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CHAPITRE III

§ 1. — Coup d^œil sur la géographie physique et politique.

Situation et dimensions. — Les lies Britanniques forment, au nordouest de TËurope, un grand archipel comprenant, outre les lies de Grande-Bretagne et d'Irlande, quelques groupes insulaires de moindre importance : les Hébrides y les Orcades et les Shetland au nord, les Iles Anglo-Normandes et les Scilly, plus quelques lies isolées, Wight au sud, Anglesey et Man dans la mer d'Irlande. Les coordonnées astronomiques sont les suivantes : en longitude, les extrêmes sont par 0° Va et 12* */î ouest de Paris; en latitude, par 50<^ et 61° nord. La superficie est de 314.628 kilomètres carrés.

Composition du sol. — Bien que les Iles Britanniques méritent leur surnom de «c paradis des géologues », et que presque tous les terrains y soient représentés, les diverses couches n'y sont pas très entremêlées, et Ton peut y distinguer quelqu*es divisions assez simples. Une ligne menée de l'extrémité occidentale de la Lyme-Bay à l'embouchure de la Tees, limite les terrains les plus récents — tertiaires, crétacés, jurassiques et triasiques — massés dans l'angle sud- oriental de la grande lie. Au nordouest de cette ligne, se trouvent les terrains primaires, parmi lesquels le carbonifère a une très large place. Les terrains cristallins n'occupent que les hautes terres de l'Ecosse. L'Irlande est tout entière primaire, sauf quelques affleurements cristallins à la périphérie de l'île. Des manifestations volcaniques se sont produites au nord du pays de Galles, dans le Cumberland, et dans une partie des Cheviots, ainsi qu'à l'angle nordoriental de l'Irlande et dans quelques Iles de la côte occidentale d'Ecosse.

La correspondance remarquable des couches du sud-est de TAngleterre et de la France du nord-ouest montre d une façon irréfutable ce que le peu de profondeur des mers avait déjà fait prévoir, c'est-à-dire que les lies Britanniques ont été, jusqu'à une époque relativement récente, réunies au continent.

Relief. — Le relief correspond presque absolument à la géologie. Tandis que les régions tertiaires et secondaires du sud-est sont formées de plaines doucement ondulées par des collines appelées Downs, les terrains primaires se relèvent d'une façon plus accentuée, dans la Comouaille (620 mètres), dans le pays de Galles (Snowdon 1094), dans

le système central ou Pennin et le Cumberland (Scawfell 983 m.], enfin dans les Cheviots (807 m.). Au [nord des Lowlands ou basses terres d'Ecosse, enfin, les terrains cristallins forment les Highlands ou hautes terres qui possèdent, dans les Grampians, le géant de la Grande-Bretagne (Ben Nevis 1841 m.); une nouvelle et profonde dépression sépare des Grampians les hauteurs de TÉcosse du nord (1200 m.).

En Irlande, la grande plaine centrale est entourée presque de tous les côtés par des massifs montagneux, importants surtout aux quatre angles de File (Carrantuohill 1040 m.).

Ce relief n'est nulle part considérable, et, sauf de rares exceptions, n entrave nulle part les communications.

Littoral. — Peu de pays ont un littoral aussi richement articulé : les cotes anglaises offrent partout des rades profondes et bien abritées, alternativement plates ou abruptes, des estuaires par où la marée et les navires pénètrent loin dans Tintérieur des terres (Tamise*, Mersey,Tyne, Severn); TÉcosse présente des découpures encore plus riches: la côte orientale a des estuaires largement ouverts pendant que la côte occidentale, avec ses couloirs étroits, ses chaînes d'iles littorales rappelle les côtes norvégiennes. L'Irlande enfin, quoique plus massive, possède des ports admirables comme Cork, et, dans le Kerry, des fjords presque aussi découpés et profonds que ceux de la Norvège.

Cette richesse littorale aura, nous le verrons, les plus grandes conséquences pour la géographie économique des lies Britanniques. Quil nous suffise de dire pour le moment qu'aucun point des deux lies n'est éloigné de la mer de plus de 100 kilomètres.

