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CHAPITRE ni

ÈTkTS DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE

§ I. — Coup d'œil sur la géographie physique et politique.

Situation et dimensions. -> La péninsule ibérique n'est reliée au continent que par un isthme étroit (400 kilomètres) presque complètement fermé par la muraille difficile à traverser des Pyrénées. De tous les autres côtés, elle est entourée par la mer, océan Atlantique à Touesty mer Méditerranée à Test. Seul , le détroit de Gibraltar, très resserré, la sépare de l'Afrique. Ses points extrêmes sont, en latitude 36" (point le plus méridional de TËurope; et 43°3/4 nord, et en longitude^ 11<>50' ouest (point le plus occidental de l'Europe) et i^ est. Sa forme est très régulière et affecte sensiblement celle d un carré. La superficie totale est de 593.889 kilomètres carrés.

Composition du sol. — La péninsule ibérique est constituée, au point de vue géologique, de quatre bancs obliques, dirigés du nord-ouest au sud-est : un banc de roches primitiveset primaires va du cap Ortegal au cap de Gâta, une bande secondaire réunit le golfe de Gascogne à celui de Valence ; des deux côtés enfin de ce système sont deux golfes tertiaires. Le trait caractéristique est la prédominance des roches du groupe primitif et primaire, et des couches de 1 époque tertiaire.

Relief. — Le relief de la péninsule ibérique se compose essentiellement d'une vaste étendue centrale de plateaux élevés, descendant en terrasses étagées vers la mer, et flanquée au nord-est et au sud de deux grandes plaines qui la séparent des systèmes montagneux extérieurs.

Les plateaux de Vieille et de Nouvelle Caslille, limités vers le nord par le prolongement des Pyrénées, vers Test par les massifs séparés du groupe ibérique, vers le sud par la Sierra Morena, se terminent en terrasses vers Tocéan. D'une hauteur moyenne de 1000 mètres environ, ces plateaux couvrent une superficie de plus de 200.000 kilomètres carrés, le tiers de la péninsule. Leur pente est dirigée vers Touest, c est-à-dire vers Tocéan.

Au delà des deux plaines fertiles de TEbre et du Guadalquivir, se dressent les systèmes extérieurs plus élevés des Pyrénées et de la Sierra Nevada.

Littoral. — La péninsule ibérique contraste, par son littoral peu articulé, avec le reste de TËurope, et surtout avec les deux autres péninsules

méditerranéennes. Très massive de formes, elle n'a nulle part de golfes profonds, de caps avancés. La côte septentrionale seule, bordée par les

montagnes cantabriques, présente des découpures petites, mais très déliées et qui rappellent nos côtes bretonnes. Partout ailleurs, le rivage dessine d'immenses ondulations, largement ouvertes vers la mer. Aussi les ports, sauf sur la côte septentrionale riche en rios, sont-ils rares. Le littoral ibérique n'a que 2800 kilomètres de longueur» chiffre très faible eu égard à la superficie du pays.

Climat. — La majeure partie de la péninsule ibérique est soumise à un climat continentaL Le plateau central, en effet, ne subit que faiblement rinfluence de Tocéan, et semble plutôt subir celle du continent africain. Son climat est caractérisé par le proverbe madrilène : « Neuf mois d'hiver et trois mois d'enfer ». De septembre à mai, le froid est rigoureux, le vent glacial, la neige s'accumule au point d'arrêter les trains ; de juin à septembre, le vent chaud d'Afrique ou solano dessèche tout et change le pays en fournaise. Les pluies peu abondantes (0"^,40) tombent presque toutes pendant les mois d'automne.

Les autres régions de la péninsule ont des climats différents : le Portugal et la côte septentrionale de TËspagne subissent l'influence océanique : pluies abondantes, qui dépassent souvent 1 mètre, température douce au nord, assez régulièrement chaude à l'ouest. La plaine d'Andalousie et la côte sud-orientale ont un climat africain, chaud, partagé entre les deux saisons humide en hiver et sèche en été ; les pluies atteignent tout juste une moyenne de 0'b,40. La Catalogne enfin jouit seule du climat véritablement méditerranéen, remarquablement tempéré.

Hydrographie. -> Les fleuves de la péninsule ibérique sont d'une grande indigence. L'Espagne n'a pas de glaciers, ses fleuves ne peuvent donc s'alimenter que par les pluies. Or nous venons de voir combien celles-ci sont faibles. Les seules régions qui reçoivent des précipitations assez considérables sont des régions côtières, et l'eau revient tout de suite à la mer. En outre, les fleuves du plateau coulent dans de profondes fissures, et n'arrivent à la mer qu'en descendant les terrasses bordières ; ils sont donc encombrés de rapides, et ne s'ouvrent à la navigation que sur une partie très faible de leur cours. Seuls, le Guadalquivir d'Andalousie, et l'Ebre d'Aragon, sont des fleuves de plaines, et, grâce à quelques travaux d'approfondissement ou de rectification, rendent quelques services à la navigation.

