COU
yi] PruductioQ des vins :
1875 82.727.000 hectolitres.
Moyenne 1883-1892. 28.871.000 — (3) Production moyenne par hectare :
1892 16 hectolitres .
Éludions maintenant la répartition géographique des vignes, ou déterminons du moins les régions les plus riches à cet égard. Plus de 70 départements français nourrissent des ceps en plus ou moins grande quantité; mais en somme la viticulture n'est une véritable industrie agricole -que dans quelques régions privilégiées.
i° La région méditer vayiéenne est aujourd'hui encore la plus productive.
On distingue trois groupes principaux : ceux du Languedoc, du Rous- «illon et de la Provence.
Le Languedoc a ses vins de rilérault et du Gard. Les terroirs et la nature des plants sont assez variés dans celte zone. Ici ce sont des raisins donnant les vins de consommation comme les crus de Saint-Geoi'ges ; là ce sont des vins de liqueur, les muscats de Lunel et de Fronlignan,
Ou récolte, sous le nom de vins du noussillorij de gros vins communs, forts en couleur, puis des muscats. Une partie des produits est aussi convertie en eaux-de-vie et alcools. Narbonne, Banyuls, Lézignan^ sont les principaux centres.
La Provence, où la culture de la vigne s'est développée plus récemment que dans les zones précédentes, donne d'excellents muscats et différentes sortes de c( vins cuits ». La Corse pourrait prendre un rang très honorable parmi les départements viticoles ; mais le travail du vigneron est un des plus pénibles, et Ton sait que même les cultures faciles sont peu en honneur dans celte lie que la nature désignait pour être riche.
2» La région du Sud-Ouest. — Les vins du sud-ouest , dont les plus fameux sont ceux du Bordelais, sont produits par des terroirs très différents. Ici ce sont les plantations basses de Palus, de Médoc et d'Entre^ deux-Mers ; là les collines et les coteaux des côtes de Graves portent des noms célèbres dans le commerce des vins fins. Les vignobles, quelles que soient leur altitude et la nature de leur sol, sont là tout près de l'Océan, mais sous une latitude et dans une exposition qui les préservent des brouillards et des excès d'humidité, pourvus de toute la chaleur nécessaire, à Tabri du plus grand nombre des gelées de printemps. Au reste les vignobles de la région du sud-ouest couvrent de plus ou moins grands espaces dans une douzaine de départements arrosés par la Garonne et ses affluents. Mais le Bordelais, qui renferme les crus les plus fameux, centralise une graftde partie des récoltes de la région et en dirige le commerce.
Parmi les groupes viticoles secondaires de cette vaste région, on doit citer ceux de V Armagnac, célèbre par ses eaux-de-vie, du Péngord, dont les vins blancs ont une certaine réputation.
Dans la zone de culture intense du pays bordelais il convient de distinguer d'abord le Palus et ÏEntre-deuX'Mei's où les plantations en terrain plat, entre Garonne et Dordogne, fournissent seulement des vins ordinaires et de consommation courante, sauf le Saint- Êmilion. C'est au Afédoc que le groupe bordelais doit sa renommée universelle. Les crus de €hdteau-Laf fille, de Sainl-Estèphe, de Saint- Julien , de Chdteau-Margaux,
sont les plus fameux. On cite à part les Graves, ainsi nommés des graviers de leur terroir; de là viennent les meilleurs vins blancs du sud-ouest, le Sauteme en particulier.
Entre la région vilicole du sud-ouest et celle du centre et de Touest, les Charentes forment une transition naturelle. C'est dans ce pays que les ravages du phylloxéra ont amené le plus de ruines : dans le déparlement de la Charente-Inférieure la maladie a tué plus de la moitié des vignobles. La production moyenne y tomba en dix ans de 2,300,000 hectolitres à 700 ou 800,000. On sait que la majeure partie des vins récoltés dans les Charentes est transformée en eaux-de-vie. La Champagne est la région comprise entre la Charente et la Seugne. La ville de Cognac a donné son nom aux meilleures eaux-de-vie du groupe charentais, et malheureusement à bien d'autres produits chimiques importés de l'étranger.
3® La région du Centre et de fOuest. — La région du centre et de l'ouest comprend un certain nombre de plantations disséminées dans les départements qu'arrosent la Loire et ses affluents, puis dans quelques cantons privilégiés du bassin de la Seine. Son extrême limite au nord est le Laonnais.
Les vignobles d'Auvergne, surtout de la Limagne, fournissent à la production nationale un appoint important de vins communs qu'on emploie à des coupages.
Mais le groupe le plus connu de cette vaste région est celui de la Loire moyenne, comprenant les vignobles de V Anjou, de la Touraine et de VOrléanais. Les vins de l'Anjou et de la Touraine, assez légers et d'une saveur agréable, sont consommés en nature ; ceux de l'Orléanais servent à la fabrication d'un vinaigre renommé.
On a fait une petite réputation aux vins des coteaux d'Argenteuil et de Sutesnes dans les environs immédiats de Paris, mais la production des départements de la Seine et de Seine-et-Oise ne peut être citée que pour mémoire.
