dép. milit
440 fr. Fortune de TÉtat nentation provisoire).
.... 80.178.000 fr.
itons (1890) :
Armée (en temps de guerre seulement) : 212.909 hommes, sans compter !• landsturm qui élèverait ce total à 273.773 hommes.
(2) Répartition du terrain :
Terrain improductif 28,4 p. 100.
Le terrain productif se répartit ainsi :
Herbes et pâturages .35,8 p. 100.
Forêts 29,1 —
Fruits 18,7 —
Céréales et jardins 16,4 —
Forêts. — La Suisse est riche en forêts, mais elle ne tire de cette ressource qu'un profit insuffisant.
Depuis le commencement du siècle on a déboisé sans aucune mesure les pentes des montagnes au plus grand détriment de la régularité des cours d'eau et du climat. Des lois récemment votées arrêteront ces ravages dans le domaine de la Confédération ; mais les forêts sont en majeure partie des propriétés privées sur lesquelles la Confédération n'a qu'un droit de surveillance. Les essences les plus richement représentées dans les forêts helvétiques sont les sapins, les hêtres, les chênes, les frênes, les noyers, les bouleaux (i).
Principales cultures. — Les terres arables, rares et médiocres, ne produisent que les 2/7 de la quantité de céréales qu'exige la nourriture du peuple suisse. La récolte provient surtout, pour le froment et Tépeautre, l'avoine et le seigle, des parties basses des cantons de Vaud, de Berne, d'Argovie et de Thurgovie ; le froment est très peu cultivé. Les vallées du canton du Tessin donnent du maïs ; cette plante se rencontre même dans les parties bien exposées des Grisons et du canton de Saint-Gall (2),
Celte pauvreté en céréales est compensée par la culture des pommes de teiTe qui forment une bonne part de la nourriture dans les campagnes. On en récolte, en moyenne, 40 millions d'hectolitres.
La Suisse, qui est, comme la France, partagée en un grand nombre de petites propriétés, a développé les cultures maraîchères avec un soin tout particulier.
Parmi les cultures arborescentes, la vigne est au premier rang. La présence de 28,000 hectares de vignobles en ce pays d'une grande altitude moyenne s'explique par le phénomène d'adoucissement de température que produisent les lacs dans leur voisinage. C'est en effet sur les coteaux des environs des lacs de Genève, de Neuchàtel que les vignes sont cultivées avec le plus de soin et de succès ; le Valais et le canton de Saint- Gall en possèdent aussi une certaine étendue. Autour des lacs on voit encore des vignes à .)50 mètres d'altitude, ce qui est très rare en France sous une latitude analogue. Il ea est même quelques-unes qui s'échelonnent sur des côtes de 800 mètres dans le canton de Vaud.
La Suisse a le bonheur de n'avoir reçu presque aucune atteinte du phylloxéra qui exerce tant de ravages dans les pays voisins. Les crus les plus célèbres sont ceux du lac Léman et du lac de Neuchàtel. Une partie
(!) Superficie des forêts 830.299 hectares.
(3) Récolte des céréales (1891) :
Blé 645.000 quintaux.
Seigle 300.000 —
Avoine 800.000 —
Mats et Orge 2&0.000 —
Total 1.995.000 —
Importation des céréales dans la même année 5.021.230 quintaux.
de ces vins est transformée en vins de Champagne qui vont, sur les marchés des États-Unis d'Amérique, faire concurrence aux marques françaises (i).
Les arbres fruitiers sont l'objet de soins excellents dans les cantons du nord, Argovie, Zurich, SchafTouse, Thurgovie. 11 est telles vallées qui présentent Taspect de véritables et immenses vergers. Ici on fabrique une certaine quantité de cidre ; là du kirschwasser qui rivalise avec celui des Vosges et de la Forèt-Noire.
Les cultures industrielles ne sont point nombreuses. Le tabac des cantons de Fribourg et de Vaud n'alimente guère que la consommation locale. Le Hn et le chanvre ne sont plus cultivés, dans les cantons du nord, que pour quelques emplois domestiques ; leur usage n'est pas vraiment industriel . Labsinthe du Jura ne saurait porter davantage le nom de plante cultivée, mais est industrielle au premier chef; c'est un représentant de la flore sauvage.
