CHAPITRE II
ÀUTRIGHE-HONGRIB
§ I*'. — Coup d^œil sur la géoe^Apl^d physique et politique.
L'État austro-hongrois s*est formé par adjonctions successives, conséquences de guerres heureuses, de mariages surtout, sans qu'aucune considération de géographie physique, ni même d'ethnographie soit intervenue. Le résultat a été la formation d'un singulier composé où des peuples de races, de langues, d'aspirations, d'occupations différentes se sont trouvés unis sans le désirer, et sans qu'aucun lien véritable les tienne assemblés. Nous retrouverons ce caractère de diversité dans toute l'étude que nous entreprenons.
Situation et dimensions. — L'État austro-hongrois est situé au centre de l'Europe, entouré, sauf un petit débouché au sud-ouest sur la mer Adriatique, par des frontières continentales et purement conventionnelles. Italie, Suisse, Allemagne, Russie, Roumanie, Serbie, Monténégro se partagent ces frontières. Du 7<* au 2i^ de longitude est de Paris, du 42<» au 510 de latitude nord, ce pays couvre une superficie de 625,557 kilomètres carrés, un sixième environ de plus que la France.
Composition du sol. — Presque tous les terrains sont représentés sur le territoire austro-hongrois. Autour de la plaine quaternaire du Danube et de la Tisza se trouve d'abord un cercle de terrains tertiaires entouré lui-même de couches plus anciennes : calcaires triasiques, jurassiques ou crétacés dans la partie alpestre, dans les monts de Lusace et des Géants, et dans la longue chaîne karpathique; terrains primaires ou cristallins dans le système des Tours alpestres, dans les plateaux bohémien et transylvain. Des Ilots carbonifères se remarquent en Rohême, en Silésie, dans le massif du Tatra et en Rosnie, tandis que de nombreuses expansions volcaniques se sont produites au milieu des terrains tertiaires, particulièrement en Hongrie et en Transylvanie.
Relief. — Le relief offre la même disposition concentrique : autour de la plaine basse, presque horizontale comme le fond d'un ancien lac, de la Hongrie, se trouvent les hautes terres. A l'ouest, les dernières ramifications des Alpes couvrent Rosnie, Herzégovine, Dalmatie, Istrie, Croatie, Gamiole, Garinthie, Tyrol, Styrie, Autriche proprement dite, et arrivent jusqu'au Danube; au nord-opest, le massif hercynien, ou plateau de Rohême, s'avance en Allemagne, pendant que le massif du
Taira et les Karpathes qui lui font suite, forment une barrière autour de la Hongrie et se terminent par le plateau transylvain qui pénètre comme un coin dans la grande plaine de TEurope orientale. Au delà des Karpathes, une partie du versant extérieur de ce système et de la plaine orientale dépend encore des couronnes austro-hongroises.
Aucune de ces montagnes n'est très élevée ; seules les Hautes-Tours dépassent 3,000 mètres; c*est à peine si les autres hauteurs atteignent, rarement, 2,500 mètres. Mais elles sufiisent pour entraver singulièrement les communications avec les pays voisins. Le Danube lui-même n entre dans le pays et n*en sort qu*en perçant de grands remparts montagneux.
Littoral. — Le débouché maritime de ces pays est très peu considérable, et, de plus, est séparé de l'intérieur par l'interposition de tout le système des Alpes Carniques et lllyriennes. C'est cependant un littoral remarquablement articulé, festonné de golfes profonds et sûrs, bordé d'une série remarquablement riche d'Iles littorales qui protègent derrière elles d'excellentes rades. Aussi, entre les grands ports de Trieste, Pola et Fiume, y a-t-il un nombre incalculable de petits ports de pèche.
dimat. — 11 est clair que le climat austro-hongrois aura un caractère continental très accusé. Dans les plaines du centre, le thermomètre dépasse suivant 30<> dans les deux sens, faisant ainsi des sauts de près de 70*; sur les hautes terres de la circonférence, la moyenne annuelle s^abaisse, mais les températures estivale et hivernale sont moins extrêmes ; sur le littoral adriatique enfin, le climat méditerranéen fait sentir sa douceur, sauf lorsque souffle la redoutable borra.
