‹ Précis de géographie économiqueChapitre 59 sur 182 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

§ I«'. — Gonp cl*œil sur la géographie physique et politique.

Situation et dimensions. — Va Empire allemand » tel qu*il e^t constitué depuis le 18 janvier 1871, s'étend du 41 <> au 56<» de latitude nord, et du 3<^20' au 20°20' de longitude est de Paris. La superficie totale est de 540,583 kilomètres carrés. Cet État occupe la partie septentrionale de TËurope centrale, depuis le pied des Alpes, jusqu'aux bords des mers Baltique et du Nord.

Composition du sol. — La plus grande partie de l'empire d'Allemagne est formée parla plaine quaternaire du nord. Les formations plus anciennes se trouvent toutes massées dans le sud et dans l'ouest : ce sont les plateaux tertiaires de Souabe et de Bavière, les grandes étendues secondaires du Jura allemand, de la Franconie et de la Thuringe, les massifs primaires du plateau schisteux rhénan et de la Saxe, les régions cristallines de TErzgebirge, des monts des Géants et des Sudètes, de la Forêt- Noire et des Vosges. Des roches volcaniques ont fait éruption dans le Vogelsberg, le Rhœn, et les régions avoisinantes. Il faut enfin citer comme région caractéristique la riche plaine alluviale du Rhin moyen, entre BAle et Mayence.

Relief. — Le trait caractéristique du relief allemand est la présence d'une plaine très basse, presque sans relief appréciable. C'est tout au plus si l'on peut citer les plateaux bas et marécageux des bords de la Baltique. Cette plaine se prolonge au sud jusqu'aux hauteurs du massif bohémien, dont les dernières ramifications s'étendent sur la Silésie et la Saxe. Au sud-ouest, au contraire, les hauteurs de la moyenne Allemagne pénètrent comme un coin entre Meuse et Elbe, par le plateau schisteux rhénan et les montagnes de Thuringe, qui se terminent au curieux massif du Harz. Au sud du Main, entre la Forèt-Noire et les Juras allemands s^étendent

les hauteurs franconiennes qui, avec les plateaux souabe et bavarois ferment ce que l'on appelle la Haute- Allemagne.

En somme, du pied des Alpes au bord delà mer, « Vom Fels zu Meer », TAliemagne a une inclinaison générale du sud au nord, soit par terrasses séparées les unes des autres, soit par une pente presque insensible.

Littoral. — La mer borde TAlle magne d'un côté seulement, au nord, le long de la grande plaine ; aussi la côte est-elle basse et peu découpée. De la frontière russe à la raci ne du Jylland, les seules anfractuosités du littoral de la mer Baltique sont des étangs littoraux séparés de la mer par des flèches de sable ; Tile de Rûgen seule présente une côte abrupte et découpée. Le Jylland possède quelques bons ports, Lûbeck et surtout la superbe rade de Kiel. Sur la mer du Nord, les articulations ne sont pas plus riches, la côte rappelle celle des Pays-Bas, avec sa chaîne d'Iles littorales, ses golfes largement ouverts et peu profonds. Seuls, les estuaires des grands fleuves, Elbe, Weser, et le golfe de la Jahde ont permis rétablissement de ports importants.

Climat. — Le climat de l'Allemagne a un caractère continental accentué. L'éloignement de Tocéan Atlantique, la présence d'une vaste plaine largement ouverte aux vents de la plaine russe, la recrudescence du relief vers le sud, tout s'accorde pour faire de l'Allemagne une seule zone climatique. L'hiver y est rude. Tété relativement chaud. Les lignes isothères et isochimènes y ont des directions absolument perpendiculaires; en été, la température augmente régulièrement du nord au sud, en hiver, de Test à Touest. Plus on s'éloigne de l'océan, plus les contrastes de température sont violents entre les deux saisons. Lès moyennes d'été vont de i8« (bord de la mer) à 21° (Munich), les moyennes d'hiver, de +2» (Khin inférieur) à — 3» (Prusse orientale).

Les pluies diminuent de l'ouest à l'est (Brème, 0,70, Berlin, 0,59, Danzig, 0,48), et augmentent, dans l'Allemagne du Sud-Ouest et de rOuest, à mesure que l'on va du nord au sud (Basse-Franconie, de 0,70 à 0,85, Munich, plus de 0,85).

Hydrographie. — L'Allemagne n'a pas un réseau fluvial qui lui soit propre : le Rhin, helvétique par ses sources, néerlandais par ses bouches, parcourt une région qui a été de tous temps disputée entre l'Allemagne et la France ; certains de ses affluents même lui viennent encore de l'étranger. Son réseau est, en outre, complètement séparé de ceux des fleuves de la plaine du nord. C'est cependant une admirable voie de communication. Le DanubCf allemand par ses sources, n'est véritablement formé que par l'appoint des eaux de l'inn, lorsqu'il a quitté l'Allemagne; ses affluents bavarois et souabes ne sont que des torrents. Les fleuves de la plaine septentrionale seuls peuvent passer pour purement allemands... et encore, si VEms et le Weser ont tout leur domaine en Teulonie, VElbe est bohémienne d'origine, VOder silésien, et la Vistide polonaise ne donne à la Prusse que ses embouchures.

Le caractère commun à tous ces fleuves est d'être remarquablement compensés, le Rhin, par les glaciers d'où il sort, les autres, par la régula- Géographie économ. 21

rite de leur cours de plaine et la répartition équitable des pluies. Aucune hauteur appréciable ne sépare les cours inférieurs des fleuves de TAUemagne du Nord, entre lesquels il a été très facile d'établir des communications par canaux à travers des dépressions déjà indiquées par la nature.

Populations. — La population de Tempire allemand s'élevait, en 1895, à 52,250,894 habitants, correspondant aune moyenne de 91 par kilomètre carré. Les divers pays de Tempire sont inégalement peuplés ; quelquesuns, la Saxe par exemple, sont parmi les plus denses de TËurope (234), d'autres au contraire, les deux Mecklembourg par exemple, ont une population spécifique très faible (33 et 44).

Les habitants de Tempire sont en majorité allemands, cependant on peut compter une assez importante minorité d'habitants d autres nationalités, incorporés le plus souvent malgré eux à Tempire (1).

La population de TÂllemagne augmente rapidement par l'excédent des naissances sur les décès, et amènerait l'existence d'un considérable tropplein, si l'émigration, très intense, ne venait contrarier ce mouvement, d'une façon même qui commence à beaucoup effrayer ceux qui s'intéressent à l'avenir de l'Allemagne (2).

Les villes sont nombreuses en Allemagne, vingt-six ont plus de 100,000 habitants (3).

(1) Etrangers en Allemagne (1890): 3.403.390; 7 p. lOO.

Slaves (Polonais, etc.) 2.922.47S

Lithuaniens 117.637

Wendes Cî.îôi

Moraves et Tchèques 74.0C9

Danois 138. 134

Hollandais 40.1Î4

Wallons 10.972

11 faut compter en outre 1.639.680 Alsaciens-Lorrains.

(2) Augmentation pour 100 de la population 1876... Ip.lOO; 1880... 1,14 p. 100; 1886...

Mouvement de la population :

Naissances. Décès.

£n 1881, 220.902 personnes avaient émigré.

(3) Grandes villes (1896) :

Excédent 606.166 618.681 619.483 .^60.247 676.761 684.669 696.874

Émigrations.

Berlin

Munich . . . .

Breslau . . . .

Hambourg .

Leipzig . . . .

Habitants.

Cologne

Dresde

Magdebourg

Krancfort-sur-Mein .

Hanovre

HabiUnts.

Linsiruclion primaire obligatoire a donné d'excellents résultats, et le nombre des illettrés est très minime (0,45 p. 100 seulement des conscrits ne savaient ni lire ni écrire en 1891-1892).

Goayemement. — L'empire allemand, créé le 18 janvier 1871, est une monarchie fédérale sous la présidence héréditaire du roi de Prusse. Chaque État fédéré garde son autonomie, sauf pour les questions de défense nationale, de diplomatie et de commerce. Le gouvernement fédéral se compose de l'empereur, assisté d'un chancelier de l'empire, et d'un ministère irresponsable. A côté de l'empereur, sont deux Chambres, le Bundest*aihf composé des cinquante-huit plénipotentiaires nommés par les chefs d'États, et le Reichstag, élu au suffrage universel par les habitants de l'empire.

Les finances de l'empire sont alimentées par les douanes, une partie des contributions indirectes, les postes et télégraphes et les chemins de fer de l'État (1).

Le service militaire est obligatoire dans l'empire allemand : chaque homme, sauf quelques exceptions (pour cause d'économies ou de situation personnelle des conscrits — volontaires d'un an), doit faire deux ans de service actif dans Tinfanterie, trois dans la cavalerie et l'artillerie. De dixsept à quarante-cinq ans, tout homme peut être appelé en cas de guerre. La charge est lourde pour tous, aussi peut-on y voir une des causes de l'émigration si considérable (2).

Rœnigsberg .

Dusseldorf . . ,

Altona

Nuremberg .

Stuttgart

Chemnitz . . .

Elberfeld....

Brème

HNbilants.

Strasbourg

Danzig

Stettin

Barmen

Creteld

Aix-la-Cbapelle .

Halle

Brunswick

Habitanls.

(1) Finances de l'Empire :

Recettes. Dépenses.

1889-90 1 .508.001.000 fr. 1.388.343.000 fr.

Budget de la guerre (impérial) (181)3-04) 535.040.000 fr.

