CHAPITRE PREMIER
§ I. — Coup d*(Bil sur la géographie physique et politique.
Situation et dimensiouB.— Le royaume des Pays-Bas se trouve à Textrémité nord occidentale de l'Europe continentale. Limité par les ^i^ et 53*> et demi de latitude nord, par les i^ et 5^ de longitude est de Paris, il couvre une superficie médiocre de 33 000 kilomètres carrés, le seizième à peine de la France. '
Composition du soIetrelief.--L.es Pays-Bas, bien nommés, font partie de la grande plaine de FEurope du nord; exclusivement composé d'ailuvions quaternaires, le sol en est remarquablement horizontal, c*est à peine si les collines de la Véluwe dépassent 400 mètres à leur point culminant. En outre, toute la partie occidentale est au-dessous du niveau de la mer, et n'est protégée qu*à grand peine contre Tinvasion des flots.
Littoral. — Les côtes, baignées par la mer du Nord, sont naturellement des plus plates. Quelques grandes inondations marines ont seules découpé quelques indentations dans la partie septentrionale — Dollart, Zuyderzée — ; la longue chaîne d'îles basses qui va du Texel à Tembouchure du Dollart est un reste de Tancien littoral. Toute cette mer est remarquablement peu profonde. A partir du cap du Helder, la côte est presque rectiligne, bordée de hautes dunes, qui protègent le pays situé plus bas que le niveau de la mer, jusqu'aux bouches du Rhin, de la Meuse et de FEscaut. Ces trois fleuves enserrent entre les bras de leur delta un certain nombre de grandes lies plates.
La lutte de Thomme contre la mer est acharnée, et ce n*est que gr&ce à un travail de tous les instants que Ton s'oppose à Tinvasion des eaux marines.
Climat. — Le climat est maritime, sauf dans la partie orientale de la Frise; très brumeux, pluvieux, il est en général doux, mais devient de plus en plus rigoureux à mesure que Ton s'avance vers Test et qu'on
8*éloigne de la mer(l). Les pluies, fréquentes, surtout en été, couvrent le sol d'une couche de 0™.70 environ.
Hydrographie. — Le royaume des Pays-Bas possède les embouchures confondues des trois grands fleuves de FEurope du nord-ouest. Le Rhin, ia Meuse et TËscaut, très larges, profonds, couvrent le pays de leurs bras sans cesse ramifiés, qui se jettent dans la mer par de nombreuses embouchures, séparant les unes des autres les lies de la Zélande. Aucune hauteur ne sépare ces fleuves, aussi les canaux ont-ils pu être multipliés : les Pays-Bas sont le pays de Teau, la navigation est le moyen de communication intérieure le plus généralement adopté.
Population. — La population s'élève à plus de 4.600.000 habitants, ce qui correspond à une densité de 141 par kilomètre carré. Très dense dans la partie occidentale, elle devient de plus en plus clairsemée à mesure que Ton s'avance vers Test. Elle augmente rapidement par suite de Texcédent des naissances sur les décès, et Témigration n'est pas assez importante pour diminuer ce progrès d une façon appréciable*
La liberté de conscience est absolue; la majorité des Néerlandais se rattache à la religion réformée (2.728.000) ; les catholiques y sont nombreux (1.604.000).
L'instruction publique n'est pas extrêmement développée, plus de 6,5 p. 100 des conscrits sont absolument illettrés (2).
Gonvemement. — Le royaume des Pays-Bas est une monarchie constitutionnelle. Le pouvoir exécutif appartient au souverain, assisté de mi* nistres responsables, le pouvoir législatif aux États-Généraux. Ceux-ci sont composés de deux chambres : la Première Chambre comprend des délégués (50) des États de chaque province, la Seconde Chambre est formée de 100 membres élus au suffrage censitaire direct.
(1) Moyennes eali vêles. Moyennes hÎTemales.
La Haye l8o,6 ««,5
Amsterdam 18o 2o,6
Arahem ]6o,8 1^6
(2) Population totale (31 décembre 1892): 4.669.576 habitants. 141 par kilomètre carré.
Mouvement de la population :
E&oédent.
de AugmeoUiion
Naissances. Décès. naissances. Émigration, pour 100.
Population urbaine ( 1 892) ... . 1 . 506 . 703 82 p. 100 du total.
— rurale — .... 3.162.873 67 —
Principales villes (1892) :
Amsterdam 437.892 hab. 1 LaHaye(S*Gravenhage). 169.828 hab.