Élevage. — Les prairies, « alpes » et pâturages, dont nous avons constaté le grand développement, sont tantôt propriété privée de petite étendue, tantôt la propriété commune d'une petite ville ou d'un village, souvent enfin domaines appartenant à des industriels associés pour la fabrication des fromages. Les pâturages de la haute montagne ou alpe, sont occupés par les troupeaux, vivant presque en liberté, sous la conduite d'un petit nombre de bergers pendant toute la belle saison. Dès la fonte des neiges, les animaux de toute une région sont réunis et montent à l'alpe, d'où ils ne descendent qu'à l'apparition des premières neiges. Les produits (lait, fromages, etc.), sont partagés entre les propriétaires à la fin de la can^agne.
Le gros bétail est nombreux en Suisse, au moins les animaux d'espèce bovine. Ils appartiennent à deux races bien différentes :laracede Schwitz, brune et de taille moyenne, peuple surtout les montagnes ; la race tachetée, que l'on appelle aussi race du Jura ou « race d'abondance », est de forte taille et séjourne sur les plateaux, dans les cantons de Berne et de Fribourg. La Suisse est, si l'on considère le rapport entre sa population et le nombre de ses troupeaux d'espèce bovine, un peu plus riclie que la France. Les autres animaux n existent qu'en nombre assez restreint (2).
Le Valais élève beaucoup d^abeilles qui produisent un miel renommé ; on compte à peu près 180,000 ruches dans toute la Suisse.
(I) Récoite moyenae des vins 1 .000.000 hectolitres.
(?) Animaux domestiques (188C, dernier recensement) :
Bêtes à cornes 1.211. 71-1
Chevaux 98.333
Moutons 341 .682
Chèvres 415.619
Porcs 394.451
Le Te$sm dont les vallées sont ouvertes aux Influences du climat méditerranéen, offre un sol propice au mûrier: le val Misocco est un centre important de Télève du ver à soie.
La chasse^ qui fut longtemps une ressource assez importante des populations helvétiques, est fort restreinte aujourd'hui, par suite d'abus séculaires : les animaux des montagnes, auxquels on fait une guerre acharnée, disparaissent insensiblement. En revanche les lacs et les rivières fournissent aux pécheurs un abondant tribut de poissons, truites, etc... ; les anguilles du Tessin sont Tobjet d'un commerce considérable tant avec la Lombardie qu'avec les cantons voisins. On voit même des wagons entiers chargés d'escargots des Grisons prendre le chemin de Tltalie au moment du carême.
B* — Industrie.
Condition naturelle. — L'industrie helvétique est une exception géographique très intéressante. En effet, les conditions dans lesquelles elle s'est développée au point de devenir l'une des plus florissantes de l'Europe, sont particulières et originales. Pauvre en combustibles minéraux et en métaux, elle dispose cependant d'une force motrice considérable fournie par les torrents de la montagne; et, comme l'emploi de cette force, longtemps négligée, devient de plus en plus ingénieux, gr&ce aux découvertes de la science, les industries helvétiques ont pu se maintenir et prospérer en ce siècle de houille et de fer.
Il est vrai queles populations de la Suisse apportent à l'industrie nationale le concours d'une habileté de main-d'œuvre remarquable. Elles sont sobres, capables de se contenter de modestes salaires ; ce sont des mérites qu'encourage la médiocrité des impôts. Cette modicité de la main-d'œuvre cependant, accrue par une immigration allemande considérable à l'est, commence à inquiéter les Suisses : les prix ne sont pas en rapport avec celui des denrées de première nécessité, et risquent d'amener une crise regrettable.
Industries direrses. — Les industries dérivées du règne minéral ne sauraient être très prospères en ce pays où la houille et les métaux sont rares. On tire des médiocres houillères des cantons de Saint-Gall et de Luceme 20,000 tonnes de combustible. Le Valais a des gisements de lignite et d'anthracite dont l'exploitation est très défectueuse. Enfln d'immenses tourbières remplissent certaines cuvettes des vallées du Jura neuch&telois et de plusieurs autres cantons.
