C. — COMIIERCE
Voies de communication. —Le solde la Belgique se prête fort bien, d'une manière générale, à l'établissement des voies de communication. Ses régions septentrionales et centrales sont planes : routes, voies ferrées, canaux, les sillonnent, sans qu'il ait été besoin de faire les frais de coûteux travaux d'art, sauf pour franchir les cours d'eau. Les provinces montagneuses situées au sud de la Meuse, où les voies de communication sont du reste moins nécessaires, puisque richesse et population sont moindres, sont pourant accessibles par les grandes vallées qui entaillent le plateau ardennais.
Donc la circulation est facile à l'intérieur; bien plus, aucun obstacle ne sépare la Belgique des pays voisins avec lesquels elle entretient un actif commerce. France, Luxembourg, Allemagne et Hollande ont pu souder leurs voies de tout genre aux réseaux belges. Tout au plus aurait-on à regretter que ce pays, si bien ouvert, presque trop bien ouvert aux influences continentales, soit si mal pourvu d'articulations maritimes. Mais, eu égard au peu de développement du littoral belge, Anvers n'est-il pas une porte d entrée et de sortie des marchandises digne d'être jalousée par les plus grandes nations maritimes ?
La position même de la Belgique, sur un carrefour du commerce universel, lui assure un rôle important. Elle appelle en effet le transit de plusieurs régions riches. Les bouches de TEscaut attirent les produits des
provinces rhénanes, si actives par rindustrie, mais privées d un débouché allemand sur la mer du Nord : la France même, malgré ses efforts pour relever le commerce de ses ports de Dunkerque, Calais et Boulogne, envoie et reçoit encore par Anvers beaucoup de marchandises.
Enfin, tandis que la France s'efforce de maintenir sur son territoire le passage du commerce britannique avec le Levant, Tlnde et TËxtrème Orient, la Belgique a tout intérêt à devenir Tamorce des routes transcontinentales aboutissant à Gênes, Triesle et Brindisi, en attendant que Salonique, le Pirée et Gonstantinople sollicitent une révolution plus complète à leur profit. Anvers est solidaire de Gênes, de Brindisi et de Triesle comme Calais Test de Marseille; et, si les voyageurs anglais préfèrent Calais àOstende ou Anvers, le besoin d'abréviation du trajet par mer est moins pressant pour les marchandises.
L'ensemble des voies de communication de la Belgique forme le réseau le plus serré qui soit au monde. Ses routes, d'une longueur de 25.000 kilomètres, dont plus de 9.000 pour le service national, sont larges et bien entretenues.
Quant aux voies ferrées, leur développement a été d'une rapidité extraordinaire. Deux ans avant l'inauguration de notre petite ligne de Saint- Germain, la Belgique comptait 20 kilomètres de chemins de fer (1835) : elle a donc pris, sur ]e continent, l'initiative de cette féconde innovation. En 1865, le réseau s'étendait sur 2.300 kilomètres : aujourd'hui il dépasse 4.700, ce qui est un développement proportionnel supérieur de beaucoup à celui des réseaux anglais, allemand et français. VÊtat est propriétaire des trois quarts de ces voies ; des compagnies se partagent le reste (1). Le domaine des compagnies s'étend sur une partie des provinces de Liège et de Namur et sur le Luxembourg ; les deux plus grandes compagnies sont ceUes du « Grand-Luxembourg » et de « Liège-Givet ». L'État possède donc non seulement les lignes les plus longues, mais aussi les plus productives, qui drainent les provinces agricoles et industrielles par excellence.
En Belgique, comme en France, l'habitude a persisté de désigner les réseaux en empruntant des noms aux points cardinaux. Administrativement on distingue :
i^ Le réseau du Nord, qui mène de Bruxelles à Anvers par Malines; 2* Le réseau du Sud, de Bruxelles au réseau français du Nord qui coniioe à la province de Hainaut ; 3<» Le réseau de VEst, de Malines à Liège et à la Prusse rhénane ; 4* Le réseau de f Ouest, de Malines à Ostende par Gand. En réalité, ce n'est là qu'un souvenir du dessin peu compliqué des
(1) Longueur exploitée en 1892:
État 3.Î49 kilomètres.