La même division se remarque pour les pluies : rares à l'intérieur du cercle montagneux (de O^jbO à 0",70), elles augmentent à mesure que le sol s*élève pour atteindre leur maximum (plus de i™,50) sur les hauts sommets alpestres et sur le littoral adriatique.
Hydrographie. — Les eaux courantes se massent en deux systèmes hydrographiques distincts : un réseau intérieur, celui du Danube, qui réunit toutes les eaux tombant sur le versant intérieur de la couronne montagneuse, et un système extérieur, emportant vers diverses mers les eaux de l'autre versant.
Le réseau intérieur se compose exclusivement du Danube et de ses affluents ; mais le grand fleuve n'est austro-hongrois ni par ses sources ni par ses embouchures. Il est déjà formé quand il entre en Autriche, il pénètre alors à travers les obstacles montagneux qui lui sont opposés dans deux bassins successifs, celui de Presbourg d'abord, puis celui de la Hongrie proprement dite, où il s'étend, se divise en faux-bras, enserre des lies basses jusqu'au moment où, pour sortir de ce nouveau bassin, il perce le rempart des Alpes de Transylvanie et du fialkan par le sauvage défilé des Portes de Fer. Il cesse alors d'appartenir à l'État austro-hongrois pour devenir Roumain et fiulgare.
Il reçoit de nombreux affluents venus de tous les côtés : Ënns, Leitha, Drave et Save alpestres, Morawa morave, Tisza hongroise et transylvaine. Quelques-uns sont aussi importants que lui, et navigables comme lui.
Les systèmes extérieurs ont beaucoup moins d*importance, surtout pour l'Âutriche-Hongrie : les calcaires fissurés de la région adriatique boivent les eaux et ne forment aucun fleuve important; le plateau bohémien nourrit l'Elbe, mais celle-ci à peine formée s'échappe violemment à travers la passe de Pirna et devient allemande; TOder, la Vistule ont juste leurs sources en pays austro-hongrois ; le Dniester et le Pruth sont dans le même cas, TÂluta transylvaine enfin, force le défilé de la Tour-Rouge et s'enfuit à travers la plaine valaque.
Populations. — La diversité est surtout grande au point de vue ethnographique. Les 41 millions d'habitants qui dépendent de Vienne ou de Pesth appartiennent à des races absolument différentes et forment une riche source d'études pour les ethnologues, mais aussi font le désespoir des hommes politiques chargés de les gouverner. Au milieu de cette diversité, on peut distinguer cependant trois grandes classes : les Allemands d'abord, dans l'ouest, les Madgyares ensuite, à Test, qui séparent les uns des autres les Slaves du Nord (Polonais, Moraves et Tchèques) et les Slaves du Sud Bosniaques, Croates, Styriens, etc. Mais combien d'autres peuples ou portions de peuples entrent encore dans la composition de cet ensemble I (i)
Au point de vue religieux, l'unité n'existe pas plus, bien que la diversité soit moindre : une grande majorité suit en effet la religion catholique romaine (2).
La population est assez inégalement répartie : clairsemée en Transylvanie, dans la partie supérieure du bassin delaTisza et en Moravie, dans les régions alpestres, elle est plus dense dans le reste du pays, pour atteindre son maximum en Bohème et dans les environs de Vienne. Cette
(I) Répartition de la populatioa d'après les langues (1890)
Allemands
Hongrois
Bohémiens, Moraves, Slovaques.
Polonais
Ruthènes
Croates et Serbes
Slovènes
Roumains
Italiens et Ladins
Tziganes
Autres
Non comptés (troupes, etc.)
