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nouées, mais il est à craindre que de trop fortes habitudes aient été prises pendant les trois années qu*a duré la rupture. Vltalie vend beaucoup et achète peu ; les Suisses ont du reste à craindre, dans la péninsule, la concurrence des Allemands que le Saint-Gothard réunit aux Italiens. Les Nés-Britanniques vendent aux Suisses les matières premières dont elles regorgent et certains objets qu'elles fabriquent en grande quantité ; VAutriche-Uongrie fait concurrence, sur les marchés suisses, à la fois à ritalie et à la France, par les denrées agricoles, à TAllemagne par les objets industriels. Malgré le percement de TArlberg les communications sonl encore difficiles.

En dehors de l'Europe, les États-Vnis d'Amérique entretiennent avec la Suisse d'activés relations, conséquence de la grande quantité de Suisses qui habitent la Confédération américaine (1).

On comprend que le transit sur territoire suisse est de grande valeur. Nous avons déjà montré comment le rapprochement des vallées de quelques fleuves importants faisait du Saint-Gothard un centre, et de toute la Suisse en général, un lieu de passage obligé. Les échanges de plus en plus nombreux de l'Allemagne, de la France du nord et de l'est, des Iles Britanniques, de la Belgique et de la Hollande avec l'Italie, empruntent la voie du Saint-Gothard; de même, une partie du commerce de TAutriche-Hongrie avec la France prend le chemin de l'Arlberg et traverse la Suisse du nord.

Il est impossible d'estimer la valeur de ce transit ; au reste les statistiques de la Suisse sont très incomplètes sur ce chapitre. Par contre les envois de Suisse à destination des lies Britanniques, des États-Unis d^Amérique et autres pays d'outre-mer qui traversent les territoires français, belge, hollandais et allemand représentent un prix considérable. Le Havre, Anvers et Hambourg se disputent les chargements à destination de l'Amérique du nord; Marseille, Bordeaux et Gènes, les marchandises expédiées vers l'Amérique du sud.

Ces mêmes ports, surtout ceux du nord, reçoivent les émigrants suisses qui ne sont pas une force perdue pour la mèï*e-patrie. C'est à ces exilés si laborieux et si fidèles au souvenir du pays natal que la Suisse doit de nouer, sans toucher la mer, de fructueuses relations avec le Nouveau Monde. Il est peu de « placeurs » aussi avisés que les Suisses résidant à l'étranger. Chaque année 7 ou 8,000 Suisses quittent leur pays, la plupart

(1) Principaux clients de l'Helvétie (1892) :

Importations. Exportations. Total.

Allemagne 227.400.000 fr. 162.300.000 fr. 389.600.000 fr.

France 179.400.000 102.500.000 281.900.000

ItaUe 139.800.000 45.700.000 185.500.000

lies Britanniques . . 41.700.000 117.400.000 159.100.000

Autriche-Hongrie.. 67.600.000 37.300.000 104.900.000

Belgique 19.700.000 9.500.000 29.200.000

Russie 49.200.000 13.300.000 62.500.000

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avec le dessein d'y revenir; et beaucoup reviennent après avoir accumulé quelque argent avec un esprit d'ordre que seuls peut-être les Hollandais possèdent à un aussi haut degré.

Si les Suisses vont s'enrichir à rétranger, les étrangers viennent par surcroît payer un bon prix le plaisir de contempler les beautés de la nature alpestre. La Suisse est un lieu de passage important pour les marchandises; mais les touristes y apportent aussi chaque année beaucoup d'argent. Cette mode ne vaut pas seulement à la Suisse l'admiration, la sympathie et l'argent de beaucoup d'étrapgers ; elle contribue à nouer entre ce pays et ses voisins des relations de commerce plus permanentes, à susciter les échanges.

n faut bien que cette république montagnarde demande au commerce les moyens de prospérer. Son agriculture presque bornée à l'élevage, son industrie limitée à Temploi de matériaux étrangers, ne pourraient lui donner l'indépendance économique, c est-à-dire la condition même de l'indépendance politique. L'homme, sobre et laborieux, a réagi dans ce pays contre la nature, favorisé d'ailleurs par la situation de vallées montagneuses dont plusieurs sont de grandes avenues du trafic international. Tout le secret de la richesse de la Suisse, dans la période actuelle, est là. Ce que les ducs de Savoie furent dans l'histoire des rapports entre la France et les pays italiens, la Suisse l'est à beaucoup plus d'égards dans l'histoire des relations économiques de l'Europe centrale.

En notre siècle de luttes ardentes pour la richesse, pour la prépondérance commerciale, ces « portiers des Alpes » ont su exploiter au mieux de leurs intérêts les passages dont ils sont maîtres. Us ont ouvert leurs portes toutes grandes, comprenant bien qu'il leur resterait toujours quelque chose de cette richesse qui passe. Mais ils ont aussi créé sur leur soi des industries prospères et n'ont laissé, à force de labeur, entrer chez eux que les produits qu'ils ne pouvaient espérer obtenir du travail national. Leur adhésion au libre-échange a été intelligente et calculée ; en matière économique c'est beaucoup mieux que de l'enthousiasme doctrinaire.

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