Compagnies 1.478 —
Total 4.727 —
réseaux de Torigine. La division existe si peu dans les faits qu'il y a deux centres administratifs, Bruxelles et Malines. Mais les lignes de chemins de fer belges, ramifiées à Tinfini, n'ont point réellement de centre. Les tracés et la marche des trains sont surtout adaptés d'une part aux nécessités de Tindustrie nationale, de l'autre à celles du trafic avec les peuples voisins et du transit.
Le relief n'a pu exercer d'influence sur la direction des voies que dans la Belgique du sud. Ainsi la vallée de la Meuse s'est offerte comme sillon naturel entre Givet, Dinant, Namur, Liège et Maestricht ; la Sambre a fourni un utile couloir de communication entre Maubeuge et Namur. La ligne d'Ârlon à Liège a utilisé la vallée de l'Ourthe dans sa partie septentrionale : de Liège à Aix-la-Chapelle par Verviers, la Vesdre est longtemps suivie de près par la voie ferrée.
La région où l'enchevêtrement est le plus marqué est le sud du Hainaut; autour de Mons et de Charleroi, il y a, sur de faibles superficies, un incroyable développement de voies ferrées. La Prusse rhénane et l'Angleterre peuvent seules offrir des exemples d'une telle complication.
En résumé, si l'on voulait indiquer le rôle et le degré d'importance des lignes de chemins de fer belges, on s'arrêterait aux considérations suivantes :
Anvers est le point de départ et d'arrivée le plus remarquable. Par les lignes An vers*Liège-Verviers-Aix-la-Chapelle, Anvers- Bruxelles-Namur- Arlon-Luxembourg-Alsace-Lorraine, s'écoule le commerce des pays allemands de la région du Bhin ; c'est le chemin du transit anglo-allemand. Par là s'exportent les produits manufacturés d'une partie de l'Allemagne occidentale, de l'industrieuse province de Liège et du Brabant oriental. Rappelons enfin qu'une portion du trafic anglais avec l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, l'Italie, emprunte le même trajet.
La ligne Anvers-Bruxelles- Namur-Givet fait concurrence, pour l'importation et l'exportation des marchandises françaises, à notre réseau du Nord et à nos ports de la Manche. Le bon marché des transports par les voies ferrées belges a produit ce résultat.
Le Hainaut, la Flandre et le Brabant dirigent sur Anvers, par de nombreuses lignes, leurs objets industriels destinés à l'exportation.
Au sud-est, l'expédition des houilles belges en France amène une prodigieuse circulation, puisqu'il s'agit d'un mouvement annuel de G millions de tonnes.
A Anvers le réseau belge se noue à des lignes de navigation très nombreuses dont nous aurons à parler plus loin.
La circulation est des plus actives sur ce réseau, et dépasse celle de la grande Espagne. En tenant compte du nombre d'habitants de chaque État, la Belgique passe au second rang, après la Grande-Bretagne (I).
(1) Chemins de fer belges (1892):
Longueur exploitée 4. 727 kilomètres.
BELGIQUE. 4i5
Elle n'est pas inoins favorisée sous le rapport des voies navigables. On y compte 1625 kilomètres de rivières ou canaux navigables ; eu égard à sa superGcie, elle est au premier rang des Ëtats européens. Ses deux grands fleuves, qui portent déjà des bateaux sur le territoire français offrent, Tun, TEscaut, 240 kilomètres, l'autre, la Meuse, 130 de bon et facile parcours. Â vrai dire, plus d'une rivière est si parfaitement canalisée en Belgique qu on hésite souvent à reconnaître en elle Tœuvre de la nature. 11 ne saurait être question de distinguer plusieurs réseaux ; presque tous les fleuves sont en communication les uns avec les autres.
La Meuse, gr&ce à de gigantesques travaux, à la construction de barrages et d'écluses, a été relevée, sur le territoire belge, jusqu'à une profondeur de plus de 2 mètres.