(2) Répartion d'après la religion (1890)
Catholiques romains . 27 . 607 . 168 Catholiques grecs et
arméniens 4.467.372
Orthodoxes grecs — 3 . 1 74 . 206
Protestants.
Unitaires . . .
Israélites...
population s'accroît assez rapidement par Texcédent des naissances sur les décès (0.76 p. 100 par an dans le pays cisleithans, 1.09 p. 100 dans les pays transleithans}. L'émigration est, de son côté, assez active, sans cependant enlever au pays l'excédent tout entier (1).
Les progrès de l'instruction publique ne sont pas très considérables en Autriche-Hongrie: en 1890, près de la moitié des habitants eu Autriche, plus de la moitié en Hongrie ne savaient ni lire ni écrire.
GouTernement. — Le gouvernement de cet ensemble de pays divers est très difficile. Depuis 1867, toutes les provinces ont été groupées en deux États : l'empire d'Autriche ou monarchie cisleithane, le royaume de Hongrie, ou monarchie transleithane ; ce groupement a été fait sans que l'on tint compte des races, les deux couronnes s'étant partagé les nombreux Slaves du pays. Les deux monarchies ont le même souverain, mais gardent leur presque complète liberté d'action. A Vienne et à Buda> Pesth sont deux gouvernements complets, ministères responsables et parlements composés chacun d'une chambre aristocratique et d'une chambre élue au suffrage censitaire. Les questions communes (affaires étrangères, militaires, monnaies, régime commercial) dépendent d'un ministère commun et d'une assemblée appelée les » Délégations ».
L'administration provinciale est assez libérale ; aucune règle générale n'a été établie, et chaque province est laissée à peu près libre de s'administrer à sa guise.
L'organisation financière est compliquée : il y a trois budgets : celui de l'ensemble de la monarchie, pour les « affaires communes », celui de l'Autriche et celui de la Hongrie; les dépenses sont partagées proportionnellement parles deux États.
Le service militaire est obligatoire pour tous : l'armée active est commune aux deux pays, mais l'armée territoriale est organisée séparément parchacun d'entre eux, et s'appelle Landwehr en Autriche, Honvedseg en Hongrie. L'armée austro-hongroise, surtout depuis l'alliance avec l'Aile -
(1) Mouvement de la population :
Naissaaces.
DécèB.
Eic6dent
des naissances.
Ëmigralion.
Villes principales (1890) :
Vienne
Buda-Pesth.
Prague
HabitanlH.
Trieste . . .
Lemberg .
Gratz . . . .
HabiUnls.
magne et iltalie, est très considérable, et soigneusement organisée (i).
§ II. — Géographie économique.
Condition générale. — L'antagonisme des diverses races qui composent le peuple austro-hongrois n'a pas permis à ce pays de développer ses richesses naturelles aussi vite que les grands États de TOccident. 11 est en retard sur ces États et même sur TAllemagne pour la mise en œuvre de ses ressources. Pourtant il est peu de contrées aussi favorisées sous tous les rapports : Tagriculture y dispose de terres excellentes ; le sous-sol renferme des trésors minéraux en abondance ; enfîn la période contemporaine a vu s'ouvrir pour tous ces produits les débouchés dont TAutricheliongrie avait été si longtemps privée. Si Ton pouvait considérer seulement le sort matériel de cet État, la condition que la nature lui a faite, on devrait conclure qu'il est appelé au plus brillant avenir économique; mais le passé lui a légué de lourdes charges, et Ton ne saurait affirmer que la concorde des éléments ethnographiques réserve longtemps à ce vaste empire la paisible jouissance de ses richesses.
(1) Finances:
Budget commun :
Recettes. Dépenses.
1889 368.612.500 fr. 368.360.000 fr.
Dépenses de la guerre 323 . 647 . 500 f r .
— marine 31.442.500
Budget de rAutriche (1894) :
Recettes l .547.762.500 fr.
Dépenses 1 .546. 735.000 fr. avec les dépenses communes.