Total de tous les États 822.500.000

Budget de la marine (impériale) 60 .315. 750

Dette de l'Empire 2. 106.875.000

Annuités 99.625.000

Poids par tête des impôts 13 fr. 12 c.

(2) Armée (1893-94):

r Officiers 22. 4.^2

Pied de paix ) Hommes 557 .093

( Chevaux 96.8i4

Pied de guerre, environ 3.000.000 d'hommes instruits.

Marine: 86 bâtiments jaugeant 251.923 tonneaux, montés par 21. 623 hommes.

§ H. — Géographie économique.

Condition générale et situation. — L'Allemagne, si grande el si prospère par rindustrie et le commerce, est la dernière venue parmi les puissances qui se disputent les plus importants marchés du monde. Sa richesse économique a été une des meilleures conséquences de son unification politique. Ce n'est pas que les artisans et négociants de TAllemagne n'aient, comme ceux de l'Angleterre et de la France, un glorieux passé à revendiquer dans l'histoire du développement commercial de l'Europe. Au contraire, la race allemande a été représentée dès le moyen âge par de véritables artistes d'industrie, par des négociants d'une habileté consommée : il suffit de citer les villes de la « Hanse ». Mais c'est seulement du jour où l'union politique vint compléter l'union douanière que fut dignement exploité ce sol assez médiocre pour l'agriculture, merveilleusement riche pour l'industrie. On doitreconnaltre, en toute justice, que l'exploitation de la terre allemande fait honneur au peuple qui l'habite, que ce peuple en a tiré parti d une manière fort intelligente et méthodique.

A. — Agriculture.

Aptitude naturelle. — Pour l'agriculture, le fait est de toute évidence. En effet, l'aptitude agricole de l'Allemagne est assez médiocre dans l'ensemble. Composition du sol, climat, relief, hydrographie ne la prédestinaient point à une prospérité de ce genre, bien que sa latitude la place en entier dans la zone dje culture des céréales de l'ancien continent.

La géologie distingue deux grandes régions très différentes par la composition de leurs sols, l'Allemagne du Sud et la Haute-Allemagne comprenant des terrains primaires et secondaires, l'Allemagne du Nord où se développent des terrains modernes. Cette première observation laisse déjà comprendre que l'Allemagne du Nord offre aux plantes de meilleures conditions de végétation. Toutefois, il est des phénomènes qui modifient cette distribution générale des terrains.

Ainsi, la région de la Moyenne- Allemagne, qui s'étend sur la bordure septentrionale de la Bohème, renferme de précieux dépôts de lœss. Ces terres fertiles ojit un assez grand développement en Saxe, en Lusace, et au sud du plateau de Haute-Silésie. Les « districts à lœss », où le précieux produit de l'époque glaciaire a recouvert les sables tertiaires et les roches anciennes, ont une grande réputation de fertililé.

De même, la plaine de l'Allemagne du Nord, sous un aspect uniforme et monotone, présente, à de faibles distances, des contrastes assez vifs. En général, elle est couverte d'un sable fin qui forme des dunes et des plaines désignées sous le nom de « geest ». Souvent les vallées sont presque au même niveau que les fleuves, sur de vastes étendues, et sont inondées à la moindre crue. Aussi les lacs permanents, les marais et les tourbières sont-ils fréquents dans cette zone {sumpfflaechen, moorflaechen).

ALLEMAGNE. 3â{S

En revanche, les parties surélevées en plateaux ou dos de pays portent souvent des champs d un limon très fertile.

Le climat est rude et extrême dans Test, où le& contrastes se font sentir brusquement et avec violence comme en Russie, dans les pays de plateaux du sud, à cause de la nature même de cette forme de relief.

D'une manière plus fTgénérale, le relief rend TAlIemagne du Sud moins tempérée que T Allemagne du Nord, et moins propre à la culture. La végétation y est moins riche.

Toute TAllemagne appartient d'ailleurs à la zone des forêts et cultures à saisons tranchées. La florei^primitive est encore largement représentée dans les forêts par le chêne, le hêtre, le pin, le bouleau, etc. Les hauts pays alpestres du Sud contiennent, bien entendu, quelques spécimens de la zone subpolaire. Quant à la faune primitive, renard, loup, belette, loutre, fouine, blaireau ont persisté ; les sangliers abondent ; cerfs, chevreuils, daims, lièvres peuplent les forêts allemandes ; tous les oiseaux caractéristiques de notre zone s'y maintiennent.

Notons que le sud-ouest de l'Allemagne et l 'Alsace-Lorraine appartiennent à la zone extrême des vignobles européens.

La division de ce vaste territoire en régions agricoles ne saurait donner, à moins d'être poussée fort loin dans le détail, une idée exacte des différences d'aspect que l'on y rencontre, même sur des surfaces peu étendues.

1® Région de V Allemagne du Sud» — Nous comprendrons sous cette dénomination l'ensemble des pays que les Allemands désignent par le terme de « Alpenvorland », pays situé en avant des Alpes, c'est-à-dire les plateaux appuyés à ce grand système montagneux et limités au nord par le Danube. C est un pays pauvre en ressources naturelles, non pas tant encore à cause de la nature géologique des terrains que par l'effet de son relief en plateaux, qui aggrave les rigueurs d'une altitude considérable. En même temps que la chaleur y est insuffisante, la surabondance des pluies nuit à la végétation. Dans la partie méridionale de cette zone prédomine donc la vie pastorale et forestière. Au contraire, quand on se rapproche du Danube, on trouve des pays de civilisation agricole assez développée.

11 convient encore de citer un coin de l'Allemagne alpestre qui forme une exception remarquable : ce sont les districts voisins du lac de Constance, très favorisés par un climat d'une douceur extraordinaire. On y voit, tout près des Alpes, de riches vignobles.

2<^ Région de V Allemagne du Sud-Ouest et de l'A Isace- Lorraine. — Cette région présente, comme celle qui précède, de violents contrastes, à cause de l'extrême articulation du relief. Les pays de faible altitude qui y sont compris sont d'une fertilité exceptionnelle, grâce à laquelle une population très dense trouve à y vivre; au contraire, les âpres hauteurs, les montagnes ont peu d'habitants et sont vouées à la vie forestière et pastorale. Rien de plus merveilleux que les districts à « lœss » situés au pied des Vosges, de la forêt Noire, du Hardt et de TOdenwald. Dans

certaines parties de la plaine, on voit de vastes étendues de sables et de cailloux, attestant Tœuvre intense de dénudation des torrents descendus des montagnes voisines.

Il faut remarquer toutefois que les pays montagneux de nord de cette région sont plus favorisés que ceux du sud, grâce à la vigueur peu commune de leur végétation forestière.

Le plateau de Souabe et de Franconie, qu'on peut rattacher à cet ensemble, est par excellence propre à Tagricuiture ; c'est un des meilleurs terroirs de l'Allemagne. Champs fertiles, vignes, jardins y prospèrent jusqu'à une attitude de 300 mètres. Mais, à côté de ces luxuriantes campagnes qui occupent les districts du lias, on rencontre aussi des plaines infertiles de sables et de grès. La Franconie n'a-t-elle pas été surnommée la « botte à sable de l'empire », à cause des dunes qui donnent un aspect désolé aux environs de Nuremberg?

Enfin, le Jura franconien et souabe est, bien entendu, dans sa partie haute (600 à 700 m.), une zone improductive marquant vers l'orient la limite de l'Allemagne articulée du Sud-Ouest. Les calcaires fissurés laissent échapper l'eau des pluies, qui ne rend aucun service à l'agriculture.

A l'ouest, le pays annexé de Lorraine constitue, avec l'Alsace, un des meilleurs domaines agricoles de l'Allemagne. Les élévations y étant beaucoup moins accentuées que dans les contrées de la rive droite du Rhin, la végétation y est plus favorisée. Sur ces terrasses et ces ondulations, bois, champs, vignobles se si^pcèdent.

En somme, la région agricole du Sud-Ouest est peut-être, gr&ce à l'Alsace, la plus riche de l'empire. Mais à côté de gras terroirs sur lesquels vivent 300 habitants et plus par kilomètre carré, on voit des cantons montagneux de la forêt Noire et du Jura franconien qui en nourrissent dix fois moins.

3° Région de la Moyenne- Allemagne. — Sous ce titre, nous comprendrons la série des pays de relief moyen qui bordent la plaine proprement dite, d'une part la bordure bohémienne de l'Erzgebirge, les parties hautes de la Silésie et de la Saxe, de lautre la zone de relief de la Moyenne- Allemagne proprement dite et les hauteurs sub-hercyniennes.

Nous avons déjà caractérisé les districts à « lœss » de la Saxe et de la Silésie, qui ont la plus grande valeur agricole, puis les étendues sablonneuses peu favorables aux riches cultures. La Saxe, la Thuringe et la Silésie, surtout cette dernière province, offrent de vastes étendues de champs excellents. En Silésie, la proportion atteint 85 p. 100 pour certains districts.

A l'ouest se retrouve, dans la Moyenne-Allemagne, l'opposition entre la plaine et la montagne déjà constatée dans TAllemagne du Sud-Ouest. Ainsi le pays Hessois, où dominent les grès bigarrés, continue l'Odenw ald et le Spessart et est en contraste complet avec la Prusse rhénane. Les terrains à forêts prédominent dans les cantons de grande altitude. Mais la Basse-liesse, sans valoir les campagnes de la vallée du Rhin, est assez riche ; ainsi, Cassel est au milieu d'un pays très fertile.

