C. — GOMMERCK
La Russie, malgré la grande richesse de son sol en produits agricoles, en métaux industriels, a été longtemps, et a pu craindre d'être toujours condamnée, par sa position même, à rester sous la dépendance industrielle, commerciale et financière des autres États, plus tôt initiés aux bienfaits de l'unité politique et des découvertes de l'industrie moderne. Nous avons déjà vu comment, au point de vue purement industriel, elle sen est dégagée. Mais, pour qu'elle atteigne le rang qui semble lui être promis par la nature, il faut que son commerce suive la même voie ascendante, qu*elle profite de ses richesses non plus seulement pour s'affranchir de la production étrangère, mais pour lutter avec elle sur les grands marchés du monde. Elle s'y essaie, mais il n'y a pas à se dissimuler qu'elle a eu et aura beaucoup de difficultés à vaincre pour atteindre ce but
Toies de commiinicalion. — D'une façon générale on peut dire que les
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voies de communicalion extérieures et intérieures de la Russie sont peu développées, mal organisées, et que cela lui nuit beaucoup dans ses efforts d*expansion. Tout a contribué à cet état de choses : la situation même puis rétendue du pays, son climat, la disposition de ses fleuves, Theure tardive de son arrivée à la civilisation, toutes ces conditions maintiennent la Russie à un rang assez peu brillant parmi les puissances européennes.
En effet, elle touche bien, comme la France, aux mers intérieures que TAtlantique forme au nord et au sud de l'Europe ; mais elle y est bloquée par des détroits resserrés dont elle n'est pas maltresse. Dans son système de communications, la mer, qui devrait jouer un rôle capital, ne devient plus qu*un moyen secondaire, faute de sécurité politique. Les puissances maritimes de TOccident s'appliquaient jadis à lui fermer l'accès des mers libres ; il semble que ce rôle ait été repris, dans une certaine mesure, par la coalition des États de l'Europe centrale. La mer Baltique et la mer Noire peuvent, à la merci de combinaisons politiques, se transformer en prisons des flottes russes; au point de vue commercial, ce sont de médiocres couloirs d'accès vers les parages qui intéressent le grand trafic international. La mer n'est pas russe d'inclination.
Nous avons vu que les côtes de ces mers trop bien fermées étaient elles-mêmes médiocrement articulées. Qu'on y ajoute Tinconvénient du chômage auquel les gelées de l'hiver continental condamnent les ports de la Baltique et de ses golfes. Enfin ce n'est sur aucune de ces deux mers que débouche son fleuve le plus grand et le mieux navigable, la Volga; il tombe dans la Caspienne, véritable lac.
C'est donc la terre qui jouera le premier rôle dans le système des communications de l'empire russe; routes, voies ferrées, fleuves, canaux, qui ne sont dans la Grande-Bretagne que les affluents d'une circulatiou maritime intense, deviennent en Russie les moyens principaux. Du moins les conditions de viabilité y sont assez bonnes, à cause de la modicité du relief.
Le Caucase seul est un obstacle sérieux entre la Russie européenne et les provinces conquises du versant méridional. L'Oural ne peut être considéré comme une véritable barrière. Quant aux ondulations de Tintérieur de la Russie, elles sont peu importantes. La Russie d'Europe est donc, dans son ensemble, bien cohérente, et se développe sur une plaine dont l'unité et l'uniformité sont remarquables. Il n'y a point, comme en Autriche- Hongrie, des provinces de l'empire extérieures, excentriques, mal rattachées au tronc; tout est bien d'un seul et même bloc, d'un caractère identique ou analogue. Aussi, avec ses formes larges et simples, avec son relief insignifiant, la Russie peut unir, suivant des lignes droites ou du moins fort directes, ses principales zones de production.
Le réseau des routes a été très rapidement développé depuis quelques années. Il comprend aujourd'hui plus de 120000 kilomètres de voies dont 15 ou 20 000 seulement sont en permanence dans un bon état
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d'entretien. Au reste la condition varie d'une région à Tautre. Au sud, dans les terres grasses du tchernoziom, les fontes de neige du printemps, les averses d été et d'automne, détrempent aisément les chemins et les transforment en fondrières. Dans la Russie orientale, où les pluies sont de médiocre importance, la circulation est moins gênée. En Finlande, sur un sol de granit, la viabilité est meilleure que dans le reste de l'empire. H est plusieurs zones, comme les toundras du nord, les marécages de ringrie, de l'Esthonie, et du pays de Pinsk, où il a fallu construire à grands frais des chaussées.
Le centre du réseau routier est Moscou, qui occupe d'ailleurs à peu près le centre géométrique des pays russes. De là rayonnent des routes dont quelques-unes ont une grande importance commerciale. La Russie possède la plus longue route qui existe au monde, celle qui unit Saint- Pétersbourg à Irkoutsk, en touchant Novgorod, Moscou, Kazan, Perm et Tobolsk ; c'est un trajet de 6 300 kilomètres. Une autre grande route conduit de Kazan à Bokhara et à Kouldja; beaucoup de caravanes la suivent. Ainsi la ville de Kazan est le point de départ des voies à destination des marchés de la Sibérie et de l'Asie centrale. Mentionnons, €omme chef-d'œuvre de persévérance et d'audace, la route qui mène à travers le défilé de Darial (Caucase central) de Vladikavkas à Tiflis.
Contrairement à ce que l'on voit dans la plupart de nos pays européens, c'est l'hiver qui est en Russie la saison des transports actifs par terre. Les couches de neige, durcies pendant plusieurs mois, portent mieux que le sol durant la saison chaude, voitures et traîneaux. Sur de vastes étendues on circule en traîneau comme on le ferait en barque sur des lacs, mais avec beaucoup plus de vitesse. C'est la véritable saison des charrois; cette circonstance est un avantage réel pour la Russie, et compense heureusement son manque de routes. L'hiver travaille pour les Russes ; et au moment où les voies navigables chôment, la terre ferme a ses barques.
Longtemps la Russie repoussa l'introduction des voies fen^ées. Jusqu'à l'année 1843, aucun chemin de fer ne fut autorisé; l'empereur Nicolas 1" ne voulut permettre que la construction d'une ligne de Saint- Pélersbourg à Moscou. La guerre de Crimée ouvrit les yeux aux politiques russes. On se hâta donc, et on établit, tant en Europe qu'en Asie, le réseau actuel (i). De 1865 à 1880 on a livré à l'exploitation environ 19000 kilomètres. Après avoir tant dépensé en si peu d'années, il n'est pas étonnant que la Russie se repose de ses sacrifices. 11 y a ralentissemenl
(1) Longueur exploitée au 31 décembre 1893: 34.8.S4 kilomètres.
Russie proprement dite 31 .304
Finlande 2.087
Chemin de fer transcaspien 1 . 433