La limite occidentale de la culture de la vigne dans cette région est la Basse-Loire et même le Morbihan, où les raisins ont quelque peine à mûrir. 4" Région de VEst. — Entre la région du midi et celle de l'est, la transition est formée par le groupe des vignobles de la vallée du Rhône.
Au sud, dans les départements du Gard et de Vaucluse, des vignobles disposés en coteaux sont devenus célèbres ; ce sont ceux de Sorgues, Sérignan, Tavel, Roquemaure et Bagnols. Là, le phylloxéra porta ses premiers coups et dépeupla des milliers d'hectares avant qu'on prit des dispositions pour le combattre. Les précieux plants de ÏHermitage (Drôme) ont été aussi cruellement ravagés; la Côte-Saint- André, dans l'Isère, la Côte- Rôtie, dans le Rhône, n'ont pas davantage échappé au fléau.
Le groupe bourguignon comprend, d'une manière générale, les cinq dé* parlements de Saône-et-Loire, du Rhône, de la Côte-d'Or, de l'Yonne et de TAube. Avant Tattaque du phylloxéra et d'autres maladies, la Bourgogne possédait près de 180,000 hectares de vignes donnant une moyenne ie plus de 3 millions d'hectolitres de vin.
La palme de la qualité appartient aux pays que la nomenclature viticole comprend sous la désignation médiocrement exacte de Haute-Bourgogne, c'est-à-dire aux départements du Rhône, de Saône-et-Loire et de la Côte-d'Or. Cette première zone renferme un grand nombre de crus célèbres répartis entre le Mdconnah, le Beaujolais et la Côte-d'Or. Les plantations sont faites sur les bordures des plateaux ou sur les flancs des collines jusque vers une altitude de 300 mètres. Les meilleurs vignobles sont ceux qu'on a établis à mi-côte. On cite surtout ceux des pays de Beaune et de Nuits, les Pomard, les Ckambertin, les Clos-Vougeot, du Maçonnais avec MouUn-à-Vent ; les vins du Beaujolais ont moins de réputation.
Les vins de Basse-Bourgogne sont loin de valoir ceux du groupe précédent; ils rappellent déjà par leur goût, tantôt les produits de l'Auvergne, tantôt ceux de TOrléanais. Il en est pourtant d'assez estimés dans VAuxerrois, et le vin blanc de Chablis jouit d'une certaine faveur. En tout cas les vignobles bas-bourguignons forment un appoint important de la production nationale : la culture y est intense et très perfectionnée.
Mais si la Bourgogne dispute au Bordelais la palme de la viticulture savante, déjà les récoltes y sont moins assurées que dans le midi et le sud-ouest. Les rigueurs tardives de mars et d'avril y déciment quelquefois les bourgeons. Les chauds étés y préparent en revanche des raisins excellents ; mais, en dehors des maladies, du seul fait de la température, il arrive souvent au vigneron de ne point couvrir ses frais de culture. Le danger est grand surtout pour les vignobles de la plaine ou des plateaux moyens ; en Bourgogne comme en Lorraine les fonds ont mauvaise réputation ; on leur préfère les coteaux moyens, mieux exposés et moins souvent ravagés par les sautes de température du printemps.
Au groupe bourguignon on rattache les vignobles de la bordure occidentale du plateau de Franche-Comté. Sous le nom de vins du Jura sont compris quelques crus assez estimés comme ceux dWrboi^ et de Poligny. Les conditions de la culture y sont déjà moins bonnes ; les anomalies thermo métriques y exercent plus souvent leurs ravages vers le printemps.
Les vignobles de Lorraine sont plus rudement encore exposés à ces aventures. Us donnent d'abondants et d'excellents produits si l'on passe sans encombre les redoutables nuits d'avril et môme du commencement de mai. En somme on y obtient une belle récolte moyenne tous les dix ans à peine. Ajoutons que l'industrie parait être sur le point de remédier à ces inconvénients en couvrant les vignobles de nuages artificiels pendant les heures de gelée nocturne. Mais ce sont encore là de gros frais ajoutés à la culture dans un pays où le vin se vend difficilement à cause de la concurrence des vignobles plus favorisés du midi de la France et de ritalie.
Dans les vallées de la Marne, de la Mayenne et de l'Aisne enfin, sur les coteaux crayeux ou jurassiques d'Épernay et de Reims se récolte le vin
bJanc qui, travaillé par les habiles vignerons du pays, a conquis une Tenommée universelle sous le nom de vin de Champagne. Moins exposée aux gelées tardives que le plateau lorrain, la plaine champenoise soulTre souvent de labsence de pluies. Le phylloxéra enlin, contre lequel les habitants n ont pu se décider à prendre à temps des mesures énergiques, ris^jue de faire beaucoup de mal au vignoble champenois.