Le Harz, donl la forme de plateau est encore plus caractérisée que celle du Thuringer-wald, n'offre point de ressources à Tagriculture. Mais sur sa pente septentrionale, autour de Quedlimbourg, par exemple, se développe une couche de « lœss » qui lui donne une merveilleuse fertilité. De même entre les monts du Weser et le Teutoburger-wald s'étendent des terres fécondes.

4<> Région de la plaine de V Allemagne du Nord. — La grande plaine du Nord, avec ses chapelets lacustres, ses marais, ses tourbières, avec ses dunes où les bruyères sont la seule végétation, est peu favorable à Tagriculture. Le sol y est rarement assez nutritif; les alluvions manquent précisément des éléments qui sont nécessaires aux plantes. Ainsi les boues et les sables de la surface sont trop pauvres en calcaire; les masses de sables des dunes sont parfois d'une stérilité complète. Enfin les conditions géologiques sont mauvaises pour Tinfiltration de Thumidité dans le sol.

Les bruyères du pays de Lunebourg, les plateaux sablonneux de Prusse et de Poméranie peuvent être cités comme types des mauvaises terres de l'Allemagne du Nord : la Poméranie ne possède pas 40 p. 100 de terres cultivables proprement dites.

En revanche, Tagriculture rencontre d'excellents terrains sur les plateaux lacustres où se sont déposés des alluvions ; tel est le cas du Sleswig-Holstein.

11 n'en faut pas conclure que la région de la plaine de TAllemagne du Nord soit absolument infertile. En bien des points Thomme, à force de courage et de science, a vaincu la nature. Mais, malgré des prodiges de labeur, Teffet des conditions naturelles se retrouve encore marqué dans la répartition actuelle des prairies, des champs et des bois (1).

ForèU. — Les forêts couvrent 26 p. 100 de la superficie du territoire allemand, soit environ 139,000 kilomètres carrés. L'Allemagne du Sud et la Moyenne- Allemagne ont des forêts de chênes, de hêtres, de sapins, etc. ; dans les plaines sablonneuses et dans les dunes de l'Allemagne du Nord, comme dans nos landes, se développent d'immenses plantations de pins sylvestres. Au reste, dans chaque région agricole, les conditions de géologie et de relief modifient, d'un district à l'autre, l'étendue et la nature de la végétation forestière.

Les pays les plus pauvres en forêts sont ceux du Nord, le Mecklembourg, le Hanovre et le Sleswig-Holstein.

11 est à peine besoin de remarquer combien est significative la pré-

(1) Répartition des terres:

Productif 94 p. 100

hnproductif C —

Terres arables, vignobles, etc. . . . 26.31 1.968 hectares.

Pâturages et terres en friche 10.944.570 —

Forêts 13.908.398 —

sence du mot « wald », « forêt », dans la nomenclature géographique de TAlleniagne. Cette richesse en bois est un des éléments de son induslrie (1).

Cultures alimentaires. — Le terrain proprement agricole ne comprend qu'une superlicie de 262,951 kilomètres carrés. Son développement est remarquable et atteint, en Saxe, en SiJésie et dans la province de Posen, trois cinquièmes au moins de la superficie totale ; il est des plus médiocres, pour les causes indiquées ci-dessus, dans le Hanovre et la Bavière méridionale.

La culture des céréales occupe, en Allemagne comme en France, une proportion d'environ 30 p. 100 du territoire. Mais, d'une part, la production allemande est légèrement supérieure à la nôtre ; d'autre part, la valeur en est moindre, car le froment ne joue pas, dans Tagriculture allemande, le rôle prépondérant. Avoine et seigle occupent les plus vastes surfaces. En outre, l'Allemagne du Nord, la Prusse, en particulier, donne près des trois quarts des récoltes de céréales de l'empire.

VatoinCf qui se contente des terres maigres et sablonneuses, donne un produit équivalent à celui de la France. La Saxe et la Prusse fournissent le plus gros contingent de cette récolte. L'Allemagne a besoin de beaucoup d'avoine pour nourrir ses nombreux troupeaux de chevaux, et a grandement développé cette culture depuis vingt ans ; mais il est encore bien des campagnes où le pain d'avoine contribue à l'alimentation du peuple. Pour la même raison, le seigle a moins perdu de son domaine qu'en France. Cette plante, capable de résister aux excès du climat des plateaux et des plaines allemandes, est la culture par excellence des terres sablonneuses et froides du Brandebourg, de la Poméranie et delà Prusse proprement dite. Néanmoins, les progrès rapides de l'agronomie ont déjà permis de consacrer au froment une partie des anciennes terres à seigle amendées et pourvues d'engrais.

Mais le froment ne rencontre que dans un bien petit nombre de pays allemands des conditions favorables. Aussi, depuis que l'importation étrangère amène, sur les marchés européens, d'énormes cargaisons de cette céréale, a-t-on vu diminuer la production allemande. Un mouvement de reprise s'est produit depuis quelques années. Les deux régions les plus propices à cette riche culture sont la province du Rhin, la Saxe, la Silésie, la Thuringe et l'Alsace- Lorraine. Il est peu d'aussi belles terres à blés que les districts du « lœss » dans la Saxe et la Silésie (2).

La culture de Vorge, nécessaire dans ce pays où la bière est un objet si

(1) Superficie forestière en 188U:

Superficie 138. 995 kilomètres carrés. 25,7 p . 1 00.

Allemagne du Sud et du Centre — 30-38 p. 100. Prusse 20 —

Revenus des forêts en Prusse 100.000. OJO fr.

(2) Production du blé (1893) : 36.250.000 hectolitres.

important de consommation et de commerce, est en progrès. On la sème dans les mêmes terres que le blé, en Saxe, en Silésie et dans la province du Rhin. La récolte est loin de suffire aux besoins de la brasserie allemande.

L abondance des pommes de terre est la véritable compensation à la pauvreté de rÂllemagne en froment. C'est une culture qui occupe, en ce pays, plus de 10 p. 100 des terrains agricoles, soit 29,000 kilomètres carrés ; et I on sait que les champs sablonneux où se plaît ce tubercule ne manquent pas chez nos voisins. Au reste, on lui consacre aussi quelques-uns des meilleurs terroirs de lempire. Silésie, royaume de Saxe et Brandebourg viennent au premier rang; citons ensuite la Hesse, le duché de Bade et le Palatinat bavarois (1).

La culture des légumes s'est développée , en Allemagne comme en France, autour des grandes villes. Les travaux prodigieux entrepris en particulier aux environs de Berlin, pour dessécher les marais, et obtenir des terres agricoles capables de s'adapter à l'industrie maraîchère, ont été couronnés de succès : Potsdam a remplacé ses vignes chétives par de beaux jardins potagers.

Guitares arborescentes et fruits. — L'art de soigner les arbres fruitiers a été de tout temps jen honneur chez les Allemands; on peut dire qu'ils ont obtenu, à cet égard, tout ce qu'ils pouvaient espérer d'un climat et d un sol médiocres.

Le domaine du Rhin moyen et de ses affluents possède des vignes sous une latitude où les vendanges sont souvent précaires, à cause des ravages des gelées du printemps et des rigueurs prématurées de l'automne. On y récolte cependant une certaine quantité de vins, dont quelques-uns ont une réputation méritée.

Autour du lac de Constance, les rives, qui jouissent d'une douce température, portent des vignobles à une altitude plus grande que partout ailleurs en Allemagne; on y voit des ceps productifs jusque vers 450 mètres environ.

Les vins d'Alsace, blancs et rouges, sont les plus célèbres de tous : Colmar, Ribeauvilié, Riquewihr, possèdent des vignobles fort étendus ; ainsi, les vignes couvrent plus de 10 p. 100 du territoire de Ribeauvilié.

Le Wurtemberg, le Palatinat bavarois, le pays de Bade, produisent aussi des vins. Les vins du Rhin (Johannisberg) ont une vogue considé-

;i 1 Guitare des céréales (1892-93) :

Superûcie. Production.

Blé 1.975.652 hectares. 3.162.885 tonnes.

Seigle 5.678.733 — 6.827.712 -

Orge 1.690.096 — 2.420.736 —

Avoine 3.987.719 — 4.743.036 —

Sarrazin 180.290 — 89.641 —

Pommes de terre. 2.929.808 — 27.988.737 —

rable. On peut encore citer, à titre de curiosité, les vignobles de la Silésie et de la Saxe, du Brandebourg même (1).

Parmi les arbi'es fruitiers, le pommier, le prunier, le noyer prospèrent dans le Brandebourg et dans les districts de médiocre altitude de la Moyenne-Allemagne. On cite une petite ville du Brandebourg, Werder (5,000 hab.), située au sud-ouest de Berlin, qui, grâce à une culture très savante, vend chaque année des fruits, pour une valeur de plus de 1,200,000 francs. Dans TAllemagne du Sud-Ouest et en Alsace, les cerisiers sont très nombreux.

Les cultures industrielles. — Rappelons que la pomme de te^re compte parmi les plantes industrielles; cette remarque est surtout vraie pour l'Allemagne, qui tire de ces tubercules et exporte en quantité considérable Talcool qu'elle ne peut tirer du vin.

La culture des plantes textiles, lin et chanvre, est encore assez active pour entretenir les industries nationales, et même fournir un appoint considérable à Texpoitation. Le chanvre, en Allemagne comme en France, occupe beaucoup moins de place qu'autrefois. Mais les lins de Prusse, de Silésie et de Westphalie rivalisent, sur les marchés de l'Europe occidentale, avec ceux de la Russie. Les riches terroirs de la Silésie donnent des produits particulièrement estimés.

Les plantes tinctoriales perdent encore plus de terrain que les plantes textiles, l'Allemagne étant un des pays où l'industrie des couleurs dérivées de la houille s'est le plus rapidement développée.

