‹ Précis de géographie économiqueChapitre 41 sur 182 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

§ I . Coup d^œil sur la géognraphie physique et politique.

Situation et dimensions. — Le royaume d'Italie occupe la longue pé> ninsule médiane de l'Europe méridionale, et la grande plaine qui s'étend entre le demi-cercle des Alpes et la mer Adriatique. 11 faut y ajouter les deux îles de Sicile et de Sardaigiie. Très allongée dans le sens de latitude, elle s étend du 36° 30' au 40° de latitude nord; dans le sens de la longitude, ses points extrêmes sont marqués par les 4° et 16° de longitude est. Ses dimensions sont très différentes suivant le sens où on la mesure : tandis que, du Mont Blanc au cap Spartivcnto, on peut tirer une ligne de 1,160 kilomètres, la largeur maxima n'est que de 500 kilomètres et se réduit souvent dans la péninsule proprement dite à moins de 150 kilomètres.

La superficie est égale à un peu plus de la moitié de celle de la France : 289,589 kilomètres carrés.

Composition du sol. — La division de Tltalie en deux parties distinctes que nous avons déjà signalée se retrouve dans tous les caractères de sa géographie physique. La partie péninsulaire est composée essentiellement ' de terrains tertiaires traversés d'un bout à l'autre par la longue bande secondaire (terrains crétacés en majorité) des Apennins. La partie continentale se compose de la plaine quaternaire du Pô, entourée de trois côtés par des formations plus anciennes : tertiaires au sud, dans l'Apennin, cristallines et secondaires dans les Alpes. La Sardaigne est à peu près exactement partagée entre les terrains volcaniques de l'ouest et cristallins de l'est. Le volcanisme a deux de ses plus célèbres soupiraux dans l'Etna de Sicile et le Vésuve.

Relief. — L'Italie ne compte guère qu'une plaine digne de ce nom, c'est la plaine du Pô, qui pénètre en golfe profond entre les escarpements du versant sud des Alpes, et les pentes plus douces de l'Apennin septentrional. Dans le reste de la péninsule, le système Apennin formé tantôt d'une chaîne unique, tantôt d'un plateau rocheux, tantôt enfm de plusieurs chaînes parallèles sépare très nettement, et d'un rempart souvent très difficile à franchir les deux versants de la mer Tyrrhénienne et de l'Adriatique, celui-ci étroit, serré de près par les montagnes, celui-là plus

large, mais souvent encombré des chaînes secondaires du Subapennin. La Sicile et la Sardaigne sont, lune et l'autre, très montagneuses.

Bien qu'il ne dépasse qu'une fois l'altitude de 3,000 mètres {Etna 3,313 m.) le relief de Tltalie a une très grande importance économique, il enlève à la culture une partie assez considérable du territoire et surtout il divise le pays en compartiments séparés et difficiles à faire communiquer ensemble; les Alpes enfin forment une barrière longtemps presque infranchissable et toujoure difficile à traverser entre l'Italie et ses voisins de lEurope centrale.

Littoral. — L'Italie tient le milieu entre les deux péninsules voisines ; beaucoup moins massive que la péninsule ibérique, elle est moins arliculée que la péninsule balkanique. Elle a cependant une grande longueur de côtes (6,785 kilom.). Ce littoral est varié, souvent remarquablement découpé (côtes de Ligurie, Gampanie, Calabre, Sicile el Sardaigne), il est aussi quelquefois pauvre en articulations (côte de Tost^ane, Latium, côte de la mer Adriatique). Les ports de fltalie sont |)arnii les plus beaux de la Méditerranée (Gènes, Spezzia, Naples, etc.).

Climat. — Le contraste est surtout grand au point de vue du climat entre les deux parties du pays. Tandis que la plaine du Pô, abritée de tous les côtés des influences maritimes, a un climat absolument continental, aux hivers allemands et aux étés espagnols, la péninsule baignée de tous \e< côtés par la Méditerranée, ignore les hivers (sauf sur les montagnes}, et jouit en été d'une cbaleur tempérée par la brise de mer, cependant les côtes, et en particulier celles de la Toscane et du Latium sont infestées «le mal aria (1).

Les pluies, très fréquentes et considérables dans la région alpestre, «lans le haut Apennin (2 m. 1/2) deviennent de plus en plus rares à me- ^^ure que l'on descend dans les plaines, sans que cependant la sécheresse so fasse jamais vraiment sentir. La péninsule proprement dite est, comme tous les pays méditerranéens, soumise au régime des pluies d'hiver.

Hydrographie. — La forme du pays et la disposition de ses montagnes font qu'il n'y a en Italie qu'une région où puisse se développer un fleuve important, c'est la plaine du nord, où coule le Pô. Gelui-ci, né des Alpes, en reçoit le tribut sur sa rive droite par des affluents nombreux et abondants. Sur sa rive gauche, les torrents des Apennins ne lui apportent qu'un tribut précaire. 11 suffit à richement irriguer la plaine lombarde. Dans la péninsule, les fleuves sont plus courts, moins abondants, peu ou point navigables (surtout du côté de TAdriatique), mais ils rendent des services à fagriculture.

L'Italie a des lacs en assez grand nombre : d'abord les réservoirs des

(1) Températures :

.Milan Janvier 0o,5 Juillet 24o.

Naples Janvier «0, a Juillet 2*°. 3.

Alpes, régulateurs et filtres des affluents du Pô) puis les cuvettes d'origine volcanique de la Péninsule, sans importance aucune.

Populations. — Le royaume dltalie comptait, au 31 décembre 1894 une population de 30,900,000 habitants, très agglomérés, puisque la densité moyenne est de 107 habitants par kilomètre carré et atteint 189 en Campanie. Cette population s accroit très rapidement par Texcédent des naissances sur les décès, mais Témîgration combat cet accroissement et enlève au pays une quantité considérable de ses enfants (1).

L'Italie est peuplée presque exclusivement de descendants des anciens Latins ; peu de pays ont une population aussi homogène, bien qu*il ne faille pas considérer comme absolument semblables le Piémontais dur au travail et âpre au gain et le Napolitain paresseux et rêveur.

Presque tous les Italiens sont catholiques romains, c'est à peine si Ton compte dans le royaume 62,000 prolestants et 38,000 Israélites.

Gouvernement. — Lltalie, unifiée depuis 1859 seulement, complétée en 1870 parla conquête de « Rome Capilale» forme une monarchie constitutionnelle ; le roi, assisté de ministres responsables, a le pouvoir exécutif; le pouvoir législatif appartient à deux chambres, l'une, le Sénat, nommée à vie par le roi, l'autre, la Chambre des députés, élue par le suffrage des hommes âgés de 25 ans et sachant lire et écrire (En 1881, 53 p. 100 des hommes de plus de 20 ans étaient illettrés).

L'Italie souffre de l'état précaire de ses finances fortement obérées par la nécessité d entretenir une armée et une flotte considérables depuis que le pays est entré dans la Triple-Alliance (2). Les impôts sont formidables

(Ij Mouvement de la population

Années.

Excédent des naissances.

Emigration.

Principales villes (1892) :

Naples 532.000 hab.

Rome..' 440.(»00 —

Milan 426.000 —

Turin 330 000 —

Palerme 273.000 —

Gênes 212.000 —

Florence 197.000 hab.

Venise 149.000 —

Bologne 141.000 —

Messine 141.000 —

Catane 119.000 —

Livourne 104.000 —

(2) Armée et marine :

Armée. Service militaire obligatoire (2-3 ans de service actif).

Effectif total en temps de paix: officiers 14.563

— soldats 263.51)2

— — chevaux 50.543

— guerre 2.005.884 h.

Marine : 273 navires jaugeant 328.723 chevaux 2K61I hommes.

Etlectif en temps de guerre 70.532 —

et risquent de tarir complètement toute agriculture et toute industrie dans le pays ii).

§ II. Géog^raphie économique.

Condition générale. — Le royaume d'Italie a fait, depuis le jour où l'unité nationale a été assurée, plus de progrés peut-être qu'aucun autre pays d'Europe, TAUemagne exceptée. Son sol riche a été mis en culture par un peuple sobre, habile et laborieux. Si le sous-sol n'es! point pourvu de combustible minéral, du moins on y trouve en abondance la plupart des métaux industriels; l'éducation scientifique s'étant développée, l'industrie a pu commencer à prendre un certain essor. Enfin les relations commerciales de l'Italie se sont étendues en général, à la suite du percement des Alpes centrales, surtout avec les peuples du nord de l'Europe. Les Italiens ont même tenté d'acquérir des colonies. Si ces colonies ne sont pas encore sorties de la période militaire, on ne peut cependant préjuger déjà de leur valeur, les exemples de colonisation heureuse dès le début ne sont pas nombreux ; s'il en existe même.

