IV. - MONTÉNÉGRO
La principauté de Monténégro, occupe, entre la Bosnie et l'Albanie, de hauts plateaux calcaires que sillonnent les vallées de la Drina, affluent de la Save, et de la Moraca, qui tombe dans le lac de Skutari. Le poK de Dulcigno lui donne accès sur l'Adriatique. La superGcie est de 9,000 kilomètres carrés environ.
On évalue approximativement la population de ce petit Etat à 200,000 habitants, presque tous de religion grecque.
Le Monténégro est un Etat purement agricole, et même surtout pastoral ; aucune industrie n'y est exercée, sauf celles qui sont nécessaires à la nourriture et au vêtement d'une population encore peu instruite,, belliqueuse par excellence, aguerrie par de longues luttes contre les Turcs et les Albanais.
Les Monténégrins achètent aux marchands autrichiens des tissus, des
Principaux pays de provenance et de destination ( 1 892) :
Imporlations. ExporUlions. Total
Autriche-Hongrie... 21.056.000 fr. 40.749.000 fr. 62.705.000 fr.
Allemagne 3.84G.000 — 1.184.000— 5.030.0ii0 —
Turquie 1.775.000— 2.962.000— 4.737.000 —
Grande-Bretagne ... .1.759.000 — 20.000 — 3.788.000 —
Amérique 1.612.000— — 1.612.000 —
Roumanie 892.000— 5^5.000— 1.437.000 —
France 478.000— 282.000— 7< 0.000 -
llalie 701.000— 21.000— 722.000-
Russie 718.000— — 718.000 —
Bulgarie 92.000— 487.000— 570.000-
Bel«.'iquc .M7.000 — 10.000 — 536.000 -
Suisse 518.000— — 518.000-
Grcce Oi.OOO — — 94.000-
GRÊGK. 225
outils, des armes. Ils exportent des bestiaux, des fromages, des laines, da sumac pour une somme de 5 millions de francs environ, surtout par Dulcigno. il y a aussi, par terre, un certain courant d^échanges avec les marchés de l'Albanie.
Résnmé politiqae. — Le royaume de Grèce occupe la partie méridionale de la péninsule des Balkans, la région la plus découpée, et s'étend sur une bonne partie de TArchipel (Cyclades). Sa superficie est de 65.119 kilomètres carrés peuplés de 2,217,000 habitants environ (34 par kilomètre carré) (i).
Le gouvernement est une monarchie constitutionnelle : le roi gouverne a^isté de ministres responsables devant une assemblée ou Boulé élue au suffrage universel (2).
Conditions générales de la géographie économiqae. — La Grèce est en complet contraste économique avec la majeure partie des Etats de la péninsule des Balkans. Turcs, Bulgares, habitant des pays admirablement favorisés par la nature, n'en ont point tiré un profit suffisant ; il est vrai que les Bulgares ne sont pas maîtres de leurs destinées depuis aussi longtemps que les Grecs. Mais ces derniers dominent sur des pays d'une fertilité médiocre, où les ressources minérales sont insuffisantes au développement d'une grande industrie. L'homme a vaincu la nature; ou.
(1) Détail de la population (IKH9} :
Llmmense majorité de la population est grecque, seuls, 90 à 100.000 Albanais occupent certaines parties du pays ;
Grecs dans l'Empire Turc 5.900.000
dont 8.500.1100 en Turquie d'Europe
Professions :
Agriculteurs et bergers.. 444.000 | Commerçants 117.000
Artisans 64.UOO | etc.
Beligions :
Orthodoxes grecs 1. 903. 000 • Protestants et catholiques. 14.677
Musulmans 24.000 | Juifs 5.792
()) Les finances sont en assez mauvais état; le déficit est considérable :
Recettes. Dépenses.
1892 105.882.000 fr. 107.nOO.000 fr.
Dette publique 720.000.000 fr. (323 fr. par tète}.
Budget de la guerre (dépenses) 14.580.00'» fr.
— marine — 5.154.000 —
L'armée, recrutée par Tôbligation du service comprend à peu près 24.000 bomines et 3.000 chevaux sur le pied de paix, 66.000 sur le pied de guerre. La marine est composée de 3i» bâtiments dont 3 cuirassés.