Parmi les plantes oléagineuses, le colza et le pavot sont encore cultivés dans la Moyenne-Allemagne du Nord.

Mais les cultures industrielles qui enrichissent le plus l'empire sont la betterave, le houblon et le tabac. L'Allemagne est le pays d'Europe le plus riche en betteraves et aussi celui où l'on sait le mieux cultiver celle précieuse plante, choisir les espèces appropriées au sol. ("est au nordouest, dans les pays d'Anhalt, de Brunswick, puis au sud-est, dans les gras terroirs de la Saxe et de la Silésie, que les betteraves tiennent la plus grande place parmi les cultures; elles y occupent en moyenne plus

(1) Culture de la vigne:

Superficie ( 189Î-93) 1 18 . 292 hectares.

( 1892 1.673.626 hectolitres.

Production ) 18î)l 748.462 —

Détail des récoltes :

Alsace-Lorraine 292.261 hectol. 772. «84 hectol.

Bavière et PalaUnat.... 81.382 — 846.550 —

Bade M9.784 — 331.634 —

Wurtemberg 57 .509 — 320. 1 17 -

Prusse 103.263 — 348.772 —

Hesse 91.395 — 350.474 —

Saxe 2.731 — 3.168 —

de 10 p. 100 des terrains agricoles. L'exemple le plus curieux de localisation géographique de cette plante est celui de la région sub-hercynienne située près de Quedlimbourg et de Stassfurth ; là se développent les couches de « lœss » qui bordent la pente septentrionale du Harz; de plus, les mines de sels de potasse fournissenl de Tengrais à bon compte. Aussi, dans le district de Stassfurth, un champ sur cinq est consacré aux betteraves. La Hesse et le duché de Bade ont aussi étendu leurs cultures betteravières (1).

Le houblon est, en Allemagne comme en Angleterre, une culture de première nécessité à la fois alimentaire et industriel (e. Ce sont les États occidentaux de l'Allemagne, Wurtemberg, duché de Bade et Alsace-Lorraine, qui, avec la Bavière septentrionale, récoltent le plus de houblon et le plus réputé. Au nord-ouest le Brunswick, à Test la province de Posen, possèdent aussi de vastes houblonnières. Les houblons de la Moyenne- Franconie, vendus sur le marché de Nuremberg, passent pour être, avec ceux de Bourgogne et de Belgique, les meilleurs de l'Europe. La récolte des houblons allemands est légèrement supérieure à la récolte anglaise (2).

La culture du tabac, encore très florissante en Allemagne, est cependant sujette à des oscillations; elle se développe ou décroît d'année en année, suivant les allures du commerce des tabacs coloniaux. La Moyenne-Franconie excelle en cette culture comme en celle du houblon ; les environs de Nuremberg produisent un quart de la récolte totale, l'ensemhle de la Bavière près du tiers. Les pays les plus favorisés sont ensuite le Brandebourg, la Poméranie et l'Alsace-Lorraine (3).

Ainsi donc, en résumé, les cultures industrielles ont en Allemagne un développement très considérable ; et si l'on remarque que la pomme de terre appartient aussi dans une certaine mesure à cette catégorie, on peut dire qu'un des caractères agricoles de l'Allemagne, que la loi de la distribution de sa flore est une certaine prépondérance des cultures industrielles sur les cultures alimentaires. C'est l'expression de ce fait, que le sol de l'Allemagne est en général assez pauvre, et que l'homme a dû appliquer son industrie non seulement à l'améliorer, mais à diriger scienlîfîquement sa médiocre faculté de produire. Quand l'agriculteur français demande à ses champs les récoltes les plus variées, et sa-

li) Culture de la betterave (1892-93) :

Betterave à sucre 9.789.515 tonnes.

— fourragère 7.403.148 —

(2) Culture du houblon (1892-93) :

Superficie 43.4-14 hectares.

Récoite 24.515 tonnes.

(3) Culture du tabac (1891-92):

Superficie 18.533 hectares.

Récolte 34.774 tonnes.

crifie, en apparence, à son caprice, il ne fait en réalité qu*obéir aux sollicitations d'une terre souple et féconde. L'Allemand, en raison même de la moindre souplesse productive de ses terroirs, s'est vu contraint^ sous peine de misère, à ruser, pour ainsi dire, avec le sol ; de là cette ardente recherche de la science agricole qui, pour être une nécessité, n'en a pas moins son mérite.

Les prodactions animales; l'éleyage. — Si l'Allemagne ne peut offrir aux céréales riches, comme le blé, une vaste superficie de culture, elle consacre, en revanche, à l'élevage la majeure partie des terres rebelles à de meilleurs emplois (1).

Diverses circonstances de climat et de relief favorisent le développement des terres d'élevage. Dans rAUemagne du Sud, l'accentuation du relief amène une recrudescence de pluies, qui donne aux herbes une humidité suffisante; l'élevage y est pourtant gêné par les rigueurs du climat. Dans les plaines du Nord, l'humidité est entretenue par le réseau si compliqué des rivières et des chapelets lacustres ; il a été inutile de seconder la nature dans cette œuvre, mais indispensable au contraire de drainer les pays où l'eau se maintenait en surabondance. Les provinces baignées par la mer du Nord et la mer Baltique rappellent, par leur richesse en bétail, les Pays-Bas hollandais. Enfin la Moyenne -Allemagne et l'Allemagne du Sud-Ouest se trouvent dans des condition s analogues à celles de nos pays d'élevage du Centre.

Mais, dans chacune de ces régions, il convient en outre d'indiquer les différences et les contrastes. L'Allemagne du Sud, Bavière et Wurtemberg méridional, offre deux zones d'élevage très dissemblables. Au pied des Alpes, tel canton, Weilheim par exemple, consacre la moitié de son territoire aux prairies et pâturages ; dans toute la Bavière méridionale, la proportion atteint et dépasse 30 p. 100. Au contraire, à mesure qu'on se rapproche du Danube, la part des champs d'élevage se restreint graduellement jusqu'à 10 p. 100 de l'ensemble.

La région du Nord, avec ses terrains tertiaires et son lœss des grandes vallées, possède, à défaut des pâturages les plus nombreux, les prairies les plus favorables à l'élevage et les plus grasses. La qualité compense la quantité dans une certaine mesure.

L'Allemagne moyenne, au relief médiocre, et la lisière même de la plaine du Nord, est très propice à l'entretien des prairies. Brunswick, Thuringe et Saxe sont, à cet égard, des pays favorisés entre tous.

Enfin la région des plaines, Hanovre, Mecklembourg, Poméranie, Prusse et Brandebourg, renferme, sinon les meilleurs pâturages, du moins les plus nombreux.

En résumé, la Saxe, la vallée du Rhin, le Wurtemberg, la Moyenne et Basse-Bavière, puis les districts baignés par la mer du Nord, possèdent les plus grasses prairies. Les pâturages proprement dits, qui donnent un mé-

(1) Superficie des pâturages (1892) 5.892.717 hectares.

diocre profit aux éleveurs, sont limités à rAllemagne du Sud et du Sud- Ouest ; les prairies naturelles sont surtout développées dans la plaine du Nord; les prairies artifieielles prospèrent dans les zones de riche agriculture, Silésie, Saxe, Brunswick, Alsace-Lorraine, Bade, etc.

L'élevage des bêtes à cornes a pris, depuis cinquante ans, un merveilleux accroissement en Allemagne. Les progrès de la culture des prairies et des plantes diverses qui alimentent le gros bétail (betteraves) ont été accompagnés d'un progrès non moins marqué de Télevage proprement dit : les races ont été reconstituées et mises dans les meilleures conditions de climat et de nourriture. Aux races bavaroise (Algavienne), de Voigtland, de Holstein (Dithmarsch), de TOldenbourg, on a adjoint des troupeaux des meilleures variétés suisses et hollandaises.

Si Ton étudie la répartition géographique des bêtes de race bovine dans leur rapport avec la population de chaque province, on constate que la Bavière est de beaucoup la plus riche contrée d'Allemagne. C'est la compensation de la pauvreté des cultures de sa zone alpestre. Le royaume de Prusse est supérieur à la Suisse, à la France et à l'Autriche si l'on considère la relation avec la superficie, inférieur si l'on étudie le rapport avec le nombre des habitants.

L'Allemagne est aussi riche en chevaux que la France, mais elle ne nourrit pas un nombre suffisant de ces animaux pour ses besoins et doit en importer, surtout de Russie. En revanche, la science de l'élevage du cheval de guerre, de grand et de petit trait, y est poussée très loin. Les chevaux de selle de la Prusse orientale, grands, finement découplés, d'allure quelquefois un peu molle, mais capables de fournir de longues traites, sont mis par les connaisseurs sur le même rang que les anglais et anglo- normands. Le Hanovre et le Mecklembourg ont aussi des races estimées.

Les contrées où l'élevage des chevaux est le plus développé sont, en général, les zones de pâturages, c'est-à-dire les pays les moins peuplés de l'Allemagne ; mais la population chevaline est surtout nombreuse dans les provinces qui comptent le plus d'habitants, dans les grandes villes, les districts industriels. Ainsi, les contrées où l'on élève le plus grand nombre de chevaux sont : le Mecklembourg, les provinces des bords de la mer et certains districts de l'Alsace-Lorraine et de la Bavière méridionale : mais les animaux, une fois en âge de rendre des services, n'y restent point.