Résamé. — La viticulture française a été saisie en pleine prospérité, en plein développement, par un fléau redoutable contre lequel la science n'a trouvé jusqu'ici que des palliatifs. Mais déjà depuis dix ans les progrès "du phylloxéra ont été arrêtés en ce sens qu'on a sauvé ou prolongé l'existence de quelques vignobles, puis surtout replanté des espaces ravagés et créé de nouveaux champs. Au cours de la lutte, des pays voisins, que la maladie visite d'ailleurs à leur tour, ont pris sur les grands marchés de l'Europe la place laissée vacante par la diminution de nos récoltes. L'Italie devenait au moins notre égale avec une production de 35 millions d'hectolitres, l'Espagne se rapprochait de nous et passait en dix ans de 18 à 25 millions. Les États-Unis, les républiques de rAmérique du Sud, l'Australie avaient une tendance d'autant plus marquée à devenir pays viticoles, une partie de nos grands crus étant soit détruits, soit discrédités par la crise que nous traversions. Mais ni la viticulture ni la fabrication des vins ne s'apprennent en peu de temps. Nos vignerons réussiront sans doute à reconquérir les terrains perdus en France et à en •conquérir rapidement de nouveaux en Algérie et en Tunisie. Il y a trente ans on annonçait déjà que notre pays serait à jamais ruiné par l'oïdium ; le prix du vin avait doublé en peu d'années. La persévérance des vignerons triompha une première fois. Et n'est-ce pas aujourd'hui avoir remporlé une victoire considérable que d'avoir enrayé la marche ascendante du nouveau fléau ? A coup sûr les nouveaux plants que nous «avons été obligés d'emprunter à l'étranger pour combler les vides de nos vignobles ne vaudront pas tout d'abord les anciens. Mais la terre et le climat de France modifleront ces nouveaux venus avec le temps. On sait quels médiocres vins donnent sous le ciel d'Amérique des pieds de vigne importés des meilleurs vignobles de PVance : l'acclimatation a été incomplète. Nous avons deux des trois éléments, ciel, sol et plante, qui font un beau vignoble. Ils modifieront bien le troisième (1).
L'olivier. — L'olivier ne réussit bien que dans nos départements du midi méditerranéen, jusqu'à une médiocre altitude de 300 à 400 mètres. Il lui faut un ciel serein, une forte chaleur, un sol qui ne conserve point
\\) Production des vins dans les principaux départements viticulteurs en \m (Excellente récolte) :
Région Méditerranéenne,
Hérault 7. 188.000 hectoL
Gard 2.016.000 —
Aude 4.415.000 —
Pyrénées-Orientales. 1.482.000 —
Géographie économ.
Bouches-du-Rhôoe. 1 .210.0:0 hectol.
Var 621.000 —
Corse : environ 300.000 —
longtemps rhuroidité. La Corse pourrait développer prodigieusement les plantations de ce précieux arbre, qui vient presque sans soins dans ses terrains secs et pierreux.
C'est la Provence et le comté de Mce qui renferment le plus grand nombre de nos oliviers. Au reste ces arbres, comme les pommiers, les poiriers, etc., n'occupent point exclusivement le sol qui les nourrit ; ils sont associés à plusieurs autres cultures. Aussi ne faut-il pas considérer comme improductifs en autres fruits ou légumes les 110,000 hectares que la statistique assigne à Tolivier. Mais cet arbre donne déjà à lui seul un riche produit; la récolte moyenne de i million et demi de quintaux vaut environ 30 millions de francs (1).
Les olives sont en partie consommées fraîches, en partie conservées ou converties en huiles. 11 va sans dire que la France ne peut sufQre à sa consommation d'olives et d'huiles; elle est tributaire de l'Italie, de l'Espagne et du Levant. Mais c'est là un tribut dont l'Algérie et la Tunisie travaillent de mieux en mieux à nous affranchir (2).
Autres cultures arborescentes.— il est d'autres cultures arborescentes^ qui contribuent aussi à l'alimentation. A vrai dire la classiOcation de nos cultures en cultures alimentaires, arborescentes et industrielles, n'est point rigoureusement scientifique, mais elle est commode pour montrer le lien qui attache l'homme à la terre, les rapports entre la géographie physique et la géographie économique. Aussi l'avons^nous conservée.
Le châtaignier produit un fruit très nourrissant qui donne aux campagnards la subsistance à bon compte, aux habitants des villes un mets très apprécié. Tantôt on va recueillir la châtaigne dans de véritables forêts des régions de montagne; tantôt on a développé des plantations exclusivement composées de ces arbres et qu'on appelle châtaigneraies. 11 est donc très difficile d'apprécier exactement la surface des terres consacrées à cette culture d'un genre élémentaire.
Les évaluations varient entre 450 et ;>00,000 hectares. En tout cas la production s'est accrue depuis le commencement du siècle; on l'estime à 5 millions de quintaux valant près de oO millions de francs.
Le domaine géographique du châtaignier en France est très vaste. Peu
Région du Sud-Ouest
Gironde 4.9ï>8.000hectol.
Gers 2.C03.000 —
Landes 793.000 —
Lot-et-Garonne 608 . 000 —
Haute-Garonne 595.000 —
Basses-Pyrénées 563.000 hectoi.
Tarn-et-Garonne . . . 566.000 —
Charente- Inférieure. 911.000 —
Charente 185.000 —
Groupe Bourguignon.
Saône-et-Loire 781.000 hectoi. 1 Yonne 1.314. 000 hectoi.
