AUTRICHE
HOKGRIB.
î. Produclion.
Superficie.
Production.
Qnintaux.
Hectares.
Quiotaux.
Productions animales ; élerage. — L'Autriche-Hongrie possède plusieurs régions d'élevage très riches, en dehors de la zone méditerranéenne qui est moins bien partagée. Au nord-ouest, la Bohème rappelle les pays de pâturages de la moyenne Allemagne; les provinces alpestres ont leur caractère particulier ; à Test c'est la Hongrie et la Transylvanie avec un régime d'élevage qui annonce déjà les mœurs de la grande plaine russe. A la Hongrie appartiennent les pusztas, vastes pâturages, sortes de steppes, qui occupent plus du quart du territoire ; aux Alpes, des champs d'élevage déjà plus partagés, moins étendus; aux provinces du nord-ouest, Bohème, Moravie, Basse-Autriche, l'élevage scientifique et la culture des prairies artificielles. Il en résulte une loi générale dans la répartition des animaux ; les provinces cisleithanes ont plus de bètes à cornes ; la Hongrie est plus riche en chevaux et en moutons.
La Styrie, le Tyrol, la Carniole, la Carinthie, le pays de Salzbourg, ont des races remarquables de bètes à cornes et les troupeaux les plus nombreux. C'est la même richesse et le même art de l'élevage qu'en Suisse. Les cotes si humides de la Dalmatie nourrissent aussi un bon nombi*e de ces animaux. La Moravie, la Bohème et la Basse-Autriche ont, comme la Saxe, amélioré leurs races de moutons par l'introduction de mérinos.
La Hongrie et la Transylvanie, où l'élevage des chevaux est vivement encouragé par le gouvernement, et pratiqué dans d'immenses pâturages appartenant à un nombre restreint de grands éleveurs, possèdent quelquesunes des meilleures races de l'Europe. La cavalerie hongroise a une réputation méritée: plusieurs des puissances militaires du continent achètent leurs chevaux de guerre dans ces provinces. Les races de moutons de la Hongrie sont aussi renommées; c'est à l'impératrice Marie-Thérèse que ce pays doit Tintroduction de troupeaux de mérinos. L'élevage y était encore, dans la première moitié du siècle, peu scientifique ; il consistait en migrations de bandes immenses, d'un territoire à l'autre ; la constitution graduelle de la propriété agricole, à mesure que les steppes étaient défrichées, a rapproché l'élevage du mouton des procédés de nos pays de l'ouest.
Si favorables que soient d'ailleurs les conditions de l'élevage de la race ovine en Autriche-Hongrie, les plus récentes statistiques accusent une diminution notable des animaux de cette race. Trieste importe à vil prix les laines australiennes et sud-américaines; et les éleveurs austrohongrois ne peuvent soutenir cette concurrence.
Les porcs sont surtout nombreux dans les pays transleithans, en Transylvanie, par exemple, où de vastes forêts de chênes contribuent à leur nourriture. Parmi les pays cisleithans, la Styrie, la Galicie, la Bohême, la Moravie, sont le mieux partagées ; l'élevage de cet animal a lieu, tantôt en troupeaux (Styrie) dans le voisinage des forêts de chênes, tantôt comme chez nous, dans les fermes des pays de riche culture et d'industrie (Moravie, Basse-Autriche).
Les chèvres sont la richesse relative des pays montagneux de la zone
méditerranéenne, de la Dalmalie, du Tyrol, puis des maigres pâtures de la Haute-Moravie.
L'apiculture est très développée en Bohême, en Galicie et en Hongrie. L' Autriche-Hongrie récolte à peu près la même quantité de miel et de cire que la France (1).
' Les vei^ à soie sont naturellement élevés dans les provinces du versant méditerranéen, où les mûriers sont le plus nombreux, en Islrie, en Dalmatie et dans le ïyrol (2).
Chasse et pèche. — La chasse donne un riche produit dans Tempire austro-hongrois, qui possède d'excellentes réserves, ici les forêts immenses, là les vastes espaces des steppes et pâturages de Hongrie. La Styrie et le Tyrol sont des pays de chasse renommés. Chevreuils, cerfs, daims, sangliers, petit gibier et oiseaux de toutes sortes forment parfois un revenu assez considérable pour les grands propriétaires des provinces boisées.