Rotterdam 222.233 — | Utrecht 89.436 -
Les finances sont, depuis quelques années, assez peu prospères, les dépenses dépassant presque constamment les recettes. Le poids des impôts par tôte de population est relativement lourd, puisqu'il s'élève à près de 48 francs (1).
L'armée, recrutée, pour un tiers par voie d'engagements volontaires, pour les deux autres tiers par la levée des milices — service obligatoire, sauf faculté de remplacement — n'est pas très considérable sur le pied de paix, mais pourrait s'élever, sur le pied de guerre, à un total capable ' de défendre le pays, au cas peu probable où il serait attaqué. Les Pays-^ Bas, contrée maritime, possédant un empire colonial encore assez vaste, ont, en outre, une marine relativement importante, ce qui ne laisse pas que de grever sensiblement leur budget (2).
§ IL — Géoerraphie économique.
Condition générale et situation. — Le royaume des Pays-Bas de Hollande est heureusement placé sur cette mer du Nord qui est un carrefour si important du commerce international. 11 a, de plus, une articulation côtière à laquelle ses peuples doivent d'avoir joué un beau rôle dans l'histoire maritime* Mais pour bien apprécier davantage de la situation de la Hollande et rechercher les causes de sa condition économique, il faut porter les yeux hors d'Europe. Le sol des Pays-Bas était assez riche pour nourrir une forte population agricole ; admirables agronomes, les Hollandais sont aussi des marins et des colonisateurs d'une habileté consommée. C'est que, entre la Belgique et l'Allemagne où la vie maritime est factice, ils sont un grand peuple de navigateurs
(1) Finances :
Reeetles. Dépenses.
iSSS 260. 148.000 fr. 265.795,000 fr.
1893 (prévisions^ 268.644.000 286. 104. 000
1894 id. ' 269.252.000 285.671.000
Budget de la guerre 46.878.000 fr.
— marine 32.800.000
Dette publique (capital) 2 . 343 . 852 . OOO
Intérêt annuel 73.615.000
Poids des impôts par tête d'habitant. 47''',817
(2) 4irm^e( 1893):
Pied de paix 21 .800 environ.
— guerre.. 70.000 —
Marine (1893) :
109 navires jaugeant.. 81.950 tonn. montés par 7.438 hommes
dont 6 cuirassés — 17.850 — ■ "
414 L'EUBOPfi.
familiarisés avec rOcéan, aussi capables de l'exploiter par la pèche, de le sillonner pour chercher fortune au loin, que de le repousser et de le tenir en respect par des digues. La mer, autant et plus que la terre, explique rhistoire économique des Hollandais comme celle des Danois, des Grecs et des Anglais.
A. — AGRICULTURE
Aptitude naturelle. — Les provinces néerlandaises se trouvent encore dans la zone européenne où prospère la culture des céréales. C*est une des parties de l'Europe où Tiniluence du climat océanique modifie le plus profondément les conditions de culture résultant de la situation astronomique. N oublions pas que la.latitude de la Hollande correspond à celle du Labrador.
Mais nombre de causes contribuent à rendre remarquable son aptitude agricole. C'est tout d'abord l'abondance des grasses terres d'alluvîon qui couvrent complètement plusieurs régions et forment partout, dans le voisinage du Rhin et de la Meuse, de larges bandes d'une fertilité incomparable. Les dépôts des deux grands fleuves ont enrichi les Pays-Bas Néerlandais comme le Nil a fait la fortune de l'Egypte.
Les contrées complètement ou presque complètement alluviales sont les provinces de Groningue, de Frise, de Guéldre, de Hollande ou de Zélande. La Drenthe, l'Over-Yssel et le Brabant ont un sol de sables tertiaires beaucoup moins propres à l'agriculture. Mais les apports rhénans et meusiens y rompent de temps à autre la monotonie des étendues sablonneuses. La région côtière des polders est d'une grande fécondité. Mais le Brabant hollandais a sa Campine inondée et marécageuse, et la Véluwe a ses terrains à bruyères.
Ajoutons que les travaux des agriculteurs néerlandais pour drainer, amender, engraisser leurs champs sont les plus habiles qu'on puisse citer au monde ; on sait que tous les pays où les secours de l'hydraulique agricole étaient nécessaires ont fait appel à la science des Hollandais, que l'œuvre magnifique du défrichement et de l'aménagement de l'Allemagne du Nord leur est due en grande partie. Depuis que de vastes étendues de la Véluwe ont été définitivement gagnées à l'agriculture, on estime que le sol productif de la Hollande compte pour plus des deux tiers de l'étendue totale (1 ). Le dessèchement méthodique du Zuyderzée sera Téquiva-
(1) Répartition du territoire (1888) :
Total 3.298.905 hectares (ancien cadastre).