Côte-d'Or 023.000 — |
il) Récolte dolives en 1892: 1.220.673 quintaux valant 25.908.484 francs. (2) Production des olives en Italie: 2.700.000 hectolitres d'huile.
sensible au froid, cet arbre peuple nombre de forêts des Alpes, des Pyrénées et du Massif Central. Les marrons du Vivarais ont une grande réputation. Le châtaignier se platt en Provence, sous le climat méditerranéen, et aussi dans le Limousin et le Périgord, qui reçoivent les ondées venues de rOcéan. La plaine ou les méiiiocres coteaux lui conviennent comme la montagne; les châtaigneraies abondent dans le Maine et l'Anjou.
Le noyer, moins rustique et résistant, est pourtant répandu aussi dans un grand nombre de régions diverses. Toutefois on ne le trouve point en agglomérations importantes dans la zone de climat méditerranéen, Thumidité y étant insuffisante ; c'est vers TArdèche et la Drôme qu'il commence à être largement cultivé. Son domaine de prédilection est le sudouest, le Périgord, la Sainlonge et le Moyen-Limousin.
Les truffes ne sont pas, à proprement parler, le produit d'une culture. Elles sont recueillies dans le sol qui avoisine une variété de chênes : la nature du sol, la température et même le degré de transparence de Tatmoîiphère, ont une grande influence sur la production des truffes. En étudiant toutes ces conditions on a pu planter, avec des chances régulières de succès, des chênes-trufliers. Les truffes les plus renommées sont celles du Périgord et de Vaucluse ; le Quercy et le Duiiphiné en produisent aussi une notable quantité.
Les fruits. — Les arbres fruitiers sont cultivés à peu près dans toutes les parties de la France. U n'est, à vrai dire, que deux cultures de ce genre qui soient absolument caractéristiques et qui exigent des conditions très particulières de climat : ce sont celles de l'oranger et du citronnier. Pourtant les autres obéissent encore, quoique à un moindre degré, aux lois de distribution géographique de la flore. On voit partout, ou presque partout, dans notre pays, des pruniers, des pêchers, des pommiers. Mais cette universalité de production des fruits s'achète au prix de précautions dispendieuses. Or la culture des arbres fruitiers, culture très importante et très lucrative, n'est pas encore chez nous ce qu'elle devrait être, faute d'études suffisantes. Nos voisins d'Allemagne l'ont grandement perfectionnée depuis vingt ans et réformée suivant les lois de la géologie et du climaL Notre pays, qui possède une merveilleuse faculté d'adaptation et d'acclimatation des cultures dont on tirerait un réel parti avec un peu de science et d'esprit d'observation, ne doit pas se laisser devancer dans celle voie.
Les orangers et les citrontiiers ne trouvent une température favorable que dans les cantons les plus chauds et les plus secs de la Provence et du comté de Nice. Ce sont par excellence des arbres de la zone méditerranéenne : dans le reste de la France on les conserve l'hiver en serre chaude. Si quelques cantons privilégiés de l'ouest se parent de cette végétation méridionale en pleine terre, jamais du moins on n'y recueille de fruits. Déjà le département du Var et les environs de Nice marquent la limite extrême de la zone productive des orangers et des citronniers. L'Espagne, l'Italie, l'Algérie envoient sur nos marchés la majeure partie des citrons et des oranges que l'on consomme en France.
En revanche les pommiers rencontrent chez nous des conditions très favorables. Ce sont d'ailleurs des arbres assez robustes et rustiques, du moins ceux qui donnent les fruits à cidres. Cependant il faut au pommier un sol assez riche, et surtout un climat égal. S'il vit sous le ciel chaud de nos départements baignas par la Méditerranée et y supporte des étés peu ou point humides, la qualité des fruits qu'il y donne est souvent médiocre. Il a surtoutbesoin d'une humidité assez considérable et répartie sur presque toute l'année. L'égalité de température lui est non moins nécessaire; la maturité de la pomme semble exiger une chaleur continue et progressive. C'est pourquoi dans les pays de France les plus éloignés de la mer les récoltes de pommes sont souvent compromises. Nous ne parlons pas des cultures isolées et de petite étendue auxquelles les particuliers peuvent consacrer beaucoup de soins et de frais. Ce sont là des faits exceptionnels dont on ne peut tirer aucune conclusion sur l'état de l'agriculture, sur l'aptitude productive d'un pays, sauf pour admirer la faculté d'acclimatation, la souplesse de notre sol et de notre climat.
Cette culture s'est beaucoup développée depuis que les vignobles ont été réduits par la maladie : en effet le cidre tend à remplacer le vin dans plusieurs de nos départements où l'usage en était jusqu'ici fort restreint. Il est difficile toutefois d'évaluer l'étendue exacte des plantations de pommiers, car presque toujours cet arbre se dresse dans des prairies ou dans des champs consacrés en même temps à d'autres cultures. Ailleurs il occupe la bordure des routes, les talus des prés, etc.. Mais l'indice certain de la progression est l'accroissement rapide de la fabrication des cidres. U y a vingt ans, la moyenne annuelle n'était pas supérieure à 5 ou 6 millions d'hectolitres : depuis 1880 elle est de 13 millions; et quelques années exceptionnelles, comme 1885 et 1893, ont fourni un produit de 20 à 30 millions (1). On remarquera, à titre d'indice des influences du climat sur les cultures, que les années d'abondante récolte des pommes sont rarement favorables aux vendanges et réciproquement. Non seulement chacune des deux cultures a ses régions privilégiées, mais dans l'ensemble de la région française chacune préfère une allure différente de la température annuelle.