L'Allemagne est, après la Russie, les lies Britanniques et la France, l'Ëtat européen qui élève le plus de moutons. C'est dans les provinces centrales et orientales du royaume de Prusse, dans le Mecklembourg, la Po méranie, le Brandebourg, la Posnanie et la Silésie, que sont nourris les plus grands troupeaux. On peut citer ensuite la Prusse, la Saxe, le Brunswick, le Holstein et le Hanovre. A côté des races indigènes qui sont médiocres, comme celle des bruyères de Lunebourg, les éleveurs allemands ont développé la race des mérinos-negretti, nombreux en Silésie et dans la Saxe.

En Allemagne, comme en France, les pays les plus riches en troupeaux

de moutons sont précisément ceux où la culture des céréales ne peut réussir, c'est-à-dire les plus pauvres en général.

Au reste, Timportation des laines d'Amérique et d'Australie a restreint, depuis quelques années, 1 élevage de la race ovine en Allemagne.

Les porcs sont, au contraire, élevés en grand nombre dans les contrées où les troupeaux de botes à cornes constituent la principale richesse, où sont les fermes les plus considérables, c'est-à-dire dans l'Allemagne occidentale, Westphalie, provinces rhénanes, Haute-Bavière, etc. La Thuringe et la Saxe, à cause de leurs vastes forêts de chênes, nourrissent beaucoup de porcs. Les races sont assez nombreuses ; celle que Ton appelle race allemande y comprend elle-même plusieurs variétés : la Prusse orientale a la race de Podolie, dont les plus nombreux représentants sont élevés dans la Pologne russe. Enfin, le Sleswig-Holstein et les provinces rhénanes ont importé des animaux des races anglaises perfectionnées.

Les chèui^es rongent les plus maigres pâturages des régions escarpées de la Haute-Franconie, de la Thuringe, de la Hesse et du Brunswick.

L'apiculture est depuis longtemps en honneur dans l'Allemagne, où le miel est un aliment recherché. C'est à la fois un complément de ressources, comme l'élevage de la volaille dans les pays de riches fermes, dans les provinces rhénanes, par exemple, et un moyen de tirer parti de la végétation sauvage des contrées pauvres, comme le Lunebourg aux tristes bruyères (1).

La chasse et la poche. — L'Allemagne est un des pays les plus giboyeux de l'Europe. Les vastes forêts des États du Sud et de TOuest, les étendues de pâturages, de prairies, de bruyères, bref tout ce qui constitue en pleine civilisation le maintien des conditions de la flore primitive, assurent la conservation du gibier, il faut ajouter que les lois allemandes qui règlent l'exercice du droit de chasse sont bien faites pour empêcher Tabus et la destruction exagérée. Aussi peut-on citer la Bavière, le Wurtemberg, le duché de Bade, l'Alsace et tant d'auti'es, comme les pays de l'Europe où l'exploitation de la faune sauvage est le plus productive, parce qu'elle est le mieux entendue. Cerfs, chevreuils, sangliers, lièvres, oiseaux de toutes sortes contribuent à alimenter le commerce d'exportation : c'est un fructueux complément de l'exploitation animale.

La pêche maritime n'est plus aussi prospère qu'autrefois. Dans la mer du Nord, les Anglais, les Hollandais et les Danois exploitent beaucoup plus que les Allemands les bancs du large; sur la mer Baltique, les opérations de ce genre faites sous pavillon prussien ont peu d'importance. Les barques de Prusse, de Poméranie, de Mecklembourg et de Frise ne

(1) Élevage en Allemagne:

Chevaux 3.817 .939 3.522. 54S

Bêtes à cornes 17. i96.696 15.786.764

Moutons 13.775.063 19. 189.715

Porcs 12.056.804 9.206.195

Chèvres 3.077.722 2.640.990

quittent guère les parages de la côte. Il n*y a que les mers immédiatement navigables qui puissent former des marins (1).

En revanche, la pèche fluviale, Texploitation des lacs, des étangs, donne en Allemagne un produit assez rémunérateur. Il est peu de fleuves aussi poissonneux que le Rhin, dont les carpes ont grande réputation. Les torrents des régions montagneuses, Vosges, forêt Noire, etc., nourrissent des truites.

Résumé de la production agricole. — En résumé, le sol de TAllemagne, exploité avec beaucoup de méthode et de science, est loin de pouvoir fournir à sa nombreuse population toutes les denrées d'alimentation qui lui sont nécessaires. Exploitation forestière, culture des plantes industrielles, élevage des animaux domestiques sont en pleine prospérité et suffisent largement aux besoins des 49 millions d'habitants de Tempire. Mais cette prospérité, qui est commune à TAUemagne et à tous ses voisins, ne compense pas la médiocrité de la production des céréales; de sorte que, dans lensemble, Tagriculture allemande, plus méthodique et savante peut-être que celle des pays limitrophes, ne leur est pas sensiblement supérieure si Ton considère seulement les résultats. Répétons que, dans cette latte dont nous pouvons suivre Thistoire dès le moyen âge, le colon de race germanique, souvent initié par les Flamands et les Bataves, a accompli de véritables prodiges de constance et d'habileté.

D ailleurs, la population agricole est aujourd'hui très inégalement répartie. Dans les pays pauvres et montagneux du Sud, dans la Haute- Bavière et le Bœhmer-wald, elle représente juscju'à 70 p. 400 de la population totale.

L* Allemagne du Sud-Ouest et de l'Ouest présente, d'un canton à l'autre, des contrastes très marqués. Là ce sont les grandes agglomérations industrielles de la province rhénane ; plus loin des pays comme l'Alsace, où Tactivité se répartit assez également entre les travaux de la terre et l'industrie ; puis tel district, comme celui de Bamberg en Franconie, où les agriculteurs forment l'élément le plus considérable.

Dans la Moyenne- Allemagne, mêmes oppositions à de courtes distances. La grande densité de la population silésienne s'explique autant par la richesse agricole que par le développement industriel. Dans les pays de moyenne altitude de l'Erzgebirgc, plus d'un cinquième des habitants vit de l'exploitation forestière et agricole. Les cantons riches de la Hesse ont 35 p. 100 de travailleurs occupés aux champs.

L'Allemagne du Nord, plate et marécageuse, qui nourrit à peine un

^1) Pêcheries maritimes:

Nombre de pécheurs.

Grande pêche de la mer du Nord (1892) :

446 bateaux jaugeant 17.011 tonneaux, montés par 1.868 hommes.

Exportation du poisson frais ( 1 892) 6 . 1 ô7 . 500 fr .

336 LEUROPE.

tiers de la population de Tempire, quoiqu'elle représente la moitié de la superficie, est surtout habitée par des hommes voués à la vie agricole sous toutes ses formes, exploitation des forêts, élevage, culture proprement dite(l).

Les exemples de correction et d'amendement du sol par des procédés scientifiques sont nombreux en Allemagne. On en pourrait citer pour chaque région. 11 n'en est pas de plus caractéristique que celui des environs de Nuremberg et de Bamberg, où des dunes désertes sont devenues des champs assez fertiles, et celui du plateau de Barnim en Prusse qui, encore désert au siècle dernier, porte aujourd hui de belles cultures sur les trois quarts de sa surface. 11 faudrait raconter toute l'histoire de la transformation des environs marécageux de Berlin.

Condition naturelle. -> L'Allemagne peut revendiquer dans son passé une suite de traditions industrielles très glorieuses. Avant que l'emploi de la houille eût transformé l'industrie et bouleversé les anciennes conditions du travail, ses artisans étaient recherchés comme initiateurs pour le travail des mines, des métaux, des tissus. Dans son état actuel d'unité et de cohésion, l'Allemagne a pu tirer parti des richesses minérales qui la prédestinent à jouer un rôle industriel important : houille, fer, métaux usuels sont renfermés dans son sous-sol, d une exploitation facile et peu coûteuse.

Industries extractiTos. — L'àme de l'industrie allemande, comme de l'industrie anglaise, c'est le combustible minéral qu'elle possède en grande quantité: l'extraction de la houille a fait des progrès plus rapides en Allemagne que partout ailleurs.

Il y a trois groupes très nettement déterminés de houillères, ceux du Rhin, de la Saxe et de la Silésie :

1« Les plus importantes des houillères rhénanes sont celles du bassin

(1) Population agricole et population totale des principaux États allemands

en 1882:

Population Population

agricole. totale.

Total 18.840.818 45.222. 113

Prusse 11 .678.000 27.287.800

Bavière 2.643.900 5.268.700

Saxe 578.500 3.014.800

Wurtemberg 927.200 l .957 .400

Bade 752.400 1.558.500

Hesse 382.000 929.700

Mecklembourg-Schwerin 293.300 575.000

Saxe-Weimar 132.000 307.700

Meklembourg-Strelitz 49.200 99. 100

Oldenbourg 174.500 387.400

Alsace-Lorraine 627.800 1 .539.500

de In Ruhr, qui n'est autre chose que Taiie orientale des bassins belges. Le nombre des couches d'excellente houille à exploiter y est de plus de 50; ces couches ne sont situées qu'a une profondeur médiocre d'environ 350 mètres; et même certaines parties peuvent être exploitées à ciel ouvert.

Le bassin secondaire d'Âix-la-Chapelle, appelé aussi bassin iïEschweilery est moins important, ainsi que celui de la Sarr*e^ dont les revenus contribuent cependant à enrichir TEtat prussien depuis les annexions de 1815 et 1871.

2^ Les bassins saxons ou bassins de rErzgebirge, se développent entre l'Erzgebirge et le Mittelgebirge saxon, exactement comme les couches de la Sarre entre les roches anciennes de l'Allemagne du Sud et le plateau schisteux rhénan. Le gisement le plus important est situé près de Zwickau et de Chemnitz : au sud-ouest de Dresde, dans le district de Plauen, on exploite des dépôts moins riches.

