‹ Précis de géographie économiqueChapitre 77 sur 182 · fr · texte numérisé non relu

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S 11. — Ctôographie économique.

Condition générale et situation. — La Belgique est une des régions les plus favorisées de l'Europe au point de vue économique. Son soi donne de grandes richesses agricoles et recèle aussi des trésors minéraux. La mise en œuvre de ces ressources naturelles a d'ailleurs été fort habile, et le peuple belge doit aussi beaucoup à son active intelligence la prospérité extraordinaire dont il jouit de nos jours.

A. — Agriculture.

Aptitude naturelle. — Par sa latitude, le territoire de la Belgique appartient tout entier à la zone de culture des céréales de l'ancien continent : froment, avoine, orge et seigle peuvent y prospérer et y prospèrent dans des conditions variables de terroir et d'altitude.

La géologie nous indique déjà une répaKition sommaire du sol agricole de la Belgique. Les plateaux schisteux de VArdenne, le Condroz^ avec leurs forêts et leurs marécages, n'offrent que de mauvaises conditions à la culture. La Campine^ couverte aussi d'étangs et de marais, n'a pas même la ressource de la végétation forestière. La Hesbaye, aux- fortes terres composées de silice et d*argile, est un bon pays agricole de qua* lité moyenne. La zone côtière des polders est d'une fertilité merveilleuse, comme toutes ces contrées du nord-ouest de l'Europe d'où l'homme a chassé l'Océan par des travaux d'assèchement et par la construction de digues.

Les agriculteurs belges, comme leurs voisins de la Flandre française, d'Angleterre, de Hollande et des provinces rhénanes, ont su d'ailleurs compléter et corriger au besoin l'œuvre de la nature; ainsi, gr&ce à l'apport d'engrais et d'amendements, les sables jadis ingrats des Flandres sont devenus d'assez bons champs de culture.

Le climat et l'altitude sont aussi des facteurs importants de la distribution des plantes en Belgique. Les hautes régions au climat rude et au sol rebelle, CondroZy Hauleê-Fagneêy etc., ne couvrent pas même un quart de la superficie du royaume. La Campine réduit dans une proportion bien moindre encore le sol utilisable. Polders, Flandre, Hesbaye, au relief nul ou moyen, au tiède climat, couvrent le plus vaste espace (1).

Armée (1893):

HommM. Chevaux. Canoas.

Pied de paix 47.225 7.200 200

Pied de guerre 154.780 14.000 240

Garde civique 44.081

(1) Répartition des terres:

Terrains cultivés 67,34 p. 100»

Forêts 16,61 —

Non cultivés 7,88 —

En combinant ces données géologiques, orographiques et climatériques on peut déterminer une division simple et rationnelle des terrains belges :

1^ La Haute-Belgique, inculte en grande partie ou simplement revêtue de végétation forestière. C'est le plateau ardennais où la mauvaise qualité du sol, aux poches imperméables que remplissent des marais, est aggravée par les excès du climat; on sait que la forme de plateau exagère les changements de température. Les hivers y sont rigoureux, les étés brûlants.

Toutefois, cette description n'est point valable pour les régions articulées, pour les sillons qui creusent le plateau. C'est ainsi que la vallée de la Meuse rappelle par sa belle végétation les parties les plus riches de notre haute Picardie et de notre Lorraine. Le Luxembourg belge où le relief est beaucoup plus varié que dans le Condroz est encore une exception, surtout dans sa partie méridionale; mais la qualification de « Petite- Provence » que les Belges aiment à lui donner est légèrement emphatique.

2* La Basse-Belgiqve que Ton peut faire commencer avec les croupes médiocres de la Hesbaye est par excellence la zone agricole. Elle joint aux avantages d'un terroir fertile celui de la douceur du climat océa* nique. Cependant elle comprend au nord-est la triste Campine qu'il a fallu drainer pour y créer de maigres pâturages; avec ses bruyères elle rappelle l'aspect du pays de Lunebourg. Puis les Flandres, si admirablement améliorées par le travail humain, et les poldei*s, sont l'honneur de la Belgique agricole.

Forêts. — Les forêts ne sont qu'une médiocre ressource du sol belge. Comme les Français, encore plus que les Français, les Belges ont déboisé des terres dont l'emploi en cultures de céréales était plus rémunérateur. 11 reste aujourd'hui moins de 5,000 kilomètres carrés de forêts en Belgique, dans les provinces de Namur, de Liège et dans le Luxembourg; ajoutons les bois de pins maritimes des Flandres. Une des forêts les plus étendues est celle de Saint-Hubet^t, dans le Luxembourg.

Les planches de hêtre de l'Ardenne, la résine des Flandres sont des produits estimés de l'industrie et du commerce (1).