La pèche maritime occupe les populations dalmates, parmi lesquelles se recrutent les excellents équipages de la flotte austro-hongroise.
En outre Texploitation des rivières et fleuves, très sagement réglée en Bohême, en Moravie et en Autriche, fournit un produit considérable; on exploite aussi les lacs et les étangs (3).
Résumé de la production agricole. — Ainsi TAutriche-Hongrie est un des plus riches pays agricoles de TËurope. Mieux pourvue en forêts que la France et que l'Allemagne, elle possède les meilleures cultures de céréales et rivalise pour la qualité des blés avec la France et la Russie. Qualité extraordinaire du terrain en Hongrie et en Galicie, science de la culture dans les provinces de Touest, tout contribuera à assurer le développement de cette richesse. La vigne ajoute à tant de ressources un complément précieux.
(1) Elevage (1891) :
Autriche. Hongrie. Totaux.
Chevaux 1.548.197 1.748.859 3.Î97.056
Bêtes à cornes... 8.584.000 5.311.000 13.895.000
Mulets — — 14.525
Anes — — 40.561
Moutons 3.841.000 10.594.000 14.435.000
Porcs 3.500.000 4.800.000 8.300.000
Chèvres 1.035.000 280.000 1.315.000
(2) Production des cocons ;
Hongrie ( 1 892 j 970 . 248 kilogrammes .
Autriche (1891) 1.506.524 —
(3) Pêche maritime (1893) :
Nombre de barques 8.575
Jauge 21.040 tonneaux.
Équipages 20.710 hommes.
Valeur de la pêche (1891-92) : 6.473.800 fr.
L'élevage est prospère comme Tagriculture, quoique fort loin de donner des profits suffisants si Ton considère l'étendue et Taptitude du pays. Il y a encore bien des progrès à accomplir dans raménagement des richesses animales.
B. — Industrie.
Condition naturelle. — LMndustrie .est, encore moins que Tagriculture, en rapport avec Taptitude naturelle du sol austro-hongrois. La houille et les métaux industriels existent en abondance et sont assez heureusement répartis entre les diverses provinces. Si les matières premières des industries autres que l'industrie métallurgique font défaut ou sont insuffisantes, TÂutriche-Hongrie peut y remédier depuis qu'elle a pris pied sur la mer Adriatique et développé son commerce lointain par Trieste. Enfin, il est peu de pays où la science soit mieux appliquée à la recherche des progrès industriels, peu d'Etats qui aient un plus vif souci d'encourager la prospérité nationale. Ecoles de haute science, écoles spéciales, professionnelles, commerciales, sont nombreuses en Autriche -Hongrie et forment les esprits pratiques et avisés nécessaires aux délicates opérations de l'industrie et du négoce ( i) . A cet égard, l'Autriche ne le cède pas à sa puissante voisine l'Allemagne.
Industries dérirées du régne minéral. — L'extraction de la houille est en particulier bien loin de donner des produits en rapport avec l'abondance des mines. Malgré les rapides progrès accomplis depuis vingt ans, l'Autriche-Hongrie ne peut suffire à sa consommation. ,
La Bohême est très riche en combustible minéral; des mines de Pilsen, Kladno, Schiau, etc., on retire la plus grande partie de la houille extraite dans la monarchie entière. La Moravie, la Siiésie, la Galicie, la Basse-Autriche, la Styrie et la Hongrie (bassin de Funfkirchen), viennent au second rang. En somme l'Autriche-Hongrie, avec un sous-sol assez bien doté, ne suffit pas à la consommation houillère de ses industries et doit importer d'Allemagne une partie du charbon de terre dont elle a besoin. Un autre désavantage provient de ce fait que la Bohème, grande pourvoyeuse de l'empire, occupe une position excentrique et se trouve en particulier loin des ports austro-hongrois.
Les lignites et la iowbe sont exploités en Bohème, Styrie, Haute-Au-
(I) Instruction technique ^1891) :
Établissements : Autriche. 1 .500 Hongrie 449
dont
Autriche. Hongrie.