Hectares.
Bruyères 71Î.633
Eaux et marais 126.868
Routes 44.309
Terrains intaxés 92 . 3&3
Constructions 37 . 850
Total des terres improductives 1 .013.903
IlecUres.
Cultures 859.844
pâturages 1 . 144 .066
Jardins et vergers .... 54 . 124
Forêts 226.968
Total des terres pro* ductives 2.285.002
lent de la conquête d'une province de 2.000 kilomètres carrés, capable de nourrir 200.000 habitants, pour le moins ; et cette conquête semble assurée par un projet des plus grandioses.
Les conquêtes passées répondent de Tavenir. On estime que, pendant la période de 1820 à 1880, le gain annuel de Thomme sur la mer a été d^environ 1.000 hectares. Du commencement du seizième siècle à nos jours les Hollandais ont repris à TOcéan près de 4.000 kilomètres carrés (1).
Le relief faisant défaut, le climat est uniforme ; aucune partie de la Hollande ne se trouve située à beaucoup plus de 200 kilomètres de la mer; de là Textension du climat maritime. 11 n*y a donc lieu à aucune cla:»sîfication agricole des provinces néerlandaises, sauf la classification géologique.
Toutes ces provinces appartiennent à la zone des forêts et cultures à saisons tranchées. Du reste flore et faune primitives ont presque complètement disparu dans un pays où tout est dû au travail humain.
Farêts. — La végétation forestière, pour cette raison, et à cause de Tabsence d'une zone montagneuse, est encore plus maigre sur le territoire hollandais qu'en Belgique. Les forêts les plus étendues sont situées dans la Gueldre et dans le Limbourg : elles ne couvrent qu'une surface de 200,000 hectares. C'est là un grave inconvénient pour un pays où les industries maritimes réclament de gros approvisionnements de bois; nous le constaterons en étudiant le commerce.
Guitares alimentaires. — La richesse des terres alluviales de la Hollande est propre aux céréales; mais déjà la recrudescence du froid sous une latitude plus élevée, si légère qu'elle soit, amène une distribution de ces plantes différente de celle que l'on peut constater plus au sud. Le seigle et l'avoine prennent une place plus importante que le blé. Le blé est cultivé dans les beaux champs de la Zélande, du Brabant et du Limbourg, où il donne de fort beaux produits (20 à 30 hectolitres à l'hectare) ; Vavoine et le seigle accaparent les terres du centre et du nord ; Vwge occupe beaucoup moins de place, mais donne des produits presque équivalents à ceux du blé (2).
La culture des pommes de terre occupe une bonne partie des champs
(1) Cf. Staring cité par Reclus, Europe du nord^uest^ p. 247,
(3) Culture des céréales (1889) :
Superficie. Produit.
Blé 85.376 hectares. 2.281 .000 hectolitres.
Seigle 20Î.971 — 3.990.000 —
Orge 44.893 — 1. 708.000 —
Avoine 114.967 — 4.714.000 —
Sarrazin 46.425 — 840.000 -
Total des céréales 13.533.000 —
sablonneux de la Drentbe, de TOver-Yssel, de la Gueldre et du Brabançon voit d'immenses étendues affectées à ce tubercule dans les pays de dunes (1).
Les légumes et plantes maraîchères occupent la méticuleuse activité d'un grand nombre d'agriculteurs de Hollande et de Zélande ; les cam* pagnes d'Amsterdam, de Rotterdam, de la Haye et de Haarlem ont, comme les environs de nos villes populeuses, de coquets et riches jardins. La culture des fleurs, en particulier des tulipes, est aussi une industrie poussée jusqu'à la science; elle contribue même, pour une part importante, à alimenter le commerce d'exportation de la Néerlande'.
Enfin r art de cultiver les arbres fruitiers est poussé très loin ches les Hollandais, jardiniers renommés. Les arbres sont le plus nombreux dans la province de Hollande et dans celle d'Utrecht.
Cultures industrielles. — Mais les plantes industrielles sont loin de rencontrer des conditions aussi favorables ; au reste les éléments minéraux, combustibles et minerais faisant défaut à la Hollande, les cultures de plantes industrielles ont perdu du terrain le jour où la houille est devenue l'arbitre de l'industrie.
Les pommes de terre et les fruits alimentent les nombreuses distilleries de la Hollande, pays célèbre par la fabrication des liqueurs.
Le climat est trop froid pour la betterave sauf dans l'extrême sud; d'ailleurs il ne faut pas oublier que la consommation des sucres coloniaux est très profitable au commerce néerlandais.