Géographie économ. 15
pour mieux dire, les qualités d'articulation maritime de la péninsule hellénique ont compensé les inconvénients d un sol rocheux et peu fécond. La mer a de tout temps consolé les Hellènes des épreuves de la terre ; c'est là qu'ils ont gagné l'habitude et l'audace du négoce, acqui> cette souplesse d'esprit qui a fait leur fortune politique et commerciale, contracté cette intelligence merveilleuse des affaires qui» abstraction faite du nombre, les met au premier rang «Vs peuples de l'Europe orientale. En noire siècle où l'habileté industnt'lle et la ruse commerciale sont. presque autant que la force militaire, des facteurs de la grandeur politique, la Grèce peut aspirer à jouer un rôle considérable dans lesdébal> embrouillés dont la Méditerranée orientale est le théâtre.
Agriculture. — Ainsi Vagricultwe est peu développée ; ce n'est point faute de travail intelligent, mais à cause des conditions mêmes de géologie, de climat et de relief du pays (t). Les régions les plus favorisées sont la Thessalie, la Béotie, la Messénie, TElide, enfîn les lies, surtout l'Eubée et Corfou.
Les forêts ont une superficie fort restreinte ; elles ont été ravagées, plu> que partout ailleurs, par les bergers qui allument des incendies pour gagner des terres à pâturages. Celte œuvre de dévastation inintelligente n'est pas encore arrêtée, malgré le vote de lois de répression très rigoureuses, et les efforts énergiques du gouvernement pour les appliquer. Un comprend combien sont grandes les difficultés de cette tâche dans un pays coupé de montagnes, comme la Grèce. Les Français ont-ils réussi en Tunisie, en Algérie, et môme en Corse *? Les forêts les plus étendue^ de la Grèce sont celles des provinces montagneuses du nord, puis de l'Élide : on exploite dans ces régions la vallonée des chênes.
On doit se garder de croire, avec quelques géographes, que la Grèce possédait dans l'antiquité une végétation forestière intense. Sans doute le nombre des arbres a diminué : mais, en outre, il ne faut pas prendre au mol les récits des anciens parlant des forêts de telle ou telle province grecque. Les écrivains classiques n'ont pas menti ; mais la notion représentée par le mot « forêt » n'est pas identique dans l'esprit d'un homme de l'Orient et dans celui d'un occidental.
LescuUures alimentaires sont \oin de suffire aux besoins delà population grecque. Les céréales (maïs, froment, orge, seigle, avoine) n'occupent qu'une superficie restreinte. L'Allique cultive surtout l'orge ; la Messénie et l'Élide ont de beaux champs de maïs et de blé. L'avoine est beaucoup
(I) Distribution du sol (1893):
Cultures de toutes sortes... 1.430.000 hectares environ.
ForAts 818.000 —
Pâturages 2.020.000 —
Terre inexploitée 1.212.000 —
Le draînage du lac Copaïs (1893) a ajouté au sol arable une superficie de 24.000 hectares.
plus rare; c'est l'orge qu'on emploie le plus souvent à la nourriture des bestiaux. Le seigle est très peu cultivé (i).
Les cuitures maraichères ont une grande importance pour lalimentation grecque. Dans les jardins bien cultivés des environs des grandes villes et de la campagne, dans les lies en particulier, on récolte beaucoup de tomates, d'aubergines, de melons^ de pastèques. On commence aussi à cultiver les pommes de terre dans quelques provinces.
Les cultures arborescentes sont une des sources de la fortune du pays ; la vigne en particulier est une richesse caractéristique du sol grec. Les ravages du phylloxéra en France, les progrès constants de la fabrication des vins de raisins secs, ont vivement encouragé la viticulture hellénique [2).
Les vignobles les plus étendus sont ceux de TÂttique, de l'Élide, de Mantinée, de Corinthe et de la côte d'Achaïe, de Santorin, de Sainte- Maure, de Céphalonie. On distingue généralement quatre groupes :
!• Le groupe des iles Ioniennes avec les crus estimés de Sainte-Maure et de Céphalonie. Cette dernière lie donne des vins d'une saveur voisine des bons vins de table du midi de la France, assez forts en couleur ; on y fait aussi une certaine quantité de vins blancs.