A. — Agriculture.

ApUtndes natorelles. Principales régions. — L'Italie renferme plusieurs zones d'une fertilité merveilleuse ; mais les procédés de culture sont encore très arriérés en bien des provinces. En revanche l'utilisation du sol est complète, ingénieuse, si l'on en juge par les plus récenles^ statistiques (2).

Receltes.

Dépenses.

(]} Budget en millions de francs :

1893-94 (prévisions)

Dette publique (1893) 11.783.883.231 fr.

Budget de la guerre : ordinaire 237 .453.000 fr.

— extraordinaire 4. «OO.O^'O —

— —• marine : ordinaire 98.450.000 —

— — extraordinaire 6.940.000 —

Total 347.743 000 fr.

(2) Répartition des terres :

Terrain improductif 13. 1 p. 100.

— productif 86.9 —

dont

Forêts 12 —

Cultures 36 —

Population agricole environ 15.000.000 de personnes.

La répartition des cultures est très variable, puisque, de la Sicile aux Alpes, s'échelonne toute une série de climats, puisque les contrastes de la qualité géologique des terres, de leur altitude sont tout aussi saisissants d*une province à l'autre. D'ailleurs tout n'est pas l'expression pure et simple de l'aptitude naturelle ; l'intervention de l'homme a beaucoup modifié les conditions primitives du terroir italien. C'est ainsi que dans la province de Novare et en Lombai'die un savant système d'irrigation appliqué dès le treizième siècle a graduellement cliangé en terres très fertiles d'anciennes étendues de landes et de marécages.

Les aspects et les modes d'exploitation varient à la fois dans chacune des grandes zones climatiques et végétales de l'Italie. Le géographe Karl Ritter a bien montré ces variations dans toute l'étendue de la péninsule; qu'il nous suflise de résumer ici ses observations pleines de sagacité.

Il distingue les trois systèmes suivants :

Dans le système Lomburd^ le sol est divisé en un très grand nombre de propriétés ; là, c'est surtout à un merveilleux aménagement des eaux d'irrigation que tient la prospérité des cultures. Cette zone s'étend de la base du Mont Cenis à l'ouest jusqu'à la [mer Adriatique à l'est sur la Lombardie et la Vénétie, et, du nord au sud, du pied des Alpes à la base septentrionale des Apennins. Le Pu et ses affluents arrosent ce riche domaine de plaines, l'un des plus peuplés de l'Europe. Ce même système de culture savante et intense est appliqué à toute les plaines de quelque développement dans la péninsule. Maïs, riz, céréales, cultures alimentaires de toutes sortes, jardins fruitiers et potagers se succèdent sans interruption ; il n'y a point d'espace perdu. Si l'on en juge par la minutie des soins, on se croirait dans une région de petite culture. Mais le cultivateur n'y est en général que fermier.

Le deuxième système est celui de la culture en terrasses^ appliqué sur les pentes des régions montagneuses de toute l'Italie. Là les richesses végétales consistent en vignes, en figuiers, en arbres fruitiers de toutes sortes, puis plus au sud en orangers, citronniers, oliviers.

A une troisième série appartiennent à la fois les hautes montagnes et les districts warèca(/euXy les maremmes. Les marécages sont développés à la fois sur les cotes et le long des cours de certains fleuves, de l'Arno en particulier. On sait que, dans l'antiquité, ces étendues désolées des environs de Civita-Vecchia, d'Ostie, de Capoue, de Terracine, des Marais Pontins, furent de riches terrains de culture; les environs de Home furent beaucoup plus riants qu'aujourd'hui ; et déjà le succès des premiers travaux de culture scientifique démontre qu'on pourra y restaurer sans trop de peine l'œuvre des anciens.

Les forôU. — Les surfaces boisées de l'Italie représentent environ 13 p. 100 de l'ensemble du territoire, soit 4,150,000 hectares. Les forêts sont très clairsemées ; elles ont été exploitées sans aucun ménagement, surtout dans les provinces méridionales où le déboisement est très avancé. Le chiffre assez élevé de la surface forestière ne doit point faire

illusion ; en réalité il n*y a guère que 2 millions d'hectares plantés en hautes futaies ; le reste ne se compose que de taillis peu épais et nullement utilisés.

Mais les essences des forêts italiennes leur donnent une assez grande valeur. Le chêne se rencontre à la fois dans les forêts du nord, du centre, en Toscane et en Ombrie, puis dans Tlle de Sardaigne qui possède la belle forêt de Montana : les chênes-lièges de la même lie donnent un produit estimé. Les hêtres, les pins et les tilleuls^ les frênes et les châtaigniers peuplent aussi les grands bois du nord : les ch&taigniers sont Tobjet d'une culture soignée dans ces régions et jusque vers l'Apennin central.

Auprès de Ravenne s'étend une des plus belles forêts de châtaigniers de l'Europe. Les châtaignes sont la nourriture d'un grand nombre d'Italiens des classes pauvres, en Toscane, dans lesAbbruzzes et en Piémont (1). • Les plaines ont pour arbres caractéristiques le peupliei\ le cyprès et le 'fjtise. Enfin on voit en Italie nombre de caroubiers, de buis et d'acacias.

L'exploitation des forêts fournit, outre les troncs, planches, etc., de la poix, du liège et des châtaignes.

Plusieurs mesures ont été prises pour hâter l'œuvre du reboisement ; on s applique surtout, en Italie, à assainir par des plantations d'euca/ypfiis les pays où sévit la maParia (2).

Les cultures alimentaires. — L'Italie est un des pays d'Europe les plus riches en cultures alimentaires et particuhèrement en céréales i:^. Blé, maïs, seigle, orge et riz rencontrent dans un grand nombre de provinces des conditions favorables.

Le froment a toujours été une des productions les plus abondantes du >ol italien. Blés de la Sicile, de Naples, de la Toscane, surtout les blés durs ont une réputation méritée; les marques de Naples et de Barletla rivalisent avec les meilleures espèces de Russie et de France.

Le tnaïs est la céréale caractéristique de la vallée du Pô où il contribue pour beaucoup à la nourriture du peuple des campagnes, soit sous forme de pain, soit sous celle de bouillie ou « polenta ». Sa culture tend même, en Lombardie, et aussi en Toscane, à empiéter sur celle du blé.

Les zones calcaires de moyenne altitude de l'Apennin produisent un peu de seigle et d'avoine; la vallée du Pô et la Toscane associent à la culture du maïs et du froment celle de Vorge,

Le ri;: trouve dans les région^ basses et chaudes de la vallée du Pô en Lombardie et en Vénétie des champs propices ; les riverains du fleuve excellent, comme les Chinois, dans l'art de tenir inondées, dans la me-

;i) Cbâtaigniera en 1891 :

Superficie 4 12.665 hectares.

Produit 2.613.083 quintaux.

12) Production totale des forêts 88.000.000 fr. environ.

(3) Terres arables 1 1 .092.8*29 hectares.

sure exacte qui leur convient, les rizières ; la Lombardie et la Vénétie sont les provinces qui donnent les meilleures récoites (1).

La récolte de Tensemble des céréales vaut, année moyenne, 1 milliard et demi de francs. Il semble que, depuis une dizaine d'années, les agriculteurs italiens aient une tendance à restreindre leurs ensemencements en céréales, au profit de la vigne et d'autres cultures arborescentes, puis des cultures fourragères. Les dernières statistiques accusent une diminution graduelle des récoltes de blé, d'avoine, d'orge et de maïs. C'est une transformation faite dans un intérêt commercial facile à comprendre. Le riz lui-même commence à perdre du terrain devant la concurrence de rinde, de l'Indo-Chine et de la Chine.

Les pommes de terre sont cultivées un peu dans chaque province ; au reste leur production a diminué comme celle des céréales. Dans la Lombardie et dans tout le midi de la péninsule on récolle surtout les patates, L'Italie consomme peu de pommes de terre ; elle en exporte (2).

