fr
Budget ordinaire.
Recettes extraordinaires (1 892-93) 1 .462.920. 7jio fr.
Dépenses extraordinaires ~- 1 .029 . 800. 225
Recettes et dépenses des administrations locales (1890-91), sauf TÉcosse:
Recettes 1 .576.086. 175 fr.
Dépenses 1 .568.844.000
Dette publique (1893) 16.583.755.925 fr.
Intérêt annuel 572. 576.526
(2) Armée et marine (1893) :
Budget de la guerre 438.550.000 fr.
— marine (ordinaire).... 357.550.000 fr. > m' *»ri «!•-
- - (extraordinaire). 47.714.275 ) wo 20*..i;>
Total 843.814.:!76
Année. Pied de paix 227.200 hommes.
Dont dans la métropole.. 114.083 —
Pied de guerre 708.807 — 5G. 330 chevaux.
Dont dans la métropole . . 586.402 — 27.680 —
Marine. Navires 695
Jauge 1 .598. 130 tonneaux.
Chevaux-vapeur... 1.590.126
Canons 6.341
Équipages 106.902 hommes en temps de guerre.
Officiers 8.096 — —
i*Angleterre est loin d'avoir conservé la supériori lé qu'elle avait autrefois sur les autres nations d'Europe : sa prééminence numérique ne tient plus qu a peu de chose, et les territoires qu'elle doit protéger sont de plus en plus nombreux et dispersés à la surface du monde.
§ II. — Géographie économique.
Condition générale et situation. — Le nom seul de la Grande-Bretagne évoque aujourd'hui Tidée d'une richesse économique extraordinaire à tous égards, d'une agriculture méthodique et savante, d'une industrie prodigieusement active, d'un commerce universel par son étendue et par son objet. Soi riche et capable de nourrir une belle végétation, sous-sol contenant en abondance le plus précieux des trésors minéraux, la houille, empire colonial immense ouvert à son commerce, le Royaume-Uni a tous les éléments d'une prospérité incomparable. Si les faveurs de la nature envers le peuple anglo-saxon ont été nombreuses, reconnaissons aussi qu'il en a faille meilleur elle plus intelligent usage, que son esprit d'initiative est pour beaucoup dans sa fortune.
A. Agricclturk.
Aptitude naturelle. — La latitude des pays qui composent le Royaume- Uni les place presque complètement dans la zone de culture des céréales de l'ancien continent; le froment et l'orge, à plus forte raison l'avoine et le seigle y rencontrent des conditions favorables. La composition géologique du sol, la nature particulière d'un climat très doux pour cette latitude, tout concourt d'ailleurs à accentuer l'aptitude agricole de cet état insulaire.
Lia composition du sol détermine déjà un ordre assez rigoureux d'aptitude. En Angleterre, les comtés de l'est et du centre ont des terres grasses, comme celles de la Hollande, dans les parties les plus voisines de la mer, puis, à l'intérieur, des champs sablonneux mais amendés comme dans la Flandre belge. Les pays du sud, en face de la France, composés soit de sols calcaires dans la zone des Downs, soit de roches granitiques dans la chaîne dévonienne, sont déjà beaucoup moins propres au travail agricole; leur limite est marquée par la Tamise dont le domaine comprend surtout de fortes terres argileuses. Les plateaux de l'ouest, les croupes granitiques du pays de Galles, celles de la chaîne pennine, font contraste
Dépenses prévues pour la construction des navires et l'amélioration de la flotte de 1889 à i899 : environ 1 milliard 375 millions.
Budget de la marine pour 1896-97 S45.O0O.O0O fr.
(Discours du ministre de la marine à la Chambre des Communes, i mars 1896).
« Nos Oottes sont les corps d'armée que nous plaçons sur nos frontières » (td., ibid.).
4d8 L'EUROPE.
avec TAngleterre orientale, digne rivale de la France du nord, de la Belgique et de la Hollande.
En Irlande les massifs de Test et du sud-ouest sont dans la même condition que les montagnes du pays de Galles qu'ils continuent ; au nord les chaînes basaltiques de Donegal, Sperrin et Mourne rappellent les Cheviots et les Grampians par la rudesse et Tescarpement de leur sol. Si le relief diminue retendue des champs réservés au meilleur emploi agricole, les dépressions marécageuses réduisent encore la surface utilisable.
En Ecosse le contraste est violent entre les Highlands et les Lowlands. Les Highlands écossais sont la région de la Grande-Bretagne la moins propre à la culture ; les plateaux du nord offrent encore un certain espace accessible aux labours, beaucoup aux pÀturages, mais la zone des champs proprement dits est celle du Strathmore entre les Cheviots et les Grampians.