2*^ Le groupe du Péloponèse; là les principales plantations sont dans les districts de Patras et de CiOrinthe. On y fabrique des vins renommés, vins de dessert surtout; mais une bonne partie des récoltes est vendue sous forme de raisins s^cs pour l'exportation.
3» Le groupe de la mer Egée; là le centre de production est Santorin qui prépare des %'ins blancs et rouges, naturels ou très sucrés. Tinos donne « le malvoisie ».
4» Le groupe de VAttiquc. L'Attique possédait peu de vignes dans l'antiquité et fabri(|uait des vins sans réputation. De nos jours les vignobles ont pris une grande extension ; les crus des côtes du Parnès et de Phalère comptent parmi les meilleurs de la Grèce.
La production des vins atteint aujourd'hui près de 3 millions d'hectolitres; mais la plupart des raisins sont séchés pour l'exportation. Les >ias se conservent difficilement sauf quelques crus privilégiés; pour les garder on les additionne souvent de résine ce qui leur donne une saveur un peu acre.
(I) Culture des céréales (1893):
Superficie totale 449.000 hectares.
Production totale 7 .350.000 hectolitres.
{% Culture de la vigne :
1860 50.000 hectares.
189i 135.000 hectares plus 67.800 en raisin de Corinthe.
Production en 1893: 2.970.000 hectolitres plus 158.000.000 kilogr. de raisins de Corinthe.
La culture de Volivier, si prospère dans Tantiquité, avait été singulièrement restreinte pendant la domination turque; on punissait les révoltes en coupant les oliviers. Mais la Grèce libérée a reconstitué cette richesse. Il n*y avait plus guère que 2 millions d'arbres au lendemain de la guerre de l'indépendance ; l'œuvre de restauration fut poussée si vivement qu'on en comptait 7 millions et demi en 1870 et 12 millions en i875. Corfou a les plus belles plantations, la Messénie et la Laoonie, TAttique et la Béotie, l'Eubée sont ensuite les régions les plus favorisées (4). Si la culture s'est rapidement étendue, les progrès de la fabrication de l'huile ont été beaucoup moins satisfaisants. On ne doit pas oublier d'ailleurs que les Grecs consomment une grande quantité d olives fraîches ; si, dans nos régions, nous sommes accoutumés à ne considérer l'olivier que pour son huile, les Orientaux voient dans le fruit un de leurs meilleurs aliments.
Les orangers, les citronniers, les figuiers abondent dans les Iles et dans le Péloponèse. Les amandiers donnent, dans les Iles, des fruits estimés. Quant aux arbres fruitiers connus des pays de l'Europe occidentale et centrale, abricotiers, poiriers, ils prospèrent beaucoup moins, et ne portent le plus souvent que des fruits médiocres. Il faut faire exception pour les Iles Ioniennes qui doivent à leur merveilleux climat une faculté d'acclimatation vraiment extraordinaire.
Les cultures industrielles sont encore peu avancées. Dans cette catégorie il convient de nommer surtout le mûrier, le tabac et le lin. La Grèce compte plus de 3 millions de mûriers cultivés surtout dans les provinces péloponésiennes du sud, en Laconie et en Messénie, puis dans l'Eubée. Les plantations de tabac, jadis de médiocre étendue, fournissent aujourd'hui environ 7 millions de kilogrammes de feuilles d'excellente qualité ; TArgolide et la Thessaiie en possèdent le plus grand nombre d'hectares. Le lin a perdu du terrain en Grèce comme dans TOccident, par suite de la concurrence des produits russes. On ne saurait encore se prononcer sur le succès des tentatives de culture en grand des cotonniers au sud du Péloponèse ; la Messénie semble offrir à cette plante des conditions propices.
Ainsi l'agriculture grecque, dont lesméthodesne sont pas encore toutes parfaites, mais dont la prospérité repose sur le labeur d'une population sobre et intelligente, est en plein développement; aucune autre région de la péninsule des Balkans ne saurait, à cet égard, être comparée à la Grèce.
V élevage proprement dit n'est point fort développé ; il reste bien des progrès à faire pour accroître la richesse animale. Le gros bétail, auquel il faut de grasses prairies et beaucoup d'eau, n'était pour ainsi dire, pas élevé avant l'annexion de la Thessaiie; les provinces de l'ouest, Messénie, Élide, Arcananie, lies Ioniennes ne comptaient pas en tout 100,000 bêtes
(1) Superficie des plantations d'oliviers (1893): 171.000 hectares produisant 4.795.000 kilogr. environ.