Les cultures maraîchères sont l'objet des soins les plus intelligents et ajoutent un appoint considérable à l'alimentation du peuple italien. Les gens du midi consomment beaucoup de poU chiches. Partout les fèves, les haricots, les légumes contribuent à la nourriture ; en Toscane les fèves sont employées pour l'alimentation des chevaux. Comme en Espagne, les plantes maraîchères suppléent à insuffisance des récoltes de céréales beaucoup plus que les pommes de terre (3).

Les cnltares arborescentes et les fruits. — Les cultures arborescentes de l'Italie sont en complète prospérité et en voie de développement rapide. Le zèle des agriculteurs de la péninsule a surtout été vivement stioiulé par l'espoir de prendre la place des viticulteurs français qu'éprouvait le phylloxéra ; mais la rupture des relations commerciales entre les deux pays a trompé récemment cet espoir, non moins que la résurrection des vignobles français et le développement de ceux de TÂfrique française.

Quoi qu'il en soit, l'antique « OEnotrie » occupe aujourd'hui le second rang parmi les pays viticoles du monde et n'est point distancée de beau-

(1) Culture des céréales (1892;:

Superficie. Production. A ThecUre.

Froment 4.529.000 hect. iO. 687 .000 hectol. 9 hectol.

Maïs 1.903.000 — 25. 418. 000 —

Seigle 143.000 — 1.400.000 -

Avoine 450.000 — 6.000.000 —

Orge 313.000 — 2.700.000 —

Riz 197.000 — 7.260.000 — 36,70 —

(2) Culture des pommes de teire (1891) :

Superficie 181 . 137 hectares.

Production 7.392.000 quintaux.

(3) Culture des légumes secs (1891) :

Superficie 873 . 592 hectares.

Produisant 5.336.000 hectolitres.

coup par laFrance. Sol et climat y sont également favorables à la prospérité des vignes (1).

Longue est la liste des vins italiens, grande la variété des crus.

C'est la Sicile et la partie méridionale de la péninsule qui possèdent les plus vastes plantations. On connaît la réputation de ses vins de Marsala et de Syracuse, forts en alcool, sucrés, préparés avec un assez grand soin diaprés les méthodes françaises.

Au second rang sont les Calabres et le Napolitain, avec les crus célèbres deCapri ; cette région a développé ses plantations plus rapidement qu'aucune autre de Iltalie.

Vltalie adriatique du sud, TÂpulie, n a pas fait des progrès moins remarquables ; avant la rupture du traité de commerce avec la France, les vins forts et médiocrement préparés de Barletta et de Bari venaient combler le déficit de notre production nationale. Cet acte politique a profondément éprouvé et découragé les viticulteurs du sud-est, en a même ruiné un grand nombre.

Le Piémont a des vins rouges (Barolo) qui ressemblent, beaucoup plus que les précédents, à nos vins de moyenne qualité du centre ; Tart de fabriquer les vins y est plus avancé que dans la plupart des autres provinces dltalie, sauf la Sicile.

La Toscane, connue pour son chianti assez léger et savoureux, VÊmilie, les Marches et VOmbrie, ont des récoltes inférieures en quantité. La Lombardie et la Vénétie donnent moins encore. Le Latium, la Sardaigne et la Ligurie sont des pays vignobles de faible importance (2).

Les progrès des plantations de vignes en Italie ont été la conséquence de la crise du phylloxéra en France ; on a étendu ces plantations avec une fiévreuse activité. Le rendement le plus élevé est celui de la province d'Alexandrie où, grâce à un choix ingénieux des plants et à d^habiles méthodes de culture^ on a obtenu 25 et 26 hectolitres à l'hectare, tandis que la même superficie en produit à peine 8 dans la province de Trévise,

On ne saurait attribuer avec précisrion une valeur marchande aux produits vinicoles de Tltalie, qui sont de fort inégale qualité. Malgré de rapi-

^1) Culture des vignobles :

Superficie (1891). . 3.443.713 hectares (1893). . . 3.466.000 hect.

Productiou 1890 29.4S7 .000 hectolitres.

(1) Sicile (1H91) 291.442 hectar. prod. C. 855.555 hectol.

Sud méditerranéen 303.506 — 5.496.092 —

Sud Adriatique 341 .804 — 6.923.327 —

Piémont 245.136 — 3.816.622 —

Toscane 384.768 — 3.519.688 —

Emilie 678.459 — 2.946.994 —

Marches et Ombrie 353.514 - 2.917.70^ -

Lombardie 195.663 — 1.158.207 —

Géographie économ. 16

des progrès, dire que ce pays est presque Tégal de la France est juger à faux et simplement d'après le nombre d'hectolitres. La majeure partie des vins italiens est encore mal préparée et ne peut se vendre qu'à des prix médiocres.

Enfin l'Algérie et la Tunisie ont multiplié leurs plantations de vignes et pourront, dans quelques années, faire concurrence aux Italiens.

La culture de VoUvier est une des mieux appropriées au sol et au climat du centre et du sud de la péninsule ; elle fut, dans l'antiquité, une des richesses de ce pays. A cet égard aussi les progrès ont été tout à fait rapides depuis vingt ans. Les centres de production sont les provinces napolitaines et la Sicile ; de l'Italie méridionale provient la plus grande partie de l'huile que fournit la péninsule. Mais le Piémont et la Toscane travaillent mieux les olives que les provinces du sud ; Thuile de Lucques fait prime sur les marchés de France, d'Angleterre et d'Amérique. En moyenne le rendement atteint à peu près 2 hectolitres li2 à l'hectare: c'est en Apulie qu'il est le plus considérable (i).

A l'Italie méridionale, aux campagnes de Naples, de Sicile et de Sardaigne appartiennent aussi de véritables forêts d'orangers et de citronniers: ses ports expédient chaque année d'excellents fruits pour une valeur d'environ 45 millions de francs (2). Mais, grâce à son développement en latitude et à la merveilleuse succession de climats qui en est la conséquence, tous les arbres fruitiers de l'Europe et une partie de ceux de la zone tropicale sont naturalisés sur le sol italien. Non seulement ITtalie méridionale a ses figuiers y comme la plupart des contrées méditerranéennes de l'Europe ; mais on récolte à Reggio des ananas estimés. Pommiers^ poiriers, abricotiers et pruniers sont cultivés dans le nord et le centre; qu'on y ajoute des pêchers, des grenadiers, des noyers et l'on n'aura pas encore une idée complète de la singulière aptitude du sol et du ciel d'Italie pour les cultures arborescentes. La France même ne saurait soutenir la comparaison à cet égard.

Les cultures indostrielles. — Les cultures industrielles sont beaucoup moins avancées, ce qui s'explique par le faible développement des industries italiennes. Mais la variété des terroirs et des climats permettra, quand l'activité industrielle se sera mieux développée dans la péninsule, de cultiver nombre de plantes utiles de cette catégorie.

Les plantes textiles occupent une grande étendue. Le chanvre du Bolonais est sans rival au monde pour la longueur des fibres, pour leur blancheur et leur finesse. Le Ferrarais, la Vénétie, la Lombardie et le Piémont cultivent aussi beaucoup de chanvre. Dans les terres riches, bien irriguées et largement engraissées de ces provinces, les tiges atteignent parfois plus de 4 à 5 mètres de hauteur. L'excédent de la récolte

(1) Culture de roUvicr (1891): 1. 031. 4-0 hectar. prod. 2.740.000 hectol.

(2) Culture de Toranger et du citronnier (1892) : IG. 108.000 plants produisant 3.139.518.000 de fruits.

est presque entièrement exporté en Angleterre et en France par le port de Venise (1).

Le lin est une culture non moins importante pour lltalie du nord. Elle fait la richesse des provinces de Crémone et de Crème, puis de la Lomhardie (2).

Grâce à l'extrême chaleur de ses provinces méridionales, Tltalie peut y cultiver le coton. Les cotons de la Pouille, du pays de Salerne,de la Sicile^ et de la Calabre sont notablement supérieurs à ceux de Flnde et valent ceux des Ëlats-Unis d'Amérique. Aussi cette culture s'était-elle rapidement développée pendant la guerre de sécession ; quoique plus restreinte de nos jours, elle est encore considérable. On récolte chaque année pour une valeur de plus de 50 millions de cette précieuse matière.

Le tabaCy plante capable de prospérer sous des climats très divers, pourrait donner en Italie les produits nécessaires pour les manipulations les plus variées. Depuis que le ministère des finances a repris le monopole (1884)9 les méthodes de plantation ont été bien étudiées. Lltalie ne peut cependant suffire à sa consommation très considérable (3).