On se préoccupe beaucoup du reboisement de la Haute-Belgique, auquel est intéressé le régime de la Meuse et de ses affluents ; de très méthodiques tentatives sont faites en outre, tant dans la Campine que dans les pays à collines sablonneuses de la Flandre, et dans les dunes.

Goltnres alimentaires. — Parmi les cultures alimentaires, les céréales sont au premier rang en Belgique; et, toutes proportions gardées, la Belgique se place en tête des pays qui les cultivent, puisqu'elle consacre

(1) Forêts:

Superficie (1880) 489.423 hectares. 16 61 p. 100.

Produit net (1890) 4.830.884 francs

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au blé, à Torge, au seigle et à Tavoine 33 p. 100 de son territoire, c'est à-dire plus que la France même (29 p. 100) (1).

Le blé a son domaine de prédilection dans la région ondulée de la Hesbaye et du'Brabant, où il donne, comme dans notre Flandre française, un produit de 20 à 26 hectolitres à Thectare. La récolte ne suffît pourtant pas à nourrir la population si dense de la Belgique.

Vépeautre, variété plus rustique, résiste mieux au froid et est cultivé sur les plateaux du Condroz.

Vavoine est la culture caractéristique de TArdenne en Belgique comme en France.

Le seiglej céréale par excellence des terrains médiocres, est surtout semé dans les champs sablonneux des Flandres; il y donne, grâce à une culture savante, un produit rémunérateur.

A Vorge au contraire conviennent les riches et grasses terres des polders; sa culture se développe rapidement dans un pays qui consomme et exporte beaucoup de bière.

Citons enfm les récoltes de sarrasin de la pauvre Gampine.

Les pommes de terre occupent une vaste étendue du territoire agricole de la Belgique et suppléent à Tinsuffîsance des récoltes de froment dans un pays surpeuplé. On sait que la culture de la pomme de terre peut réussir dans des conditions de terroir et de climat fort différentes, mais c*est la Flandre sablonneuse qui fournit la plus grande partie de la récolte (2).

Les légumes et plantes maraîchères de toutes sortes sont, en Belgique, comme dans la France septentrionale, Tobjet d'une culture intensive localisée dans le voisinage des grandes villes, Anvers, Bruxelles, Gand, Liège, Namur, etc.

Coltores arborescentes et Imita. — Les cultures arborescentes de la Belgique ne comprennent guère que les espèces d'arbres fruitiers de nos provinces du nord et du nord-est de la France. Le Hainaut, le Brabant, une bonne partie des Flandres possèdent une quantité notable de pom« miers, de poiriers, de pruniers, dans leurs champs et dans leurs jardins. Les districts méridionaux du Luxembourg rappellent notre Lorraine par leur richesse en arbres fruitiers de toutes sortes; la vigne même s*y rencontre dans les cantons de médiocre altitude. Mais c*est peut-être le sillon profondément encaissé de la vallée de la Meuse qui est le plus favorisé à cet égard.

(1) Superficie cultivée en céréales (1880): 934.663 hectares.

(2) Cultures alimentaires :

Superficie (1880). Production (1891).

Blé 273.900 hectares. 5.794.572 hectolitres.

Avoine 249.400 — 10.478.412 —

Seigle 227.600 — 5.552.800 —

Orge ? 1.225. 5i>l -

Pommes de terre . 190.357 — 23.728.000 quintaux.

Cultures industrielles. — Les cultures industrielles de la Belgique sont nombreuses et importantes. Remarquons d'abord que les pommes de Urre et les fruits y sont traités dans les distilleries pour la production de l'alcool.

La betterave rencontre dans trois provinces de la Belgique des conditions favorables de terroir et de climat. Le Brabant, le Hainaut et une )>artie de la province de Liège, au relief moyen, aux terres assez grasses, tiennent le premier rang pour la culture des deux sortes de betteraves.

Le lin de Belgique est resté célèbre depuis le moyen âge ; c'est aujourd'hui encore le plus estimé dans le commerce. Il prospère dans les terres riches et bien trempées d'humidité du Brabant et du Hainaut, mais aussi dans les Flandres, où l'industrie de la filature et du tissage est traditionnelle. Pourtant l'importation à bon marché des \\Ti& de la Russie tend déjà à diminuer en Belgique, comme en France, l'étendue des champs consacrés à cette plante.

De même que, chez nous, la Flandre et l'Artois cultivent le tabac^ les Flandres belges fournissent une notable quantité de feuilles estimées. On cite surtout les tabacs des environs de Courtrai et d'Alost. au reste la Belgique, où la consommation est très considérable, doit en importer beaucoup de l'étranger.