Le lin eut jadis des champs nombreux en Hollande et dans le Brabant; la fibre des lins hollandais a conservé une excellente réputation. Mais les industries de la filature ayant émigré de nos jours vers les pays riches en houille, cette culture ne peut que perdre du terrain. Ajoutons que la concurrence devient de plus en plus difficile contre les produits similaires de Russie importés à des prix très bas. De même pour le chanvre,
£n revanche les plantations de tabac prospèrent dans les provinces de Gueldre et d'Utrecht, tant à cause de la consommation nationale, très considérable, que pour l'industrie et Texporlation. On peut cependant remarquer une certaine diminution.
Le houblon, comme la betterave, ne rencontre plus, sous une latitude si élevée, la chaleur nécessaire ; c'est une lacune importante dans un pays où la bi^re est la boisson nationale*
Le colza diminue, mais se maintient encore dans les provinces de Hollande, de Zélande, et dans une partie de la province de Groningue, malgré les progrès de l'usage du pétrole qui est un des articles principaux du commerce hollandais.
(1) Culture des pommes de terre (1889) :
Superficie 148.219 hectares.
Production 23.073.000 hectolitres.
PAYS-BAS. 4i7
11 n'en est pas de même des cultures de garance de la Zélande, qui luttent toutefois plus heureusement en Hollande qu'ailleurs contre la concurrence irrésistible des couleurs dérivées de la houille et d'autres produits chimiques.
La chicorée de Frise est aussi estimée dans le commerce que celle des Flandres belge et française (1).
Productions animales; éleyage. — Malgré le labeur et l'habileté des Hollandais, l'espace qu'ils ont pu consacrer aux cultures proprement dites, céréales, industrielles, arborescentes, se trouve restreint par la rigueur du climat. Pour mieux dire, ce sol riche pèche par excès d'humidité atmosphérique, vu le voisinage de la mer ; bas et arrosé par deux grands fleuves, il recueille ainsi, quoique d'une étendue restreinte, les eaux drainées sur un vaste domaine hydrographique. Tandis que le vent du nord-ouest et de l'ouest apporte d'abondantes précipitations, le Rhin y ajoute le contingent du ruissellement d'une partie des Alpes et de l'Allemagne occidentale, la Meuse celui de grandes provinces de France et de Belgique. Pluies et irrigation fluviale excessives sous un ciel où l'évaporation est peu activé, humidité intense avec une température moyenne assez froide, voilà des conditions médiocres pour les cultures.
£n revanche, il n'en est point de plus favorables à la végétation dès prairies, et par suite, à l'élevage : et là est la cause prépondérante de la prospérité agricole de la Hollande. Les prairies, presque toutes naturelles sont surtout nombreuses dans les provinces de Hollande et de Frise, si largement arrosées par des cours d'eau qui s'entrecroisent presque. Un tiers environ du territoire néerlandais est consacré à l'élevage, qui est du reste aussi savant et soigné que la culture.
Les bêtes à comeSj très nombreuses, appartiennent à une des races les plus estimées de TËurope. Les chevaux sont nourris par grands troupeaux en Frise, Hollande, Zélande, les moutons ne sont un peu nombreux que dans la pauvre province de Drenthe dont ils font la principale richesse (2).
Pèche. — Le temps n'est plus où la mer du Nord était une sorte de lac néerlandais, où les barques de pèche de ces intrépides marins portaient jusqu'à 100,000 hommes d'équipage. D'autres peuples, Anglds,
(1) Cultures industrielles (1889) :
Saperficie. Produit.
€k)lza 5.220 hectares (en 1891). 2.349 hectolitres.
Un 17.070 — — 14.433 —
Betterave.... 23.588 — 22.531 —
Tabac 1.107 — 657 —
Garance 567 — 408 —
(2) Richesse animale (1891) :
Bêtes à cornes 1.532.100
Chevaux 271 .900
Moutons 8 10. 600
Porcs. 987.900
Géographie économ. 27
Norvégiens en particulier leur disputent aujourd'hui l'exploitation de la mer du Nord. Cependant, la flottille hollandaise qui va chercher le hareng, Vanchois, le turbot du fond du Zuyderzée jusqu'à la côte anglaise est encore relativement importante. Les ports de Vlaardingen, Maasluis, Scheveningen, etc., arment le plus grand nombre de barques. Vlaardingen et Maasluis sont les deux centres les plus importants de la pèche des harengs (1).
La pèche en eau douce fournit aussi un notable contingent au commerce d'exportation.