Le département le plus favorisé est celui dlUe-et-Vilaine, où la production est toujours supérieure à 2 millions d'hectolitres et peut aller jusqu'à 3,500,000. Viennent ensuite le Calvados, l'Orne, la Manche et la Seine- Inférieure. La France suffit largement à sa consommation de cidre ; elle en exporte même quelque peu dans les pays maritimes voisins de la Normandie et de la Bretagne.
Les pommes, d'espèces très différentes, sont aussi consommées comme fruits sur toutes les tables, pauvres ou riches, dans les villes comme dans les campagnes. Paris s'alimente un peu dans toutes les régions enviix)nnantes.
(1) Moyenne des dix années 1882 à 1892 : 13.000.000 d'hectolitres:
1892 15. 141 .000 hectolitres.
1893 31 .609.000 — (année exceptionnelle).
Dans les chiffres de la produclion du cidre que nous venons de citer sont compris ceux de la production des poirés ou cidres de poires. Le poirier est cultivé à peu près dans les mêmes zones que le pommier et pour les mêmes usages. La statistique agricole n'a pas encore déterminé avec une précision suffisante la distribution géographique de cette culture.
Les pêchers et les abricotiers représentent une tout autre catégorie d'arbres fruitiers. Ils se plaisent et sont assurés d'une production régulière sous le climat du midi de la France méditerranéenne et océanique; c'est de là que leurs fruits nous arrivent au début de la saison chaude, à titre de primeurs. Dans le centre la récolte est plus tardive, mais généralement assurée, les gelées de printemps ne compromettant point la première évolution du fruit. Les provinces maritimes, où la chaleur de la Un du printemps et de Tété est encore moins accentuée, donnent aussi un produit constant, mais les fruits sont en général moins savoureux que dans les départements situés sous une même latitude, mais plus loin de la mer. 11 faut en effet à ces fruits une active maturation, une chaleur assez vive pendant les dernières semaines de leur développement. On ne s'étonnera donc pas de les voir prospérer sur les plateaux de la France orientale, en Bourgogne et en Lorraine; mais là le danger est un retour offensif des gelées du printemps. Les principales régions de produclion des abricots sont : la Provence, les parties basses du Dauphiné, le Lyonnais, la basse et la moyenne Guyenne, le Bourbonnais et la basse Auvergne. Les pèches sont produites sur presque toute l'étendue du Languedoc, de la Guyenne, de la Provence et du Dauphiné, sauf les points d'une excessive altitude. Le Périgord mérite à cet égard une mention particulière, ainsi que la vallée de la Saône dans sa partie inférieure. Les pèches de Montreuil, près Paris, sont aussi fort estimées.
Les pruniers n'ont pas de zone de production bien déterminée. Pourtant leur culture est particulièrement favorisée dans le sud-ouest, en Guyenne, et surtout dans l'Âgénois. La Provence fournit aussi son contingent. Mais une espèce de prunes, les mirabdUsj semble réussir en Lorraine mieux que partout ailleurs ; c'est une des richesses du pays de Metz. Au reste la région agricole des plateaux du nord-est, avec ses chauds étés, se prête aussi à la culture des autres variétés de pruniers, reine-claudiers et pruniers à « quetsches ».
Les fraises, dont la période de développement est très courte, trouvent dans un grand nombre de régions les conditions qui leur conviennent. On doit pourtant citera part la Bretagne dont quelques districts ont fait de la culture des fraises une véritable industrie et contribuent beaucoup à l'alimentation de la capitale.
Les ceriseSy qui n'exigent aussi que des chaleurs printanières pour parvenir à maturité, se plient aux climats les plus divers de la France. On les récolte aussi bien dans nos départements du nord que dans ceux du midi, sur le littoral de la Manche et sur le plateau lorrain, comme en Alsace, pour la fabrication du kirsch.
Quelques cultures fruitières moins importantes que les précédentes, celles des figues^ des amandes et des noisettes, forment aussi un appoint à la consommation. Le figuier, dont la patrie est dans les pays de la Méditerranée orientale, s accommode chez nous du climat de la Provence et du comté de Nice. L*amandier réussit beaucoup mieux dans le Languedoc et prospère sur un tiers environ du territoire français. Les noisettes sont surtout récoltées dans nos provinces du sud-est et du sud -ouest, mais donnent encore un produit appréciable dans toutes les régions boisées.
Ajoutons enfin à cette nomenclature très sommaire des fruits que produit notre sol, les raisins de table. Les grappes consacrées à cet usage proviennent des cultures en treilles fort répandues dans les jardins de toutes les régions viticoles, mais surtout aux environs des grandes villes. Les départements du midi en fournissent beaucoup à titre de primeurs. Mais il est peu de raisins qui égalent en réputation les chasselas de Fontainebleau cultivés dans bien des pays de T lie- de- France.