3<> Les bassins sUèsiens sont bien autrement importants ; il est prouvé par de récents sondages que les terrains houillers de la Haute-Silésie ont une superficie de 500 kilomètres carrés. Un quart à peine est exploité.

On observera l'heureuse situation géographique de ces bassins houillers, situation assez centrale pour permettre l'écoulement facile du combustible dans toutes les régions de l'Allemagne.

La plaine du Nord, composée exclusivement de terrains récents, possède seulement des tourbiêreSy comme celles du Havelland oriental.

Le minerai de fer est commun en Allemagne; et l'histoire de son exploitation nous reporterait jusqu'aux périodes les plus anciennes du moyen âge.

Dans la province rhénane, l'industrie du fer remonte au xiv» siècle; mais dans le ilarz, le premier coup de pioche fut donné par des mineurs du Fichtelgebirge au x® siècle, dans les flancs du Rammelsberg, près de Gozlar. Les vallées de la Sieg et de la Ruhr, les couches de fer oolithique de la vallée de la Moselle (Thionville), l'Erzgebirge (dont le nom est significatif) et les Sudètes, mais surtout la Haute-Silésie, beaucoup plus riche (Beuthen et Tarnowilz], fournissent leurs minerais au groupe des hauts fourneaux du Centre et de l'Est.

L'ensemble de la production des minerais de fer est évaluée à plus du double de la production française.

L^extraction des minerais de cuivre est en progrès très remarquable. La Westphalie, le Hanovre, mais surtout la Saxe (Mansfeld) et les districts du Harz contribuent à celte production.

Ce sont encore le Harz (Saint-Andreas-Berg), la Saxe (Freyberg) et la Westphalie qui fournissent la meilleure partie des minerais de plomb. Depuis quelques années, les mines de plomb de la Haute-Silésie (Tarnowitz) ont pris un développement considérable.

Quant au zinc^ c'est par excellence un produit des mines de l'Allemagne, un des meilleurs éléments de son industrie métallurgique. Là encore Géographie économ. 22

s'afGrme la supériorilé des mines siiésiennes (Kœnigshulle, etc.) qui fournissent les cinq sixièmes de la production totale. Au second rang se placent la Westphalie, le Hanovre et la Hesse-Nassau.

En outre, rAÏlemagne possède quelques mines dVtotn» de manganèsej d'arsenic, surtout de nickel.

L'exploitation des métaux précieux est beaucoup moins importante de nos jours que pendant les siècles précédents à cause de la concurrence irrésistible des mines américaines, africaines et australiennes. C*est la Saxe qui donne la plus grande partie de ces métaux. Les Sudètes, le Thuringer Wald, le Franken Wald, le Fichtelgebirge ont vu abandonner leurs mines, du reste presque épuisées ; les mineurs se sont rendus dans les régions houillères.

Comme en France et en Angleterre, la toute-puissante houille a exercé sur les autres industries sa force d'attraction. Les industries extractives se sont groupées autour des bassins houiliers, dans la Prusse rhénane, en Saxe, en Thuringe, en Silésie. Leur concentration s est faite suivant les mêmes lois géographiques que nous avons constatées en France.

L'Allemagne n'est pas seulement riche en métaux proprement dits. Ses carrières, ses salines ^ ses eaux minérales constituent une part importante du revenu national.

Le sel gemme, dont la production s'accroît rapidement chaque année^ est extrait des grandes mines de la Saxe, à Stassfurth et à Erfurth, à Schœnebeck sur TElbe; le Wurtemberg en donne aussi une certaine quantité. Les mines de Stassfurth fournissent aussi les sels de potasse dont l'agriculture allemande fait une énorme consommation.

Le sel est exploité par évaporation d'eaux salines dans un grand nombre de pays de l'empire ; à cet égard, la Saxe tient encore le premier rang ; viennent ensuite les salines de Hanovre, d'Alsace-Lorraine, de Bavière, de Wurtemberg et de Thuringe. Les salines jadis françaises de Château- Salins, Vie, Dieuze, Chambrey sont devenues très importantes.

Les carrières sont nombreuses dans l'Allemagne du Sud et de l'Ouest qui fournissent le granit, les marbres (Bavière et Riesen-Gebirge). Dans l'Allemagne plate du Nord, les pierres de construction sont naturellement très rares; la situation de Berlin peut s'expliquer en partie par le voisinage des carrières de pierres de taille de Rudersdorf. Comme dans les Pays-Bas hollandais et en Belgique, les constructions en briques prédominent. Les ardoisières de la Ruhr, le plâtre et la chaux de Silésie, Vargile plastique de Saxe, de Silésie, de Nassau, le kaolin de Halle, enfin les phosphates de chaux de la Ruhr, alimentent d actives industries.

Les pierres lithographiques de Solnhofen passent pour être les meilleures de l'Europe et font l'objet d'un commerce considérable. Le même district du Jura franconien exlrait des dalles et pierres à bâtir qui sont expédiées jusqu'à Vienne.

Une des substances minérales le plus anciennement exploitées, qui attira

vers la Germanie du Nord Tattention des négociants Grecs et Romains, est Vambre que l'on recueille sur les côtes de Prusse et de Poméranie.

Les eaux minérales d*Ëms, dans le Nassau, de Wiesbaden, d'Aix-la- Chapelle reçoivent un grand nombre de visiteurs. Kissingen, en Bavière, enfin les stations alsaciennes de Soultzmatt, de Niederbronn, celle de Baden-Baden ne sont pas moins renommées (1).

Industries dérivées da régne minéral. — La mise en œuvre et la transformation en objets industriels des matières premières minérales occupe en Allemagne des millions d'ouvriers dirigés avec intelligence et secondés par l'outillage le plus ingénieusement perfectionné.

Les industries dérivées de la houille y ont pris une importance considérable. C'est en grande partie aux progrès de la chimie allemande que sont dues les découvertes grâce auxquelles on peut extraire de la houille tant de couleurs demandées autrefois au règne végétal.

Cette industrie s'est naturellement développée dans les grandes villes du bassin de la Ruhr et des provinces rhénanes, en Saxe et en Silésie, près des houillères; nous la retrouverons plus loin dans le groupe des industries chimiques.

Pour la production de la fonlCy l'Allemagne se place au troisième rang des puissances industrielles, après le Royaume>Uni et les États-Unis d'Amérique.

La plupart des hauts fourneaux sont situés, bien entendu, auprès des houillères; dans la Westphalie, les groupes de Bochum, d'Iserlohn et d*Ëssen sont les plus fameux. A Ëssen, aujourd'hui ville de 78,000 &mes, 15 p. 100 de la population est composé de mineurs et 31 p. 100 de fondeurs. A Bochum, la proportion des fondeurs atteint 80 p. 100. L'Angleterre seule a de semblables accumulations de hauts fourneaux (2).

(1) Production minérale (1893):

Houille 73.909.000 tonues valant 613.114.000 ft*.

Lignite 21.577.000 — — 67.654.000

Fer 8.105.900 — — 41.282. 000

Cuivre 574.650 — — 22.011.000

Plomb 153.900 — — 17. .383. 000

Manganèse 40.700 — — 585.000

Nickel 650 — — 40.000

Sel 1.174.000 — — 20.813.000

Argent et or 18.812 kgr. — 3.808.000

(2) Proportion pour 10.000 habitants des ouvriers du fer (1882) :

Prusse 89.3

Bavière 69.4

Wurtemberg 88.9

Saxe 91.1

Bade 68.5

Alsace-Lorraine 83.5

Empire 85.4

En Saxe et Thuringe, Smalkalden, une des plus anciennes villes métallurgiques du monde, Zwickau et Saalfeld viennent au premier rang.

La Silésie aura sans doute un avenir industriel aussi brillant que celui de la Westphalie; les centres principaux sont dans les districts de Kœnigshutte, Beuthen et Gleiwilz.

Enfin, le Hanovre fond une partie des minerais extraits de son sol.

Pour la production du fer, l'Allemagne vient encore au troisième rang, -après les États-Unis et la Grande-Bretagne, de beaucoup avant la France. Le fer est travaillé dans les trois régions de Westphalie, de Silésie et de Saxe.

V acier sort principalement des forges de Westphalie et de Saxe, où Ton a gardé d'anciennes traditions. Essen est, sans contredit, le premier centre de production de Tacier en Allemagne. L'Allemagne arrive au second rang des puissances qui produisent de l'acier, bien avant la Grande- Bretagne.

Les autres minerais sont réduits, le cuivre en Saxe (Mansfeld),en W^estphalie et dans quelques districts du Harz, le plomb dans les provinces rhénanes, en Westphalie, Silésie, Hanovre ; les usines de Kœnigshutte, en Silésie, donnent une grande partie de la production totale. Le traitement du minerai de zinc est l'œuvre des fourneaux de Silésie (Kœnigshutte), des provinces rhénanes (Stolberg) et de la vallée de la Ruhr (Iserlohn)(l).

Les industries mécaniques ont pris un grand essor, grâce à l'abondance extraordinaire de la houille et des métaux. Leur localisation n'est pas toutefois aussi strictement déterminée par la présence du combustible minéral qu'en Angleterre, par exemple. Comme en France, certaines industries ont pu se maintenir dans les régions où elles étaient florissantes avant la découverte de la houille, grâce à l'habileté traditionnelle de la main-d'œuvre.

