécessaires à la construction des maisons et à Texportation. Auprès des forêts de sapins se sont établies des usines de produits chimiques qui travaillent les tjommcSf le goudron y la térébenthine. Avec l'écorce de tilleul, on fabrique dos nattes, des tapis, des sacs, des filets, des câbles, des couvertures de maisons, etc.

La meunerie a pour centre principal Odessa, la grande cité d'exportation des grains cl des farines (1). Avec les grains on fabrique beaucoup d*eau (ie-vie : Valcool de pommes de terre entre aussi de plus en plus dans lalimentation des paysans. La Pologne et Riga distillent la plus grande quantité de grains et de pommes de terre (2).

Mais l'industrie végétale qui s'est le plus développée est sans contredit celle de la raffinerie des sucres de betterave. On compte aujourd'hui plus de 200 raflineries, réparties en trois groupes, ceux des terres- noires, de la Pologne, et de la Finlande. C'est dans les gouvernements de KharkoT et de Kiiev que l'on fabrique le plus de sucre ; il est bon de remarquer que cette localisation géographique s'explique par le voisinage du grand port d'Odessa. Toutefois l'industrie sucrière de Russie traverse en ce moment, comme celles de l'Europe occidentale et centrale, une crise assez grave (3).

Les brasseries sont en pleine prospérité et, bien que leur établissement soit récent, elles ont déjà affranchi la Russie du tribut longtemps payé au commerce allemand. Mais ces établissements achètent encore une grande partie de leurs houblons à l'étranger; il suffirait d'encourager la plantation de houblonnières en Pologne et dans la Russie méridionale pour rendre l'industrie russe absolument indépendante en peu d'an-

(I) Production des farines (1889): 3.455.000 tonnes. 1/200 de rexporlation des céréales se fait sous forme de farine.

(*») Production de ralcool (180*2-93;: 1.295.000 hectolitres, en diminution sur les années précédentes.

(3) Production des sucres dans 2'24 fabriques (Russie et Pologne) :

1 892-93 3 i 5. 57 7 tonnes de sucre brut.

Sucres raffinés :

1892-93 4r..080 tonnes.

RUSSIE. n9

nées. C'est à Fouest que les brasseries sont le plus nombreuses (1). Les îTidustries textiles sont déjà fort prospères. C'est que le tissage etla filature ont été de tout temps en honneur chez les Russes, quelle que fût rimperfectîon des procédés. Les premières usines se sont étaJ)lies dans les districts où, de toute antiquité, les paysans excellaient à tisser et à filer le lin. Les gouvernements de Moscou, de Kostroma, de Vladimir, ont conservé leur ancienne réputation. Aucun sacrifice n'a été d'ailleurs ménagé pour s'affranchir à la fois de la routine des procédés mécaniques eldeTimitation de l'étranger. 11 y a, en ces matières, un véritable goût national que l'on implante et fait prévaloir de plus en plus chez la clientèle asiatique.

Vindmtrie Uniéreen particulier a beaucoup progressé. Jadis, récemment même, on faisait peu de cas de la loile russe, trop grossière et imparfaitement préparée. Aujourd'hui les produits de Vladimir valent ceux de la Flandre. La Russie fut, pendant la fin du xvni« siècle et au commenl'eraent du xix*, un pays de grande exportation des toiles; de 1820 à !87d environ, elle avait perdu sa clientèle, faute d'avoir amélioré l'outillage de ses fabriques. Aujourd'hui, non contente de fournir de lin et de chanvre les manufactures de l'Occident, elle expédie ses toiles de toute qualité en concurrence avec les meilleures marques des pays de vieille industrie. La filature et le tissage du lin souffrent pourtant du développement des industries du coton.

Vindustrie cotonnière est en Russie la plus importante des industries textiles. Les cotonnades russes, qui étaient naguère peu estimées du commerce, sont aujourd'hui aussi soignées que celles d'Angleterre; elles ont conquis le marché national sur lequel les produits de Manchester ne trouvent presque plus d'acheteurs (2).

Si Ton observe que la consommation des tissus de coton est encore très restreinte en Russie, et ne peut manquer de s'accroître rapidement à mesure que s'y développera le bien-être, que les manufactures russes trouYeronl en Asie centrale et orientale une nombreuse clientèle, il est aisé de prévoir l'extension que prendra bientôt cette sorte d'industrie

Le siège de l'industrie cotonnière est le même que celui de Tindustrie linière; Vladimir, laroslav, Kostroma, Tver, Kalouga, Moscou, Riazan, possèdent le plus grand nombre de filatures, de métiers mécaniques. Ces usines sont à portée des houilles du bassin de Moscou.

Telles sont les principales industries dérivées du règne végétal; elles ont pris un essor remarquable depuis quelques années. Pour quelquesunes la Russie a l'avantage de se fournir à elle-même la matière pre-

(.1) Industrie de ta bière (1892) : 1.^33 brasseries produisant 3.937.000 hectol. (2) Industrie cotonnière : 912 fabriques, 245.000 ouvriers en 1893. Valeur de la production :

1880 987.560.000 fr.

mière; déjà, les patriotes russes songent aux moyens de remplacer le$ cotons amé/ricains par ceux de TAsie centrale où le cotonnier réussit bien. Une meilleure exploitation de la houille est, là encore, le remède, et la cpndition principale de prospérité.