Le climat est caractérisé par un adoucissement extraordinaire sous une pareille latitude. Il y a excès d*humidité, c*est-à-dire condition très favorable pour les pâturages, médiocre pour la culture, en Irlande et sur le versant occidental d*Angleterre et d^Écosse. L'Angleterre du centre, de lest et du sud-est, moins humide à cause de Técran montagneux qui tempère l'action des nuées de Touest, se prête à tous les usages agricoles.
Quant au relief , il est trop médiocre pour modifier violemment la condition favorable du sol et du climat. Les montagnes tout à fait impropres à la culture et à Télevage ne couvrent pas même un quart de la superficie des lies Britanniques (1).
Les fies Britanniques composent, avec une partie de la Norvège, les régions les plus septentrionales de l'Europe qui soient encore dans la zone des forêts et cultures à saisons tranchées. La flore primitive est presque connplètement détruite en ce pays où remploi des terrains est industriel à outrance ; le frône, le chêne et le hêtre ont persisté dans les forêts. Quant à la faune originelle elle a complètement disparu, sauf en Ecosse.
Forôta. — Le premier effet de la culture intensive à laquelle se livrent les Anglais a été la suppression des forêts ou leur réduction à une étendue minime. Les traditions rapportent qu'au moyen âge et au début de.s temps modernes de vastes surfaces boisées existaient encore ; ainsi
(l) Distribution des terres :
AngleleiTe. Galles. Ecosse. Irlande. Mo^eone.
Pour 100. Pour 100. Pour 100. Pour 100. Poar 100.
Terres cultivables et pâturages... 77 CO 25 72 58.5
Bois, taillis, etc 4.8 3.5 4.5 1.6 3.6
Montagnes, landes, eaux, etc 18.2 36.5 70.5 26.4 37.9
DistributioD de la population (1891) :
Population toUle. Population agricole.
Angleterre et Galles 29.002.525 1.311.270
Ecosse 4.025.6^7 219.985
Irlande 4.701.570 036.759
les pays de Kent et de Sussex faisaient beaucoup de fonte au bois ; aujourd'hui les forêts ne représentent plus 4 p. i 00 de la superficie totale des Iles Britanniques.
Cnltores alimentaires. — Les champs de céréales de la Grande-Bretagne sont près de cinq fois moins étendus que ceux de la France. 11 n'en faut pas conclure que toutes les terres capables de se prêter à cette riche culture comptent pour une si faible étendue. Si la culture des ceréaies occupait le sol apte à la faire prospérer, elle donnerait largement de quoi nourrir toute la population. Mais la prédominance de la grande propriété a fait obstacle au développement des champs de froment, d orge et d'avoine; les possesseurs de vastes domaines consacrent à 1 élevage, en Ecosse et en Irlande, des milliers d*hectares qui pourraient donner les plus riches moissons. Ainsi, la culture des céréales est aussi habile et savante que possible en Grande-Bretagne; mais elle n'y tient pas la place qui devait lui être réservée. Elle diminue même d'une façon constante devant les progrès des p&turages (i).
C'est Vavoine qui occupe la plus grande étendue. En Angleterre et en Ecosse on lui consacre les terrains montagneux, c'esl-à-dire les pays de l'ouest, du centre et du nord. En Irlande, où la petite propriété est beaucoup plus développée que dans le reste du Royaume-Uni, on voit des champs d'avoine dans les terrains assez riches, comme il arrive chez nous : cette contrée fournit près de la moitié de la production totale.
Le domaine du 6^^ est plus restreint et, à la suite de l'afflux des blés coloniaux ou étrangers vendus à vil prix sur le marché anglais, les surfaces ensemencées en froment tendent à se restreindre de plus en plus. De 1874 à 1893, la superficie cultivée en blé a diminué, en Grande- Bretagne de la moitié, et en Irlande, de plus des deux tiers. Il n'est pourtant point de terres plus productives que celles des comtés de Kent, de Lincoln et de Norfolk, de Sufîolk et de Bedford. En revanche, la production moyenne de l'hectare n'a cessé de s'accroître grâce aux progrès des sciences agricoles et à leur intelligente application. La moyenne du rendement à l'hectare est de 28 hectolitres, alors qu'en France nous n'atteignons que 15 hectolitres.