En résumé, on ne saurait estimer avec une approximation suffisante la valeur de nos cultures fruitières. Elles sont disséminées dans des zones de climats différents, développées d'une manière fort irrégulière, trop souvent au hasard, sans méthode ou même au mépris de la science agricole. La science agronomique devra porter aussi de ce côté ses efforts pour convertir le campagnard à des procédés de plus en plus rationnels. Mais là encore la fatalité géographique indiquera les lois de la nature à mesure que la multiplication et le bon marché des moyens de transport rendront à chaque région de production normale son ancienne suprématie.
Les statistiques évaluent généralement le produit annuel de nos arbres fruitiers à 110 millions de francs; l'exportation, en 1892, a rté estimée à 16.500.000 francs. Mais on a tout lieu de croire que ces chiffres ne sont pas d'une parfaite exactitude.
§ IV. — Les cultures industrielles.
Les principales cultures industrielles de la France sont celles de la betterave, du chanvre, du lin, du mûrier, du tabac. Observons toujours que cette classification n'est point d'un caractère tout à fait scicntitique. En somme presque toutes les cultures alimentaires, et d'une manière générale toutes les productions végétales sont, à quelque degré, des objets d'industrie. Prenons un exemple. La pomme de terre, fournissant à Tindustrie beaucoup d'alcool, est une plante de culture industrielle au même titre que la betterave. L'emploi des fruits les plus divers par les distillateurs pourrait valoir aux plantations d'arbres fruitiers la qualification de cultures industrielles. Réciproquement la betterave, par le sucre, est alimentaire au premier chef.
La betterave. — Après la pomme de terre, c'est la betterave dont la
culture a fait les plus rapides progrès sur notre territoire dans le courant de ce siècle (i).
LtL betterave veut un climat de chaleur moyenne, humide, et une terre assez riche, il convient toutefois de distinguer les deux espèces de betterave, la betterave à sucre, dont les progrès ont été les plus remarquables, la betterave fourragère, d'une culture beaucoup plus facile. Ainsi la distribution géographique de la première est la seule caractéristique; l'autre est commune à tous les pays d*élevage. Au reste les deux espèces se partagent à peu près également les territoires à betteraves. Ces territoires sont surtout importants dans nos provinces de Flandre, d'Artois et de Picardie : soi riche et bien soigné, pluies abondantes, toutes les conditions de prospérité s'y trouvent réunies. Sur 150 millions de quintaux métriques récoltés dans une bonne année moyenne et valant environ 350 millions de francs, les cinq départements du Nord, du Pas-de-Calais, de TAisne, de la Somme et de TOise fournissent largement la moitié.
Les deux départements qui ont la part prépondérante sont TAisne, et le Nord (2).
Malgré ces progrès rapides, la France n'est que le deuxième pays producteur de betteraves. 11 convient d'observer qu'elle possède nombre de colonies riches en canne à sucre. L'Allemagne la devance à tous égards et fabrique plus de sucre et aussi plus d'alcool tiré de la distillation des betteraves (3). Il est vrai que les encouragements donnés à celle industrie agricole et les remarquables progrès de l'agronomie française nous permettent déjà de mieux lutter contre la concurrence étrangère.
Quant à la betterave fourragère, non seulement elle donne pour le bétail une nourriture saine et abondante, mais, grâce aux facilités d'engrais du sol qu'elle procure, elle exerce une grande influence sur la production des céréales. C'est une culture qui exige une terre riche et lui emprunte beaucoup d'éléments nutnitifs, mais permet aussi de les lui restituer en engrais. Il suffit, pour le comprendre, de comparer les cartes statistiques de la production des blés et des betteraves ; on constatera qu'il y a coïncidence générale des deux richesses, et en particulier le fait est frappant pour nos départements de la Flandre et de l'Artois.
Plantes textiles. — Les plantes textiles, lin et chanvre, occupent une surface de plus en plus restreinte. Ce n'est pas que notre sol se prête mal
(I) Progrès de la culture des betteraves :
1830 45 à 50.000 hectares.
1802 615.000 — dont 253.600 pour la betterave à sucre.
[Tj Aisne 65.700 hectares donnant 15.790.000 quintaux métriques.
Nord 47.000 — — 13,976.000 — —
(^) Allemagne (1892)... 320.000.000 quintaux métriques de betteraves. Autriche-Hongrie... 126.000.000 — — —
à leur culture. Mais leur consommation a beaucoup diminué depuis quecertaines industries, la fabrication des toiles à voile et des cordages en particulier, sont en décadence. En outre, le commerce étranger en importe à très bon compte, rendant toute concurrence impossible : noî> cultivateurs aiment mieux donner au sol un emploi plus lucratif.