Résnmô de la production agricole. — £n résumé Tagriculture joue un grand rôle dans la vie économique de la Hollande. Mais l'élevage y est beaucoup plus important encore que les cultures proprement dites. Quoi qu'il en soit, on peut dire que la population de ce pays est, par excellence, une population agricole. Ce caractère s'est conservé dans ses œuvres de colonisation et aussi dans son commerce.
B. — Industrie.
Industries dérivées du rogne minéral. — L'industrie ne s'est point développée dans les Pays-Bas, il n'en pouvait d'ailleurs être autrement : le combustible minéral est très peu abondant, les autres métaux sont presque complètement absents.
Les gisements houillers du Limbourg sont restreints et ne peuvent don* ner lieu à une exploitation vraiment fructueuse dans le voisinage des admirables mines de la Belgique et des provinces rhénanes (2).
La tourbe, que Ton retire d'un grand nombre de gites, ne supplée pas à cette insuffisance ; elle est plus propre aux usages domestiques qu'aux emplois industriels.
La Gueldre et FOver-Yssel fournissent quelques tonnes d'un minerai de fer de qualité très inférieure.
Les autres métaux font défaut; mais il ne faut pas oublier que le sol des colonies néerlandaises compense, à plusieurs égards, la pauvreté minérale de la métropole (3).
Les carrières ne sauraient exister dans ces terrains meubles et modernes; mais l'argile et les terres plastiques suscitent les industries qui donnent des matériaux remplaçant la pierre, tuileries, briqueteries, etc.
(1) Pêche maritime (1892) :
Navires 4.647 de toute espèce.
Équipages 16.142 hommes.
Produit de la pêche du hareng dans la mer du Nord : 11.590.950 francs.
(2) Production houillère (1892): 56.840 tonnes.
(3) Production minérale des colonies :
Étain (métal pur) 26.400 tonnes.
Or (Guyane hollandaise) 1.074 kiiog., valant 3.697 .000 fr.
Telles sonl les productions minérales de la Hollande, peu abondantes et médiocres. En réalité les industries minérales n*y sont point l'expression de rinfluence du sol sur Thomme ; elles ne sont pas géographiquement localisées. C'est une autre cause, plus humaine, plus factice qui les a suscitées, et en petit nombre. Ainsi, pays de grand commerce maritime, la Hollande ne pouvait emprunter à l'étranger tout son matériel naval; elle a donc des chantiers de construction à Rotterdam. Elle possède aussi à Amsterdam et surtout à la Haye des usines où Ton fabrique des rails, locomotives, wagons, etc.. (i).
Pourquoi citer les orfèvres et tailleurs de diamant d'Amsterdam? Leur métier, tout de tradition, n'est à aucun degré l'expression d'une relation localisée entre la terre et l'homme.
Les industries dôrivées du règne végétal sont beaucoup plus actives que les précédentes en ce pays de grande culture : mais elles empruntent leurs matières premières autant aux colonies qu'à la métropole.
Les raffineries de sucre de canne se sont naturellement établies dans les deux grands ports, Amsterdam et Rotterdam, qui entretiennent les relations les plus suivies avec les colonies de l'archipel de la Sonde, avec Java en particulier.
Amsterdam, (Jtrecht et Dordrecht ont des distilleries célèbres, des huileries, des manufactures de cigares; on y traite, avec les combinaisons les plus ingénieuses, les produits de la mère-patrie et ceux des colonies. Schiedam, avant-port de Rotterdam, compte plusieurs centaines de distilleries où l'on prépare un genièvre fameux dans tous les pays du nord (2).
L'industrie textile de la Hollande fut jadis rivale de celle des Flandres ; aujourd'hui, la houille attirant dans son voisinage toutes les fabriques de tissus, les cotonnades de l'Over-Yssel, les toiles de la Hollande et du Brabant ne peuvent soutenir la concurrence contre les objets similaires d'Angleterre, de Belgique et d'Allemagne. Toutefois la nécessité d'entretenir une nombreuse marine à voiles a conservé la vie aux fabriques de cordages de Hollande et de Zélande : mais la matière première venant de plus en plus de l'étranger comme les machines qui la mettent en œuvre et le combustible qui alimente les machines, c'est une industrie bien peu nationale.
De même, les chantiers de Saardam, de Rotterdam et d'Amsterdam, où les constructions en bois sont encore actives, n'emploient guère que des matériaux étrangers.
(1) Manufactures faisant usage de machines à vapeur (un 1892) : 3.788 usines, avec 4.511 machines.