Le mûrier est une culture de première valeur pour Tltalie où la sérlculture est si développée encore, malgré la maladie des vers à soie. La Lombardie en possède le plus grand nombre, puis TOmbrie, le Piémont et le Frioul (4).

La betterave tend à gagner du terrain dans lltalie septentrionale, où ses produits sont très rémunérateurs ; tel canton au sol riche de la Lombardie rend jusqu'à 50,000 kilogrammes par hectare. Au moyen &ge, la canné à sucre était cultivée en grand dans toute la Sicile ; elle a presque complètement disparu aujourd'hui .

Le Piémont possède presque seul des houbJonnières ; le houblon y rencontre des conditions climatiques très favorables. Mais dans un

(1) Culture du chanvre (1891) :

Superficie 104. 796 hectares.

Produit 714.000 quintaux.

(2) Culture du lin (1892) :

Superficie SI .858 hectares.

Produit 197 .000 quintaux.

Moyenne par hectare 3qx,80

(3) Culture du tabac :

Superficie 2.683 hectares. 3.740 hectares.

Produit 3. 140.000 kgr. 4.483.000 kgr.

Consommation évaluée à 16.500.000 kgr.

(4) Production des cocons (1891) : 37.922.000 kgr.; (1892) : 34.611.000 kgr.

pays essentiellement viticole comme Tltalie, ce ne sera jamais qu'une culture accessoire.

Les progrès de Tindustrie des couleurs minérales ont amené l'abandon d'un grand nombre de champs de garance et de safran; la garance a presque complètement disparu. Les populations pauvres de la Basilicate, des Âbruzzes et de la Calabre cultivent encore le safran. Le sumac occupe une superQcie assez importante.

11 resterait à citer les réglisses de Calabre et de Sicile, le sorgho de Padoue, Vanis de la Pouiile et de la Romagne, si recherché des distillateurs de Hollande et de France, la manne officinale des frênes de Sicile et de Calabre, les /leurs de la rivière de Gènes où Ton fabrique tant de parfums, pour donner une idée suffisante de la richesse de lltalie en plantes industrielles.

Les productions animales ; rélevage. — Les progrès de l'élevage ont été remarquables depuis une trentaine d'années, et en raison directe du recul de certaines cultures alimentaires. Les propriétaires de « latifundia », découragés par le produit insuflisant de leurs champs, les ont souvent transformés en pâturages, ce dont les paysans ont beaucoup souffert (i).

Ce n'est pas que l'Italie soit tout entière favorable au développement des troupeaux. Il y acontraste violent entre la partie continentale, la vallée du Pô, et la région péninsulaire. Au nord, grâce à l'humidité du climat, à l'abondance des eaux d'irrigation, on peut entretenir de belles prairies et nourrir beaucoup de gros bétail. La péninsule, souvent âpre et rocheuse, mal munie de fleuves médiocres, ne peut, sauf dans les M aremmes et dans quelques zones de pâturages de montagne, élever que du petit bétail.

Le nombre des bétesà cornes s'est rapidement accru (2). La plaine du Pô en possède la majeure partie. Le Piémont, la Lombardie, la Vénétie, grâce à un merveilleux système d'irrigation, présentent à Ja fois deux excellentes conditions, des prairies naturelles d'une végétation vigoureuse et des prairies artificielles plus riches encore que celles de France ; la Lombardie cultive en grand le trèfle et la luzerne. En plusieurs districts de cette province les prés se fauchent six fois par an.

Il est vrai que les animaux sont en général de races médiocres : mais on corrige graduellement ce défaut par l'introduction de bestiaux suisses et anglais. Dans les prairies des bouches du Pô, des marais Pontins et de la Terre de Labour, dans la Campagne romaine paissent des troupeaux de buffles à demi sauvages.

(1) « Les deux tiers de la Calabre sont entre les mains d'une vingtaine de propriétaires. » René Bazin, Les Italiens cTaujourd'hui, p. 279.

(2) Bêtes À cornes :

Les chevaux, peu nombreux, sont surtout répandus dans les provinces méridionales de la Vénétie (Trévise, Padoue, Rovigoj. La Sardaigne élève des chevaux petits, mais robustes, semblables à ceux de notre Corse ; la Terre de Labour enfin, et les Galabres élèvent des bétes d'une grande finesse. Les ânes et mulets sont nombreux dans les provinces montagneuses.

Les moutons diminuent de nombre en Italie comme dans la plupart des grands États de TEurope, devant la concurrence des pays jeunes d'Australie et d'Amérique du Sud. Ils sont surtout nombreux dans la Rouille, les Abruzzes et la Sicile, et y vivent d'une vie presque sauvage, transhumant suivant les saisons comme en Espagne.

Ajoutons à cette énumération, les chèvres des pays montagneux, les porcs du Napolitain, des Romagnes et de l'Apennin romain ; enfin les abeilles quisontune source importante de revenu pour le Piémont(cire) (i).

La pêche est une occupation pour une grande partie delà population des côtes italiennes, et une source importante de revenu (2). Sardines, anchois, maquereaux, thons, abondent ; les thons, en particulier, sont exportés en grand nombre par les ports de Livourne et de Gènes. Certains points de la côte sont de véritables établissements de pisciculture : par exemple la lagune de Comacchio, où l'on élève l'anguille en quantités énormes. Le golfe de Tarente, un des endroits les plus poissonneux du monde, produit en outre les huîtres, moules, et autres « frutti di mare ».

Les pécheurs italiens recherchent aussi le corail et les éponges à Naples, Livourne, Torre del Greco, etc. Plus de 400 bâtiments et de 4000 matelots et plongeurs se livrent à cette pèche jusque sur les côtes d'Algérie, de Tunisie et de Tripolitaine.

Résumé de la production agricole. — L'Italie n'est pas encore exploitée avec un soin parfait. Si la région continentale, baignée par le Pô et ses affluents, peut compter parmi les mieux cultivées du monde, il n'en est pas de même de la péninsule. Les zones les plus fertiles de l'Italie péninsulaire ne sont pas, comme on le croit souvent, celles du nordouest, la Toscane, par exemple, mais la Basilicate au sud. Malheureusement cette contrée, et plusieurs autres du midi, manquent des moyens de communication les plus élémentaires, de routes, parfois de sentiers. Le système de culture y est primitif et peu intelligent ; enfin les capitaux

(1) Élevage (1892) :

Bétes à cornes 5.000.000

Chevaux (1890) 720.000

Anes (1890) 1.000.000

Mulets (1890) 300.000

Moutons 6.900.000 prod. 9.600.000 kgr. de laine.

Chè V re s 1 . 80O . 000

Porcs 1 .800.000

(2) Pèche (1891): 19.273 barques montées par 89.311 pêcheurs.

Produit de la pêche 15.000.000 fr.

manquent pour la mise en valeur, au moment même où les taxes agraires ont atteint un chiffre énorme (i).

Ainsi, grand contraste entre lltalie continentale, aussi productive qu'elle peut Têtre, riche en céréales, en gros bétail, et lltalie péninsulaire qui, malgré le rapide développement des cultures arborescentes, est loin encore de produire ce qu'on peut attendre de son sol. Toutefois, jamais les pays du sud, sauf la Sicile, ne rivaliseront avec la merveilleuse Lombardie; Texcès du relief, Tirrégularité ou la médiocrité des pluies resteraient encore de graves obstacles, quand bien môme les populations arriérées y deviendraient plus riches et mieux instruites.

B. — Industrie.

L'Italie n'est point dotée de toutes les ressources naturelles qui contribuent à faire naître et prospérer l'industrie. Si ses mines i*ecèlent en assez grande abondance des métaux industriels, la houille fait presque complètement défaut. En outre ses populations, encore médiocrement instruites, ont l'esprit peu industriel; leur agriculture même étant arriérée en bien des provinces, les industries élémentaires qui généralement en dérivent existent à peine. Les causes historiques ont aussi contribué à ce retard du développement économique chez le peuple italien; soumis, jusqu'à une époque récente, à la domination étrangère, divisé entre plusieurs États dont lesprit particulariste est à peine éteint, il n'a pu gagner la conscience de la solidarité économique des régions de sol et de climat différents.

Industries dérivées dn régne minéral. — Les industries dérivées du règne minéral sont tout à fait dans l'enfance, sauf celles qui concernent l'extraction pure et simple des minerais (2).