Écoles commerciales 125 98
— industrielles 702 265
— agricoles 97 39
— forestières 8
— des mines, etc G
Élèves: total 150.000
triche, en Carniole et Moravie. La Bohême possède les meilleurs lignites comme les plus belles mines de houille.
Cne ressource dont on a jusqu'ici tiré un médiocre parti est Thuile minérale ou pétrole. Le voisinage de la Russie, qui est si riche en celte matière et peut en importer en Autriche-Hongrie par la voie de la mer Noire et du Danube, a empêché le développement des puits de la Galicie.Âux environs de Lembergon recueille quelques milliers de tonnes de pétrole par an. On estime cependant que cette zone des contreforts des Karpathes pourrait en fournir beaucoup plus.
La production du minerai de fei' est très abondante en Autriche- Hongrie. Les mines de Bohème, Styrie, Carinthie, Moravie et Galicie fournissent d'excellents minerais, parmi lesquels les meilleurs sont les minerais carbonates de Styrie. L'Autriche-Hongrie se place à cet égard, au huitième rang des grands états industriels, après la Grande-Bretagne, les États-Unis d'Amérique, l'Allemagne, l'Espagne, la France, le Luxembourg et la Russie.
On exploite, en outre, des mines de plomb, surtout en Carinthie, et en Bohème, puis en Hongrie; celle de Bleiberg, en Carinthie, est une des plus abondantes de l'Europe. Le cuwre est extrait en Hongrie, en Transylvanie, en Styrie et dans le pays de Salzbourg. La Galicie, le Tyrol et la Carinthie donnent une certaine quantité de zinc. Maïs, en somme, la production de ces trois sortes de métaux n'y saurait suffire aux besoins de l'industrie. Vétain de Bohême ne donne aussi qu'un faible contingent.
En revanche, le mercure d'idria représente une grande valeur commerciale ; près d'un millier d'ouvriers sont employés aux mines de (Carinthie et de Carniole, capables par leur richesse de faire concurrence aux produits de l'Espagne et du Nouveau Monde.
Les métaux précieux occupent à peu près le même nombre de travailleurs. L'or est extrait soit des sables des cours d'eau de la Hongrie, soit des roches de la Transylvanie et de la Bohème. L'argent provient aussi de Hongrie et de Bohême. Mais l'exploitation est difficile et l'Aulriche- Hongrie ne peut faire concurrence ni aux riches placers de la Californie et de l'Australie, ni même aux plus humbles mines de l'empire russe.
On remarquera que les richesses minérales de l'Autriche-Hongrie sont localisées dans quelques zones bien déterminées : leur répartition géographique est très nette. Au premier rang se place le groupe bohémien; l'exploitation de la houille y a sollicité celle des minerais de fer, celle du plomb ; les métaux précieux y sont aussi représentés. Au second rang, le groupe de Styrie, de Carinthie et de Carniole, bref l'ensemble des pays alpestres; là domine l'exploitation des minerais de fer. Le groupe de Hongrie et de Transylvanie !ourmi surtout les minerais précieux, or et argent, puis le plomb et le cuivre.
L'Autriche -Hongrie est un des pays les plus riches en sel. Sel gemme, sel obtenu par évaporation d'eaux de sources, sel marin, donnent ensemble un produit trois fois plus considérable que celui que l'on
recueille en France. Plus de ^ 2,000 ouvriers sont occupés à ces <livei*s genres d'exploitation. La Galicie, avec ses mines de sel gemme de Wieticza, tient le premier rang : des chambres et couloirs forés dès le onzième siècle, on retire plus de 130,000 tonnes de sel par an. Au reste, la zone d^exploi talion salifère se développe tout le long des Karpathes, en Bukovine, et jusqu'en Roumanie (1).
Les carrières sont nombreuses en ce pays, qui compte de vastes systèmes montagneux aux assises les plus variées. Pierres de taille calcaires, blocs de granit, porphyre, grès, serpentines abondent; la Bohème, la Silésie, le Tyrol donnent des ardoises estimées; la Hongrie et la Bohème exploitent les argiles plastiques. Bref, il est peu de produits de l'industrie des carrières qui fassent défaut. Plâtre, chaux, soude, salpêtre, forment de riches gisements dans plusieurs provinces.