Ainsi, bien que l'Ibérie ait de longs fleuves, elle n'en tire à peu près aucun profit. La direction même de ces artères, allant toutes, excepté l'Ebre, dans l'océan, empêche que des communications se nouent facilement entre les deux mers.

Races. — La péninsule ibérique est habitée en entier par des peuples de race latine. Seuls, les Escualdunacs ou Basques des Pyrénées ont une origine différente, inconnue d'ailleurs. Mais les Latins du reste de la péninsule ne sont pas de race pure : les invasions nombreuses qui se sont succédé dans le pays, Alains, Vandales, Wisigoths, Arabes surtout,

dont Tinfluence fut si grande, y ont laissé des traces. Les proportions différentes des mélanges ont amené les distinctions que Ton peut établir entre les habitants des diverses provinces : les Galiciens, Cantabres et Astures du nord, peu soumis à Tinfluence musulmane, sont rudes, ardents, âpres au travail et au gain, excellents marins ; les Catalans et Aragonais de la vallée de TEbre leur ressemblent par certains côtés du caractère. Au contraire, le Castillan du plateau et de la côte méditerranéenne, orgueilleux, généreux, d'une bravoure héroïque, semble avoir beaucoup pris aux conquérants arabes. Le Portugais enfm, excellent marin, souffre d'une situation économique déplorable et plus que séculaire ; de là, sans doute, son apathie.

La péninsule ibérique est divisée entre les deux royaumes d'Espagne et de Portugal, que nous allons maintenant étudier séparément au point de vue politique et économique.

Réaumé politique. — La majeure partie de la péninsule ibérique (504,51"7 kilomètres carrés) appartient au royaume d'Espagne. Elle était peuplée au dernier recensement, ancien du reste (1887), de 17.560.000 habitants ; cette population, peu dense en moyenne (35 par kilomètre carré), est très clairsemée sur le plateau (moins de 38) et ne se masse un peu que sur les côtes (de 40 à 50). Elle augmente peu, plus cependant que celle de la France (0,47 p. 100) (1).

La religion catholique est non seulement la religion de l'État, mais celle de la presque unanimité de la population ; on ne compte, comme dissidents, que 6.600 protestants, et 600 Israélites.

L'Espagne est un royaume constitutionnel (Constitution de 1876). Le roi, assisté de ministres responsables, a le pouvoir exécutif; le pouvoir législatif est entre les mains des Cortès, composés de deux Chambres : le Sénat, qui comprend des membres de droit, des membres nommés à vie par le roi, et des membres élus pour cinq ans par diverses corporations, et par les citoyens les plus imposés ; la Chambre des députés est élue pour cinq ans parles citoyens âgés de vingt-cinq ans et domiciliés depuis deux

(1) Principales villes (1887) :

Madrid 470.000 hab.

Barcelone 272.000 —

Valence 170. OJO —

Séville 143.000 hab.

Malaga 134.000 —

iVlurcie 98.000 —

Emigration :

ins. Chacune des 49 provinces a un gouvernement local très indépendant, presque souverain pour les affaires provinciales. L'Espagne souffre de l'état assez précaire de ses finances (1).

Condition générale de la géographie économique. — Le royaume d'Espagne ne jouit pas encore en notre siècle de la prospérité à laquelle le prédestinaient ses ressources naturelles. Un long passé de grandes guerres engagées tant en Europe que dans les pays d'outre-mer pèse encore sur sa fortune. Avec un sol riche et favorable à bien des cultures, avec un sous-soi abondamment pourvu de minéraux industriels, avec une situation maritime avantageuse, il ne tient encore qu'un rang secondaire et peu digne de son passé. Toutefois les signes de la renaissance sont visibles dans tous les domaines de la vie économique.

A. — Agriculture.

Aptitude naturelle, principales régions. — On peut dire que TEspagne £st, en général, un pays d'une grande fertilité; et tous les savants, économistes ou agriculteurs, qui l'ont visitée, sont d'accord pour reconnaître qu'elle produirait beaucoup plus si elle disposait.de plus de bras, de meilleurs moyens de communication, si les eaux y étaient mieux aménagées. Mais en bien des endroits les trois éléments font défaut ; et les richesses de cette terre dorment ou sont gaspillées (2).

On ne saurait étudier d'une manière générale l'influence des conditions

(1) Budget :

Recettes. Dépenses.

1886-87 887.305.000 fr. 910.363.000 fr.