£n fait de combustible minéral on ne peut guère citer que les lignites de Toscane, les tourbes de la même région et de la zone alpestre, du Piémont et de la Lombardie.

Les mines de fei* ne sont pas exploitées comme elles le mériteraient ; car il en est de fort riches dans File d'Elbe et en Sardaigne, puis dans plusieurs vallées alpestres. L'Ile d Elbe possède un des plus prodigieux

(1) a Le manque de capitaux laisse improductive une grande partie du sol national. L'Italie, aima parens frugum, n'arrive même pas à produire le blé dont elle a besoin, restant ainsi de plus d'un milliard en arrière de la France... LUmpôt foncier, avec ses surtaxes, absorbe un tiers du revenu,... l'impôt sur les maisons monte, en certains cas, jusqu'à 80 p. 100 et l'impôt sur les valeurs mobilières à 13.30p. 100... » M. Giuseppe Colombo, ancien ministre du Trésor, cité par René Bazin : les Italiens d'aujourdhui, p. 37.

« Un domaine qui a rapporté autrefois 160.000 fr. et qui ne serait pas affermé à ce prix, dans le temps de crise que traverse la Campagne romaine, est grevé de plus de 42.000 fr. d'impôts ». René Bazin, p. 235.

(2) Extraction minière totale (1892):

1.222.000 tonnes valant 79.890.000 fr. extraites par 58.000 ouvriers.

dépôts de minerai qui soit au inonde. Etrusques, Phéniciens, Romains ont successivement fouillé les gisements de Rio-Alto et de Rio-Marina. Ces mines pourraient fournir un million de tonnes de minerai par an pendantTingtsiècles; la c< pierre d'aimant » ouc( calamité » entre pour une forte proportion dans les minerais de Tun des gisements, celui de Calamita.

Les autres métaux sont peu ou mal exploités : le cuivre, de Vénétie et de Toscane est exporté à Swansea ; on trouve du nickel en Piémont, du zinc en Sardaigne, du mercure en Toscane. La Sardaigne, la Toscane, le Val d'Aoste ont de bons gisements de plomb argentifère dont on tire un fort médiocre parti.

Avec sa grande étendue de côtes basses, un climat chaud, Tltalie possède beaucoup de marais salants : la Sicile vient au premier rang avec ses marais de Trapani et de Marsala. Comacchio, au fond de TAdriatique, Cagliari en Sardaigne ont aussi des marais salants Le sel gemme est exploité dans la Caiabre, la Sicile et la Toscane; enûn des sources salines existent en bien des lieux, surtout en Toscane.

Les mareihmes de Toscane (Volterra et Horderello) produisent le borax. Mais le soufre est sans contredit la matière minérale dont l'exploitation rapporte le plus à l'Italie. La Sicile avec les dépôts de Catane, de Galtanisetta et de Girgenti possède près de 400 soufrières. Les environs du Vésuve et les Marches comptent aussi de riches gisements. Malgré la rusticité des moyens employés, l'exploitation n'a cessé de prospérer et de se développer depuis trente ans (1).

Les carrières sont riches. On cite, parmi les plus beaux marbres du monde, ceux des Alpes Apuanes, de Massa, de Carrare ; l'extraction y est faite par des artisans qui exercent aussi sur place les métiers de sculpteurs, de modeleurs, préparent à la fois des dalles et des objets d'une certaine valeur industrielle et artistique. Cette seule région de l'Italie produit annuellement pour une somme de 10 à 42 millions de francs de marbres bruts et travaillés. Mais la Toscane, le Piémont, la Ligurie, le Bergamasque exploitent aussi avec profit des marbres veinés de différentes couleurs. La pierre ponce des llesLipari, Valbdtreàe Livourne et de Volterra, la terre de Sienne (Toscane), le kaolin de l'ile d'Elbe, les grenats et les émeraudes de la même lie sont des objets importants de commerce.

(1) Exploitation minérale (1893) :

Quantités

(en tonnes). Valeur.

Combustibles minéraux 317.000 t. 2.174.000 fr.

Minerais de fer 191 .000 — 1.783.000 —

— cuivre 96.300— 2.548.000 —

— zinc 133.000— 10.467.000 —

— mercure 19.500— 1.105.000 —

— plomb 29.000— 4.065.000 —

— sel 423.000— 5.131.000 —

— soufre 418.000— 29.617.000 —

Argent 1.200 — 1.178.000 —

24â L'EUROPE.

Si ritalie extrait peu et mal ses richesses minérales, elle les travaille moins encore. Bien des minerais sont exportés bruts à l'étranger et vendus dès leur sortie de la mine. Les industries métallurgiques ne sauraient être, dans un pays pauvre en houille et incapable d'exploiter convenablement ses mines, ni prospères, ni géographiquement localisées. Les grandes villes, où la main-d'œuvre est habile, les ports maritimes où les constructeurs de navires emploient de plus en plus exclusivement les métaux, possèdent les ateliers les plus actifs. Milan, Brescia et Lecco fabriquent des tôles, de la quincaillerie, de la chaudronnerie. Les ateliers de Saint-Pierre-d'Arena, près Gènes, ont plus d'importance et exécutent des travaux de plus grande valeur : locomotives, matériel de chemins de fer^ machines d'industrie textile, machines pour navires.

Venise, Castellamare et la Spezzia, ont les grands chantiers de construction de la marine de guerre. Terni emploie ses belles chutes d'eau pour donner la force motrice à des usines de matériel militaire, blindages, tôles pour navires, artillerie. Piombino, dans le voisinage des admirables mines de Tîle d'Elbe, fabrique des aciers estimés ; Lecco a quelque réputation pour ses fils de laiton et divers ouvrages en cuivre; Gènes réduit une certaine quantité de plomb argentifère (1).

Les industries chimiques sont souvent associées, aux industries mécaniques dans les usines des grandes villes. Naples, Gènes, Turin, Milan préparent des acides et des couleurs, de la potasse, de la céruse, etc.

Mais c'est dans Vinduslrie artistique que triomphe le goût italien. La France est sa seule rivale en cette matière. Si les grands talents de peintre et de sculpteur sont assez rares aujourd'hui en ce pays qui a produit tant de merveilles, du moins le peuple a conservé une aptitude remarquable pour les arts. Les verreries et les glaces de Murano sont éclipsées, il est vrai, par celles de France, et des lies Britanniques. Mais les porcelaines d'art et majoliques de Milan, Doccia et Faênza, les mosaïques de Florence, de Rome et de Murano, les objets d'albâtre de Volterra et de Florence, les vases de formes grecques et étrusques fabriqués à Naples ont conservé la faveur des visiteurs étrangers et s'exportent au loin : et si d'autres pays, où le grand art est mieux compris, font concurrence à la fabrication italienne de ces mêmes objets plus ou moins artistiques, c est souvent en employant des ouvriers italiens. Qui n'a entendu parler aussi de cette bijouterie de corail qui occupe plu-

(1) Production métallurgique (1893) : Quantités. Valeur.

Fonte 8.000 tonnes. 1.155.000 fr.

Fer 138.000 — 34.134.000 —

Acier 71.000 — 16.987.000 —

Cuivre ,... 6.900 — 11.931.000 —

Plomb 19.900 - 4.975.000 —

Mercure 273 — 1.324.000 —

Antimoine 376 — 298.000 —

siears milliers d*artisaDS à Torre del Greco, Gènes et Livourne ; les innombrables colliers fabriqués dans ces villes sont vendus au loin, en Russie, dans les Indes, en Gbine, au Japon, en Amérique, et constituent même un précieux objet d'échange pour les relations avec les peuplades sauvages d'Afrique et d'Océanie.

Indastries dériTées du régne Tégétal. — Les industries dérivées du règne végétal sont surtout alimentaires et textiles. En ce pays agricole par excellence les industries alimentaires sont même de beaucoup prépondérantes.

Les pâtes alimentaires sont non seulement un objet de consommation courante pour les Italiens, mais encore un article d'exportation de valeur considérable. L'Amérique du nord et du sud, sans compter nombre d*Ëtats européens, en reçoivent de Gênes, de Naples et de Palerme des cargaisons importantes. Les fabriques de macaroni de Torre dell' Annunziata, de Gragnano et de Gastellamare emploient annuellement plus de 80 millions de kilogrammes de farine ; il y a, dans la région napolitaine seule, 100 fabriques. Nous n'avons pas à rappeler, à titre d'industrie, les diverses manipulations, d'ordre assez élémentaire, que Ton applique aux fruits, la fabrication des vins, des huiles d'olives, des confitures, des conserves. L'abondance des huiles d'olives a déterminé l'établissement de nombreuses fabriques de savons, à Florence, à Gènes, à Keggio et en Sicile.