Quelques mines du Jura et du canton des Grisons fournissent ensemble un maigre produit de 10,000 tonnes de fer brut. Le val Davos, dans les Grisons, renferme plusieurs mines de plomb.
Les salines des cantons d'Argovie et de Vaud (Bex) sont déjà une plus grande richesse (12,000 tonnes); et Vatiphalte exploité dans le canton de Neuchàtel est l'objet d'un trafic assez important (15,000 tonnes).
Les carrières sont d'une abondance remarquable. Lesgranils descan- Géographie économ. 26
402 L*£UROP£.
ions d'Cri et du Tessin, les meu*bres que fournissent les avant- monts calcaires dans les Grisons, les cantons de Saini-Gall, de Vaud, de Berne, de Fribourg, etc., les ardoises, le porphyre, Valbàtre, les pierres meulières de Saint^Gall, les cristaux du Valais et des Grisons, le plâtre, voilà des ressources qui ont le défaut d'être communes chez tous les voisins alpestres de la Suisse ; elles ne peuvent donc donner lieu à Texploitation vraiment industrielle qui résulte seulement de la nécessité des échanges.
Les eaux minérales sont, en revanche, une attraction de plus pour les nombreux étrangers qui viennent chercher en Suisse, pendant la belle saison, le repos et la santé» Louèche, dans le Valais, Saint-Moritz et Ragalz dans le Saint-Gall, Bex dans le Vaud, Baden dans TArgovie ont une vogue prodigieuse.
La mise en œuvre vraiment industrielle des matières premières minérales est plus importante qu'on ne pourrait le croire en raison de la pauvreté relative du sous-soL L'emploi ingénieux des forces naturelles prises aux torrents et aux fleuves, Thabileté de la main-d'œuvre ont corrigé la pénurie des conditions premières et la Suisse peut importer d'Allemagne les houilles qui lui sont nécessaires. Les forges de Liesstal, les fabriques de machines de Zurich, de Winterthur et de Oerlikon comptent parmi les meilleures de l'Europe ; Schaffouse a des aciéries renommées; Aarau, avec sa fonderie de canons et sa coutellerie, occupe de nombreux ouvriers. Mais il n'y a là rien qui ressemble à la distribution géographique des industries que l'on peut constater en Angleterre et en Allemagne ; l'homme, loin de subir l'action du sol, a réagi avec succès et créé des industries dans des conditions non pa$ précisément factices, mais moins favorables qu^ailleurs. Au reste il n'avait pas le choix. Enserrés entre des peuples plus favorisés, français, allemand, autrichien, les Suisses ne pouvaient s^en tenir à la vie pastorale et agricole sous peine de descendre et de perdre leur indépendance économique, ce qui, en notre temps, conduit vite à l'autre servitude. L'émigration aurait vite ravagé leur pays comme elle ravage certains cantons des Alpes françaises et italiennes. En demandant à l'étranger le combustible et les matières premières, ils ont su racheter, à force d'habileté et de labeur, leur infériorité naturelle. C'est là une merveille souvent admirée et toujours avec raison.
Rien n'explique mieux que Vindustrie horlogère le caractère original de l'activité économique de la Suisse. Les travaux délicats où la maind'œuvre donne aux objets la majeure partie de leur valeur y sont surtout en honneur. La production suisse, la première du monde, est de plus d'un million et demi de pièces par an ; sa valeur approche de 90 millions de francs. L'industrie horlogère date de 1587 ; elle s*est rapidement perfectionnée en notre siècle, grâce à la création de nombreuses écoles d*horlogerie. Sa localisation n'a rien de géographique ; la Suisse française en
(1) Industries métallurgiques:
Usines 547 occupant 33.066 ouvriers.
SUISSE. 4oa
a conservé la tradition (Chaux-de-Fonds, Genève); mais il n'y a rien dans la condition physique de ce pays qui explique la persistance du métier d'horlogers chez ses habitants.