Le développement de la /brce motrice à vapeur a été prodigieux. Vers 4850, les machines étaient moins employées qu'en France; en i870, l'Allemagne ne venait encore qu'au quatrième rang. A partir de ce moment, à la suite de l'union politique qui permit à ce pays de disputer aux vieilles puissances industrielles les grands marchés du monde et donna un bel essor à son exportation, un accroissement décisif se produisit. L'Allemagne est la troisième puissance de l'univers au point de

(I) Industrie métallurgique (1893):

Fonte 4.404.000 tonnes valant 399.000.000 fr.

Fer 1.170.000 — — 172.492.000

Acier 3.102.000 — — 428.589.000

Cuivre 24 600 — — 29.653,000

Plomb 97.600 — — 23.329.000

Zmc 143.200 — — 58.162.000

Étain 950 — — 1.718.000

Nickel 893 — - 4.077.000

vue de l'emploi de la force motrice ; proportionnellement à la population, elle est Tégale de ta France, mais cette force est produite à bien meilleur marché que chez nous : c'est là une différence essentielle.

La répartition géographique des forces est, à peu de chose près, la même que celle de la houille. La Westphalie et les provinces rhénanes en première ligne ; en seconde, la Saxe et la Thuringe, puis la Silésie contiennent la majeure partie des machines allemandes. Enfîn, les grandes villes et les ports qui possèdent les industries des transports et des constructions navales ou disposent d'une abondante main-d'œuvre sont, comme en France, le siège d'industries mécaniques considérables. Telles sont Berlin, Brème, Hambourg, Kiel et Stettin.

Dans chacun de ces groupes, tous les genres de machines sont fabriqués, ou presque tous. Aucun n'égale en importance celui de la Westphalie et des provinces rhénanes. L'usine Krupp d'Essen produit, outre ses célèbres canons, du matériel de chemins de fer, rails, locomotives essieux, roues, machines pour la navigation maritime et fluviale. Bochum Duisbourg, Iserlohn, Remscheid se livrent aux travaux les plus variés. Les armes blanches de Remscheid et de Solingen ont gardé leur réputation depuis l'établissement des premières fabriques au xiv« siècle. Iserlohn a ses usines à aiguilles en activité depuis Tannée 1784. Dans tous ces districts, où se pressent à côté les unes des autres les cités ouvrières, la quincailleine occupe des milliers d'artisans.

Même spectacle dans la Saxe, aux approches des bassins houillers. Autour de Zwickau et de Chemnitz tous les genres d'industries mécaniques sont exercés à la fois.

En dehors de ces zones, Berlin, Magdebourg, Dresde, Leipzig, Breslau ont le plus d'importance : citons aussi l'Alsace avec Mulhouse.

11 convient de signaler les chantiers de constructions navales de Stettin de Kiel, d'Altona. Les chantiers Vulcan, Germania, Schichau, etc. fournissent de navires cuirassés, de torpilleurs, etc., un grand nombre de marines étrangères. Grâce au bon marché de la main-d'œuvre et du combustible, ils font aux chantiers d'Angleterre et de France une concurrence souvent heureuse.

La manufacture impériale d'armes à feu de Spandau est aussi l'une des mieux outillées du monde.

Quant aux industries chimiques ^éiies se sont placées soit dans les régions où abondent la houille et les matières minérales, soit dans le voisinage d'autres industries qui consomment des teintures et des réactifs, comme l'industrie textile ou la tannerie; enfin les grandes villes ont en Allemagne, comme en France, leurs laboratoires de ce genre, grâce à l'habileté de la main-d'œuvre urbaine. Dans la zone rhénane et westphalienne Aix-la-Chapelle, Cologne, Dortmund, Duisbourg, Crefeld, Elberfeld possèdent les plus vastes fabriques de produits chimiques et de couleurs. Pour les pays saxons et thuringiens, Dresde, Leipzig et Nordhausen, où l'on prépare une énorme quantité d'acide sulfurique, sont au premier rang. Breslau, Francfort-sur-l'Oder, Berlin, Carisruhe ont aussi des

usines considérables. A Touest, Mulhouse n'est pas moins importante.

Les industries dérivées du produit des carrières sont très florissantes en Allemagne, où le combustible est à meilleur compte que partout ailleurs. Les verrenes de Baireuth en Bavière, de Gaggenau (aux environs de Rastadt), de Waldenbourg en Silésie, les cristalleries et manufactures de glaces de Stolberg (province rhénane), de Mannheim, de Passau, de Forbach, de Saint-Louis et de Saint-Quirin en Alsace-Lorraine, les porcelaineriis et faïenceries de Saxe (Meissen, Zwickau, Dresde), de Sarreguemines, ont une réputation européenne.

Le développement des industries dérivées du règne minéral est donc remarquable en Allemagne. Le progrès a été rapide, depuis vingt ans, dans toutes les œuvres métallurgiques : et les industriels d'outre-Rhin se flattent de surpasser un jour, à cet égard, même la Grande-Bretagne.

Nous avons omis à dessein, dans cette rapide revue, nombre d'industries fort intéressantes comme la bijouterie, la fabrication des jouets en métal, de la tabletterie, V horlogerie ^ qui occupent, comme chez nous dans le Jura, des milliers d'artisans des pays pauvres, de la Saxe, de la Thuringe, etc., etc.

Industries dériyées du règne TégétaL — L'Allemagne, qui produit une assez médiocre quantité de céréales, ne possède de grandes meuneries que dans les districts d'une fertilité exceptionnelle, comme la Silésie. Mais on a remarqué que, grâce au bon marché du combustible et au perfectionnement du matériel mécanique, les ports et les grandes villes tendaient à accroître l'importance de cette industrie en traitant des grains étrangers.

En revanche, la confiserie des fruits est une industrie répandue dans les pays comme TAlsace-Lorraine et la Saxe, où l'arboriculture méthodique est en honneur.

Mais il n*est pas en Allemagne d'industrie alimentaire qui puisse rivaliser avec celle des sucres. Les raffineries se sont placées dans les régions dont le sol riche nourrit le plus de betteraves, dans la Saxe, la Silésie, l'Anhalt, le Brunswick et la Prusse. Nulle autre part, le travail industriel de la betterave n'est aussi parfait (1).

La réputation des bières de Bavière, d'Alsace (Strasbourg), leur vaut un énorme débit sur les marchés européens. Les grandes brasseries de Munich, de Nuremberg, de Strasbourg, etc., produisent près de sept fois

(1) Production sucriêre :

Nombre d'usines. Betteraves employées. Sucre produit.

1889-90 401 9.822.635 tonnes. 1.218.689 tonnes.

autant que toutes les brasseries françaises. La consommation individuelie, inférieure à celle de l'Angleterre, est de 91 litres. Il n'est pas besoin d'ajouter que toutes les grandes villes allemandes ont leurs brasseries et que la fabrication n'est nullement limitée aux provinces qui exportent (11.

On sait quel essor a pris la fabrication des alcools allemands de pommes de terre, du jour où le phylloxéra a réduit la production des alcools de vins français. Les distillateurs allemands ont, pendant cette période de moins-value de nos vignes, inondé de cette denrée malfaisante les marchés de Fraace et des autres pays du monde. Les fabriques d'alcool sont réparties entre les provinces riches en pommes de terre : la Silésie, la Saxe, la province de Posen, le Brandebourg comptent les plus nombreuses distilleries (Magdebourg, Nordhausen, Francfort-sur l'Oder, Brombei^, Breslau). Parmi les liqueurs alcooliques, citons le kirsch d'Alsace et ïeau'de-vie de Danzig (2).

Les industries dérivées du bois sont innombrables, depuis l'ingénieuse fabrication de jouets de Nuremberg, jusqu'aux constructions navales de Stettin, d'Ëlbing. Leur distribution géographique est fort nette; elles ont, sauf naturellement les dernières, leurs sièges principaux dans l'Allemagne méridionale et moyenne, riche en forêts, où les chutes d'eau fournissent la force motrice. Elles comptent parmi les plus anciennes industries du pays; dans le Thuringer-VVald, par exemple, à Sonneberg, elles sont plusieurs fois séculaires.

L'Allemagne vient au troisième rang des États qui filent et tissent le coton depuis qu'elle a absorbé le groupe si important de TAlsace. Le Royaume-Uni et les États-Unis d'Amérique lui sont seuls supérieurs, de beaucoup, il est vrai.

La localisation géographique de l'industrie cotonnière s'explique par la distribution des houillères ou des forces naturelles. Au premier rang se place le groupe de Westphalie et des provinces rhénanes : Elberfeld, Cologne, Mûncben-Gladbach, Dusseldorf ont les plus nombreux ateliers de tissage et de filature. 11 y a là des agglomérations ouvrières comme celles de Manchester, de Tourcoing, de Roubaix. Cologne, rivale des industrieuses cités de Flandre aux xni* et xiv« siècles, puis déchue, a dû sa renaissance à l'industrie.

(1) Production de la bière :

1890-91. lH91-9i.

Bavière 14.427.000 hectol. 14.490.000 hectol.

Wurtemberg 3.508.000 — 3.454.000 —

Bade 1.670.000 — 1.648.000 —

Alsace-Lorraine 837.000 -- 875.000 —

Reste de rAUeuiagne. 32.280.000 ~ 32.632.000 —

(2) Production des alcools (1891-92) :

Usines 59.789 produisant 2.948.000 hectolitres.