Ministère de la défense nationale (Landwehr).. 44.972.500 fr. Budget de la Hongrie (1894):
Recettes 1 . 162.507.500 fr.
Dépenses i . 174.980.000 fr. avec les dépenses communes.
Ministère de la défense nationale (Honvedseg)... 84.492.500 fr.
Armée: pied de paix (1893). 347.297 h. 912 canons. 58.414 ch.
~ guerre.... 1.753.583 1.884 — 279.886
On pourrait appeler en temps de guerre jusqu^à 4.000.000 d'hommes. Marine : 128 bâtiments jaugeant 126.123 tonneaux, montés par 12.01 hommes.
AUTRICHE-HONGRIE. a67
A. Agriculture.
Aptitude naturelle. — Nous avons déjà vu que la géologie, le relief et le climat de la monarchie sont variés ; Tagriculture trouvera donc des terrains de toutes sortes, aptes à presque toutes les cultures, aussi Tutilisationdu sol est-elle très complète (1). Chaque année, la conquête fait des progrès.
On peut distinguer trois régions principales^ à Tintérieur desquelles le relief établit des subdivisions en assez grand nombre :
1® La zone méditerranéenne, peu étendue d'ailleurs et comprenant à Touest des vallées alpestres ouvertes vers la basse Italie au sud et au sudest, soit des plateaux comme Tlstrie, soit une zone littorale étroite et fertile comme laDalmatie et quelques parties des lies qui la continuent au large.
2^ La zone occidentale comprenant les grandes vallées alpestres, TAutriche proprement dite, la Bohème et la Moravie. On retrouve là, avec des différences d'altitude et des contrastes à courtes distances, les caractères des pays de TEurope centrale, de la Moyenne-Allemagne par exemple.
3<> La zone orientale, dont la Hongrie forme la plus grande et la meilleure partie, se rapproche déjà davantage par sa végétation et ses modes de culture de TRurope orientale, de la Russie. Les Alpes de Transylvanie et les Karpathes composent une région d'aspect particulier qui tantôt rappelle les contrées de TEurope centrale, tantôt indique déjà par certaines affinités les pays montagneux du nord de la péninsule des Balkans. De même les plaines ondulées de la Galicie tiennent à la fois de la Silésie méridionale et des districts du sud de la Russie.
Forêts. — Les forêts, qui, nous l'avons vu, couvrent près du tiers de la superficie totale, comptent parmi les plus riches de l'Europe. Bien qu'incomplètement exploitées encore, elles donnent un revenu considérable, qui ne -peut qu'augmenter avec les progrès des voies de communication (2).
(1) Utilisation du sol :
^ Autriche. Hongrie. Honarcliie.
Terres arables et jardins 36.7 42.58 38.9
Vignobles 0.8 1.82 1.1
Pâturages et prairies 23.8 23.74 23.9
Forêts., 82.6 26.84 30.2
Lacs et viviers 0.4 0.32 0.3
Total des terres utilisées 94.3 94.70 94.4
Terres improductives 3.7 5.30 5.6
(2) Superficie des forêts (1890) :
Autriche « 9.782.420 hectares.
dont 6.851.000 hectares en pins.
Hongrie 9.183.000 —
dont 1.745.500 hectares en pins.
Total liJ.96o.420 —
Les Alpes qui bordent les longues vallées de la Drave et de la Save, excellents chemins de flottage, portent, suivant Taltitude, des chênes, des hêtres et des sapins de toute beauté ; plus célèbres encore sont les forêts de pins sylvestres des Karpates. Les plateaux du sud sont beaucoup moins riches, de même que la plaine hongroise. La Styrie, la Carniole,laCarînthie et le pays de Salzbourg possèdent les plus belles forêts qui occupent la moitié de leurs territoires.
Cultures alimentaires. — Les terres arables représentent une superficie moindre en Autriche-Hongrie qu'en France. Mais il est peu de terres aussi fécondes en céréales que la Galicie et la Hongrie, peu de pays où l'agriculture savante soit plus en honneur qu'en Autriche, en Moravie et en fiohême.