à cornes en 1870. La Grèce n'avait pas 90,000 chevaux; en revanche on y nourrissait déjà près de 100,000 dues et mulets^ animaux excellents pour les transports en pays de montagnes.
Les pays les plus riches sont, après la Thessalie, la Messénie, TÉlide, la Béolie, les lies Ioniennes.
Les moutons, faciles à élever dans les régions montagneuses et sèches, sont très nombreux, les chèvres également ; ces animaux contribuent beaucoup, par leur lait et leur chair,à lalimentation grecque. On sait que l'expression « manger Tagneau pascal » n'est pas une métaphore dans les pays helléniques (1).
La pêche est une industrie fort développée, sur toutes les côtes de la Grèce continentale et insulaire. En outre les marins des lies Cyclades, surtout de Syra, vont, comme ceux des Sporades, encore sujets turcs, pêcher les éponges sur les côtes de Syrie, d'Asie Mineure et jusqu'en Tripolitaine et en Cyrénaïque.
Le Grec est excellent chasseur. Les passages d'oiseaux de toutes sortes, i^anards sauvages, cailles, etc..,, sont fréquents. La chasse donne surtout d'abondants produits dans les provinces du nord et dans les lies. La quantité de cailles que l'on tue à Syra, à l'époque des grands passages, est prodigieuse.
Est-il besoin de rappeler la réputation du miel de l'Hymette? On élève aussi beaucoup d'abeilles dans la Péloponèse, en Aixadie, et dans les régions montagneuses du nord.
L'élevage n'avait pas grande chance de développement avant l'acquisition de la Thessalie ; il en est tout autrement depuis que cette belle pro« vince a été annexée. Avant peu d'années la Grèce aura là une précieuse réserve de gros bétail ; elle y trouvera d'excellents éléments pour la remonte de sa cavalerie.
Industrie. — L'industrie commence à s'éveiller, quoique les Grecs ne semblent pas encore avoir pleine conscience des ressources de leur pays. Carrières et mines renferment en abondance des matières industrielles; par malheur la houille fait défaut. Mais ce désavantage dont la Suisse a pu triompher à force d'habileté commerciale, la Grèce, à plus forte raison, pourrait le compenser. N'a-t-elle pas une marine à voiles capable de transporter à meilleur compte que tout autre l'indispensable combustible, des négociants aussi avisés que ceux de l'Helvétie? Quand la Russie, la Bulgarie et la Serbie exploiteront mieux leurs gisements houillers, la Grèce profitera, elle aussi, de ces progrès. Dès maintenant les houilles d'Angleterre, de Belgique et d'Autriche arrivent dans quelques ports grecs pour les besoins de la navigation et des manufactures encore assez rares.
(1) Élevage:
Chevaux 95.000
Bétes à cornes 337 .000
Mulets 45.000
Anes 109.000
Moutons et chèvres ... 6.000.000 Porcs 45.000
L'extraction des métaux est déjà active en quelques districts; les gîtes de plomb argentifère du Laurium sont l'objet d une fructueuse exploitalion. En 1886, il a été extrait 45,000 tonnes de minerai qui, réduites sur place, ont donné 4,200 tonnes de métal. Au Sounion, dans les lies de Sériphos et de Siphnos, il y a des gisements de même minerai et aussi quelques mines de cuivre. Les carrières de marbre du Pentélique, de THymette et de Paros ne sont pas exploitées encore comme elles le mériteraient. Les salines dont l'État s'est réservé les bénéfices sont assez nombreuses; celle qui donne le meilleur produit est située à Anavyso en Attique. Le soufre abonde à Milo et en Eubée (I).
Mais la métallurgie n'est encore représentée que par quelques atolieredc réparation de navires à Syra, au Pirée, à Salamine où l'on a installé l'arsenal de la marine de guerre. Les grands ports, Syra, le Pirée, Nauplie, Patras, Corfou, ont des chantiers de consli'uction de 7tavires à voiles et de barques de pêche. Syra possède aussi de grandes tanneries.