VEscaut est relt^vé par l'action des marées; mais les barrages et écluses contrarient dans une certaine mesure l'effort d'exhaussement des eaux par les marées. Le Rupel, laDyle et la Senne doivent à la même influence des eaux marines leur richesse hydrographique. « On peut dire, avec Alphonse Belpaire, que par les divers canaux de la contrée, la Lys coule de tous les côtés, aussi bien vers Bruges et vers Ostende, que vers Gand, la ville où se termine officiellement son cours (1). )>
Anvers est le point d'aboutissement le plus important des canaux comme des voies ferrées. Ainsi ce grand port est en relation avec la Sambre par les canaux de Willebrock (Anvers à Bruxelles) et de Charlerai (entre Bruxelles et la Sambre). Par là, les industries métallurgiques du Hainaut et de la province de Namur, les industries textiles du Brabant envoient leurs produits vers le centre d'exportation. Une autre voie de jonction, plus occidentale, entre la Sambre et l'Escaut, est le canal d*Antoing. A l'ouest, le réseau flamand se compose du canal de Gand à Bruges et de Bruges à Ostende^ et du canal Léopold entre la mer du Nord et l'Escaut occidental ou Hond; or Gand et Anvers communiquent par l'Escaut. Enfln le canal de la Campine, un des plus longs, met Anvers en relations avec le canal Guillaume, qui aboutit à Maestrîcht en Hollande, c'est-à-dire réunit l'Escaut à la Meuse.
Elfectif roulant : .
Locomotives 2.586
Voitures à voyageurs f». 889
Wagons de toute nature 57 .408
Mouvement :
Voyageurs à toutes distances 88 . 225 . GOO voyageurs .
Marchandises à toutes distances 42.599.572 tonnes.
Recettes :
Élat. Compagnies.
Recettes brutes kilométriques. ... 43.316 fr. 26.836 fr.
Dépenses — — 25.449 13.8*22
Recettes nettes — 17.867 13.014
(1) E. Reclus, Europe du nord-ouest, p. C2-63.
Ce canal Guillaume joint les voies navigables belges au réseau hollandais. Avec les voies navigables de France, les arlères de jonctioa sont multiples par la Meuse, la Sambre, TËscaut et la Lys.
Les matières encombrantes, qui composent le plus fort contingent du trafic des canaux, sont précisément en abondance. Tous les canaux de la moitié occidentale de la Belgique sont employés au transport de la hooiUe, des métaux et des machines nécesssaires aux industries des Flandres et de la France. D'Anvers se dirigent vers ces mêmes provinces les convois de laines, de cotons, de peaux, etc., importés de l'étranger.
Harine marchande, ports de mer. — Malgré le peu d'articulation de ses côtes, la Belgique, grâce au grand port d'Anvers, possède une marine marchande assez considérable relativement, mais bien minime si 1 on considère la richesse industrielle du pays. H y avait là tous les éléments d'un commerce gigantesque, mais les marins manquent. De là le caractère cosmopolite du commerce maritime de la Belgique (1).
Anvers est le plus grand port, presque le seul de la Belgique. L'Escaut a, dans cette ville, une largeur variant de 500 à 700 mètres et une furofondeur de près de 15 mètres à marée haute. Anvers, dont le mouvement n'a de comparable que celui de Hambourg, de Liverpool, et de Marseille, abrite surtout des navires étrangers. C'est un des grands marchés de grains du monde ; ses entrepôts sont, avec ceux du Havre, les plus riches en peaux importées de l'Amérique du Sud: là se traitent aussi les grands achats de cafés du Brésil. Enfin coton, laines, denrées coloniales, thé, riz y sont Tobjet d'activés transactions (2).
Après Anvers qui entretient les neuf onzièmes des relations de la Belgique avec l'étranger, citons encore Osiende; c'est, comme Calais en France, un lieu d'embarquement favori des voyageurs qui recherchent l'avantage d'une rapide traversée entre l'Angleterre et le continent.
Anvers est relié par des services réguliers de paquebots avec TAngieterre (Londres 16 heures), les États-Unis d'Amérique (New- York) et les principaux ports de la Manche, de la mer du Nord et de la Baltique.