Le blé donne d'opulentes récoltes dans les terres d'alluvion de la Hongrie et du banat de Temesvar, de la Galicie, dans le sol habilement cultivé de la Moravie et de la Bohème. Ces contrées sont un des greniers à céréales de l'Europe et permettent à l'Autriche-Hongrie de se livrer à l'exportation de ces denrées. Les récoltes s'accroissent depuis quelques années en qualité comme en quantité.
Vavnine est semée dans les champs des mêmes provinces et aussi dans la province d'Autriche, mais occupe moins de place que le blé. C*est une culture qui recule devant celle du froment, meilleure pour l'alimentation et plus capable de procurer des bénéfices commerciaux. Entre TAIlemagne et la Russie, riches Tune et l'autre en avoine, l'Autriche ne peut espérer d'en exporter.
Le seigle perd aussi du terrain au profit des champs de froment. En Hongrie, en Galicie et en Moravie, il cède de plus en plus la place et nu conserve que les terres froides et les régions trop élevées de ces provinces. La production de Vovge semble aussi diminuer. Les pays du nordouest de l'Empire, voisins de l'Allemagne, sont seuls de grands consommateurs de bière ; et le développement de la viticulture dans la région du moyen-Danube et en Hongrie areslreinl le rôle de la boisson faite d'orge et de houblon. Enfin l'orge exige des terres riches qui peuvent aussi bien être consacrées à la culture plus productive et meilleure pour le commerce, du froment. La Hongrie, la Bohème et la Galicie ont naturellement les champs les plus nombreux de cette céréale qui veut les mêmes conditions de terroir et de climat que le blé.
Le maïs tient aussi une large place dans la production de céréales de la Hongrie, de la Croatie et de l'Esclavonie.
Le riz prospère dans les parties basses et souvent inondées de la Hongrie et du banat. H rencontre là des conditions excellentes, une humidité intense, et un été brûlant; il est vraiment, comme il lui convient, u les pieds dans l'eau, la tête dans le feu ».
La Hongrie est sans contredit le pays le plus fertile en céréales de tout l'Empire. La production en céréales de tous les pays austro-hongrois dépasse 260 millions d'hectolitres. Ce pays vient donc au quatrième rang en Europe après la Russie, la France et TAllemagne.
Il donne aussi d'abondantes récoltes de pommes de terrCj presque autant que Timmense Russie; cette culture est surtout développée en Galicie, puis en Moravie et en Bohème. On cultive les pommes de terre, en Autriche-Hongrie, comme en France, dans les sols les plus différents.
La culture maraîchère est surtout pratiquée dans les pays du nordouest où la vie urbaine et industrielle est plus développée, en Bohème, en Moravie, en Autriche et en Galicie ; elle est peu importante dans les pays de la couronne hongroise où la population est beaucoup moins dense et dispersée dans de grands domaines agricoles (1).
Guitares arborescentes et fruits. — Rien de plus varié que les cultures arborescentes de ce vaste empire, qui occupe en latitude un espace de près de 10<>, présente en Bohème les aspects de l'Europe du nord, et sur son littoral adriatique ceux d'une Italie ou d'une Grèce.
Galicie et Bohème comptent parmi les pays les plus riches en pommiers; on y fait, en quelques districts, un cidre estimé.
L'Istrie, la Dalmatie et même une partie du Tyrol cultivent Volivier, «ur des étendues assez restreintes, il est vrai (2). La Dalmatie possède même un certain nombre de figuiers.
Aucune de ces cultures n'a l'importance de la vigne ^ Tune des grandes richesses de l'Autriche-Hongrie. Les vins de Hongrie, parmi lesquels le Tokay, doivent leur qualité à deux conditions, l'une de sol, l'autre de climat. Les ceps sont plantés dans les terrains volcaniques qui se développent sur la rive droite de laTheiss, soit en colline, soit en plaine; ces terrains sont d'une fécondité très remarquable. Enfin, pendant les mois brûlants d'été qui caractérisent le climat continental de la Hongrie, les raisins arrivent rapidement à maturité.