Parmi les sources d'eaux minérales, fort nombreuses du reste, les plus célèbres, celles de Carlsbad et de Marienbad, sont situées en Bohême; Buda-Pest en Hongrie, Gastein en Autriche, attirent également une grande affluence de visiteurs.
Cette brève énumération suflit à nous montrer la richesse des ressources minérales dont disposent les peuples de l'Autriche-Hongrie. Mais il s'en faut de beaucoup que la mise en œuvre et la transformation vraiment industrielle de ces matériaux, y soit aussi avancée que dans les pays de l'Europe du Nord, que dans l'Allemagne.
Citons la transformation de la houille en coke, par les usines à gaz ;
(1) Exploitation minérale en Autriche-Hongrie :
Autriche (1893). Hungrie (18»2).
HouiHe 9.733.000 tonnes. 1.052.000 tonnes.
Lignite IC. 816. 000 — 2.741.000 —
Pétrole 88.000 — —
Fer 1.109.000 — 792.000 —
Cuivre 8.G00 — 2.900 —
Plomb 10.700 — 90.500 —
Zinc 30.500 — —
Soufre 1.950 — 42 —
pyrites de fer — — 56.000 —
Étain 26 — —
Alanganèse 5.400 -- 1.300 —
Antimoine 440 — 850 —
Argent 18.000 kgr. > n lOO kcr
Or 480 . - i "-'"^ ^fi^"^-
Mercure 76.200 tonnes. —
Bismuth 800 — —
Graphite 23.800 — —
Sel 312.000 — 1 61.000 tonnes.
"Nombre de personnes employées au travail des mines :
Autriche (1891) 123.661 personnes.
~ dont mines de sel. 10.353 —
Hongrie (1889) 48 . 1 73 — y compris les fonderies.
— dont mines de sel. 2.264 —
le pays exporte trois fois plus de coke qu'il n'en importe. Les régions houillères, et au premier rang la Bohème, tirent aussi de la houille les produits colorants, qui remplacent de plus en plus les teintures végétales.
La production des fontes atteint aujourd'hui près d*un million de tonnes. Les hauts fourneaux se sont établis, comme partout, soit dans le voisinage des forêts, encore si abondantes en Autriche-Hongrie, soit auprès des mines de houille. Les provinces alpestres, Styrie et Carinlhie surtout, fournissent d'excellentes fontes au coke et au bois. En seconde ligne se placent la Bohème et la Moravie, dont les produits sont également fort estimés. La Hongrie traite aussi beaucoup de minerais; mais, ne possédant pas des industries savantes en aussi grand nombre que les provinces autrichiennes, et d'ailleurs moins riche en houille, elle n'a pas accompli les môme progrès.
Les fers de la Styrie, de la Garinthie, de la Bohème, ont une réputation méritée; toutefois l'ensemble des provinces de l'empire ne donne pas les trois quarts de la production belge.
La fabrication des aciers a beaucoup déchu depuis le désastre financier de 4873, bien qu'un mouvement de reprise se soit manifesté.
Le traitement des autres métaux, ne s'appliquant pas exclusivement à des minerais d'origine austro-hongroise, ne peut pas être considéré sans restriction, comme un mode de l'activité industrielle dérivé du sol même. Au reste, la production des minerais de cuivre, de plomb, de zinc, de mercure, celle des minerais de métaux précieux, n'occupe pas un nombre considérable d'ouvriers. Comme en France, la fonte, le fer et l'acier sont par excellence les métaux industriels, dont le travail se fait suivant une distribution vraiment géographique (1).
Les industries mécaniques se sont naturellement établies près des mines de houille et de fer. Elles sont donc surtout développées dans les provinces cisleithanes, et en particulier dans les deux groupes alpestre et bohémien. Les provinces transleithanes, si riches par leur agriculture, sont inférieures de beaucoup en activité industrielle. Sur les 3 millions d'artisans que compte l'empire, plus de 2 millions et demi sont occupés
(1) Industrie métallurgique :
Autriche (mi). Hongrie (1891).
Fonte C63.000 tonnes. 309.000 tonnes.