Aussi honorables pour le peuple suisse, mais aussi peu intéressantes au point de vue géographique sont les industries de la céramique et de la faieneerie à Winterthur et à Garouge. G'est presque un paradoxe que Texistence de ces métiers qui exigent une telle consommation de houille dans un pays si pauvre en combustible. Mais la main-d'œuvre, habile et peu chère, compense la disette de houille.
La mécanique savante devait être un des privilèges de ces artisans dont rinteliigente ténacité a triomphé des résistances de la nature. Genève excelle dans la fabrication des instnanents de précision ; Glaris rivalise, pour celle des instrumenU de musique^ avec les fabriques des bourgs montagnards de l'Allemagne.
La plus importante de toutes les industries suisses est sans contredit celle des fih et des tissu». Elle dérive de deux causes, de la présence de la force motrice empruntée aux cours d'eau, de l'habileté traditionnelle en ee genre de travail. G'est dans les régions de la plaine et des avantmonts dans les cantons d'Argovie, de Zurich, de Saint-Gall et d'Appenzell qu'on rencontre le plus grand nombre de filatures et de tissages (1).
Zurich et Winterthur ont la prééminence pour la filature du coton ; le canton de Saint*Gall se place au premier rang pour le tissage des colonnades»
Les soieries de Zurich et de B&le font concurrence à celles de Lyon, non sans succès. Dès le treizième siède cette industrie était célèbre en Suisse; mais elle était en pleine décadence au moment où les réfugiés français hii donnèrent, au dix-septième siècle, une si active impulsion. Bien entendu, les cocons du Tessin ne suffisent plus aux besoins de la fabrication nationale, supérieure à celle de l'Italie (2).
Le travail de la laine et du chanvre n'a pas vraiment une valeur industrielle ; il n'occupe que quelques districts des cantons d'Argovie et de Thurgovie.
Parmi les industries essentiellement agricoles citons la fabrication des fromages et des liqueurs (3). Une dernière industrie spéciale à la Suisse, consiste dans l'exploitation des beautés de la nature, des qualités thérapeutiques de son air. Les Suisses ont su très habilement tirer un profit considérable de ces conditions favorables (4).
En résumé les industries suisses ne sont presque à aucun degré l'ex-
(1) Industrie textile... 1.943 usines employant 89.901 ouvriers. [l) Industrie de la soie : (Zurich et enWrons). ... 5.000 métiers. (3) Exportation du Aromage et du lait concentré :
Fromages 23. US.OOO kilogrammes.
Lait concentré 13.428.900 —
U) II existe en Suisse environ 1.000 hôtels occupant environ 16.000 personnes, et donnant un revenu d'environ 50 millions de francs par an.
404 L'EOROPE.
pression de rapports naturels et normaux entre la terre et l'homme ; on n*en trouve Texplication que dans le maintien de métiers traditionnels, que dans le développement scientifique d*une main-d'œuvre qui fut toujours habile et reste à bon marché. A ce titre, la nature exerce son influence sur l'homme, puisque la pauvreté même de ce pays de montagnes conserve aux travailleurs suisses la sobriété et l'esprit d'ordre de leurs ancêtres. Mais si l'étude de ces influences peut et doit intéresser le philosophe et Téconomiste, elle ne frappe le géographe qu'à titre d'exception. L'activité de ce pays se développe en dépit des conditions défavorables ; Tintelligence et le labeur de l'homme y font équilibre à la pauvreté du sol.
U n'y a point distribution géographique des industries, au vrai sens du mot. Si l'on consulte une carte des villes et régions industrielles, on constate que l'activité manufacturière est concentrée dans les cantons de la plaine, des avant-monts alpestres et du Jura, c'est-à-dire, en somme, dans les cantons les plus peuplés. Ainsi on reconnaît là un trait de la localisation ordinaire des industries ; les plus grandes agglomérations urbaines, villes ou gros bourgs, exercent leur attraction. La richesse industrielle s'est superposée à la richesse agricole, s'est développée en raison du plus haut degré d*aisance et d'instruction. Enfin le voisinage de deux pays avec lesquels la Suisse a exercé de tout temps d'activés et intimes relations, la France et FAllemagne, a déterminé dans une certaine mesure l'emplacement des groupes industriels.