Les industries textiles n'ont pris quelque importance qu'au Pirée où plusieurs manufactures bien outillées fabriquent des tissus à bon marché. La Grèce, qui produit en moyenne 20,000 kilogramme^ de soie, a conservé le secret de certaines étoffes que travaillent ses artisans sur des métiers primitifs. L'industrie de la soierie pourra se développer aisément.
Commerce. — Mais les Grecs doivent l'influence qu'ils exercent en Orient et leur rang élevé parmi les États civilisés d'Europe à leur génie commercial. Us ont, depuis dix ans, multiplié les routes, et construit un réseau de voies ferrées. Athènes est maintenant réunie à Patras et à Nauplie; depuis longtemps un chemin de fer faisait le service entre la capitale et son port le Pirée. Les plans d'un raccordement des voies ferrées grecques avec celles de l'Europe par Volo et Salonique sont à l'étude. Le Pirée pourrait alors faire concurrence au grand port macédonien, devenir, mieux que Brindisi, le lieu d'embarquement des voyageurs désireux de gagner l'Egypte, le canal de Suez et l'Extrême-Orient sans risquer un trop long voyage sur mer (2).
Pourtant la mer restera la route par excellence du commerce grec; c'est l'élément du peuple hellénique, le théâtre de son activité. Là aussi on s est ingénié à améliorer les conditions du trafic. Le canal de Corinlhe solennellement ouvert en 1893, évite aux navires venus de Marseille, de
(1) Production métallique en 1893 :
Lignite 12.000 tonnes.
Fer 189.000 —
Plomb 4.600 —
Zinc 22.600 —
Soufre 2.400 tonnes.
Manganèse 5 . 300 —
Sel 18.000 —
Statistiques muettes sur Targent.
(2) Chemins de fer grecs (31 décembre 1893) :
Exploités 915 kil. I Concédés 3*5 kil.
Eu construction 490— A l'étude 128 —
Gènes, de Brindisi et de Trieste le lour du Péloponèse. Le cabotage hellénique en retire aussi un grand avantage pour les relations entre les ports de la mer Ionienne et ceux de TArchipel (1). Toutefois les résultats de Texploitation sont loin d'être aussi avantageux qu'on lavait espéré un moment.
(-8 petit pays a une flotte commerciale considérable; la population marilimp, qui habite des côtes développées sur une étendue de 3,000 kilomètres, peut fournir 30,000 hommes d'équipage. Que serait-ce si l'on faisait entrer en ligne de compte les navires et les équipages grecs des lies qui obéissent encore aux Turcs, ou des grands ports d'Asie Mineure où la population de race hellénique est très nombreuse ? Celte marine joue un rôle prépondérant dans l'Archipel; et Ton voit souvent le pavillon prec dans les ports de toutes les régions de la Méditerranée, en particulier à Marseille. Le port du Pirée^ ceux de Syra dans les Cyclades, de Volo en Thessalie, sont parmi les plus actifs de la Méditerranée orientale (2).
Le co»j7ii«"cc proprement dit de la Grèce est assez important, il dépasse 200 millions de francs. 11 faut ajouter que, dans tout l'Archipel, et même dans presque tous les pays orientaux, les négociants grecs font la majeure partie des échanges. Les Grecs sont les principaux négociants du Levant où toutes les villes comptent une aristocratie commerciale d'origine hellénique (3).
'D Le canal de Corinthe est uq canal ouvert à la navigation maritime: ses dioiensions sont les suivantes :
Longueur 6.343 mètres.
Profondeur 8 —
Largeur ^au fond) î l —
. — (à la surface) 25 —
[1] Marine de commerce de la Grèce (1893) :
Vapeurs 116 jaugeant 83 . 508 tonneaux.
Voiliers 944 — 249.378 —
Total 1.060 — 332 886 —
Équipages 27 . ) 70 hommes.
Mouvement des ports grecs (1892) :
Entrées : navires grecs 2.639 jaugeant 369.172 tonneaux.
— étrangers. 3.943 — 2.41t».6t3 — Total 6.582 — 2.788.815 —
Sorties : navires grecs 2.105 — 376.531 —
— étrangers . 3.377 — 1.96». 189 —
Total 5 482 — 2.340. 72U —
Total général : 12.064 navires. 5. 129.535 tonneaux.
(3; Commerce (spécial) de la Grèce :
Imporlalions. Exportations. Total.
1888 . 109.000.000 fr. 95.000.000 fr. 206.000.000 fr.