Fer 317.000 — 14.000 —
Acier 53.Ô00 — —
Cuivre 940 — 280 —
Plomb 9.600 — 1.300 —
Zinc 5.900 — —
Élaiii 6C — —
Mercure 512 — 8 —
Antimoine 175 — 350 —
Nombre de personnes employées dans Tindustrie de la fonderie en Autriche: 1891 12.608
dans les usines des provinces occidentales (1). Là surtout se sont multif)liées les institutions industrielles, écoles supérieures, écoles d apprentissage, chambres consultatives, musées, qui ont prodigieusement accéléré le développement économique, malgré de rudes épreuves financières.
Une autre remarque ressort de Tétude des industries auslro-hongroises. (iinq provinces accaparent la majeure partie des grandes industries : ce sont la Bohème, la Moravie, la Basse-Autriche, le Vorarlberg et la Silésie. Ailleurs dominent les métiers proprement dits, la petite industrie; Croatie, Esclavonie et Dalmatie, sont les provinces le moins favorisées.
La fabrication des machines-outils est fort active dans les provinces riches en houille et en métaux ; la Styrie et la Carinthic, la Bohème, la Moravie et TAutriche possèdent le plus grand nombre de forges, d'ateliers de construction et d'ajustage. Graz, Vienne, Prague, Léoben, doivent être citées au premier rang. Machines agricoles, machines de filature, et de tissage, faux et faucilles de Styrie ont une grande réputation dans toute TEurope. La Carinthie et la Styrie ont de remarquables fabriques d'arme.*;. Il est d'autres industries, comme celle des instruments de musique, dans laquelle Vienne, Prague et Kœniggratz excellent, qui sont Teffet d'une longue tradition, plutôt que Texpression d'un rapport entre les richesses minérales et Thomme.
La localisation des industries du transport est beaucoup plus nette. Ainsi, le matériel des cfiemins de fer sort des ateliers des régions riches en combustible et en minerai, des usines de Wiener-Neustadt, de Graz et de Brunn. 11 arrive aussi, comme chez nous, que les grands ports attirent Tindustrie mécanique ; Trieste, avec ses vastes chant ie^^s de consUnction de navires, a des ateliers où Ton exécute nombre d'autres travaux métallurgiques. L'arsenal de Pola a exercé une attraction du même genre. Fiume possède aussi de célèbres ateliers de précision, qui eurent quelque temps le monopole de la fabrication des torpilles.
Les industries chimiques n'ont pas encore, en Autriche-Hongrie, une place digne des richesses minérales de ce pays. Après les fabriques de couleurs et d'allumettes de Vienne, de la Bohème et de la Moravie, les fabriques d'acide sulfurique de la Carinthie, il reste à citer quelques usines du même genre à Trieste, qui livre aussi un fort contingent de ces produits à l'exportation. On constate que les industries chimiques ont leur siège dans le voisinage des houillères, sauf l'exception significative de Trieste.
La verrerie et la céramique, qui ont fait à la Bohème une réputation déjà ancienne, se sont développées surtout à partir du xvnp siècle. On sait les encouragements donnés par plus d'un prince autrichien, par Marie-Thérèse en particulier, aux corporations des verriers bohémiens. A Torigine, les bois du Bœhmer-Wald et du Riesen-Gebirge alimentaient
(I) Avec leurs familles les ouvriers d'Autriche forment le total de 4.710.047, soit 21.3 pour 100 de la population totale.
cette industrie, qui exige tant de combustible. La découverte des houillères de Bohème, où l'exploitation est presque aussi avantageuse que dans le bassin de la Ruhr, lui donna un nouvel essor. Pilsen et Eger, riches en houille, sont précisément les deux centres les plus notables de la verrerie : la Bohème possède plus de la moitié des verreries de l'empire (1). La Hongrie et la Styrie viennent en seconde ligne. C'est encore la Bohème qui compte les plus actives fabriques de porcelaines, à Prague et à Carisbad ; les faïences communes occupent les artisans d'un plus grand nombre de provinces, de la Hongrie en particulier.
En résumé, l'industrie minérale, déjà active en Autriche-Hongrie, ne s'y est point développée aussi vite que dans les pays de l'Europe occidentale et de l'Allemagne. Pourtant les ressources naturelles y sont grandes et capables de susciter une activité beaucoup plus considérable.