Faut-il croire que les industries suisses sont plus exposées que d'autres aux dangers des spéculations, des grèves, de la mode ? Ce serait exagérer, dans le cas présent, l'action des causes naturelles, ou plutôt ne pas voir que d'autres avantages compensent la médiocrité des ressources minérales. L'admirable position commerciale de la Suisse rachète les défauts de sa dotation en richesses industrielles. En général, chez les peuples où les éléments de la prospérité économique sont dans une condition d'équilibre moyen, le commerce est une résultante de l'industrie, dépend de son activité, de ses ressources naturelles. En Suisse le contraire a lieu. Du jour où les relations internationales se sont développées, de coin isolé, elle est devenue carrefour fréquenté et indispensable; or tout grand courant commercial suscite, par une réaction souvent constatée, l'industrie sur son passage ; la Suisse devait donc, dans la période contemporaine, gagner en importance industrielle. De sorte que, sous une apparente contradiction, la nature a favorisé ce pays; il est mal doté, mais bien situé. On doit toujours ajouter que ses habitants, pour avoir habilement confirmé leur conduite à cette aptitude particulière, ont multiplié leurs chances de prospérité.
Voies de communication. — Les Suisses sont de merveilleux commerçants et dans une excellente situation naturelle, au moins en ce
siècle de grandes relations internationales. Le territoire helvétique d'où rayonnent tant de vallées importantes vers toutes les directions, Rhône, Rhin, Inn, Tessin, est forcément le nœud des communications entre ces vallées qui sont des chemins très fréquentés du trafic international. Que Ton tire des lignes de («alais à Brindisi, d'Anvers à Gènes ou Brindisi, de T Allemagne rhénane à la plaine du Pô ou aux ports italiens, de la France moyenne à TAutriche, toutes passent sur le territoire helvétique. Le Saint-Gothard, aujourd'hui percé, est le carrefour par excellence de ce pays qui, tout entier, est si heureusement placé pour e transit.
Mais en raison de la nature accidentée de la Suisse, et de la rudesse de ses pentes, l'établissement des voies de communication a été difficile et coûteux.
Avant l'invention des voies ferrées, avant que les relations internationales eussent cette intensité dont la Suisse a tant bénéficié, les routes 4mi joué un grand rôle sur le territoire helvétique. L'étude des routes alpestres, même bornée à celles des Alpes centrales, est une de celles qui éclairent le plus l'histoire des relations commerciales des États européens (i).
La route du Grand-Saint-Bemard ouvrait, au temps des Romains, les communications entre Rhône et Pô par un haut passage de 2,500 mètres ti'altitude; le chemin actuel est l'œuvre de Bonaparte, premier consul, après la victoire de Marengo. Le trafic qui l'emploie est tout local.
La route du Simplon, créée par Napoléon, pour rapprocher Paris et Milan, coupe la crête alpestre à 2,000 mètres environ ; elle a beaucoup perdu de son ancienne importance depuis le percement du tunnel du Saint-Gothard.
De tout temps la route du Saint-Gothard fut plus fréquentée que les précédentes; rejoignant les deux grandes vallées de la Reuss et du Tessin, elle ouvre les relations les plus faciles entre le plateau suisse et la Lombardie. « Dès le moyen âge, le trafic avec lltalie de tout le bassin du Rhin en aval du lac de Constance passait à peu près exclusivement par le Saint-Gothard » (2). Son altitude est légèrement supérieure à celle de la route du Simplon.
Les cols du Bernardin, du Splûgen, de la Maloya et du Bemina^ aujourd'hui tous carrossables, ne sont plus guère employés que pour les transactions restreintes entre vallées voisines. Splûgen, Bernardin et Bernina n'ont pas livré passage, pendant la dernière période décennale, au même nombre de voyageurs que le Saint-Gothard.
La circulation des voyageurs sur les routes alpestres est estimée à 500,000 individus par an, dont 250,000 en voiture. Le trafic des marchan-
(1) Cf. A. ilimly, Histoire de la formation tetritoriale des États de VEurope Centrale, t. I, p. 51-64. Nous renvoyons une fois pour toutes à cette étude très complète, et que nous avons suivie de près.