La Grèce importe des céréales, du sucre, des denrées coloniales, des bestiaux, puis des lîssus, lainages, cotonnades à bon marché; elle exporte des métaux, des raisins secs, des huiles d'olive, des fruits, des cocons, du tabac (1).
Parmi les puissances qui commercent avec la Grèce, le Royaume-Uni arrive au premier rang, tant par le chiffre de ses ventes que par celui de ses achats. La Fran'-e suit de loin, achetant beaucoup de raisins secs, de vins, de soies, de tabac, mais ne vendant que pour une somme peu considérable de peaux et d'étoffes de laine. La Russie vend beaucoup de céréales, mais n'achète que pour une somme minime. La Turquie et ï Egypte viennent ensuite, puis Y Autriche-Hongrie, grâce à la grande compagnie de navigation du Lloyd qui accapare le cabotage de l'Archipel, et fait concurrence avec succès aux armateurs grecs ; elle vend beaucoup, mais achète peu. Le raccordement de ses chemins de fer avec ceux de la Turquie jusqu'à Salonique lui met une nouvelle arme entre les mains contre ses rivaux de l'Occident. V Allemagne enfin, là comme dans les autres pays de la péninsule des Balkans, suit de près son associée et développe ses échanges avec la Grèce. Mais sur les marchés grecs la lutte est possible pour les peuples maritimes de l'Occident contre les progrès du commerce austro-allemand. La Grèce elle-même, qui vit de trafic maritime, a tout intérêt à ce que les routes de terre ne ruinent pas l'industrie des transports par mer. Enfin elle doit désirer, comme la Russie, que jamais les Ëtats de l'Europe centrale n'atteignent les rives de la mer Egée, sinon de fait, du moins grâce à l'indifférence commerciale des Turcs. Son indépendance économique, base de sa liberté politique, y est gravement intéressée ; c'est un danger que les hommes d'Ëtat
(1) Détail du commerce (1892):
Importations.
Céréales 23 , 575 . 000 fr.
Filés et tissus 22.804.000 —
Minéraux et métaux. 1:2.186.000 —
Bois 5.608.000 —
Objets métalliques. 5.555.000 fr.
Poissons 5.037JKK) —
Peaux 4.717.000 —
Animaux 4. 159.000 —
Raisins secs 40.749.000 fr.
Minerais 17.491.000 —
Vins 3.276.000 —
Figues 2.510.000 —
Proportions :
Exportations.
Huile d'olives 2.242.000 fr.
Tabac 2.174.000 —
Éponges 1.642.000 —
Soie 1.626.000 —
Denrées alimentaires.
Animaux
Matières premières..
Importations.
Exportations.
Objets fabriqués 39.3 —
de la Grèce et ses négociants ont connu et signalé les premiers (1). Conclusion sur la Péninsule des Balkans. — De cette étude sur la péninsule des Balkans, il semble bien ressortir que les pays dont elle se compose sont, pour la plupart assez mal dotés de richesses agricoles, mais possèdent par contre, dans leur sol, de nombreuses ressources minérales. Tous, sauf peut-être la Turquie, assoupie dans le fatalisme musulman — pour combien de temps? — doivent arriver à utiliser ces richesses. Grecs, Serbes, Bulgares, curieux de science, avides de progrès, remarquablement doués au point de vue commercial, se sont mis à l'œuvre courageusement, et les progrès accomplis sont déjà remarquables.
(1) Principaux pays en relation avec la Grèce (1891) :
Importations. Exportations. Total.
Royauioe-Uni 40.325.000 fr. 49.774.000 fr. 90.099.000 fr.
France it.B^S.OOO— Ï5.554.000 — S8.i80.000 —
Russie 27.lfi9.000— 3.178.000— 30.347.000 —
Turquie et Egypte 21.490.000— 8.404.000— 29.894.000 —
Autriche-Hongrie 18.526.000— 7.228.000— 25. 754,000 —
Allemagne 7.185.000— 2.797.000— 9.982.000 —
Étala-Unis 3.393.000— 4.026.000— 7.419.000 —
Italie 4.220.000— 1.828.000— C. 048. 000 —
Belgique 3.337.000— 926.000— 4.2G3.000 —
Hollande 357.000 — 2.993.000 — 3.347.000 —