1891-92 779.47f>.OO0 832.91 1 .000

1892-93 (prévisions).. 747.960.000 742.361.000

Budget de la guerre (1893-94).. 133.872.000 francs. , — marine 22.502.000 —

Dette publique: 5.962.043.000 fr. nécessitant en 1893-94 une annuité de 309. 219. (KM) fr.

L^armée recrutée par le service obligatoire (3 ans de service actif), compte, sur le pied de paix, 115.735 hommes, et sur le pied de guerre, plus d'un million.

La marine comprend 108 navires, dont plusieurs sont de nouveau modèle, montés par plus de 20.000 hommes.

11] Répartition du sol :

Improductif 20,4 p. 100 (y compris les forêts).

Champs et jardins 33.8 —

Vignobles 3,7 —

Oliviers 1,0 —

Pâturages 19,7

Fruits 20,8 —

climatiques sur Taptitude du sol à la culture. L'Espagne est un assemblage de régions très différentes les unes des autres et dont chacune t son originalité. Non seulement les variations du climat, mais les contrastes du relief et de la géologie permettent de distinguer dans ce pays un certain nombre de zones.

1<» La zone centrale des plateaux de laCastille est la plus étendue. Les plateaux proprement dits sont composés surtout de grès et de calcaires ; la pente occidentale, c'est^-dire TEstrémadure, renferme, dans la zone où les vallées fluviales ont un plus large développement, des étendues tertiaires. Mais le plateau lui-même n'a pas partout un aspect uniforme. Tandis qu'en Nouvelle Gaslille, et particulièrement dans la Manche j on se trouve en présence de véritables steppes, comparables à ceux des plateaux de l'Afrique Mineure, souffrant des brusques variations du climat continental et de Tinsuffisance de Thumidité, la Vieille Castille, située entre le golfe de Gascogne et TOcéan, reçoit des pluies sensiblement plus régulières et souffre moins des soubresauts de la température.

2^ La zone du nord-ouest est par excellence soumise à l'action adoucissante et humide de l'Atlantique. Elle comprend la Galice, les Asturies et les Pays Basques. G'esl un pays montagneux, boisé, dont les vallées sont très propres aux cultures céréales et aux cultures arborescentes. L'humidité y entretient des prairies propices à l'élevage.

Le pays de Léon marque la transition entre la zone des plateaux du centre et la zone du nord-ouest au climat doux et maritime : il participe des deux caractères.

3" La zone ihéro-pyrénéenne^ comprend la Navarre, l'Aragon et la Catalogne. Les conditions de culture n'y sont pas uniformes, à cause des variations de l'altitude. Ici ce sont des contrées fertiles comme la petite plaine de Navarre et les vallées de l'Aragon central, ailleurs dans l'Aragon méridional c'est déjà l'aspect des plateaux de la Nouvelle Castille.

4» La zone méditerranéenne est le pays qu'arrosent les fleuves descendus des montagnes du groupe ibérique. Mais d'une part on ne saurait rattacher à cette zone le domaine moyen et supérieur de l'Ébre où l'excès du relief combat les influences adoucissantes de la Méditerranée, et de l'autre le domaine du Guadalquivir, dont l'ouverture regarde vers l'océan. La zone méditerranéenne comprend en somme la basse Catalogne, les provinces de Valence, de Murcie, et une partie du pays de Grenade. Encore certains districts des provinces de Murcie et de Valence ont-ils tous les caractères de la zone des plateaux du centre.

La zone méditerranéenne est caractérisée par la végétation des vignes, des oliviers, des orangers, des citronniers.

b<^ La zone (fu sud, que composent l'Andalousie et une portion du pays de Grenade, est unique dans son genre en Europe. C'est une contrée africaine d'aspect, de climat, de productions. Autour de Séville, Carmona et Ëcija, ces « trois poêles à frire de l'Espagne », certaines plantes tropicales prospèrent. C'est la zone du dattier, du cotonnier, des cannes à sucre, des rizières. Mais déjà la côte même de la Méditerranée, de Gibraltar à

Valence, est marquée de ce caractère. En somme, Andalousie, et régions littorales des provinces de Murcie et de Valence, quoique envoyant leurs eaux en sens différent, ne forment qu une seule et même zone qui rappelle les pays méditerranéens, mais surtout ceux de TAfrique.

Les forôts. — Le sol de TEspagne a été, comme celui de tant d'autres pays d'Europe, déboisé à outrance, Mais il ne faut pas croire que la végétation forestière ait jadis recouvert de grandes étendues dans chaque province. Les steppes du plateau central, de la Manche, de Léon, sont, par leur nature, impropres à la croissance des arbres; sur le plateau luimême, en dehoi-s des steppes, les bois ne prospèrent que dans des conditions exceptionnelles d'exposition. Les steppes ont, comme sur les hauts plateaux d'Algérie, leurs monotones espaces de joncs, de « gayubal », ce « raisin d'or » dont on voit le sol couvert pendant des lieues entières dans le haut pays de Léon.