Vorge tient une place importante dans les cultures céréales de l'Angleterre qui fabrique et consomme beaucoup de bière. Comme en France, elle a le même domaine géographique que le froment et occupe les grasses terres du sud et du sud-est. L'Ecosse et l'Irlande n'ont qu'une fort médiocre étendue de champs d'orge.
Le seigle fut jadis récolté dans les hautes régions de l'Angleterre et surtout en Ecosse, sur les terrains renfermant du calcaire en excès. Mais la concurrence du pain de blé et des pommes de terre, a retiré au seigle le rôle considérable qu'il jouait dans l'alimentation publique au
(1) Culture des céréales :
1874 4.578.531 hectares.
début de ce siècle. L'avoine aussi, nécessaire à un pays riche en chevaux, a empiété sur le domaine du seigle (1).
Les pommes de terre ont autant d'importance pour la nourriture du peuple anglais que le froment pour celle du peuple français. Llrl&nde en cultive beaucoup, TAngleterre un peu moins, TÉcosse fort peu ; mais la production moyenne de près de cinq tonnes à Thectare est considérable (2).
Il est peu de pays où la culture des plantes maraîchères et des légumes soit mieux entendue qu'en Angleterre et dans Tlrlande au climat tiède et humide. Cependant la production est encore insuffisante pour la consommation, et TAngleterre importe du continent et en particulier de Normandie des quantités considérables de légumes.
Cultures arboreaceutes et fruits. — Malgré leur science agricole, les Anglais n'ont pu pousser aussi loin que les pays continentaux du nord-ouest de TËurope la culture des arbres fruitiers. Les serres des lies anglo-normandes et celles des comtés du sud-est renferment des vignes à titre de curiosité horticole ; la houille à bon marché y rend ces jeux moins difficiles qu'ailleurs. Mais, si la Grande-Bretagne est par excellence un pays tempéré, Tinsolation y est trop peu intense pour permettre la culture en pleine terre d*un grand nombre d arbres fruitiers.
Le pommier est dans son domaine au sud-ouest de TAngleterre. Autour de la baie de Bristol, les pays de Gioucester, de Hereford et de Somerset en possèdent un grand nombre ; Tarbre y est aussi vigoureux et productif que dans notre Normandie.
Au reste, le pommier est assez commun dans toute l'Angleterre méridionale. Les poiriers et les cerisiers s'accommodent aussi du climat des mêmes provinces. En somme le domaine des cultures arborescentes est assez restreint dans la Grande-Bretagne qui est, en majeure partie, sujette à des pluies surabondantes et jouit rarement d'un ciel serein et d'un vif soleil.
Cultures industrielles. — Nous constaterons plus loin que pommes de terre et fruits sont traités dans les Iles Britanniques pour la production de matières industrielles ; mais ils ont surtout une importance alimentaire. La betterave n'y trouve plus une chaleur suffisante ; la Belgique et la Flandre française marquent sa limite extrême vers le nord.
La culture des plantes textiles, qui occupa jadis une très grande
(1) Culture des céréales (1893) :
Superficie. Production.
Blé 788.814 hectares. 18.680.3à0 hectol.
Orge 806. 57G — 23.954.000 —
Avoine 1.785.680 — 59.812.600 —
(2) Culture des pommes de terre :
Superficie 505. /.48 hectares.
Production C. 000 . 000 de tonnes environ .
étendue de territoire en Angleterre, tend aujourd'hui à se restreindre. Les manufacturiers anglais trouvent à Fétranger, en Russie surtout, un approvisionnement à meilleur compte. Aussi le lin même, que les champs anglais et irlandais donnent d'excellente qualité, n'est-il plus cultivé qu'en Irlande, et encore sur une superficie peu considérable.
De même le tabac donnerait, dans l'Angleterre du sud-est, des feuilles aussi estimées que celles de la Hollande. Mais l'empire colonial fournit en abondance et à bon compte toutes les variétés de cette plante.
En revanche, le houblon est une culture de première nécessité, comme la vigne en France. L'atmosphère tiède des comtés de Kent, d'Essex et de Worcester, aux sois assez riches d'ailleurs, suffit à amener le houblon à maturité. Même les houblons anglais ont une réputation qu atteignent seulement ceux de Belgique et de Bourgogne (1).
Les plantes tinctoriales ont vite disparu du sol anglais devant les progrès rapides des industries chimiques qui tirent des couleurs de la houille. La décadence des plantes oléagineuses n'a pas été moins marquée pour une raison analogue.