Cliinat. — Les lies Britanniques doivent à leur situation à Touest du continent européen, dans une mer réchauffée par le courant de TAtlantique nord, à la pénétration de la mer, et à la modicité de leur relief, un climat remarquablement doux et égal, remarquablement humide aussi. La température moyenne des divers points des lies- Britanniques est généralement la même que celle des pays situés en Amérique à 20<* plus près de réquateur. Les isothères, orientés dans le sens des parallèles, vont de -4-i3® au nord, à + 18* au sud; les isochimènes, orientés dans une direction perpendiculaire vont de -+- 3« à Test à -h 6» à l'ouest; la région la plus froide est naturellement celle du centre de TAngleterre et de rÉcosse où le relief est le plus considérable.

Les pluies sont à la fois très fréquentes et très abondantes, elles sont apportées par les vents du sud-ouest, ce qui explique leur répartition sur le sol du pays, qui se divise en tranches parallèles, les plus occidentales étant les plus arrosées : tandis que Tlrlande de louest, et la côte occidentale de la Grande-Bretagne reçoivent une couche annuelle d'eau atteignant et dépassant 2 mètres, la partie orientale de la Grande-Bretagne n'en reçoit que 0»,65; la moyenne générale est de 0'»,80 à 0™,85; ce sont les pluies les plus abondantes de TËurope entière. Ces précipitations sont réparties sur toutes les saisons de Tannée, et l'Irlande compte dans une année 210 jours de pluie. Tout le pays est du reste constamment

enveloppé de brumes plus ou moins épaisses, les jours absolument clairs sont très rares.

Hydrographie. — Le peu d'étendue des terres, la modicité du relief, la richesse des précipitations, tout concourt à donner au pays que nous étudions des fleuves très particuliers. Ces fleuves sont courts, abondants, coulent lentement entre des rives basses, s'ouvrent très tôt à la batellerie, puis, brusquement, sous Tinfluence du flot de marée, s'élargissent, s'approfondissent, et donnent accès aux plus grands navires. De simples ruisseaux, à peine visibles sur la carte ont ainsi permis l'établissement de ports gigantesques, les plus importants du monde. La Tamise n'a que 345 kilomètres de longueur, la Severn, cinq de moins, la Mersey, la Clyde, quelques lieues seulement, et cependant Liverpool et Glasgow reçoivent les géants des mers. Le nombre de ces petits fleuves côtiers est considérable et explique la richesse maritime de l'Angleterre et de l'Ecosse. L'Irlande n'a, à proprement parler, qu'un fleuve, le Shannon, chapelet de lacs navigable presque dès sa source. Rien n'a été plus facile que d'unir ces fleuves par des canaux d'une mer à l'autre.

Les lacs sont nombreux dans les régions montagneuses, mais n'ont guère qu'une importance pittoresque.

Population. ->- Les Iles Britanniques étaient peuplées, au recensement dei891, de 38.i04.!»73 habitants, c'est-à-dire de 120 habitants au kilomètre carré, mais, tandis que la population kilométrique est très dense dans l'Angleterre proprement dite (192), elle l'est beaucoup moins dans les hautes terres de l'Ecosse (51) et dans le pays ruiné d'Irlande (56).

Cette population est un mélange de nombreuses races : les Celles qui occupaient l'archipel avant la conquête romaine ont été refoulés dans le pays de Galles, la Cornouaille et l'Irlande ; les Écossais des Highlands appartiennent à la même race. Puis sont venus des Germains — Angles, Saxons et Danois — qui ont peuplé l'Angleterre, enfin les Noimands, dont l'influence a été grande sur la langue et la civilisation, n'ont que peu modifié la population (1).

La population britannique augmente rapidement par l'excédent des naissances sur les décès. Cette augmentation, bien que de moins en moins forte, est encore considérable en comparaison avec les autres pays (2), mais aussi l'émigration, une des plus abondantes du monde, vient corriger ce que cet accroissement pourrait avoir dlnquiétant. 11

(1) En 1891, il y avait dans les lies Britaaniques 1.8U.878 personnes, sans compter les enfants de moins de 2 ans, parlant une langue celtique seule, ou associée à I^anglais.