La véritable région forestière est celle du nord, des provinces basques, des Asturies et de la Galice. Vers Santander on voit de magnifiques forêts de chênes et de hêtres, comme en France et en Allemagne ; les châtaigneraies y peuvent rivaliser avec celles de notre Massif Central. Au centre de l'Espagne ce ne sont pas tant les plateaux que les bordures montagneuses qui portent de belles forêts ; telles sont celles qui s'étendent au sud de Ségovie dans la sierra de Guadarrama. Au sud les montagnes de TEstrémadure et de l'Andalousie, au nord-est celles du sud de la Catalogne portent des chênes-lièges dont les produits sont estimés à l'égal de ceux de l'Afrique.

Les cultures alimentaires. — L'Espagne consacre aux céréales une étendue de plus de 1 1 millions d'hectares qui pourra être sensiblement accrue à mesure que l'on y développera les procédés d'une culture plus savante et les moyens de communication.

Au premier rang se place le ftoment dont les champs sont nombreux sur les plateaux et en Andalousie, puis dans le moyen Aragon et l'Estré* madure. On estime qu'avec quelques travaux de défrichement et d'irrigation, bien des districts de la Nouvelle Castille, de la Manche même, où domine la végétation des steppes, pourraient être conquis au blé. La Vieille Castille, qui est reliée à Santander, et peut exporter, en produit davantage. L'Andalousie, l'Ëstrémadure avaient à Séville un excellent débouché. Mais le développement des importations d'Amérique, d'Inde et de Russie a restreint la culture du froment en Espagne : les conditions y sont encore moins avantageuses qu'en France pour lutter contre la concurrence étrangère.

Lwge occupe une grande place parce qu'en Espagne on emploie beaucoup cette céréale à la nourriture des bestiaux. Elle est cultivée dans presque toutes les provinces.

Le mais rencontre des conditions favorables en Andalousie et en Estréroadure, dans les pays de la zone méditerranéenne; les Castilles n'en cultivent pour ainsi dire point.

Le seigle est la ressource des terres montagneuses du nord et du nord ouest. La production de Vavoine est peu importante.

Le riz culture tropicale par excellence, ne peut être cultivé que dans les étendues deltaïques de la côte orientale et vers le cours inférieur du Guadalquivir. Mais c'est du delta de TÈbre, du littoral de Murcie et de Valence que provient la majeure partie de la récolte : Thumidité du sol y compense la sécheresse atmosphérique.

Les pommes de terre constituent un appoint important de l'alimentation des Espagnols ; c'est une culture très développée au nord-ouest, surtout dans la Galice, où les Européens purent la faire réussir pour la première fois. Dans TAndalousie, les patates sont beaucoup plus répandues que les pommes de terre proprement dites.

Il est peu de pays où les cultures maraîchères tiennent autant de place qu'en Espagne. Les pois chiches contribuent pour une forte part à la nourriture de toutes les provinces; c'est, pour ainsi dire, le légume national. Au sud et au sud-est on récolte une énorme quantité de melons, de pastèques, du piment, de l'ail, des oignons.

Les cnltnres arborescentes et les fruits. — La culture de la vigne est celle qui enrichit le plus l'Espagne; elle s'est beaucoup développée depuis la crise phylloxérique en France. Toutes les provinces sont aptes à la croissance de cette précieuse plante. Au nord-ouest, les conditions de climat sont analogues à celles de notre Bordelais. Les plateaux ont une aptitude d'un autre genre ; la maturation des raisins s'y fait, pendant les « trois mois d'enfer », avec une rapidité que la Russie méridionale et la Hongrie connaissent seules. Dans les provinces méditerranéennes du sud-est, la vigne rencontre les conditions essentielles et primitives de sa prospérité. L'Andalousie ne lui est pas moins favorable (l ).

C'est à la Catalogne et à la province de Valence qu'appartient la palme de la quantité. Mais ce sont des vins de qualité fort commune, que leur degré d'alcoolisation et leur couleur foncée font rechercher des négociants français pour les coupages. V Aragon donne des produits du même genre.