En résumé, la culture, très perfectionnée chez nos voisins, n'est pas encore répartie d une manière tout à fait rationnelle. On ne s'étonne pas, à coup sûr, d*y constater le recul et môme la disparition de plantes industrielles que les progrès mômes de l'industrie ont éliminées. Mais il semble plus surprenant, au premier abord, que des cultures riches et rémunératrices comme celles des céréales, ne soient pas plus répandues. En réalité, il n'y a là qu'une contradiction apparente : l'Anglais tirerait sans doute de ses champs du froment en abondance; mais ses navires le lui apportent de l'étranger et des colonias à meilleur compte encore, et toujours pour la même raison, parce que les transports par mer lui coûtent fort peu.
Prodactiona animales; élevage. — La Grande-Bretagne est le pays classique de l'élevage. L'agriculteur anglais, toujours en quête de nouveaux progrès, s'efforce sans cesse de donner à chaque pays la race d'animaux qui peut le mieux y prospérer, et de modifier même les qualités et aptitudes de chaque race au gré des besoins de la consommation et du commerce.
Partout d'ailleurs la nature a favorisé le développement des p&turages et des prairies. L'humidité qui enveloppe pendant de longs mois la Grande-Bretagne et l'Irlande d'une manière presque permanente entretient, comme dans notre Normandie, de gras herbages. La douceur même du climat est un avantage inappréciable; les animaux, n'ayant pas à souffrir des brusqueries de température qui sont le fléau des pays
(1) Culture du lin (1893) 27.755 hectares.
Dont en Grande-Bretagne 5.082 —
Culture du houblon (en Grande-Bretagne seulement) :
Superficie ... 23.952 hectares.
d'élevage du continent, sont laissés en liberté pendant de longues périodes. A Tétable, ils sont soignés avec une sollicitude inconnue de la plupart des contrées de TEurope.
L'Irlande, surabondamment arrosée, sillonnée d'une multitude de cours d'eau, n'a de rivale, pour la verdeur et la vigueur de la végétation, que les Pays-Bas hollandais. En Ecosse, c'est aussi la végétation naturelle qui fournit la nourriture aux animaux ; les pâturages couvrent la moitié de la superficie cultivable. L'Angleterre, où les cultures proprement dites sont beaucoup plus développées, donne pourtant encore 50 p. 100 des terrains arables aux pâturages et prairies. Mais déjà les étendues régulièrement cultivées en herbes, c'est-à-dire les prairies natvreUeSy sont prédominantes. Les prairies artifieielles sont le plus nombreuses dans la zone de culture intense du sud-est de l'Angleterre comme dans notre Flandre (1).
L'élevage des bétes à cornes est celui qui montre le mieux l'esprit de méthode des agriculteurs et des grands propriétaires anglais. Les rares perfectionnées, celle de Durham^ excellente pour la boucherie, et celle d'^i^r, remarquable par ses qualités laitières, sont recherchées par les éleveurs de toute l'Europe.
C'est l'Irlande qui compte le plus grand nombre de bètes à cornes, eu égard à sa superficie et à sa population (49 par 100 hectares et 80 par 100 habitants) ; elle arrive ainsi en tète des pays d'Europe.
L'Angleterre septentrionale et centrale, les pays de Galles et de Cornouaille, enfin le sud-est de l'Ecosse (comtés de Dum frics et d'Ayr) sont ensuite les mieux partagés et sont à peine inférieurs à l'Irlande.
L'élevage des chevaux est surtout prospère dans le nord-est de l'Angleterre (comtés de York et de Lincoln) et en Irlande. Les races de selle et de trait de la Grande-Bretagne comptent parmi les meilleures de l'Europe.
Les troupeaux de moulons sont répartis d'une manière toute dififérente. Les maigres pâturages du pays de Galles, de l'Angleterre septentrionale (Cumberland et iNorthumberland), et surtout les montagnes de l'Ecosse, en possèdent le plus grand nombre. Les Écossais élèvent la race Chevioi, les Anglais du sud-est la race des Soulk-Dovms, qui donnent une laine estimée ; pour la boucherie, les DU/dey, lourds et gros moutons, sont nourris dans les pâturages de plaine.
Au reste, en Angleterre comme sur le continent, le nombre des moutons a rapidement décru à mesure que les éleveurs d'Amérique du Sud et d'Australie faisaient une concurrence irrésistible à ceux d'Europe par des envois de laines et même de viandes à vil prix.
L'élevage des porcs a de même décru depuis quelques années, mais dans une moins grande proportion.