(2) Accroissement moyen annuel (1891) :

Angleterre et Galles 1 . 16 p. 100.

Ecosse 0.77 —

Irlande — 0.97 décroissance.

Autres îles 0.47 —

Royaume Uni 0.81 , 100.

faut remarquer que Témigration anglaise est loin d'être un appauvrissement pour le pays, les émigrants, sauf les Irlandais, allant peupler les colonies que TAngleterre a dans toutes les parties du monde, ou portant en pays de langue anglaise Tinfluence de leur mère-patrie (i).

La population est massée en grande majorité dans les villes; le rapport entre les populations urbaine et rurale indique une prédominance rare en faveur de la première (2). Cette prédominance est surtout forte en Angleterre. Parmi les grandes villes de TAnglcterre, quelques-unes sont énormes, la capitale en particulier, est la plus considérable agglomération d*étres liumains qui existe sur terre (3).

La religion officielle du Royaume-Uni est le protestantisme anglican, caractérisé par la suprématie du souverain en matière religieuse, et par la présence d'une hiérarchie épiscopale. En Irlande, TÉglise est séparée de TËlat et la majorité de la population est catholique. Mais toutes les sectes et toutes les religions sont absolument libres dans le Royaume- Uni, et jouii^sent toutes des mêmes droits, en particulier pour ce qui regarde letat-civil.

LHnslruction primaire, laissée à Tadminislration des citoyens est très prospère, et le nombre des illettrés diminue de jour en jour sans être cependant aussi faible qu*en Allemagne ou au Danemark.

GoiiTerneiiieiit. — Le v Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande »>, dont le souverain porte en outre, dans les actes se rappoHant aux colonies, le titre de « Empereur des Indes » est, depuis fort longtemps, une

(1) Mouyenient de la population :

Excédent

Naissances. Décès. de naissances. ÉniigraUon.

En 1892, 143.747 imwî^ran^*.

(2) Rapport des populations urbaine et rurale (1891), Angleterre et Galles:

Population urbaine 7 1 . 7 p. 100.

— rurale 28.3 —

Dans 6 villes de plus de 250.000 hab. habite 22 p. 100 de la population

— is — .... 100.000 — 9 —

(3) Grandes villes (1891):

Londres 4.211.743 hab.

Glasgow 058.198

Liverpool 517.990

Manchester 505.368

Birmingham 478.113

Leeds 367.505

Shefficld X24.543

Edimbourg 363.646

Belfast 255.950 hab.

Dublin 245.001

Bristol 221.578

Bradford 216.361

Nottingham 213.877

West-Ham 204.903

HuU 200.011

monarchie constitutionnelle. Le pouvoir exécutif est] aux mains du souverain, irresponsable, assisté de ministres responsables devant le Parlement. Le pouvoir législatif appartient au Parlement, divisé en deux chambres : Chambre des lords, composée de « pairs » héréditaires anglais, plus 28 pairs irlandais élus à vie et 16 pairs écossais élus pour une législature ; la Chambre des communes se compose de 670 membres élus au suffrage censitaire très large pour sept ans.

Les finances anglaises sont dans un état de prospérité remarquable (1).

Protégé par sa situation insulaire, le Royaume-Uni n'a pas besoin d*une armée permanente considérable, aussi le service n'est -il pas obligatoire ; cependant, en cas de danger, le gouvernement peut appeler les milices dont fait partie tout homme de 18 à 50 ans. Une puissante armée coloniale garde les établissements d'outre mer.

Par contre, la nécessité de défendre ses côtes, et surtout son immense empire colonial, a obligé le Royaume-Uni à armer une formidable flotte, la première du monde, et à toujours TaccroUre pour se trouver à la hauteur de toutes les éventualités (2). Mais, même avec cette flotte nombreuse^

(I) Finances du Royaume-Uni:

Receltes.

Dépenses.

. 2.245.066.350 fr.

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