L'Andalousie fournit une quantité beaucoup moindre, mais vend sa récolte annuelle presque au même prix que les provinces du nord-est. Il suffit de citer ses crus célèbres de Xérès, si recherchés sur le marché anglais, de Malaga dans le pays de Grenade. L'Andalousie ne réduit pas en vins toute sa récolte de raisins, mais en sèche une partie ; elle exporte beaucoup de raisins secs. Les vignes des Canaries, ravagées par plusieurs fléaux, n'ont plus la même importance ; elles produisent des vins analo-

(1) Culture de la vigne (1891) :

Superficie (1889-90) 1 .605 . 492 hectares.

Produit total 24.210.162 hectolitres.

Province de Valence 2.366.642 —

(Alicante 1 .596.449) —

Province de Catalogne 4.275.120 —

(Barcelone 1.615.7*2 —

Tarragone 1.5U.943 —

Lérida 1.114.435) -

gués à ceux de l'Andalousie et du Portugal . Les vins des Baléares rappellent plutôt ceux de la Catalogne.

LEspagne peut obtenir des récoltes plus considérables encore ; mais d'une part ses vins sont assez mal préparés en général et conservés sans soins ; de l'autre, en dehors des zones littorales, on ne se presse pas de planter dans la crainte de ne pouvoir vendre, faute de moyens de communication. Les Espagnols ont d'ailleurs développé cette culture en vue de remplacer sur le marché français nos produits compromis par le phylloxéra ; leur consommation n*est point très considérable, de sorte que la guérison des vignes françaises leur enlève leur principal débouché. Le développement des vignes algériennes contribuera aussi à ralentir les plantations en Espagne.

Uoliviei' est une des cultures caractéristiques des provinces du sud et du sud-est ; les olives sont consommées en bonne partie dans le pays ; la fabrication des huiles, fort arriérée jusqu'à ces dernières années, est aujourd'hui en progrès notable. Les régions les plus favorisées sont la vallée du Guadalquivir et les pentes moyennes de la Sierra Morena.

Murcie, Valence et les autres provinces méridionales ont une réputation universelle pour la beauté de leurs orangeries. Valence est entourée de plantations d'orangei's dont le produit se vend en majeure partie en Angleterre. Londres et Liverpool achètent en masse ces récoltes pour les revendre au détail sur le continent. Les citronniers sont nombreux dans les mêmes régions. Les Baléares et Valence se partagent la renommée des figues. Là aussi abondent les bigaradiei's ; les écorces de leurs fruits sont expédiées avec celles des oranges en ballots énormes à destination des fabriques hollandaises de curaçao. Les amandes y noix, noisettes, sont aussi des articles d'exportation de sérieuse valeur pour le marché anglais ; de même les châtaignes de la Biscaye et de la Galice.

Citons à parties produits des palmiers-dattiers qui donnent près d'Ëlche et d'Alicante des fruits savoureux; c'est la végétation saharienne» inconnue dans tout le reste de l'Europe.

En revanche, les pays basques, que 5 degrés de latitude seulement séparent de ces bois africains, possèdent nombre de pommiers et fabriquent un cidre estimé.

Les cultures industrielles. — A cet égard encore les contrastes sont saisissants : plantes de la moyenne Europe, de la zone méditerranéenne, de TAfrique Mineure et même des pays tropicaux, se rencontrent sur le sol de l'Espagne.

La Castille étend chaque année ses cultures de betteraves à sucre et aspire à s'affranchir du tribut payé de ce chef aux grands pays agricoles de TEurope centrale et occidentale. Les provinces du nord sont aptes aux cultures du lin et du chanvre; mais la diminution constatée partout dans l'emploi de ces fibres textiles et la concurrence des produits similaires de l'Europe orientale les ont fait rétrograder.

Valence et les autres pays du sud-est nourrissent les plus nombreux mûriers : le safran d'Albacete et de la Manche, de Malaga, le tabac d'An-

daiousie, les réglisses de la vallée de TÈbre, voilà pour les cultures industrielles les plus communes de la zone méditerranéenne ; celles du safran et de la garance ont seules perdu de leur importance depuis le développement de rindustrie chimique des couleurs.

Voici enfln une catégorie de plantes tropicales, co(on des Baléares et du pays de Grenade, arachides de la côte sud-est que TËspagne cultive avec succès. Le sparte avec lequel on fabrique des nattes, des cordages, des filets, des paniers, du papier réussit dans les chaudes régions du sud-est comme sur les plateaux algériens. Aux environs de Séville on cultive les fleurs pour la parfumerie.

Les productions animales ; Télevage. -- L Espagne ofTre à Télevage du bétail des conditions naturelles très variables, puisque des zones de nature absolument différente sont disposées autour du grand plateau des Castilles.