(7) Manufactures (1893) :
Distilleries 514
Raffineries de sucre de canne. 12 — de sucre de betteraves 30
Salaiions 52
Brasseries 514
Vinaigreries 97
Savonneries 91
Fabriques de vins
Parmi les industries dériTées du règne animal citons au premier rang la fabrication du beurre et des fromages, très développée naturellement dans un pays de grand élevage. C'est la province de Hollande aux grasses prairies, qui excelle dans la fabrication des fromages, la Frise, qui exporte le beurre le plus renommé.
Les laines sont travaillées dans les grandes manufactures de Leyde dont les étoffes forment un appoint au commerce d'exportation de la Hollande dans ses colonies.
Les produits de la pèche, harengs et anchois, donnent lieu aussi à une industrie importante qui fait vivre la nombreuse population des ports grands et petits. Les conserves de poissons en tonneaux ou en boites métalliques sont encore l'objet d'un commerce de notable valeur.
Résumé de la production indostrielle. — Les Pays-Bas hollandais ont une industrie très restreinte; vivant d'agriculture, ayant fondé des colonies de caractère essentiellement agricole, pauvres d'ailleurs en combus* tible minéral et en métaux, ils ont des usines et des manufactures où Ton traite les produits du sol, de l'élevage et les denrées coloniales.
La répartition géographique de ces industries est assez nette puisque l'agriculture, qui les suscite, est la manifestation de l'activité humaine la plus fatale, pour ainsi dire et la plus strictement attachée au soL Rien de plus localisé que la fabrication du beurre, des fromages, des conserves de poissons.
En second lieu, la nécessité d'entretenir une nombreuse marine, et les relations avec un empire colonial beaucoup plus riche et plus étendu que la mère patrie, ont fixé dans les ports des industries comme celles du sucre, des liqueurs, du tabac. L'afflux de matières premières, lin, chanvre, bois, dont l'importation étrangère accapare de plus en plus la fourniture, a précipité ce mouvement et concentré dans le voisinage de la mer des industries chaque jour plus nombreuses. Les provinces maritimes, favorisées par la richesse de leur sol, ont en outre l'avantage d'être le mieux à portée pour recevoir, tant des colonies que de Tétranger, les éléments de la vie industrielle. De là leur supériorité expliquée aussi par l'exploitation de la mer du Nord, si riche en poissons,
G. — Commerce.
Le royaume des Pays-Bas, médiocre par l'industrie en face de voisins riches en houille comme les Allemands, les Belges et les Anglais, reste cependant un des grands États commerçants de l'Europe.
Voies de communication. — Contrairement à ce que l'on voit presque partout en Europe, l'eau est le chemin le plus naturel, le bateau le moyen de transport le mieux approprié au pays ; rivières, fleuves, canaux, coupent les pays dans tous les sens et sont sillonnés de convois nombreux.
Mais cette richesse en voies navigables a rendu difficile l'établissement des autres voies de communication, bien qu'on puisse croire le contraire
en ce pays plat. Si les [pentes sont nulles ou faibles, Teau coupe le chemin à chaque instant, sous forme de rivières, de fleuves, de canaux ou de marais. Ici il faut proléger les routes contre le danger des inondations; là il faut franchir, à Taide de ponts longs et coûteux, le cours d*eau qui gène le passage. De là, les frais considérables qu'a coûtés la construction du réseau des routes et des chemins de fer.
De plus, le sol est tellement meuble et détrempé dans les provinces côtières que Ton doit, par stricte prudence, y renoncer aux convois à grande vitesse dont les trépidations déformeraient la voie.
La Hollande ne pouvait cependant se soustraire longtemps à Tobligation de continuer sur son territoire les voies de toutes sortes qui, des pays voisins, aboutissaient à ses frontières. Elle est, autant et plus que la Belgique, un débouché de rAUemagne occidentale sur la mer du Nord, puisqu'elle possède les bouches du Rhin. Elle a les mêmes titres que la Belgique à recevoir le transit des marchandises envoyées d'Angleterre en Europe centrale, à attirer les produits qui passent des mers du nord de l'Europe à la Méditerranée, et réciproquement. La vallée du Rhin n'estelle pas la ligne naturelle qui mène à la trouée alpestre du Saint-Gothard, si importante pour le trafic trans-européen ?
Les routes hollandaises sont bien entretenues et larges; à défaut d'autres matériaux, on les a empierrées en briques très dures.
Le réseau des voies ferrées n'a été commencé que très tard, en 1863, ce qui s'explique par, la grande commodité des transports par eau. Aujourd'hui encore il ne se compose que de 3.200 kilomètres de lignes, dont un tiers de construction toute récente.
On sait que l'opinion publique se prononça longtemps et avec énergie contre la construction des chemins de fer. C'est presque à l'unanimité que les États Généraux refusèrent en 1838 de concéder une ligne entre Amsterdam et Amhem.