Indastries dériTées du rogne animal. — L'agriculture et la pèche donnent naissance à l'industrie des conserves : les poissons de la mer Caspienne et de la Volga, de la mer d'Azov, de la mer Blanche, sont salés et cpnservés soit pour la consommation russe, soit pour l'exportation. La Hyssie vend aussi à ses voisins du beutre et des fromages.

Les cuirs de Russie, dont l'odeur particulière vient de l'huile de bouleau noir qui sert à les préparer, ont une grande réputation sur tous les marchés de l'Europe. Les tanneries et mégisseries de Moscou, de Pétersbourg et de Kazan, sont les plus considérables. On sait y donner toutes sortes de couleurs aux cuirs par l'emploi fort ingénieux de diverses écorces.

L'industrie lainière n'a pas encore toute l'extension qu'elle devrait avoir en ce pays où les troupeaux de moutons sont nombreux, où la rigueur des hivers amène une consommation importante de tissus de laine : les grands marchés des laines sont Kharkov, Kherson, Poltava, Varsovie, villes situées à portée des régions agricoles qui possèdent le plus de moutons. En. outre, il se tient à Nijni-Novgorod une foire aux laines où viennenl s'approvisionner les Allemands qui les revendent à Leipzig, Stettin et Berlin. Les cargaisons destinées à l'Europe occidentale sont embarquées à Odessa : les acheteurs de France, de Belgique et d'Angleterre y font leurs commandes. Moscou est le centre de l'industrie lainière ; on y fabrique des draps fins qui se vendent dans les provinces de l'ouest, de gros draps préférés dans les pays plus froids de l'est. Cette ville a aussi de belles manufactures de châles et de cachemires, laroslav conserve sa vieille réputation pour le travail des tapis.

C'est encore Moscou qui a le monopole de la fabrication des tissus tle soie ; mais ses deux cents établissements n'occupent encore que cinq mille ouvriers. Malgré les progrès des plantations de mûriers dans la Russie méridionale et la Transcaucasie, il faut acheter chaque année des soies d'Italie, de Perse et d'Asie Mineure. La Transcaucasie commence à tisser ses soies. En somme la Russie occupe un rang très secondaire parmi les pays où l'on travaille la soie; pourtant le climat de ses provinces méridionales et transcaucasiques lui permettrait de rivaliser avec les États les plus favorisés du monde.

Les pays du sud-est, compris entre l'Oural et la Volga, tissent avec les poils de chameau de gros draps très estimés des nomades et qui font prime sur les marchés d'Asie centrale.

Avec les suifs des troupeaux de moutons si gras des steppes Kirghizes, on fabrique, surtout à Odessa et à Kharkov, des bougies, des chandelles, des cierges, des savons en grande quantité. La valeur des produits de cette nature est voisine de 50 millions de francs.

Résumé sur Tindastrie. — En résumé, l'industrie russe a fait, dans la seconde moitié du xix« siècle, d'énormes progrès. La Russie n'est

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plus le pays exclusivement agricole où, jusque vers 1860, les produits manufacturés d'Allemagne et d'Europe occidentale étaient vendus sans rencontrer la moindre concurrence. Elle s'est rapidement affranchie de l'industrie étrangère, et armée à son tour pour la vente à Textérieur. Pour ne citer qu'un fait caractéristique, rappelons que les indiennes de provenance russe gagnent chaque année du terrain en Perse sur les tissus similaires de la Grande-Bretagne.

La zone proprement industrielle de la Russie est intercalée entre les riches pays agricoles du tchernoziom et la région des forêts septentrionales; sa limite, au nord, est à peu près marquée par une ligne qu'on mènerait de Smolensk à Tver et aux sources de la Petchora, au sud plus exactement par la lisière des pays à tchernoziom. La localisation est très nette. Les gouvernements où l'industrie est le plus active sont ceux de Moscou, de Saint-Pétersbourg, de Vladimir, de Kiiev, de Toula, de Varsovie. La plupart des industries ont même pour centre commun le gouvernement de Moscou, qui renferme en particulier le cycle complet des industries textiles; Moscou est la capitale industrielle de la Russie comme Nijni-Novgorod en est la capitale commerciale. Cette concentration, qui s'accentue de plus en plus, n'est autre chose que l'effet connu de l'attraclion à la fois des houillères et des grands centres de population. Toutefois la métallurgie n'a pas encore accompli la même évolution ; et une autre grande industrie russe, celle des scieries de bois, est naturellement restée rnée dans les gouvernements du nord, dans les pays d'Arkhangelsk, de Saint-Pétersbourg, et en Livonie.

La concentration graduelle de l'ensemble des industries russes s'affirme par la diminution du nombre des usines et par l'accroissement d'importance de celles qui subsistent. Entre les années 1880 et 1884 le nombre des usines a décru d'un millier environ, tandis que le chiffre des ouvriers occupés et des objets produits se développait dans des proportions considérables.

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