Les bétes à cornes qui ont besoin de gras pâturages et de beaucoup d eau sont presque toutes nourries dans les provinces océaniques du nord-ouest. Les riches vallées de la Galice, le littoral humide des Asturies possèdent le plus grand nombre de ces animaux. On en élève aussi d assez nombreux troupeaux dans les provinces dont le sol est incomplètement aménagé pour la culture, comme la Manche et l'Estrémadure. Le développement de cette richesse a été fort rapide en Espagne. Elle est assez considérable aujourd'hui, si Ton considère que la zone méditerranéenne est peu propre à l'accroissement du gros bétail : et Ton doit juger les résultats obtenus en Espagne non par la simple comparaison du nombre des animaux et de la surface du pays ou du nombre des habitants, mais en étudiant le rapport entre la richesse animale et l aptitude moyenne des provinces. On remarquera en outre que certaines races ont été notablement améliorées, surtout en Galice et dans les Asturies ; là les conditions de sol et de climat étaient favorables pour Tintroduction des types perfectionnés d'Angleterre et de France.

Les chevaux sont surtout élevés dans les provinces du nord, puis en Andalousie ; la foire de Séville est une des plus importantes de TEurope pour le commerce des chevaux.

Ces animaux sont beaucoup moins employés dans les zones montagneuses, si développées en Espagne, que les ânes et mulets auxquels suffit une plus maigre nourriture. Leur usage est surtout répandu dans les Castilles et dans TEstrémadure, puis dans les provinces du nord. L'abondance de ces bètes de somme dans un Ëtat médiocrement peuplé s'explique par le manque de voies de communication commodes et de bons moyens de transport.

Les moutonSy bétail caractéristique des pays montagneux et secs de la zone méditerranéenne, sont nombreux en Espagne : cet État est même le plus riche de l'Europe en animaux d'espèce ovine, eu égard à sa faible population. Ses moutons sont partagés surtout entre TEstrémadure, les Castilles et le pays de Léon. La localisation géographique est donc très nette; les troupeaux de moutons vivent sur les plateaux et

les steppes. Mais les troupeaux sont encore nomades dans une forte mesure quoique les privilèges de la Mesia, corporation des riches éleveurs de moutons, aient été récemment restreints dans l'intérêt de Tagriculture. Les troupeaux ont des parcours de migration moins étendus, et ravagent moins qu'autrefois. D'ailleurs leur nombre se restreint depuis que le Nouveau-Monde, Amérique du Sud et Australie, envoie sur les marchés de l'Europe des laines à vil prix. Ce n'est pas en pure perte ; car les progrès de l'agriculture dans les provinces du centre sont en raison directe de la décadence de cet élevage primitif.

Les chèvres sont nombreuses dans tous les districts montagneux, mais surtout dans le pays de Léon. Les porcs sont engraissés dans la zone du nord-K>uest où les forêts de chênes sont étendues et les fermes riches. L'apiculture est assez florissante en Vieille Castille. La Catalogne, les provinces de Valence et de Murcie se livrent à l'élevage des vers à $oi€ (1).

La chasse est de peu d'importance. L'Espagne tire en revanche un revenu notable de la pèche. Thons, sardines, saumons contribuent non seulement à Talimentation des provinces côtières, mais à lactivité du commerce d'exportation.

Résumé de la production agricole. — En résumé, l'Espagne est un pays bien doué pour le développement de la richesse agricole, mais où la mise en œuvre n'est pas digne de l'aptitude naturelle. La faute n'en est pas seulement imputable, comme on le croit souvent, à la nonchalance des hommes. Mais, après plusieurs siècles d'épreuves de toute nature, ce pays ne renferme pas les éléments de richesse acquise, les capitaux sans lesquels les progrès sont presque impossibles en notre siècle, les réformes presque impraticables. Cependant la situation s'est améliorée ; l'extension du réseau des voies de communication, la renaissance de l'industrie et du commerce ont réagi sur l'agriculture.

B. — Industrie.

Les ressources naturelles ne font pas plus défaut à l'industrie qu'à l'agriculture. Houille et métaux se rencontrent en plusieurs points du sous-sol de l'Espagne. Dès l'antiquité ce pays eut la réputation d'être riche en métaux ; Phéniciens, Carthaginois, Grecs et Romains se livrèrent à l'exploitation ou au commerce de ces produits. Mais l'Espagne sortait fatiguée et appauvrie d une longue suite de guerres quand

.1) Elevage (1895).

Chevaux 383 . 1 13

Mulets et ânes 1.496.703

Bêtes à cornes 2.07 1 .326

Aloutons 16.469.303

Chèvres 2.820.827

Porcs 1 .9i0.368

les progrès de la science firent, au dix-neuvième siècle, une révolution dans les procédés industriels.

Industries dérivées du règne minéral. — Malgré la richesse du sol en métaux, les industries extrsictives quoique déjà assez prospères sont encore loin du développement auquel elles devraient atteindre.