Comme ce réseau est beaucoup plus un instrument du trafic international qu'une expression des besoins du commerce intérieur de la Hollande, il faut le considérer dans son rapport avec les réseaux des pays limitrophes.
Les deux lignes les plus importantes sont celles qui continuent jusqu'aux quais de Flessingue, de Rotterdam, d'Amsterdam et du Helder les deux grandes voies allemandes qui longent le Rhin.
L'une, la plus méridionale, met en relations Cologne et Flessingue par Yenlo, Tilbourg, Breda, Bergen et Middelbourg; un embranchement se détache à Breda vers Rotterdam par Dordrecht.
L'autre prend la suite de la ligne allemande de la rive droite du Rhin, passe l'Yssel, et, par Arnhem et Utrecht, gagne, en se ramifiant, soit Rotterdam, la Haye et Leyde, soit Amsterdam, Haarlem et le Helder.
n faut encore citer les deux lignes transversales d'Anvers à Rotterdam et Amsterdam, et de Liège à Bois-le-Duc, Utrecht et Amsterdam.
Pour marquer l'importance du trafic engagé sur les deux premières lignes, il suffit de dire qu'elles sont les émissaires vers la mer du Nord,
des districts les plus peuplés et les plus industrieux de l'Âlleinagne, de Cologne, Elberfeld, Dusseldorf, Mûnchen-Gladbach, Crefeld et Essen. D'autre part, la Belgique et la Grande-Bretagne, qui font concurrence sur les marchés hollandais à cette région manufacturière, donnent aussi du fret aux voies ferrées. Enfin les grands ports néerlandais contribuent, avec Anvers et Hambourg, à distribuer les matières premières venues d*outre-mer à cette Prusse rhénane qui en consomme une quantité prodigieuse. Tels sont les éléments de trafic du réseau ferré hol* landais.
Et cependant Texploitation des voies ferrées hollandaises est, en Tétat actuel, une des moins fructueuses de TEurope, ce qui s'explique facilement par la concurrence des voies navigables (1 ).
Le réseau des voies navigables des Pays-Bas, naturellement riche, a été, en outre, d'une construction aisée. La longueur des rivières navigables atteint 4.827 kilomètres, celle des canaux est au moins aussi considérable.
Si Ton tient seulement compte de la longueur de ces voies, on place la Hollande au troisième rang en Europe; mais elle passe au premier si Ton considère, ce qui est important, la largeur et surtout la profondeur des canaux, les qualités essentielles d'une rivière ou d'un chenal fait de main d'homme. L'Allemagne a des fleuves précieux; mais aucun de ses canaux ne peut rivaliser avec ceux de la Hollande.
Le réseau fluvial de la Néerlande a d'ailleurs été modifié plus d'une fois par la main des hommes. C'est ainsi qu'au xvni* siècle les Hollandais ouvrirent près de la frontière allemande un canal dérivé du Waal pour alimenter Je Bhin inférieur dont le niveau s'était abaissé. C'est le canal de Pannerden, considéré comme un bras du fleuve. La régularisation du Vieux-Rhin par l'ingénieur Conrad, au commencement de notre siècle, est une des plus belles œuvres de la science hydraulique des Hollandais.
Le canal Nord-Holland, long de 75 kilomètres, et le Nordsce-canal, d'Amsterdam, à Ymuiden, sont accessibles aux gros navires de mer ; leur
(1) Exploitation des chemins de fer (1890) : - Longueur exploitée 3.349 kilomètres dont 707 appartenant à des compagnies étrangères.
Effectif roulant :
Locomotives 907
Voitures à voyageurs 2. 136
— marchandises 17.192
Mouvement :
Voyageurs à toutes distances 24.340.700 v.
— à 1 kilomètre 670.417.300 v. k.
Marchandises à toutes distances.. 12.936.700 t.
-~ à 1 kilomètre 80é . 847 . 200 t. k.
Recettes :
Recettes totales brutes 65.975.000 fr.
— kilométriques brutes.... 20.458
profondeur atteint? mètres. Le second, inauguré en 1877, est même plus profond (8™,50 à 9 mètres). Citons encore les canattx d*Vtrecht à Amsterdam, de Gouda à Amsterdam, de Groningue,
Des études sont faites actuellement pour corriger d*une manière définitive les bouches de la Meuse, et supprimer une partie des bras de mer qui s'étendent entre les lies de la Zélande.