(2) fftm/y, p. 58-59.
dises s'y est réduit de beaucoup depuis la construction de nombreuses votes ferrées.
La construction du réseau de chemins de fer suisses ne hxt entreprise qu'en 1844, et c'est seulement à partir de i850 qu'elle fut poussée avec activité (1).
Dans leur ensemble, les voies ferrées suisses sont concentrées au nord et à l'ouest. On les a construites dans les régions de plateaux, de plaines ou de grandes vallées, qui sont aussi les seules régions riches où l^on puisse espérer un trafic rémunérateur. Enfin ce réseau est rejoint, par une ou plusieurs lignes, aux réseaux de France, d'Allemagne, d'Autriche- Hongrie et d'Italie.
Si l'on considère, au point de vue des relations à l'intérieur, la forme du réseau suisse, on est porté à regarder Berne comme son vrai centre géographique. Mais cette considération est secondaire. Les chemins de fer de la Suisse, comme ceux de la Hollande, n'ont d'importance économique qu'à titre de continuation et de jonction des réseaux voisins. C'est là leur rôle principal. Or à cet égard Bàle, déjà centre administratif de premier ordre, est le vrai point de départ. Là passent les trains internationaux qui, de France et d'Allemagne, gagnent la trouée du Saint- Gothard, Milan, Bologne et Brindisi, ou bien Gènes, c'est-à-dire les relations du nord au sud à travers la largeur de l'Europe. L'ouverture du tunnel de l'Arlbergqui a permis à la France et à l'Autriche de communiquer librement par le territoire suisse, sans être obligées désormais d'emprunter le passage sur les rails allemands, donne une nouvelle importance à Bàle, comme station du grand trajet international d'est en ouest.
A l'intérieur on peut distinguer les lignes :
1® De Bàle à Schaffouse, Constance, Coire ou l'Arlberg;
2« De Bàle à Zurich et à Coire ;
3<> De Bàle à Berne, Fribourg, Lausanne, Genève ;
4« De Bàle à Neuchàtel, Lausanne;
5<* De Bàle à Lueeme, le Saint-Gothard et Bellinsona ;
6* De Lausanne à Brigue ;
1^ De Neuchàtel à la Chaux-de-Fonds.
La jonction avec les réseaux étrangers est assurée par de nombreuses lignes : 8 avec TAllemagne, à Bàle, Schaffouse, etc. ; 5 avec la France — Bàle à Belfort par Mulhouse ou par Délie, Neuchàtel à Pontarlier par le Val-Travers, Lausanne à Pontarlier par Vallorbes, Genève à Lyon par Beilegarde; 1 avec l'Autriche par l'Arlberg; 1 avec l'Italie par le Saint- Gothard.
(I) Chemins de fer suisses :
1876 2.088 kilom.
1887 3 .097 — I plus 63 kilom. appartenant à
1893 3.532 — | des compagnies étrangères.
Le percement du SaitU-Gothard, terminé en 1882» est une des œuvres les plus remarquables de notre époque. Le tunnel qui coupe les Alpes entre Goeschenen et Airolo, à une altitude de 1154 mètres, sur une longueur de 14,920 mètres, a ouvert entre la France du nord et de Test, la Belgique, la Hollande et rAllemagne occidentale des relations plus directes. L'entreprise a surtout profité à TAllemagne, à Tltalie et à la Suisse allemande; elle a nui dans une certaine mesure aux intérêts français et restreint le trafic de transit qui traversait notre pays ; soit de Calais à Marseille, soit de Calais au Mont-Cenis et à lltalie. Mais les inconvénients pour le trafic français ont été moindres qu'on aurait pu le craindre ; la voie du Gothard est coûteuse par suite des fortes dépenses de premier établissement et de transport; le matériel est cher, il faut, en outre, une plus grande quantité de charbon pour faire passer aux trains les fortes rampes de la ligne.
Les frais de premier établissement du réseau suisse ne sont pas très élevés. £t cependant la construction des ouvrages d art a absorbé des sommes considérables ; mais, dans ce pays pauvre, les frais d'achai du terrain ont été souvent médiocres, parfois nuls ; ainsi s'explique la modicité apparente du prix de revient.