La Saxe, avec Chemnitz et Zwickau, tisse moins que les districts de la Ruhr, mais file davantage ; le travail du coton a contribué pour beaucoup à accumuler autour de ces deux villes une population d'une densité de 500 habitants au kilomètre carré. £n Silésie, Gœrlitz et Schweidnitjs développent leur fabrication, à mesure que Tindustrie mécanique s'y accroît. Enfin le groupe alsacien de Guebwiller, Massevaux, Mulhouse et Thann, où l'emploi de la force motrice des chutes d'eau est si ingénieux, excelle dans la filature et ne cède à cet égard à aucun des groupes allemands. Les manufactures bavaroises de Hof et d'Augsbourg, wurtembergeoises de Ludwigsbourg et d'Ësslingen n'ont pas la même importance.

Le lin, comme en France, est beaucoup moins travaillé depuis qu'on a réduit par des progrès mécaniques le prix de vente des cotonnades. Le tissage et la filature de cette fibre sont surtout Tœuvre des artisans de la Silésie (Gœrlitz, Landshut, Ratibor, Reichenbach). Bielefeld pour la Westphalie, Bautzen pour la Saxe sont ensuite les centres les plus considérables.

Industries dèriyées dn règne animal. — Les industiies alimerUaires de cette nature sont analogues à celles que l'on pratique en France^ mais moins importantes. Malgré les progrès constants de la flottille de pèche de l'Allemagne sur la mer Baltique et sur la mer du Nord, les conserves de poissons ont encore peu de réputation et de débit. Stralsund et Stettin ne vendent qu'aux provinces voisines. La charcuterie (jambons, etc.) des pays rhénans (Mayence), les pâtés de foies gras de Strasbourg ont plus de valeur commerciale.

Mais ce sont encore les industries textiles des fibres animales, laine et soie, qui offrent le plus réel intérêt géographique par leur distribution ; d'ailleurs elles sont loin de pouvoir, malgré des progrès rapides, rivaliser avec les industries similaires de France (1).

La filature et le tissage de la laine sont surtout actifs en Saxe, dans la province du Rhin et en Westphalie.

La Saxe vient au premier rang. Chemnitz a naturellement attiré cette industrie, filatures, fabriques de tissus en tous genres, draps, châles, étoffes mélangées. Mais la Westphalie et les provinces rhénanes tendent à prendre la prépondérance, possédant le cycle complet des industries textiles, de la houille à bon compte, et surtout un meilleur poste pour

fl) Proportion par 10.000 habitants des ouvriers employés dans les industries textiles :

Prusse 156.9

Bavière 114.7

Wurteiiiberjj' 171.6

Sa.xe 781.8

Bade 1S2.2

Alsace-Lorraine 463.6

Empire 201.3

Texportation. Eiberfeld» Barmen, Âix-la-Ghapeile, Cologne développent rapidement le nombre de leurs métiers et de leurs broches. Le Brandebourg fabrique beaucoup de draps (Berlin et Kottbus); la Silésie compte aussi de vastes manufactures à Gœrlitz et à Glogau. Donc on voit qu'en somme celte industrie se groupe autour des bassins houillers. Le nombre des troupeaux de moutons décroissant en Allemagne comme en France au profit de l'importation des laines d'Australie et d'Amérique du Sud, cette évolution s'accentuera de plus en plus.

La filature et le tissage de la soie sont, dans les pays rhénans, un don des émigrés français chassés de leur patrie par la révocation de TÉdit de Nantes. Aujourd'hui, l'empire d'Allemagne est encore inférieur non seulement à la France, mais aux lies Britanniques et à l'Italie. Toutefois, les progrès de ses manufactures de la Westphalie et de la province du Rhin sont d une rapidité inquiétante pour les peuples chez lesquels cette industrie est plus ancienne : et si l'Angleterre, la France du Midi et ritalie sont plus proches des grands marchés de la soie brute, l'Ailemagne a la houille à meilleur compte que ses rivaux, ce qui équivaut 4 une diminution des distances. Grefeld, Barmen et Elberfeld sont les métropoles de la soie en Allemagne.

Nous avons omis à dessein l'étude d'un certain nombre d'industries dont le développement n'a rien à démêler avec les causes géographiques. Telle est l'industrie horlogère des hauts pays de la forêt Noire (jusqu'à 1,100 mètres). Furtwangen, Villingen et Fœhrenbach, ont leurs ateliers qui occupent 13,000 personnes. Dans le Palatinat bavarois, l'industrie des agates et faux bijoux de toute sorte s'explique, au contraire, par une condition géologique particulière; une belle couche de mélaphyres a fourni les matériaux de ce travail délicat.

Résamé de la production indastrielle. — L'industrie est le mode le plus remarquable de l'activité économique de l'Allemagne. Son agriculture et son commerce ne sont que des auxiliaires de son industrie. A cet égard, elle est en contraste frappant avec la Russie, l'Autriche- Hongrie, les Pays-Bas hollandais, l'Italie et la France ; elle se rapproche de la Belgique et de la Grande-Bretagne. Si son sol lui donne des récoltes trop médiocres pour nourrir une population surabondante, il lui fournit, dans des conditions excellentes, la houille et les métaux. Une bonne part de ses produits agricoles est consacrée à la satisfaction des besoins industriels; nous avons remarqué que les cultures industrielles étaient prépondérantes.

Les industries diverses, et avec elles la population, se groupent de plus en plus dans le voisinage des houillères. La prépondérance de la province du Rhin et de la Westphalie, de la Saxe et de la Silésie, se marque d'année en année; de l'Allemagne du Sud trop montagneuse, de l'Allemagne du Nord plate, froide et maigre de sol, les peuples se portent vers cette région médiane où le combustible abonde ; s^eule la vallée moyenne du Rhin, riche par elle-même, échappe à ce drainage.

Déjà la population indusirieile de Tempire dépasse le nombre de 16 millions de personnes (1), et le mouvement d'exode des campagnards vers les manufactures des villes ne semble pas près de s'arrêter. Il est beaucoup plus intense que dans la France et TAngieterre, puisque le sol allemand est, en moyenne, plus pauvre que celui de ces pays. D'autre part, Témigration n'est pas aussi avantageuse que dans les lies Britanniques; car l'Allemand qui part ne retrouve point au dehors sa vie nationale, et est obligé de se fondre avec des gens d'autre race.

Rien de plus caractéristique que la concentration rapide des Allemands du Nord-Ouest dans la région de la Ruhr. C'est un fait facile à suivre, récent, contemporain. Les économistes allemands estiment qu'en 1792, le comté de la Mark, aujourd'hui centre de tant d'industries, n'était pas plus peuplé que le reste de l'empire, et comptait environ 50 habitants par kilomètre carré. La découverte de la houille bouleversa brusquement cette condition. Dès 1814, la densité de la population avait triplé (150 par kil.car.). Mais c'est surtout le prodigieux mouvement d'expansion (de J870 à 1875) causé par l'unification victorieuse de l'Allemagne, qui accéléra cette œuvre. A Cologne, la population industrielle représente 50 p. 100 de l'ensemble, 55 p. 100 à Dusseldorf. Autour de Crefeld, de Mûnchen-Gladbach, Rheydt et Neuss, il y a un groupement industriel unique dans le monde ; la densité de la population, sur une superficie de 400 kilomètres carrés environ, dépasse 350 habitants. La région manufacturière de Saxe, de Thuringe et de Silésie, qui borde l'enceinte montagneuse de la fiohéme, nourrit 7 millions d'habitants, sur une étendue de moins de 50,000 kilomètres carrés.

Il faudrait rapporter toute l'histoire, si curieuse et si complexe, des villes industrielles d'Allemagne, pour montrer dans toute sa netteté l'évolution de la période contemporaine. Citons du moins, dans notre trop brève étude, quelques exemples.

Cologne, si prospère au temps de la Hanse, tombait en décadence progressive du XV* siècle au commencement du xix«. En 1804, on y comptait à peine 40,000 âmes. En 1855, elle dépasse le chiffre de 100,000 ; puis, en 1885, on y recense, y compris les faubourgs, 275,000 personnes ; en 1890 enfin, 281,681 habitants. L'industrie l'avait ressuscitée.

Dortmund, ruinée par la guerre de Trente-Ans, n'avait que 12,000 habitants en 1814; le recensement de 1890 en indique 89,663.

Le groupe jumeau de Bai^men et Elberfeld, où la population industrielle comprend 72 p. 100 du total, n'avait que 25,000 habitants à se partager au début du siècle ; on atteint 242,000 aujourd'hui.

On a relevé, dans la Saxe industrielle, un fait plus curieux encore que les précédents. Les hauts districts de l'Erzgebirge, connus sous le nom

(I) Ouvriers IG. 058. 080

Agriculteurs I8. 840.818

de ce Sibérie saxonne )), où la moyenne de température annuelle atteint à peine + 5<» centigrades, ont une population industrielle dont la densité varie entre 150 et 200 par kilomètre carré.

Ainsi, entre FAllemagne du Sud, où domine la vie pastorale et agricole, et la plaine du Nord, que Tagriculture et le commerce maritime font vivre, s'étend une région industrielle par excellence, où la métallurgie, les industries chimiques et textiles attirent une population de plus en plus dense. Là se trouve le secret delà richesse de l'empire allemand; là sont accumulées les ressources matérielles qui expliquent, en grande partie, la grandeur de FAllemagne contemporaine. Là sont les éléments de son activité manufacturière et les causes du prodigieux besoin d'expansion de son commerce. La Prusse, maîtresse de la Westphalie et de la province du Rhin d'une part, de la Silésie de l'autre, devenait le plus riche État de l'Allemagne, malgré la pauvreté relative de son sol. A côté des causes morales de sa puissance contemporaine, il ne faut pas oublier ces causes économiques, dont il est impossible d'exagérer la valeur.

Page 1