C'est qu'en effet le chanvre exige une terre naturellement riche, et en. outre des frais de fumure et d'engrais. Comme sa période de maturation comprend tout au plus quatre mois, cette plante peut s'accommoder à divers climats. Semée au printemps, elle prospère à la fois sous l'influence des chaleurs tempérées et molles de l'ouest et sous le soleil plus cru et plus vif des départements éloignés de la mer. La zone méditerranéenne lui est seule interdite, à cause de la sécheresse de ses mois d'été et de la maigreur de son terroir. Maine, Touraine, Basse-Bretagne, Anjou, Poitou et Sainlonge, voilà le domaine de prédilection du chanvre. Les provinces les plus favorisées sont ensuite la Bourgogne et la Lorraine, puis la Guyenne.
La diminution de la superficie consacrée à la culture du chanvre est très marquée depuis le commencement du siècle (i). La production est légèrement supérieure à 450000 quintaux valant 28 millions de francs. Nous sommes obligés d'importer, particulièrement de Russie, une grande quantité de filasses (2). 11 y a d'ailleurs partout tendance à restreindre l'emploi des filaments de cette plante jadis si estimée.
On lui préfère pour plusieurs usages les produits du lin^ très supérieurs en finesse. Le lin a besoin des mêmes conditions que le chanvre, d'une terre riche et bien trempée d'humidité, il s'accommode moins aux brusijueries de température de nos provinces de l'est : pas plus que le chanvre il ne peut prospérer dans notre zone de climat méditerranéen. La Flandre, l'Artois et la Picardie produisent les meilleurs lins ; mais la Bretagne, la Vendée et la Guyenne fournissent aussi un appoint considérable. Malgré tout, la décadence de la culture du lin est marquée. Il y a trente-cinq ans cette plante occupait environ 100 000 hectares produisant plus de 6U000O quintaux; maintenant superficie et récolte sont réduites de plus de la moitié (3). La Russie supplée aussi à notre insuffisance; nous importons même un peu plus de lin que nous n'en récoltons.
(I) Superficie cultivée en chanvre:
Vers 1840 180.000 hectares.
(?) Importation du chanvre en France (1892; :
De Russie : 2 î2. 000 quintaux métriques valant 13.000.000 fr. (3) Culture du lin :
1890 32. 17 i hectares produisant 391 .500 quintaux métriques.
Marier. — Nous avons vu quelles conditions géographiques sont nécessaires au mûrier; c'est un arbre méridional par excellence qui fournit la nourriture du ver à soie. Les mûriers sont plantés en grand nombre dans nos départements de la vallée du Rhône inférieur, Gard, Vaucluse, Xrdèche, Drôme, Isère, et dans celui du Rhône. Mais ces plantations ne sont pas assez développées pour nous permettre de repousser le tribut des soies étrangères. Nous verrons que notre industrie de la soie est beaucoup plus intense qu'on ne pourrait Tattendre du nombre médiocre de mûriers que nourrit notre France méridionale.
Une loi récente en prescrivant l'attribution de primes à la sériciculture a encouragé les planteurs de mûriers.
Tabac. — Le tabac est une des plantes qui s'acclimatent le plus aisément dans des régions diverses et sur des sols de valeurs différentes. Ajoutons que la qualité et le goût des feuilles varient beaucoup suivant le terroir et le climat, et que la France, malgré la multiplicité de ses zones climatiques et de ses terrains, ne peut satisfaire aux caprices infinis de cette consommation de luxe. Aux tabacs français la régie doit ajouter, pour fabriquer les nombreux produits recherchés des fumeurs ^ les feuilles nées sous le soleil du Levant, dans les Antilles et ailleurs. Du reste l'existence d'un monopole d'État amène nécessairement une limitalion de la culture nationale du tabac. On ne peut élever cette précieuse plante sans une autorisation du gouvernement, sauf le cas où l'on destine à l'exportation les produits de sa culture; mais en France l'Etat a seul droit d achat et de vente.
Aussi les permis de culture n'ont ils été accordés qu'en nombre assez restreint, généralement dans les départements voisins de nos grandes manufactures de tabacs. C'est dans la zone du sud- ouest, en Guyenne, que les plantations de tabac sont le plus développées, puis en Flandre et en Artois, enfin en Lorraine, Provence, Savoie et Bretagne (lUe-et- Vilaine). La surface cultivée, qui a souvent varié au gré des nécessités de la consommation et aussi des oscillations du marché international, parait s'être fixée, depuis quelques années, aux environs de 15 400 hectares produisant de 22o à 230000 quintaux d'une valeur de 20 millions^ de francs.
En somme la culture du tabac a chez nous une répartition factice,, fiscale, dépendant des besoins du trésor public et des conditions du commerce, nullement des lois de la géographie. Au reste comment une plante si souple à l'acclimatation pourrait-elle avoir un domaine bien désigné ?
Houblon. — Le houblon est la ressource des pays où la vigne et les fruits à cidre ne rencontrent pas régulièrement des conditions climatiques favorables. Mais l'usage de la bière, boisson à bon marché et aussi objet d'une consommation de luxe, se développant chaque jour, les houblonnières sont devenues de plus en plus nombreuses ; elles le seraient davantage si d'une part nos fabricants de bières se met- Uient tous mieux au courant des procédés perfectionnés et économiques
^e fabrication, si d'autre pari les consommateurs encourageaient cette •transformation en renonçant à leur engouement pour les produits -étrangers.