(1) Marine marchande (31 décembre 18931 :
Nombre. Jauge.
Voiliers 6 1.039 tonnes.
Vapeurs 47 69.356 —
Total 53 70.39S —
Sur un mouvement total effectif de 8.794.000 tonnes
les navires étrangers prennent 7 .938.000 —
(î) Mouvement du port d'Anvers (1893) :
Navires. Jauge.
Entrés 4.336 4. 640. 4Î4 tonnes.
Sortis 4.378 4.594.037 —
Totaux 8.714 9.143.461 —
Le mouvement maritime de la Belgique s'élève à un chiflfre très élevé, si Ton considère qu'il a lieu presque par un seul port (i).
Gommerce proprement dit ; commerce intérieur. — La Belgique est, grâce à son industrie et à son agriculture, un pays de commerce actif.
A rintérieur, les relations de province à province sont déterminées par les nécessités industrielles de chacune ; car les régions les plus riches en denrées agricoles sont aussi les plus peuplées et peuvent à peine suffire à leur alimentation. Du Hainaut, la houille et les métaux se répandent dans les Flandres et dans le Brahant pour alimenter les industries; c'est là le mouvement le plus considérable. Enfm les Flandres expédient de toutes parts leurs tissus, Liège ses machines et ses armes. Il est impossible d'estimer la valeur de ce commerce intérieur, qui était prodigieusement actif dès le moyen &ge. Les échanges sont stimulés par une liberté presque absolue de circulation.
Le ca6o^age proprement dit est de médiocre importance, ce qui s'explique par l'absence presque complète de ports.
Commerce extérieur. —Le commerce de la Belgique, après une période de crise (1885) s'est rapidement relevé, et, eu égard à la faible populalation du pays, est arrivé à un chiffre considérable : 4 milliards et demi en moyenne. En somme, depuis le commencement du siècle, la progression a été plus rapide que dans aucun autre pays d'Europe.
L'étude des diverses classes de marchandises d'importation et d'exportation confirme ce que nous avons dit jusqu'ici du caractère de l'activité économique des Belges. A \Hmportation affluent les objets nécessaires pour nourrir une population si dense que la terre la plus fertile ne peut subvenir à ses besoins, céréales, fruits, animaux, denrées coloniales, boissons. De même une industrie aussi active ne saurait se suffire en matières premières ; il faut importer des fibres textiles pour donner une alimentation normale aux machines de filature et de tissage de la Flandre, des métaux, des bois, des cuirs. Au contraire, les objets manufacturés ne figurent sur les listes d'entrée des douanes que pour un chiflTre minime : la Belgique non seulement se suffit, mais subvient aux besoins de plusieurs de ses voisins.
AVexportation, le premier rang appartient donc aux produits manufacturés, filés, tissus, machines, verrerie, etc.. En outre, les combustibles,
(1) Mouvement des ports (1892) navires chargés et sur lest:
Navires. Jauge.
Entrés 7.063 5.782.157 tonneaux.
Sortis 7.085 5.807.111 —
Totaux 14.148 11.584.268 —
Mouvement des ports (1892;; navales chargés seulement:
Entrés 4.935.000 tonneaux.
Sortis 3.859.000 —
Totaux 8.794.000 —
minerais, pierres à conslruire, ont presque une égale importance dans les ventes à rétranger(i).
La position même de la Belgique lui assure un rôle considérable dans le commerce international : tout ce que Ton a dit deTheureuse situation de ' TAngleterre au centre de riiémisphère continental, dans le voisinage des pays les plus civilisés et les plus peuplés, près de l'entrée de TÂtlantique, est valable pour sa voisine de la mer du Nord. Seulement si Anvers est un port excellent et actif, faute de personnel belge il est, nous Tavons vu, exploité par des étrangers. De là le caractère particulier du commerce de la Belgique ; entre TAngleterre, les Pays-Bas et la France, elle n'a guère que le commerce continental de ses denrées. 11 est vrai que si ses produits enrichissent sur mer des porteurs étrangers, ses voies ferrées bénéficient en revanche d'une circulation intense des marchandises des pays voisins.