Les bénéfices de Texploitation, malgré l'appoint du commerce international, ont été médiocres. Les recettes brutes sont les plus faibles avec celles de l'Espagne, à peines supérieures à celles des Pays-Bas, où la navigation est si active. Le produit net kilométrique est peu élevé bien que lee dépenses d'entretien ne soient pas considérables.
Le réseau suisse transporte beaucoup de voyageurs et une quantité de marchandises analogue à celles que transportent en moyenne les chemins de fer français (1 ).
N'oublions jamais, en faisant cette comparaison, que la Suisse concentre tout son trafic sur les voies ferrées ; éloignée de toute mer, elle n'a point de voies navigables, sauf ses lacs, pauvres instruments de transport qui intéressent seulement les riverains et les touristes pendant la belle saison. Faisons exception pour le lac de Constance sur lequel Romanshorn est
(1) Résultat de rexploitation des chemins de fer en IS»! :
Longueur construite 3. (82 kilom. plus 1 1 kilom . de funiculaires .
Capital d'établissement par kilomètre... 306.000 fr. Mouvement :
Voyageurs à toutes distances 34.841.500 v.
~ 1 kilomètre 726.764.400 v. k.
Marchandises i toutes distances 9. 673 . 200 t.
— I kilomètre 571.287.400 t. k.
Recettes brutes totales 94. 192.000 fr.
Dépenses — — 5t.2S8.40O
Recettes nettes totales 36.893 . 700
Recette brute kilométrique 28 . 73 1
Dépense — — 17.477
Recette nette — 11.254
un port assez actif par où se font des échanges entre Suisse et Allemagne.
Commerce proprement dit. — Le commerce intérieur n'est point très considérable. Il y a toutefois envoi constant des denrées alimentaires de la plaine et des plateaux vers les régions plus pauvres de la montagne.
Le commeixe extérieur est d*une activité extraordinaire, si Ton songe à la faiblesse numérique de la population suisse et à la pauvreté relative du pays.
La Suisse importe surtout des objets d'alimentation, des minerais et métaux, et des matières premières ou filés pour l'industrie textile ; cette dernière catégorie de marchandises représente plus du tiers de ses achats à l'étranger. Elle exporte surtout des tissus et filés et des machines ou objets en métal (!]•
V Allemagne vient naturellement au premier rang des pays qui commercent avec la Suisse, ce qui s'explique par la facilité des communications. Mais l'Allemagne vend aux Suisses plus qu'elle ne leur achète : ses objets manufacturés inondent le marché helvétique.
La France venait encore au deuxième rang en 1802, mais la résiliation des traités de commerce opérée en cette année avait porté un grave coup à nos relations avec le petit peuple voisin, qui mettait une sorte de susceptibilité et de patriotisme à ne plus rien acheter en France. Les exportations, même de produits suisses, au-delà du Jura, avaient subi une forte diminution (2). Dans, le courant de l'année 1895, les relations ont été re-
(1) Commerce helvétique (1895) :
Importations 918.100.000 fr.
Exportations 688.050.000
Total 1.601.120.000
Principaux objets de commerce :
Importations,
Animaux ; . . 37 .800.000 fr.
Soie 134.800.000 fr,
Céréales et farines... 105.800.000
Coton 30.100.000
Tissus U7. 200.000
Vins 3i. 900. 000
Houille 23.200.000
Soieries 135.200.000 fr
Cotonnades. 112.900.000
Montres 88.800.000
Soie brute........... 40.100.000
Fromage 38.500.000
Proportion :
Exportations,
Filés de soie 34.600.000
— coton 18.100.000
— laine 8.600.000
Animaux 15.400.000
Lait 15.400.000
Importations. Exportalions.
Objets alimentaires 26.8 p. lOO . 9.5 p: 100
Animaux 5.7 — 2.7 —
Matières premières 38.5 — 8.3 —
Objets fabriqués 29.0 — 79.5 —
(2) Exportations de Suisse en France (1893) :