Nos meilleures houblonnières sont celles de Bourgogne et de Lorraine ; on sait que TAlsace en possède un grand nombre. Vient ensuite la Flandre.
Au reste la plantation varie d'intensité suivant les demandes du commerce, l'état des brasseries ; et en outre les variations du produit pour une même surface sont fort sensibles. D'une manière générale on peut dire que la culture du houblon s'est développée chez nous depuis cinquante ans. La progression était constante de 1850 ai 870; entre ces deux dates elle s'était élevée de i 500 à plus de 5 000 hectares plantés. La perte de l'Alsace a amené une diminution importante (1).
Plantes tinctoriales. — Les plantes tinctoriales, garance, gaude, pastel et safran , occupent aujourd'hui une superficie peu importante. La •concurrence irrésistible des produits chimiques dérivés de la houille et d'autres corps a tué ces cultures, qui faisaient tout récemment encore la fortune de quelques-uns de nos départements.
Le pastel n'est presque plus cultivé, sauf dans le Gers ; on a remplacé avec avantage la couleur bleue que donne ce végétal. La gaude tient en- <;ore quelque place dans les champs du Doubs et de l'Hérault et fournit une teinture jaune assez particulière.
Mais les deux grandes cultures que la transformation industrielle a presque détruites sont celles de la garance et du safran (crocus). Notre département de Vaucluse a été cruellement éprouvé le jour où la chimie a dépossédé ces deux plantes tinctoriales de leur importance commerciale. La culture de la garance en particulier était une de nos plus anciennes industries agricoles, développée grâce à la féconde Initiative -d'Ollivier de Serres.
Plantes oléagineuses. — Les plantes oléagineuses, dont les graines sont employées à la fabrication des huiles, sont surtout cultivées dans nos pays humides, tempérés, riches de terroir du nord et du nord-ouest. Mais, d'une part, l'étranger importe ces graines en grande quantité et à bon compte sur nos marchés, et d'autre part, la consommation des huiles végétales d'éclairage diminue devant les progrès de l'huile minérale ou pétrole, du gaz et d'autres produits donnant la lumière à bon marché.
Nous avons déjà constaté combien les cultures de lin et de chanvre s'étaient réduites sur notre territoire k la suite de ces révolutions industrielles et commerciales. Les graines comme les fibres de ces deux plantes ont perdu beaucoup de leur utilité et de leur valeur.
Le colza, Vœillette, et la navette ont partagé le même sort. Le colza occupait vers 1874 près de 170000 hectares; on ne lui en réserve plus maintenant que 60000 environ. Les surfaces ensemencées en autres
(1) Houblon (1892) :
2.724 hectares produisant 35.823 quintaux valant 8.000,000 fr.
graines oléagineuses se sont réduites, pendant la même période, de 50000 à 25 000 hectares environ. Nous récoltions en 1840 près de 2 300000 hectolitres de graines de colza : les dernières récoltes ont rarement dépassé le chiffre de 1 million.
Des deux causes de décadence que nous avons indiquées ci-dessus, la concurrence étrangère semble encore être la plus grave; car depuis dix ans nous avons toujours importé des graines oléagineuses pour une valeur annuelle d'environ 155 millions de francs. 11 ne faut pas oublier d'autre part que les terres enlevées à la culture de ces graines sont parmi les plus riches et nourrissent, depuis ce jour, des plantes donnant un meilleur revenu. Ce n'est donc pas une perte pure et simple, et tel qui voudrait revenir à l'ancien état de choses, dont il déplore la fin, oublie que pour rendre leur place au lin et au colza, il faudrait souvent exproprier des blés ou des betteraves.
Résumé. — En résumé, notre sol se prête merveilleusement aux cultures les plus variées. Mais cette souplesse d'acclimatation des plantes risque de donner aux cultivateurs de nos pays plus aisément qu'à d'autres Tillusion que la terre de France a besoin de moins de ménagements et exige de celui qui l'exploite moins d'études approfondies. Il n'en est rien. Si cette indulgence naturelle de notre sol a encouragé des cultures hasardeuses et amené une dispersion regrettable des efforts si précieux des habitants de la campagne, il est temps de réagir. Certes 1 application des méthodes scientifiques est plus difficile en raison même de la variété d'aptitudes de nos régions naturelles, qui ne sont point nettement tranchées comme ailleurs ; mais elle est aussi plus méritoire. Déjà l'agronomie a beaucoup amélioré nos cultures de céréales; il semble que jusqu'ici l'exploitation des forêts et surtout celle des arbres fruitiers n'ont pas attiré aussi vivement les efforts de la science agricole. Ou moins les progrès accomplis dans les stations d'études n'ont pas encore assez largement profité à nos classes laborieuses. 11 faut espérer que la sollicitude des hommes de science et la sincère conûance de ceux qui cultivent de leurs mains sauront remédier au mal et nous donner là encore un rang meilleur. Mais on se tromperait en croyant que la géologie et la <'hifnie seules nous donneront la solution du problème ; il sera nécessaire dV joindre les considérations tirées d'une bonne étude des climats.