Le houblon est une des cultures caractéristiques de la région belge où la bière entre, pour une si forte part, dans l'alimentation nationale.^es plus grandes houblonnières sont situées dans la province de Brabant qui produit plus du quart de la bière belge, dans le flainaut, dans la province de Liège et dans quelques districts de la Flandre. Les marques dWlost et de Poperinghe sont recherchées, quoique les territoires de ces villes ne soient pas les plus riches en houblonnières : ces noms indiquent plutôt une variété de la plante que sa provenance exacte.

Le colza de Flandre, et Vœillette sont, après le lin, les plantes oléagineuses qui occupent la plus vaste superficie. Mais d'une part la consommation du pétrole et du gaz fait en Belgique de rapides progrès au détriment des huiles végétales; et de l'autre, la concurrence étrangère empêche les agriculteurs de consacrer aux plantes oléagineuses de bonnes terres qui rapportent davantage, ensemencées en céréales.

La chicorée est par excellence une culture flamande (1).

Productions animales ; élevage. — La Belgique est un pays de grand élevage, comme notre Flandre et notre Picardie. Ce n'est pas que le sol donne naturellement les plantes nécessaires à la nourriture des bestiaux ; ici, comme dans les Flandres, il y a excès de terrains sablonneux; là, les marécages du plateau ardennais, les tourbières, interrom-. pent l'étendue des pâtures. Au nord-est, il a fallu défricher les plaines

(I) Cultures industrielles:

Betterave à sucre (1S80) . 32.627 hectares produisant 30.511 kilog. par hectare

Lin 40.078

Tabac (1892) ? produisant 4.176.392 —

couTcrtes de bruyères de la Campine. Mais, sur la côle, les polders valent les plus belles prairies de TÂngleterre méridionale et de la Hollande ; là elles sont vraiment naturelles. Enfin, grâce à la forte dose de pluies que reçoit la Belgique, les prairies artificielles ont pu prospérer dans le Hainaut, le Brabant, et sur le sol savamment amendé des Flandres. Luzernières et champs de trèfle y sont d'une grande richesse : la vallée de la Meuse et le bas Luxembourg sont aussi des régions favorables à rélevage du bétail (1).

Ajoutons que, grâce à la médiocrité du relief de la plupart des provinces belges, rirrigation, si nécessaire à la fertilité des prairies artificielles, a été une œuvre relativement facile.

Au reste la répartition des espèces d'animaux domestiques est très caractéristique. D'abord la prépondérance des prairies artificielles sur les prairies naturelles est l'indice et la cause d'une plus grande richesse en gros bétail, en bêtes à cornes. Le Brabant et les Flandres en possèdent la meilleure part. Seuls, les Pays-Bas et l'Irlande dépassent la Belgique pour cette richesse. La race des vaches flamandes, excellentes laitières, est très estimée. On élève aussi dans la Campine la race hollandaise, de taille plus petite.

Les chevaux appartiennent en majeure partie à la race flamande, forte, haute de taille, excellente pour le gros trait. Ce sont encore les Flandres, le Brabant, et aussi le Hainaut qui en élèvent le plus grand nombre. Mais la Belgique, pays d'industrie intense où le service des charrois exige beaucoup de chevaux, est forcée d'en importer de France et d'Allemagne.

Les moutons, dont l'élevage se fait dans les pâturages ne rencontrent de bonnes conditions que vers le sud de la Meuse. Les maigres pâturages de l'Ardenne, les prairies déjà plus riches du pays de Liège et du moyen Luxembourg, voilà leur domaine. Les moutons de Belgique ne peuvent d'ailleurs sufflre ni à la nourriture des habitants, ni à l'entretien de l'industrie lainière.

La Belgique nourrit un nombre considérable de porcs, et tient, à ce point de vue, le premier rang en Europe. VapicuUwe est florissante dans le Limbourg et la province d'Anvers; enfin, les fermes belges élèvent une quantité importante de volailles (2).

La chasse et la pèche. — La chasse n'est une notable ressource d'alimentation que dans les provinces montagneuses et boisées, le Luxembourg, les pays de Namur et de Liège. H est peu de contrées aussi giboyeuses que les zones forestières de l'Ardenne belge ; daims, chevreuils, sangliers, lièvres y abondent.

(1) Superficie des herbages (1880} 536.000 hectares.

(t>) Élevage (f880j:

Chevaux 27 1 . 974

B«*'tes à cornes !.. 382.810

Moutons 365.400

Porcs C46.375

La pèche n'est pas beaucoup plus importante chez un peuple qui ne possède point de grands ports de mer proprement dits. Ostende et les abris de la mer du Nord n'arment qu'une très petite flotte, et les produits ne peuvent être comparés à ceux de TAngleterre, de la Hollande et de la France (1).