Une industrie qui, jusqu'à ces dernières années, était restée purement italienne et l'est encore par quelques détails, est celle des curieux tissus de pailles avec lesquels on fabrique des chapeaux. La fameuse paille d'Italie provient d'un blé spécial dont le centre de production est la vallée de l'Arno ; la fabrication est active dans la plupart des villes de Toscane, mais surtout à Empoli (1 ). Quant à la paille de riz, c'est un assemblage de copeaux très fins de saule blanc.

Les industries textiles proprement dites ne sont pas très développées en Italie. Le centre du travail du coton est à Gènes, Milan et Biella. On en tisse en outre dans des bourgs de Toscane et du Napolitain (2).

Les tissus communs dont se sert le plus la population italienne viennent de Toscane et sont faits avec des fils anglais importés de Liverpool ; leur fabrication est en rapide progrès.

Le chanvre et le lin que produit l'Italie sont surtout exportés; on n'en travaille dans le pays qu'une très faible part. Milan, Gènes, Ferrare, Livourne, Naples fabriquent des toiles et des cordes. Les belles dentelles de Venise et de Milan sont très réputées. Mais ce sont là des métiers qui occupent un nombre médiocre d'ouvriers En somme, l'Italie ne tra-

(i) Exportation en 1892 :

Tresses de paille pour chapeaux. . . 7 .789 quintaux.

Chapeaux de paille. . 3.072.400 chapeaux.

;?) Moyenne des broches à filer le coton 1 . 300.000

vaille pas tout à fait les deux tiers de ses récoltes de lin et de chanvre.

Industries dérivées dn régne animal. — Nous retrouvons, pour les industries dérivées du règne animal, la même division en industries alimentaires et textiles. Les pays d'élevage fabriquent une grande quantité de fromages de toutes sortes. On sait, d'autre part, la renommée de la charcuterie de Bologne et d'autres villes.

Les industries textiles de la laine et de la soie sont relativement assez prospères. L'Italie est obligée d'importer, en sus des dix millions de kilogrammes qu'elle produit, un gros contingent de laines d'Amérique et d'Australie. Gênes, Biella, Turin, Rome, fabriquent des lainages de toutes sortes.

La production de la soie, grandement diminuée par la maladie des vers, fait cependant de nouveaux progrès depuis quelques années (1). L'Italie devrait, vu son climat si favorable à la culture des mûriers, tenir un des premiers rangs dans l'industrie de la soie; or, elle n'occupe que le sixième, après la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse. C'est que, ni la main-d'œuvre, ni les ressources mécaniques du pays ne sont encore à la hauteur de son aptitude naturelle. Milan et la Lombardie possèdent les plus nombreuses filatures ; pour le tissage. Milan, Côme, Turin, Gènes se partagent les métiers. A Gènes et à Turin se fabriquent les plus beaux velours, à Venise, les tapisseries de brocart les plus renommées (2).

Il n'y a aucune localisation vraiment géographique de l'industrie textile de la laine ; cette industrie s'est fixée dans les grandes villes, à portée de la main-d'œuvre la plus abondante et la plus habile. Au contraire, on remarquera que les industries de la soie sont exercées dans le centre même des régions qui comptent le plus de mûriers et de magnaneries. Toutefois, si l'Italie exporte des soies brutes à l'étranger, elle en fait aussi venir du dehors pour les besoins de ses manufactures.

Résumé de la production industrielle. ^ En résumé, ITtalie est encore, malgré de récents progrès, un pays agricole par excellence. L industrie n'y est et n'y sera de longtemps qu'une branche accessoire de l'activité économique. Bien des causes contribuent à maintenir l'industrie dans cette condition inférieure. C'est d abord le manque à peu près complet de houille et l'exploitation très défectueuse du métal industriel par excellence, du fer.

L'homme n'a pas encore, jusqu'ici, corrigé par ses efforts les vices de l'aptitude naturelle. Le peuple est laborieux, dur à la peine dans la plupart des provinces du nord et du centre, mais souvent apathique et indolent dans le midi. Son instruction moyenne est encore médiocre ; la culture scientifique, celle qui intéresse les progrès de l'industrie, laisse justement le plus à désirer. L'Italie compte, sans doute, beaucoup d'ar-

(1) Production de la soie grège (1891) 3.210.000 kgr.

(2) Filature de la soie : 1.491 établissements employant 99.391 personnes.

listes, de lettrés, de philosophes et d'historiens, mais encore peu de savants; el en tout cas la science, en grand honneur dans les académies, n a point, jusqu'ici, pénétré par renseignement dans toutes les couches de la société.

C'est plutôt la faute des destinées que celle des facultés de la nation. L'Italien est d'une remarquable intelligence en général, et pourvu d'un esprit pratique auquel on ne saurait trop rendre justice. Mais son pays, affranchi depuis peu, n'a pas encore cette cohésion parfaite de l'esprit national qui fait la force d une France et d'une Allemagne.

Les voies de communication. — Pour juger des avantages que donne à ritalie sa position en Europe et sa forme de péninsule, il faut éviter de développer, comme on le fait trop souvent, des considérations empruntées à l'histoire de l'antiquité romaine. Ce qui fut vrai au temps où la Méditerranée était le centre politique et commercial du monde, ne l'est plus aujourd'hui au même degré. Non seulement Ja distribution de la civilisation et des richesses qui en sont la conséquence n'est plus la même, a beaucoup près ; mais les relations entre les divers modes de transport, dont le nombre a d'ailleurs été tellement augmenté, ne sont plus du tout les mêmes.

Cette péninsule, par sa situation centrale, pouvait et devait dominer les peuples de civilisation méditerranéenne, Hellènes, ibères. Asiatiques, Africains. Aujourd'hui la situation de l'Italie est inférieure à celle des lies Britanniques, de la France, de l'Allemagne même, du Portugal et de l'Espagne pour l'exploitation des marchés les plus opulents du Nouveau- Monde, et d'une partie de l'Afrique occidentale. Dans la concurrence des peuples européens avides d'entretenir de fructueux rapports avec le Levant et l'Extrême-Orient, elle est moins bien placée que la péninsule hellénique. L'établissement de voies ferrées transcontinentales à travers 1 Asie, et même le simple raccordement des chemins de fer helléniques à ceux de la Turquie, peuvent détourner de son sol le courant qui le traverse aujourd'hui. Ainsi, l'Italie ne peut espérer jouer le premier rôle sur aucun de ces théâtres. Restent les pays de l'Afrique Mineure ; mais les meilleurs lots sont déjà ou sous le gouvernement direct ou sous le protectorat de la France.

La cohésion et la solidarité économique des diverses régions qui composent l'Italie ne sont point encore complètement assurées : il y a même quelque antagonisme entre les provinces continentales du nord et les provinces péninsulaires. Rien n'est plus vrai que de vanter les commodités de la situation de Brindisi, si proche du Levant, d'Alexandrie, du canal de Suez ; pour le transport des correspondances et des voyageurs riches c'est un point de départ et d'arrivée tout désigné, jusqu'au jour où le Pirée lui fera une victorieuse concurrence. Mais Venise

et Gènes ont intérêt à ce que les navires restent chargés plus longtemps dans leur route vers le nord, à ce que les marchandises partent des villes continentales et non de l'extrémité de ce grand môle allongé vers le sud-est. Au reste le bon marché du transport par navires est en faveur de Gènes et de Venise contre Brindisi, 11 y a donc antagonisme entre l'Italie du nord et la péninsule dans cette question des débouchés maritimes.