La Transylvanie, la Styrie, la Dalmatie, le Tyrol méridional, la Carinthie, la Carniole, la Basse-Autriche, font aussi du vin qui d'ailleurs est
(1) Guitares alimentaires (1892) :
Superficie. Prodaction. Superficie. Production.
Hectares. Ilectolitret. Hectares. Hectolilrf>t.
Blé 1.1S5.000 17.681.000 .3.064.000 50.2*39.000
Orge 1.113.000 21.804.000 1.043.000 18.318.000
Avoine 1.873.0C0 39.(i83.000 1.009.000 22.007.000
Seigle 1.967.000 29.536 000 1.106.000 16.414.000
Sarrazin 193.000 1.558.000 — —
Maïs 867.000 6.783.000 2.089.000 41.075.000
Total de toutes les
céréales 7.015.000 121.9:6.000 8.358.000 148.036.000
Légumes 281.000 3.462.000 47.000 584.000
Quiotanx. QoJDtaux.
"Pommes de terre 1.099.000 95.316.000 457.000 40.101.000
(2) Production de Thuile d'olives (1892) : 127.957 quintaux.
Géographie économ. 24
370 LEUROPE.
fort loin, en général, de valoir les crus de la Hongrie. Dans ces régions se sont développées les maladies de la vigne qui ont porté un coup si funeste à la prospérité agricole de l'Empire ; depuis moins de vingt ans, la production a baissé de près de la moitié (i).
Le mûrier croit dans les provinces du versant méditerranéen ; la Dal> matie, Tlstrie et le Tyrol en ont le plus grand nombre. Sa culture a été vivement encouragée depuis quelques années par le gouvernement austro'hongrois, qui s'efforce de développer l'industrie séricicole fort réduite par la perte de l'ancien domaine italien.
Cultures industrielles. — L'Autriche-Hongrie consacre, comme TAllemagne, une partie de ses récoltes de pommes de tetre à la distillation^ pour en tirer de l'alcool.
La culture des betteraves est très développée en Bohème, en Moravie,, en Silésie et en basse Autriche. La Hongrie en possède beaucoup moins.
La Moravie, la Hongrie produisent du lin et du chanvre, mais en quantité insufHsante pour alimenter l'industrie textile de l'Empire. La Russie peut fournir ces fibres textiles à bien meilleur compte ; et la concurrence du grand État voisin a réduit l'étendue des champs de lin et de chanvre en Autriche-Hongrie comme en France.
Le houblon est une des cultures industrielles qui contribuent le plus à la fortune de la Bohème. Cette province en récolte près des 4 cinquièmes de la production totale.
Pour le tabac, c'est la Hongrie qui occupe le premier rang; le tabac hongrois, élément important de commerce, provient des campagnes de Debreczin, d'OËdembourg etdeComorn. La Galicie en possède ensuite les plantations les plus considérables ; celles du Tyrol méridional et de la Bukovine ont beaucoup moins de réputation.
Cependant l'État s'étant réservé, comme en France, le monopole de la vente du tabac et des produits qui en dérivent, cette culture est loin d'avoir l'extension que permettrait la qualité des terroirs (2).
(1) Culture de la vigne et production du vin (1892^ :
Autriche. Hongrie.
SuperOcie 245.000 hectares. 248.000 hectares.
Production 3.460.000 hectolitres. 796.000 hectolitres.
En 1889, la Hongrie a donné 4.500.000 hectolitres de vin, en 1890, 2.6.33.00(V hectolitres.
(2) Cultures industrielles (1892) :
Superficie.
HecUret.
Betterave a sucre.. 255.000
Betterave fourragère 169.000
Tabac 3.200
Houblon 14.900
Chanvre 44.000