Résumé de la production agricole. — En somme, Tagriculture belge, malgré les mauvaises dispositions naturelles de quelques parties du territoire, ici bas et envahi par la mer, là marécageux, ailleurs composé de sables, est devenue prospère, gr&ce au labeur et à Tin tell igence des hommes. L'aménagement des polders, Tasséchement du Limbourg et d*une partie de la province d'Anvers, l'amendement des terres tlamandes, sont des œuvres dont on n'a un plus bel exemple qu'en Hollande.

L'élevage des bestiaux, sans être aussi scientifique chez les Belges qu'en Angleterre, y est mieux entendu que dans la plupart des pays d'Europe.

La population agricole de la Belgique ne comprend pourtant pas un quart de la population totale (2).

C'est qu'en effet l'activité industrielle et commerciale n'est pas moins grande dans cette laborieuse fourmilière que l'aptitude agricole ; ou, pour mieux dire, tout est industrie en Belgique, l'agriculture comme le reste. Rien n'y est abandonné aux hasards de la nature ; le cultivateur y est tout aussi avide de progrès que l'industriel.

B. — Industrik.

Condition naturelle. — Le sol de la Belgique prédisposait ce pays à une grande prospérité industrielle ; la houille et les autres matières premières minérales y existent en abondance, en surabondance même.

Industries dérivées du régne minéral. — L'extraction de ces matières minérales, dont le sol belge est prodigue, constitue une première catégorie d'indusiries.

Tout d'abord, la houille forme un énorme gisement d'à peu près i 00,000 hectares, qui se développe sur une longueur de 180 kilomètres, avec une largeur moyenne de 10, entre les houillères françaises du bassin de Valenciennes et les exploitations de la Prusse rhénane. On distingue deux bassins de valeur très différente. Les couches les plus épaisses et les plus faciles à exploiter, les meilleures aussi, s'étendent dans la province de Namur et dans le Hainaut surtout. Morts et Charleroi sont les deux plus grands centres d'exploitation de cette zone de la

(1) Pêche maritime (1892) :

Bateaux .33G

Tonnage 10.751 tonnes.

Produit 3.216.641 fr.

(2) Population agricole (1880).. . 1.199.319 personnes. 21.77 p. 100.

Sambre et de la Haisne, qu'on désigne sous le nom de bassin occideniat. Mons donne des charbons qui brûlent en dégageant beaucoup de fumée, Charleroi une houille brillante et très recherchée, à la flamme longue et vive.

Le bassin oriental se compose d'un nombre beaucoup moindre de concessions dans la province de Liège ; au reste, ses produits sont moins estimés et moins abondants.

La production de la houille est très considérable et dépasse sensiblement la consommation ; le surplus est exporté surtout en France ; la houille belge ne revient en effet à Textracteur qu'à un prix moyen de 9 fr. 30 par tonne; le bon marché des transports par canaux fait que les houilles de Belgique peuvent lutter avantageusement sur les marchés français avec les produits de notre pays, beaucoup plus coûteux pour bien des raisons. Les progrès de l'extraction ont été remarquables depuis le milieu du siècle, bien qu'ils ne puissent soutenir la comparaison avec ceux qui ont été faits en Allemagne.

Les minerais de fer sont abondants presque parlx)ut, particulièrement dans le Luxembourg, le Hainaut, la province de Liège et surtout celle de Namur. Mais l'extraction n'est vraiment active que dans le voisinage des houillères du Hainaut et de Namur.

Le cuivre n'est plus exploité par suite de la concurrence des pays producteurs du Nouveau Monde. La production du plomb a subi la même concurrence, et les mines de Verviers ne donnent plus qu'un produit infime. La même cause a nui à Tindustrie du zinc. Les mines de la Vieille-Montagne, dans le territoire neutre de Moresnet, ne donnent plus comme naguère, un produit considérable ; beaucoup de pays ont dépassé la Belgique pour cette production, autrefois caractéristique (1).

Ces mines occupent une population d'environ 120,000 personnes, dont 118,000 pour les houillères seules. On voit quel rôle jouent les industries purement extractives dans la vie du peuple belge.

Les carrières donnent un produit moins important estimé à 30 millions de francs, année moyenne. Leur détermination géographique est des plus caractérisées; dans les provinces du nord, le sol meuble domine ; c'est au sud-est que les roches employées comme matériaux de construction se rencontrent presque exclusivement. Les pierres de taille calcaires de Soignies sont exploitées dans le Hainaut ; les marbres noirs et rouge>,

(i) Extraction des métaux (1893) :

Tonnes.

Valeur.

Houille

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