Industries dérivées du règne végétal. — L'Autriche-Hongrie, pays de riche agriculture, de vastes forêts, fournit d'abondants éléments aux industries dérivées du règne végétal. En outre, pour élaborer ces matériaux doj^nés par son fécond terroir, elle possède le combustible minéral et les métaux. Ce mouvement d'attraction n'a pas encore atteint toute son intensité ; en effet, l'état encore peu avancé de civilisation de certaines provinces, leurs habitudes invétérées de main-d'œuvre, la médiocrité des salaires, bien des causes ont contribué à retarder ce groupement prodigieux que l'on constate partout en Europe autour des gisements de combustible minéral. Ajoutons que les grandes villes, sièges naturels des industries de l'alimentation, du logement et du vêtement, puisque les consommateurs y affluent, ont aussi amené une concentration de ce genre d'établissements industriels. Ainsi, la Hongrie, plus riche en produits agricoles, l'Autriche, plus avancée en industrie et mieux dotée de ressources minérales, la première comptant des populations réparties en petits groupes, la seconde possédant beaucoup de grandes villes, sont bien dotées à cet égard.
Pour la meunerie et la fabrication des pâtes alimentaires, Buda-Pest, Vienne, Prague et Trieste occupent le premier rang, Vienne, à cause de la facilité qu'elle a de recevoir, par le Danube, les produits de la région hongroise, à cause de son heureuse situation dans le voisinage des pays industriels et surpeuplés, compte de nombreuses minoteries. Prague doit cette industrie au perfeclionnement de son outillage et aussi à la proximité de provinces agricoles telles que la Moravie, la Basse- Autriche, la Silésie. Trieste, comme chez nous Marseille, se livre à celte industrie, grâce à rapport de grains de l'étranger et à la facilité de ses exportations. Enfin Biida-Pest possède dans ses faubourgs une grande agglomération de meuneries qui traitent les céréales de Hongrie. On constate une diminution constante du nombre des moulins à vent et à eau, un accroissement
(i) Nombre d'usines et d'ouvriers (1886) :
Industrie du verre (en Bohême). 5.423 usines. 29.1G8 ouvriers.
correspondant des meuneries actionnées par des machines à vapeur : le déplacement se produit donc en faveur des pays les mieux pourvus de houille.
La culture industrielle des betteraves est surtout développée, nous Tavons vu, dans les provinces de Cisleithanie, surtout en Bohême et en Moravie. Les raffineries de sucre y trouvent à la fois abondance de matières À traiter et outillage mécanique fonctionnant à bon compte ; aussi la Bohème compte-t-elle les trois quarts des raffineries de Tempire. Mais c'est une industrie en voie rapide de développement ; depuis que Trieste sollicite, aux dépens des États industriels de l'Europe occidentale, la clientèle des populations du Levant, le sucre est devenu un article d'exportation de première importance pour rAutriche-Hongrie.
Le travail des vins est une des grandes industries agricoles de la Hongrie, des provinces méditerranéennes et d'une partie de la Basse-Autriche et de la Styrie. La fabrication des vins hongrois est une des plus soignées après celle de France.
Les alcools, tirés des pommes de terre, des grains, des vins et des mélasses, sortent des distilleries agricoles si nombreuses en Hongrie, en Basse-Au triche et en Styrie. C'est une industrie surtout pratiquée en petit, à la campagne; en effet sur 147,000 distilleries qu'on recensait, vers 1880, il s'en trouvait à peine 3,000 qu'il fût permis de considérer comme de véritables établissements industriels. Mais à cet égard encore Tallraction des centres bien pourvus de houille et d'usines mécaniques se fait déjà sentir; la grande industrie prend la place des exploitations restreintes et primitives par leurs procédés.
Pour les brasseriesy le groupement est caractéristique : au i*este la Bohême et la Moravie ont à la fois les meilleures houblonnières, les méthodes les plus économiques, les plus perfectionnées, la plus savante main-d'œuvre. Aussi la Bohème compte-t-elle près de la moitié des brasseries autrichiennes. C'est une production considérable pour un État dont beaucoup d'habitants ne sont point consommateurs de cette boisson. Filsen a une réputation particulière parmi les centres de brasserie de la Bohème (1).