Les provinces de chacune de ces deux grandes régions ne communiquent pas toutes d'ailleurs bien aisément entre elles. L'Apennin barre les routes de Tltalie du nord au golfe de Gênes et à la mer Tyrrhénienne. Toscane, Latium et Napolitain ne sont reliés que fort imparfaitement entre eux et d'une manière plus précaire encore avec les pays du versant adriatique. Il n'y a, dans le royaume d'Italie, qu'une seule région naturelle étendue et cohérente, le bassin du Pô ; or elle n'a en Gènes un débouché sur la Méditerranée occidentale qu'à travers les rampes et les tunnels de l'Apennin ligure; et sur l'Adriatique son poK d'issue, Venise, n'est point dans la région padane. Les pays de TAmo ont Livourne, les Marches Ancône, l'Italie du sud-ouest Naples, celle du sud-est Brindisi; la Sicile, découpée aussi de montagnes, a plusieurs issues. Il y a donc condition défectueuse des débouchés dans la zone plus largement développée du nord, et incohérence, communications diffîciles entre les provinces péninsulaires.

Ces défauts de nature ne se corrigent que par un développement considérable des voies artifîcielles de communication; l'Italie, libre et unifiée depuis peu, n'a pu, malgré de larges sacrifices, regagner le temps perdu.

Le rôle de l'Italie dans les relations internationales est facile à définir. Depuis que des tunnels ont troué les Alpes, Tltalie est devenue, soit par Gènes, soit par Brindisi, le débouché sur la Méditerranée, vers le Levant, l'Inde et l'Extrême-Orient, des États de l'Europe occidentale et centrale, de l'Allemagne en particulier et des lies Britanniques, de la Suisse, de la Belgique et de la Hollande. On tâche d'attirer par le Saint- Gothard, nœud des relations entre Anvers, Brème et Hambourg d'une part, Gênes et Brindisi de l'autre, le trafic qui emprunta longtemps le passage facile et sans grandes pentes de l'isthme français. Enfin par le tunnel du Mont Cenis une partie du transit français gagne Brindisi.

Voyons maintenant quelle est l'organisation et l'importance de chacun des modes de communication.

L'Italie fut, dans l'antiquité, pourvue d'un admirable réseau de routes grâce auxquelles Rome tenait soumises des provinces que la nature avait si nettement séparées les unes des autres, et atteignait, par delà les Alpes, les peuples barbares de Gaule et de Germanie. Il importe d'évoquer ce souvenir; car, si la place de l'Italie dans Tensemble du trafic international de la période contemporaine a beaucoup changé, les ingénieurs modernes n'ont été souvent que des imitateurs des Romains dans l'œuvre de jonction des provinces italiennes entre elles. Sur

une longueur considérable, les routes et les voies ferrées suivent le tracé des voies romaines.

Le réseau actuel des routes nationales et provinciales n'est que de 30,000 kilomètres environ ; et la longueur des chemins communaux ne dépasse pcrint 100,000 kilomètres. La répartition en est fort inégale, et 1 état d'entretien variable d une province à l'autre. Au nord, dans toute la région du Pô, en Ligurie et en Toscane, les grandes routes sont suffisantes et bien entrenues ; dans le reste de la Péninsule nombre de chemins sont à peine praticables (1).

Les voies ferrées n'ont été introduites qu'assez tard en Italie ; et leur développement est encore insuffisant (2'i. La France est proportionnellement deux fois mieux dotée. Les frais de premier établissement n'ont pas été considérables ; on estime que le kilomètre n'a pas coûté en moyenne plus de 290,000 francs, un peu plus qu'en Espagne. Au nord, tes expropriations ont été plus coûteuses dans des pays riches et très peuplés; mais l'achat des terrains pour les lignes péninsulaires n'a entraîné que de faibles dépenses. Partout la main-d'œuvre était à bon marché; le travail des anciens légionnaires avait indiqué aux ingénieurs plus d'un tracé, évité aux entrepreneurs bien des frais. Ainsi le tracé de Rimini à Plaisance, au pied des croupes nord -est de TApennin, n'est autre que celui de la Via .^milia.

Les difficultés de construction ont été grandes surtout pour les traversées de l'Apennin et du Subapennin, de Turin et d'Alexandrie à Gènes, de Bologne à Florence et à Rome, de Rome à Ancône, de Naples à Foggia et à Tarente. Du reste les voies ferrées italiennes ne peuvent encore être comparées, pour leur état d'entretien et d'exploitation, avec celles d'Allemagne, d'Angleterre et de France ; bien des tracés ne comprennent qu'une ligne de rails même dans des régions qui auraient grand besoin de voies de communication. Ce sont les provinces du nord, le Piémont et la Lombardie, qui sont les mieux dotées. On le comprend d'ailleurs : les lignes péninsulaires, dirigées du sud-est au nordouest, font, sur de longs parcours, double emploi avec le cabotage.

Les recettes sont assez faibles, mais il est nécessaire ici de distinguer

(1) Proportion des routes à la superficie :

Italie entière 162 mètres de route par 1 kilomètre carré.

Sicile 40 — — —

{T} Chemins de fer italieas :

1845 128 kilomètre?.

entre les diverses régions. Le même contraste se présente toujours : les provinces du nord ont un trafic de voyageurs et de marchandises assez rémunérateur, tandis que, dans la péninsule, il y a concurrence acharnée entre la navigation côtière et les lignes longitudinales (1).

Les chemins italiens sont divisés en deux grands réseaux, le réseau adriatique et le réseau méditerranéen. Ce sont là des dénominations toutes générales qui ne font pas bien saisir l'économie du système de voies ferrées de ritalie, ses avantages et ses inconvénients. Il n'y a pas seulement deux grandes régions, Tune adriatique, Tautre tyrrhénienne : mais une Italie padane, vaste et cohérente, et une Italie péninsulaire comprenant une série de compartiments indépendants. Unir la grande plaine du nord aux pays péninsulaires, et joindre ces pays entre eux soit sur le même versant, soit d'un versant à Tautre à travers TApennin, tel était le problème tant pour les ingénieurs de notre siècle que pour les conquérants de la vieille Home. Reste enfin la question de jonction du réseau italien avec ceux de la France, de la Suisse (et par là de TAllemagne), et de rAutriche-Hongrie.

La plaine du Pô, de TAdige, etc., est pourvue de lignes nombreuses et actives. De la frontière de France à l'Adriatique et au Frioul des voies mettent en communication les principales villes. On peut distinguer deux tracés ou plutôt un seul tracé d'ouest en est qui se complique et se ramifie dans sa partie centrale. De Turin, un trajet touche Milan, Brescia, Vérone et Venise, l'autre Alexandrie, Plaisance, Crémone et Mantoue, puis se raccorde au précédent à Vérone. De Venise la ligne gagne Trévise, Udine, où elle se bifurque pour se souder aux chemins austrohongrois.

Le réseau piémonlais et lombard-vénitien auquel la prodigieuse richesse agricole des provinces desservies assure déjà beaucoup de trafic à Tintérieur, est, en outre, traversé par des lignes internationales de grande importance. Du tunnel du Cenis débouche la ligne de France à destination de Brindisi, par Turin, Alexandrie, Plaisance, Bologne, etc.. A la

(1) Statistique des chemins de fer italiens (18U0) :

Longueur totale 13. 149 kil.

Matériel roulant : locomotives 2 . 763

— voitures à voyageurs... 8.187

wagons à marchandises . 48 . 050

Receltes: brutes totales 247.318.100 fr.

— — kilométriques 18.995 —

— nettes totales 82.807.684 —

— — kilométriques 10.102 —

11 faut ajouter que l'État touche une part nette de 7.106.157 fr. sur les recettes totales.

Mouvement : voyageurs à toutes distances 50.8S5.600

— kilométriques 2.2I2.8Î6.000

marchandises à toutes distances. 17.805.267 tonnes.

— kilométriques 2.148.052.615 tonnes-kil.

sortie du Saint-Gothard et de la haute vallée du Tessin affluent vers Milan les convois venus de Calais, d'Anvers, de Brème, de Hambourg (et par transbordement des lies Britanniques), convois destinés à s'embarquer à Gènes ou Brindisi pour le Levant et TExtrème-Orient. Par le Brenner aboutissent enfin à Vérone les provenances de TAllemagne centrale et méridionale destinées soit au transit, soit à la vente sur les marchés italiens.

Passons à la péninsule et considérons d'abord les pays situés sur le versant occidental de TApennin. 11 y a là, sans compter l'étroite bande de la Ligurie, trois compartiments, pour ainsi dire, qu'il s'agit de faire communiquer entre eux, la Toscane, le Latium et le Napolitain. De la Ligurie à la Toscane, la ligne en corniche de Gènes à Pise qui fait suite à celle de Nice à Gènes forme jonction. De la Toscane au Latium ce service est fait par deux lignes, Tune côtière de Livourne et Pise à Civita-Vecchia et Rome, lautre en montagne de Florence à Orvieto et Orte, ou à Pérouse, Foligno, Orte et Rome. De Rome à Naples la voie ferrée suit, comme Tancienne via Latina, une partie de la vallée du Liris.