La houille pourrait, d*ores et déjà, alimenter l'industrie jeune encore; les bassins des Âsturies (Oviédo, Langréo), de Léon (Palencia), d^Andalousie (Belmez), de Catalogne et des Pyrénées sont d*une bonne richesse moyenne; la mine de Langréo est même particulièrement riche.

Le fer est commun et d'excellente qualité. Les mines de Biscaye (Somo Rostro près Bilbao), de Grenade (Motril), de Catalogne, fournissent des produits estimés et exportés en France, en Belgique et en Allemagne.

Le plomb, presque partout argentifère est une des richesses de TEspagne. On le trouve surtout à Linarès, en Andalousie, à Oviédo dans le nord, dans la sierra de Gador et dans la province de Grenade (Alméria).

Lecuivre de Rio Tinto, près de Séville, d' Alméria, Huelva, Carlhagène ; le zinc de Biscaye; le mercure d'Almaden dans la Manche sont encore des richesses considérables pour TËspagne.

Les métaux précieux eux-mêmes, sont une ressource importante : Vargenty que Ton n'extrayait plus depuis la découverte des riches gisements péruviens est de nouveau exploité dans la sierra Almagrera, près de Carthagène (1).

Les carrières de l'Espagne contiennent la majeure partie des matériaux employés dans l'industrie des constructions et dans la céramique, marbre, pierre de taille, cUaux, plâtre, argile plastique. 11 faut y ajouter le soufre, et les phosphates de chaux si recherchés comme engrais agricoles.

Le sel est fourni par les mines de sel gemme de Cardona en Catalogne, des provinces de Murcie et de Cuença, par les sources salines de Medina-Celi, sur le plateau de Soria, du Guipuzcoa, parles marais salants des bouches de l'Ebre, des côtes d'Andalousie (Cadix), etc.. On cite le lac salé de Torre-Vieja près d'Alicante qui se cristallise tout entier au mois de juillet et fournit 1,300,000 quintaux de sel. Cadix envoie

(I) Production minérale (1893):

Houille 1.485.000 t. valant 11.404.000 fr.

Lignite 35.000 — 210.000

Fer 5.420.000 — 20.287.000

Cuivre 2.160.000 — 1O.B97.0OO

Plomb 349.000 — 37. 017.000

Zinc 63.000 — 1.936.000

Manganèse 1.400 — 38.000

Argent 4.800 — 1.285.000

Mercure 34.300 — 8.091.000

Sel 169.000 — 1.028.000

beaucoup de sel en Angleterre pour la préparation des conserves de poissons et de viandes.

Les eaux firinêra/e^, sulfureuses, salines, ferrugineuses, gazeuses existent en grand nombre. Si elles n'ont point la célébrité de' celles de la France et de TÂllemagne, elles le doivent à la position excentrique de TEspagne, à la rigueur du climat des plateaux.

En somme la production minérale pourrait être beaucoup plus considérable, si les voies de communication ne faisaient si souvent défaut. On a calculé qu'il faut 100 ânes pour transporter autant de minerai qu'un wagon;... une mine située à 2 ou 3 kilomètres d'une voie ferrée est par suite inexploitable (1).

La mise en œuvre des matières minérales est également défectueuse ; l'Espagne vend beaucoup plus de minerais et de métaux bruts qu'elle n'en travaille dans ses rares usines (2).

Le travail du fer est exécuté dans deux centres principaux. Au nord les provinces basques et les Asturies ont un certain nombres de forges et d ateliers : Bilbao, Oviédo et leurs environs réduisent les minerais et préparent des fers bruts et demi-bruts. Au sud^ l'Andalousie donne des produits estimés.

Barcelone, Pampelune et Séville sont seules vraiment des centres d'industries mécaniques. Barcelone fabrique le matériel de chemins de fer; Pampelune a de vastes ateliers de machines agricoles. On sait la réputation des armes de Tolède et du Guipuzcoa.

Il n'y a point de localisation bien accentuée encore de ces industries. Barcelone a la prééminence en qualité de grande ville commerciale. Là aussi se sont concentrées les industries chimiques.

La céramique est peu développée malgré l'abondance de matières premières : les grandes villes, Séville, Madrid, Barcelone fabriquent des faïences et des porcelaines. Larerre?i(? de la Granja est la plus importante du royaume.

Industries dérivées du régne végétaL — Parmi les industries dérivées du rè(jne végétal la fabrication des vins et des alcools tient une place notable, quoique les procédés n'en soient pas encore aussi perfectionnés qu'en France. Citons encore lesmeuneries et fabriques de produits alimentaires, nombreuses dans les principales villes de Castille et dans les ports, les

(i) E. Reclus, Europe Méridionale, p. 741. (?) Production métallurgique (18D3):

Fonte 135.000 tonnes. valant 9.394.000 fr.