Uindustrie des bois est une des plus anciennes et des plus prospères en ce pays où les forêts abondent. Le travail sommaire de l'exploitation et de la scierie est fort développé dans les provinces alpestres et dans les districts montagneux de la Bohême. Mais les grandes villes ont attiré à elles les industries de luxe et de détail qui dès lors n'ont plus un caractère immédiat de localisation géographique ; Prague, Vienne, Budapest ont des ateliers de fabrication de wagons, voitures, meubles de toutes sortes. Toutefois certaines régions pauvres ont conservé, en Autriche
(1) Brasseries en 1887 :
Établissements 1 .962
Production 13.324.900 hectolitres.
comme en Allemagne, la tradition de certains travaux exécutés pendant des siècles dans le voisinage de la forêt ; le Salzkammej'gut et VErz-Gebirge comptent nombre de villages où Ton exerce de père en fils le métier de fabricant de jouets, d'horloges en bois, de meubles grossiers, etc.. C'est une des formes les plus frappantes de rattachement de Thomme au sol, même en notre siècle, où les conditions du travail sont si souvent artilicielies.
Trieste, Pola, Vienne, Zara ont d'importants chantiers de construction de navires en bois nécessaires tant à la grande navigation qu'au cabotage et à la pèche. Vienne et Buda-Pest fournissent de bateaux la navigation fluviale du Danube ; mais la concurrence des constructions en fer a réduit cette industrie.
La fabrication du papier est devenue le monopole des districts de grande industrie mécanique, de la Bohème en particulier : à cet égard encore TAutriche-Hongrie aspire à remplacer sur les marchés du Levant les produits des industries de l'Europe occidentale.
Les industries textiles, qui sont liées étroitement au progrès des industries mécaniques sont, par conséquent, en Autriche-Hongrie, loin encore du développement que les ressources naturelles semblent promettre à ce grand État.
Pour rindustrie du cotonj cette infériorité lient à plusieurs causes. D'abord la main-d'œuvre savante, les métiers mécaniques n'ont été introduits en ce pays que pendant la seconde moitié du dix-neuvième siècle. On remarquera de plus que l'empire austro-hongrois est sensiblement plus éloigné des pays riches en coton, que la France, l'Angleterre et l'Allemagne, tant par sa situation générale que par celle de son grand port, Trieste. Aussi l'industrie cotonnière y est-elle supérieure de peu à celle de notre seul département du Nord, et est loin de suffire aux besoins de toutes les provinces. En Bohème Reichenberg, en Autriche Pottendorf, sont les principaux centres (4).
Le chanvre et le Un sont travaillés dans presque toutes les provinces suivant des procédés primitifs et traditionnels. D ailleurs la production indigène en chanvre et en lin est fort loin de sufQre à cette industrie. L'industrie mécanique s'est surtout concentrée dans les pays cisleithans : Hcichenberg en Bohème, la Moravie, plusieurs districts silésiens, excellent dans la filature et le tissage du chanvre. La lutte acharnée des industries textiles de TAutriche-Hongrie contre celles de l'Europe occidentale sur les marchés du Levant montre que leur progrès est vivement encouragé de toutes manières dans les districts manufacturiers. Si l'Autriche est plus loin que la France des pays oii croit le coton, elle est plus près de la plupart de ceux où l'on vend les cotonnades ; et son combustible à bon marché lui rend la concurrence facile.
(I) Industrie cotonnière en 1895:
Usines 1 .900 dont 633 importantes avec 96.000 ouvriers.
Broches 2.350.000 Métiers mécaniques... 42.000(1889}.