Si Ton tient compte des proportions de superficie et de population de ces contrées limitrophes, on remarque que la France et les Pays-Bas viennent au premier rang, la France même d'une manière absolue.
Les échanges de la Belgique avec ces deux États sont régis par les mêmes causes géographiques. L un et l'autre sont de civilisation encore plus agricole qu'industrielle; ou, du moins, il manque à leurs industries beaucoup des matières premières dont regorge le sol belge. Us peuvent au contraire donner, en qualité de puissances coloniales, le surcroit de denrées alimentaires dont a besoin leur voisine trop peuplée pour son étendue.
Le fait est frappant, si l'on examine la nature des relations franco-belges.
Détail du commerce :
Importations.
ËiporlatiODs.
Transit.
Total.
Franf».
Franct.
l'raaci.
Fraacs.
Importations (189i).
Fraocs.
Céréales et farines. . . 274.553.000
Fibres textiles 158.218.000
Végétaux 93.812.000
Minéraux 70.350.000
Tissus 60.097 .000
Bois 58.764.000
Peaux et Cuirs 58.485.000
Café .«^6.819. 000
Animaux vivants .... 36 . 636 . 000
Exportations (1892).
Fraars.
Céréales et farines.. 121.302.000
Filés 113.088.000
Machines 96.339.000
Houille, coke 93.330.000
Fibres textiles 86.866.000
Tissus C6.278.000
Peaux etcuirs 58.834.000
Fer 53.760.000
Sucre 48.745.000
Verrerie 44.272.000
Zinc 39.948.000
Acier 25.945.000
Pierres 19.328.000
Armes 13.948.000
L'ensemble de ces échanges dépasse 600 millions de francs. Nous achetons en Belgique surtout de la houille et des métaux, puis des matières textiles et des tissus. Nous y envoyons des céréales, des bestiaux, des vins, des tissus de laine et de soie. Ce commerce a fléchi dans les dernières années. Il est bien des causes de ce ralentissement de relations, outre la tendance générale de tous les États à se protéger, et la crise commerciale qui afflige l'Europe entière. Mais la différence des productions des deux pays est une garantie de la reprise du trafic; les échanges en sont une conséquence inévitable.
Les Pays-Bas se trouvent dans des conditions encore meilleures. Us reçoivent de la Belgique à peu près autant qu'ils lui envoient. La houille, les métaux affluent pour l'entretien des moyens de transport, et de la grande marine de la Hollande; les produits agricoles hollandais et les marchandises des colonies néerlandaises trouvent de bons placements sur le marché belge. Entre ces deux peuples voisins, de caractère absolument différent, la concurrence serait un fait anormal ; aussi leurs échanges ont-ils une tendance à se développer.
Avec l'Angleterre et l'Empire allemand les relations sont d'une tout autre nature. La Grande-Bretagne possède, comme la Belgique, de grandes richesses minérales, des industries métallurgiques' et textiles très prospères ; mais, gr&ce à son empire colonial, elle expédie de ses entrepôts et y reçoit nombre de marchandises qui font l'objet d'échanges avec la Belgique. La valeur du commerce anglo-belge dépasse 400 millions de francs; les Belges envoient d'ailleurs beaucoup plus aux Anglais qu'ils ne reçoivent d'eux.
VEmpire alhmand, avec une activité un peu plus considérable, est dans des conditions d'échange analogues, si ce n'est que les provinces prussiennes limitrophes de la Belgique contribuent largement à son alimentation.
Parmi les autres pays européens, la flussie seule joue un rôle important sur le marché beige ; elle y envoie surtout des fibres textiles, du lin, puis des bois et des céréales, mais n'y achète presque rien en échange de ces produits.
Les pays de V Europe mMdionale vendent à la Belgique des vins, des olives, etc., et lui achètent des métaux et des machines.
C'est avec VAmérique que les relations sont ensuite le plus actives. États-Unis, Bépublique Argentine, Uruguay, Brésil, Chili et Pérou sont les meilleurs clients extra- européens de la Belgique : cotons, laines, cuirs, viandes conservées, métaux, café sont les produits qu'ils expédient à Anvers. Ils demandent en échange des tissus, des machines, du matériel pour chemins de fer.