Sur ce versant les deux régions importantes pour le trafic sont les deux extrêmes, la Toscane et le Napolitain. L'Ombrie et le Latium fournissent beaucoup moins aux transports par voie ferrée.

La jonction s'opère au nord entre Toscane et Piémont par Gènes et la Ligurie, entre Toscane et pays Lombards-Vénitiens par Bologne et Plaisance ou Ferrare. Au sud le Napolitain communique avec la Basilicate, puis TApulie, par le seuil de Potenza.

Le défaut capital des voies ferrées de toute cette zone est la concurrence naturelle et très effîcace du cabotage à vapeur. Entre le Napolitain, le Latium, la Toscane et la Ligurie, la mer est le chemin économique par excellence ; toutes les marchandises ont intérêt à préférer les navires aux wagons ; et bien des voyageurs font comme les marchandises dans ce pays où la vie maritime est très développée.

Sur le versant adriatique de l'Apennin, beaucoup moins étendu d'ailleurs et moins riche, la même remarque peut s'appliquer ; toutefois la médiocrité des ports et l'importance du trafic international y conservent mieux l'avantage à la voie ferrée. En outre, le pays s'est graduellement enrichi au sud-est par la culture intensive de la vigne, ce qui a accru le fret des trains.

Ce versant est le lieu de passage des trains des Pays-Bas, de l'Europe centrale, de la Lombardie, puis d'une partie de la France et des lies Britanniques à destination de Brindisi, par Milan, Plaisance, Bologne, Ancône, Foggia et Bari.

La jonction entre les deux versants se fait au nord, entre Florence et Bologne, au centre entre Rome et Ancône par Foligno, au sud entre Naples BtFoggiaparBénévent. Cette jonction est encore bien insuffisante. Au sud, en particulier, les voies qui mènent au grand port de Naples une partie des denrées de l'Apulie à destination de l'Europe occidentale, seront bientôt incapables de suffire au trafic.

La Sicile a relié par chemins de fer ses villes et ports principaux, Trapani, Palerme, Girgenti, Gatane, Syracuse et Messine; ces chemins de fer drainent les pays les plus fortunés de File et ont Tavantage, sauf de Messine à Syracuse, de ne point faire, par des tracés trop côtiers, double emploi avec le cabotage à vapeur.

£n Sardaigne une ligne met en relations Gagliari avec les villes d'Oristano, de Sassari et de Terra-Nova.

Le centre véritable des voies ferrées de toute Titalie serait bien Milan, malgré sa situation septentrionale; ou pour mieux dire, il ne peut y avoir et il n'y a pas de centre. En réalité les voies de la péninsule ne sont que des affluents du réseau du bassin du Pô, parce que les pays du nord sont plus riches, plus civilisés, et continentaux. Les chemins de fer ne doivent pas être dans une péninsule, mince surtout, comme celle de Tltalie, autre chose que des auxiliaires, que des dépendances du grand chemin, de la mer. Mais Milan a une position privilégiée. Au centre des pays arrosés par le Pô, admirablement cultivés et prospères, elle est le point d'arrivée du traflc de TËurope centrale à destination deTltalie, le lieu de passage de ce même trafic à destination de Brindisi, du Levant, de rOrient, aussi bien que de Gènes, de TAfrique et de TAmérique du Sud. Turin est Tétape d'arrivée et de départ pour la France avec laquelle Tltalie entretint, jusqu'à une époque toute récente, des relations si actives. BolognSy où se croisent les voies de Florence à Venise, de Milan à Ancône et Brindisi, possède aussi une gare très importante. Foggia^ où le réseau napolitain se soude à la grande voie de la côte Adriatique, a également une grande valeur. En Sicile, Catane est la station principale, au débouché des provinces de Galtanisetta et de Catane, les plus opulentes du pays.

Ainsi, au nord, une vaste plaine munie d'un véritable réseau qui emprunte sa valeur à la fois aux ressources du pays qu'il dessert et au transit international ; sur le versant adriatique de la péninsule un simple couloir ouvert au transit de l'Europe centrale et occidentale jusqu'à Brindisi et traversant en général des contrées pauvres; sur le versant occidental de l'Apennin une série de régions isolées, de compartiments d'inégale valeur dont un très riche, le Napolitain, tel est l'ensemble des faits qui dominent l'étude du système des voies ferrées de l'Italie.

Gela étant donné, on serait tenté de croire que le mode le plus rationnel de développement du réseau à peine ébauché de nos jours, devrait être le suivant. Au nord, dans la plaine padane, l'œuvre est assez avancée; il manque, en somme, peu de mailles au réseau. Sur le versant adriatique, la voie Bologne- Ancône-Foggia-Bari-Brindisi suffira longtemps aux besoins du trafic international ; la concurrence des voies austro-serbo-turques aboutissant à Salonique, lui enlèvera vite une partie des transports dont elle a disposé longtemps au détriment des voies françaises ; et l'avenir lui réserve d'autres rivalités plus redoutables encore. Quant au versant tyrrhénien, il a été doté tout d'abord des lignes nécessaires à sa cohésion politique; on a uni sans retard, [tant bien que mal, ces pays qui avaient si longtemps vécu séparés et que la nature invitait au séparatisme. Mais,

aujourd'hui, en présence du développement agricole si rapide de la Toscane et du Napolitain, il faudrait que chacune de ces régions eût un réseau très ramifié, aboutissant aux ports qui deviendront de plus en plus les centres du trafic. Or, il n'en est rien, et l'exploitation des richesses naturelles n'est pas assez stimulée par la facilité des transports, c'est-à-dire des ventes.

Les voies navigables de l'intérieur font aux voies ferrées du nord la concurrence que les lignes de la péninsule ont à redouter du cabotage. Ëi> effet, les conditions d'abondance des eaux et de modicité des pentes qui permettent la canalisation, ne se rencontrent guère que dans la plaine padane; la péninsule est trop sèche et trop montagneuse, par suite ses torrents sont peu utilisables. L'Italie compte 3,000 kilomètres de voies navigables, dont 2,500 de rivières et fleuves, et seulement 500 de canaux. Les lacs sont aussi au nombre des voies navigables et servent au commercelocal . Parmi les cours d eau, c'est le Pô qui rend les meilleurs services à la navigation. 11 devient navigable à Turin, où sa largeur excède 150 mètres ; à Crémone il en mesure 900, à Guastalla 1,300. Les navires à vapeur de faible tirant d'eau y circulent à partir de l'embouchure du Tessin; grossi de TAdda, le Pô est accessible à des bateaux d'assez fort tonnage. Le Pô est ouvert au flottage sur une longueur de 800 kilomètres, à la navigation sur un développement de 540. VAdige (210 kilomètres navigables), le Tibre (145) et VAmo (105) sont navigables dans de beaucoup moins bonnes conditions. Les plus nombreux canaux sont situés dans la vallée du Pô, entre le Tessin, l'Adda et le Pô, autour de Milan, grand centre commercial de rUalie. On peut citer encore le canal de la Chiana, entre l'Arno et le Tibre, d'Arezzo à Orvieto. La circulation des bateaux est très active sur le Naviglio grande emprunté au Tessin, à 50 kilomètres de distance, et qui sert à la navigation milanaise, le Muzza, le plus abondant des canaux d'Europe, le canal Cavour qui emprunte ses eaux au Pô en aval de Turin.

Marine marchande; ports de mer. — La part du commerce maritime est restée considérable en Italie malgré le développement des voies ferrées. De 1866 à 1874 le trafic par terre représentait 39 p. 100 de l'enï^emble, de 1875 à 1879, 42 p. 100. La proportion n'a pas beaucoup varié depuis cette époque, si ce n'est que la part du pavillon italien a sans cesse diminué dans le commerce des ports nationaux.

L'effectif de sa flotte marchande place l'Italie au sixième rang des États maritimes, bien loin après la Norvège. Et cependant l'Italie formant une péninsule divisée en compartiments dont chacun a son port, le commerce maritime devrait y être fort actif (1).

(1) Marine marchande (31 décembre 1892):

Nombre. Jauge.

Voiliers

Vapeurs

Total

En 1880

Géographie écoDom.

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