Industries dérivées da régne animal. — On remarque, en étudiant rindustrie de la lamCj l'influence des causes déjà signalées à propos de rindustrie cotonnière. Le travail primitif s'est maintenu dans les campagnes de ce pays, où le développement vraiment industriel et mécanique est de date si récente. Il n y a même pas de concentration proprement géographique, de groupement significatif dans les provinces les plus riches en moutons. C est une sorte d'état intermédiaire produit par les divisions de races; chaque pays s'efforce de se suffire. Cependant les districts pourvus d'industries mécaniques exercent leur attraction sur celle de la laine et tendent à la transformer rapidement, comme il est arrivé en Angleterre, en France et en Belgique. Reichenberg cumule cette industrie textile avec celles du coton et du lin : puis, Brunn en Moravie et Jœgeimdorf en Silésie comptent de nombreux métiers. Qu'on réfléchisse que Trieste est à bonne portée des laines d'Australie, que Texploitation des houilles progresse rapidement dans les provinces cisleithanes, et l'on comprendra le brillant avenir réservé à l'industrie lainière de l'Autriche (1).
L'industrie de la soie devait exister dans un État qui compte des pays favorables à Télevage du ver à soie comme le Tyrol et la Dalmatie, qui eut longtemps pour sujettes des provinces italiennes où la sériciculture est en honneur. Cependant ce n'est pas dans le midi autrichien que s'est établie l'industrie du tissage de la soie. Vienne a presque le monopole des rubans, des velours, des étoffes brochées. La Bohème et le Tyrol ne ^e placent qu'au second rang. D'ailleurs l'Autriciie, loin de pouvoir rivaliser avec la France en cette industrie, n'a même pas une fabrication aussi active que celles de l'Allemagne et de l'Angleterre : elle occupe tout au plus 15,000 artisans, huit fois moins que la France.
Les cwirs sont travaillés surtout dans les grandes provinces industrielles de Bohême, de Moravie et de Styrie. Prague et Vienne ont de nombreuses corroieries; la capitale de l'empire fabrique sous le nom d' « articles de Vienne » une variété fort estimée d'élégants objets en cuir. En somme, Tindustrie du cuir s'est rapprochée des centres de l'industrie chimique, comme il est arrivé dans tous les pays manufacturiers de l'Europe occidentale.
Réramé de la production indastrielle. — L'Autriche-Hongrie est, malgré de grandes ressources naturelles, un des pays industriels d'Europe où les progrès de la science mécanique ont trouvé le plus tard leur application. Deux causes historiques fort graves ont empêché, dans la période contemporaine, les richesses naturelles de s'y développer aussi vite qu'en
(1) Industrie lainière :
Établissements 2.707
Ouvriers 58.500
Broches 660. 836
Métiers 39.367 dont 17.460 mécaniques.
France, par exemple. Les dissensions et les infortunes politiques ont constitué le plus sérieux obstacle. En outre, les populations de Tempire n'étaient pas toutes aussi capables, quand naquit la grande industrie, de s'initier aux procédés savants.
Depuis trente ans l'uniflcation sociale de TAu triche-Hongrie a fait des progrès, à défaut de la fusion politique. Les heureux effets de ce rapprochement de mœurs qui a produit une sorte de patriotisme économique encore bien chancelant, n'ont pas tardé à influencer l'industrie. De là le merveilleux essor que la catastrophe financière de ces dernières années a seulement arrêté quelque temps.
Si rapides qu'aient été les progrès, ils ne pouvaient aboutir k une diffusion générale, puisque la répartition des richesses naturelles, houille et métaux, d'où dépend toute industrie, favorisait les provinces du nordouest et de l'ouest. La Bohème, où des artisans habiles étaient prêts à profiter du secours des industries mécaniques, est devenue pour l'empire ce que sont les pays de la Ruhr pour l'Allemagne, la Flandre pour la France ; métallurgie, industries textiles, industries alimentaires, se sont groupées dans quelques centres favorisés comme Prague, Reichenberg, Pilsen. Parmi les provinces alpestres, la Styrie et la Carinthie en particulier, ont une industrie métallurgique qui commence à en attirer d'autres. Vienne et Buda-Pest ont dû à leur position assez centrale, à leur importance politique traditionnelle, un groupement favorable de quelques industries : l'abondance et l'habileté de la main-d'œuvre ont contribué à les doter de nombreuses manufactures. Enfin Trieste, comme chez nous Marseille et le Havre, recevant à bon compte un certain nombre de matières premières dans ses entrepôts, ayant la charge majeure du commerce de la monarchie, forme à elle seule un groupe important.
Ainsi les pays de la couronne hongroise sont, à cet égard, dans un état d'infériorité assez marquée.