La Belgique prend peu de part au commerce asiatique, beaucoup moins encore à celui du continent africain, malgré l'ardeur et l'habileté de récentes tentatives faites au Congo.
Nous avons déjà montré l'importance de la Belgique comme terrain de transit: la valeur des marchandises qui circulent sur ses voies ferrées Géographie économ. 29
et ses canaux s'élève à plus de i ,200 raillions de francs, soit le double de ce qui emprunte le territoire français. C'est donc une plus-value considérable pour l'industrie des transports, déjà si favorisée par la condition économique du pays lui-même (1).
Résumé ; revne générale. — En résumé le commerce belge est prodigieusement actif, mais moins indépendant que son industrie. La faute en est à la nature qui, donnant à ce^ peuple Tembouchure d'un fleuve admirablement approprié au commerce lointain, lui a refusé les moyens de faire son éducation maritime. Le trafic qui passe par les frontières terrestres représente plus des deux tiers du total des échanges de la Belgique.
Or, qui sait si l'avenir maintiendra au territoire belge le transit si actif dont il s'enrichit, et, par suite, gardera à Anvers son rôle de débouché des régions de l'Europe centrale, de la vallée du Rhin, etc.?... En Belgique même, la rivalité de Bruges menace le grand port. Si le canal projeté entre Bruges et la rade de Heyst, tout entier sur territoire belge, avec une profondeur de 7 à 8 mètres, est creusé, Bruges offrira des avantages plus considérables au grand commerce. L'Allemagne étudie les moyens de donner à ses provinces rhénanes une issue, par un canal, vers les bouches de l'Ems et du Weser ; nous ne parlons pas de ses revendications encore timides sur les bouches du Rhin « qui devrait être allemand jusqu'à l'embouchure! » Â l'ouest Dunkerque grandit et s'outille pour la concurrence contre Anvers. La possession des bouches du Rhin par une puissance autre que la Hollande tuerait sans doute Anvers; et déjà la jonction par canaux du Rhin moyen au Weser inférieur lui portera préjudice au profit de Brème.
Ce n'est pas le commerce du Congo, dont le roi des Belges a été pro-
(1) Principaux pays commerçant avec la Belgique (1892) :
Importations. Ëxportatioos. Total.
Fraoci. FniDct. FrtDr«.
Kr&nce 299.544.000 310.ti61.000 610.206.000
Allemagne 167.823.000 3U.973.0iK) 480.796.000
Grande-Bretagne 182.617.000 334.550.000 4i7. 167.000
Pays-Bas 178.706.000 189. 901. 000 368.608.(100
États-Unis 206.500.000 53.100.000 259.600.000
République Argentine.. 67.800.000 14.000.000 81.800.000
Russie • 73.700.000 5.800.000 79.500.000
Indes Britanniques 60.900.0(X) 12.600 000 73.500.000
Roumanie 61. 900.000 7.500.000 69. 400.000
Suède et Norvège 42.500.000 16.000.000 58.500.000
Brésil 35.300.000 19.000.000 54.302». 000
Italie 20.500.000 22.400.000 42.900.000
Espagne 13.900.000 38.300.000 42.300.000
Suisse 3.000.000 82.200.000 3.S. 200.000
Pérou 26.100.000 900.000 27.000.000
Chili 14.400.003 11.900.000 26.300.000
. Australie 14.100.000 5.400.000 19.500.000
Egypte 7.300.000 7.100.000 14.400.000
clamé souverain, qui offre des perspectives de bénéfices capables de faire oublier ces dangers commerciaux en Europe. Pendant que Français et Beiges attendent aux bouches du grand fleuve africain, ou dans leur voisinage, les convois des régions équatoriales du centre du continent mystérieux, Anglais et Allemands cherchent sur la côte de Mozambique et de Zanguebar une meilleure porte de sortie et d'entrée.
Mais rindustrieuse Belgique a déjà traversé victorieusement bien des crises, et rien ne porte à penser qu'il n'en sera pas de même cette fois encore.