Un chiffre sufOra pour montrer l'importance du trafic des fleuves. Entre Emmerich et Nimègue, le Rhin a porté, pendant chacune des dernières années, 14,000 navires, chargés, en moyenne, de plus de 2 millions de tonnes de marchandises.
Si le Rhin unit les voies navigables de TAllemagne à celles de la Hollande, la jonction du côté de la Belgique est assurée par la Meuse et par le canal Sud-Quillaume, qui évite le long détour de la Meuse, et met en rapports Liège, Maestricht et Bois-le-Duc.
En Hollande plus encore qu'en Flandre, la confusion est complète et inextricable, entre les rivières navigables et les canaux proprement dits. Des études récentes de géographie comparée ont démontré que de véritables bras de fleuve, comme le Lek, comptent plusieurs tronçons artificiels, et ont été remaniés par les légionnaires romains et au moyen âge.
Marine marchande, ports de mer. — La marine marchande des Pays- Bas, très importante au moyen âge et jusqu'au milieu du xvn« siècle, s'est vu enlever le « roulage des mers » au profit de l'Angleterre à /la suite de l'acte de navigation de Cromwell. Elle s'est de nouveau relevée surtout depuis une vingtaine d'années et est aujourd'hui la cinquième d'Europe (1),
En même temps que l'effectif de la flotte marchande s'accroissait, des mesures étaient prises pour améliorer les canaux maritimes et les ports, surtout ceux de Rotterdam, d'Amsterdam et de Flessingue. Le mouvement des ports dépasse 26 millions de tonneaux (2).
Le principal est Rotterdam, qui partage avec Amsterdam le commerce de l'empire colonial néerlandais. Là est le siège des grandes compagnies de navigation du « Lloyd de Rotterdam », de la <c Compagnie de navigation à vapeur de la Meuse ». Rotterdam est le premier marché de grains de la Hollande ; elle possède aussi les plus vastes entrepôts de pétrole, de coton, de sucres coloniaux. Les armateurs de Rotterdam sont propriétaires d'une flotte de cent vingt navires jaugeant plus de 100,000 tonneaux.
(1) Marine marchande (fin 1892) :
Navires à voiles... 447 jaugeant 349.000 tonneaux.
— à vapeur.. 150 — 479.000 —
Total 597 — 828.000 —
(2) Mouvement des ports (1892). Navires chargés seulement:
Navires. Jauge.
Entrés 8.729 16.223.000 tonneaux.
Sortis 6.364 9.873.000 —
Totaux 15.093 26.096.000 —
Amsterdam ne vient qu*au second rang. Mais elle est connue comme marché principal des cafés des colonies néerlandaises. C'est le port d'attache de la compagnie de navigation « Nederland », qui fait le service de Tarchipel de la Sonde et des Indes occidentales. Amsterdam conserve, au prix de travaux coûteux, ses communications par canaux avec le réseau rhénan d'une part, avec la mer du Nord de l'autre. Le creusement du canal d'Ymuiden, débouché plus direct et plus profond que le Nord- Holland-Canal, a sensiblement relevé son trafic menacé par la concurrence de Rotterdam et de Flessingue.
Flessingue a la spécialité du commerce avec l'Angleterre. C'est là qu'aboutissent, comme à Calais en France, et à Ostende en Belgique, les li* gnes de paquebots rapides, entre la Grande-Bretagne et le continent, pour le service des voyageurs et des malles. Flessingue, qui ne voit jamais les eaux de son port prise« par les glaces et est, pour cette raison, plus favorisée que Rotterdam et Amsterdam, est une redoutable rivale pour Anvers. Les progrès de son trafic avec la Grande-Bretagne ont été très rapides pendant la dernière période décennale.
La marine hollandaise contribue, pour un tiers environ, au mouvement d'entrée et de sortie de ses ports (1).
' Commerce proprement dit. Commerce intérieur. — Les conditions du commerce intérieur de la Hollande, que la multiplicité des voies de communication, surtout par eau, rend facile, sont dominées par deux causes. D'une part, les provinces maritimes, qui sont aussi les plus riches par l'agriculture. Frise, Hollande et Zélande, puis le Brabant occidental, contribuent à la nourriture des autres par l'envoi de denrées agricoles et de bestiaux ; elles expédient, dans le même sens, les produits de la pèche maritime, qui contribue pour une si forte part à l'alimentation des Hollandais. D'autre part, des grands ports affluent aussi, vers les provinces les plus continentales et les plus pauvres, les denrées coloniales, sucre, café, thé, épices, dont la consommation est considérable.
Ces marchandises sont loin de représenter toute la valeur des charge-
(I) Ports (1892).
Rotterdam :
Entrés
Sortis
NaTires.
Jauge.