Fer 69.000 — — 12.2G6.00> —

Acier 77.000 — — 15. 243. «00 —

Cuivre 45.300 — — 24.3C3.000 —

Plomb lG9.;i00 — — 55. H». 000 —

Zinc G. 000 — — 4.323.000 —

Mercure 1.66(î — — 0.973.000 —

Géographie écoDom. IS

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huileries des pays du sud-est et du sud, les fabriques de chocolat auxquelles les colonies fournissent abondamment les matières premières.

C'est aussi grâce à l'appoint des végétaux étrangers que l'Espagne a pu naturaliser chez elle une assez belle industrie cotonniére; ce ne sont pas les cotons espagnols qui pourraient suffire à alimenter les filatures et métiers à tisser de la Catalogne. On estime à 4,850,000 environ le nombre des broches en activité à Barcelone et dans le reste de la province, à plus de 400,000 celui des ouvriers qui vivent de cette industrie. On y fabrique à la main de grosses cotonnades, au métier mécanique des calicots et des indiennes. Malgré tout, l'Espagne est encore loin de produire assez même pour sa propre consommation. La môme industrie occupe aussi un certain nombre d'artisans dans les Baléares puis dans le sud à Motril et à Malaga; dans ces derniers districts on travaille les cotons indigènes.

Las Aguilas, dans la province de Murcie, a la spécialité des ouvrages de sparteine.

Dans les provinces du nord sont fabriquées des toiles. Mais il n'y a point d'industrie proprement dite de ce genre ; la fabrication est l'œuvre des métiers rustiques.

Industries dérivées du régne animal. — Les industries dérivées du règne animal ne sont guère plus développées. Les provinces du nord-ouest, riches en bestiaux, font beaucoup de fromages et du beurre estimé que l'on exporte en Angleterre. L'Estrémadure et la Castille excellent dans la préparation des salaisons et de la charcuterie que les Espagnols consomment en énormes quantités.

Il était naturel que l'industrie textile de la laine fût en honneur en Espagne, où l'on compte tant de moutons. Mais le centre de cette industrie n'est pas au cœur de la région qui compte les plus nombreux troupeaux. Barcelone tend à devenir la métropole des métiers textiles; de ses fabriques sortent les meilleurs draps de la péninsule. Sabadell, non loin de Barcelone, partage sa réputation. A l'ouest Palcnciaj plus voisine des districts riches en moutons et disposant de houille, est une digne rivale des villes de la Catalogne. Les Baléares produisent des lainages grossiers, en particulier des couvertures.

L'industrie de la soie a été fort éprouvée en Espagne par la maladie des vers. Les lilés sont fabriqués dans les lieux mêmes d'élevage, dans la province de Valence. Mais Barcelone a joint la fabrication des tissus de soie à ses autres industries textiles; nous avons remarqué le même fait d'attraction dans toutes les grandes villes industrielles de tous les pays. Au reste, l'Espagne occupe un rang fort secondaire parmi les pays qui pratiquent l'industrie de la soie.

Barcelone fabrique aussi des dentelles; mais cette industrie a beaucoup perdu de son ancienne importance.

Les tanneries sont nombreuses dans toute l'Espagne, surtout à Madrid et à Valladolid.

Mais l'industrie des cuirs repoussés de Cordoue, si célèbre autrefois a presque complètement disparu.

Résnmô de la productioii industrielle. — Ainsi TEspagne est loin de faire encore un usage vraiment industriel de ses nombreuses richesses minérales, végétales et animales. Le vice originel qui retarde son déveli^pement est le manque de voies de communication. La main-d'œuvre -est à bon compte en Espagne ; les artisans ne manquent pas d'habileté comme le prouve l'exemple de Barcelone. Mais déjà les progrès s'annoncent; et ils sont dignes de remarque dans ce pays auquel les épreuves politiques du passé avaient légué tant de misères et de causes d'affaibliscernent.

Si la houille et les métaux, devenus mouvement et machines, n'attii-ent encore que partiellement le reste des industries, cependant on saisit déjà les indices de l'évolution : les Asturies, la Catalogne et l'Aragon ont des groupes industriels notables et en pleine voie de développement. Mais jusqu'ici la concentration industrielle se fait surtout dans les districts où, de tous temps, la population fut le plus dense, c est-à-dire la main-d'œuvre abondante et habile : elle s'opère aussi dans les zones maritimes où le commerce est le plus actif, au nord-ouest, en Catalogne, et au sud-est, dans la province de Séville, porte de sortie de toute l'Andalousie.

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