(I) Pâturages (1893) :
Grande-Bretagne 1 G. 492. 567 hectares.
hlande 11. 175.844 —
Total 27.668.411 —
L'apiculture n est une ressource importante qu*en Ecosse ; Télevage des volailles, si développé en France, Test beaucoup moins en Angleterre. C'est une conséquence de la division du sol en un petit nombre de vastes propriétés (4).
La chasse et la pêche. — Dans ces grands domaines, la chasse est pratiquée par les riches propriétaires d'une manière presque industrielle ; le gibier, daims, chevreuils, lièvres, etc., est parqué, entretenu, surveillé avec un soin jaloux.
Mais la pêche seule peut être considérée comme une véritable ressource alimentaire du peuple anglais. Parmi les poissons de rivière, on doit surtout citer les saumons, nombreux en Ecosse et en Irlande. La pèche maritime est pratiquée par un grand nombre de navires; et les marins anglais, apportant à cette t&che leur préoccupation industrielle, ont perfectionné navires et engins de manière à accroître les produits et le proOten diminuant le personnel employé. Cest ainsi que d'heureux essais ont été tentés pour appliquer la navigation à vapeur aux croisières de pêche. Morue, hareng, maquereau, turbot soniles poissons recueillis en plus grand nombre par les flottilles des côtes britanniques (2).
Résumé de la production agricole. — 11 ne faut pas, comme pour les autres États, considérer seulement Je rapport qui existe entre l'aptitude naturelle des lies Britanniques et le parti que les habitants ont su tirer de cette aptitude. L'Anglais voit plus loin; il calcule son intérêt agricole, comme les autres, en étudiant aussi la condition économique de l'empire colonial britannique et de tous les peuples avec lesquels il est en rapports. S'il juge que l'importation des céréales lui donne du pain à meilleur marché que leur culture sur le sol national, son parti est pris, il restreindra ses ensemencements; si les terres de l'Europe orientale et celles du Nouveau-Monde lui offrent à bon compte des plantes textiles, il ne s'entêtera pas à les cultivei*.
Mais il applique toutes les ressources de son industrieux génie aux travaux dont l'utilité et le bénéfice lui paraîtront évidents. N'est-ce pas là encore un moyen de se conformer aux desseins de la nature, de suivre les lois de la géographie? Sage est l'agriculteur qui ne demande à son sol
(1) Elevage (1893) :
Angleterre Galles. Ecosse. Irlande. Royaume-Uni.
Chevaux 1.173.809 147. 3U 203.374 545.180 2.079.587
Bêtesàcornes. 4.744.059 738.608 1.218.009 4.464.026 11.207.554
Moutons 16.805.280 3.101.^90 7.373.164 4.521.593 31.774.824
Porcs 1.793.456 200.676 119.398 1.152 365 3.278.030
(2) Pêcheries (1892) :
Valeur du poisson péché, y compris les coquillages... 179.196.800 fr. Saumon (1892) 16.900.000
Flotte de pêche ;1K92) :
Bateaux 27.157
Hommes 120. 356
que les efforts les plus profitables et sait en modifier les emplois au gré des révolutions économiques du monde entier. Seulement cette sagesse n'est permise qu'aux peuples dont la richesse industrielle et commerciale garantit lavenir contre Jes brusques secousses des crises économiques, qui sont cosmopolites parce que leur empire colonial comprend des pays de toutes latitudes et de toutes productions.
B. — Industrie.
Conditions naturelles. — Le sol de la Grande-Bretagne renferme des gisements houillers d une richesse prodigieuse, ce qui est la première condition de prospérité de l'industrie en notre siècle : ces gisements sont d'une exploitation facile et peu coûteuse. Les minerais utiles ne font pas non plus défaut.
Ce n'est pas le seul avantage du Royaume-Uni. L'esprit industriel comme l'esprit mercantile, est profondément entré dans les habitudes de la nation. 11 n'y a point, comme chez certains peuples du continent, un reste de parti pris et de haine ignorante des ouvriers contre les machines, leurs rivales; le travailleur anglais ne s'entête point à cette sotte lutte dont il sait trop bien l'issue; il comprend que le temps des manœuvres est passé, que l'instruction professionnelle lui donnera l'aisance au prix d'un moindre effort matériel. Et si les ateliers de la mère patrie ne lui offrent plus de besogne, à cause des progrès de l'art mécanique, il s'en va aux colonies, toujours sûr d'y trouver une occupation.
Enfin l'industrie anglaise est favorisée par l'intensité même du commerce, qui lui assure des débouchés coloniaux ou étrangers.
Industries dérivées du règne minéral. — Parmi les industries extractives, celle de la kouille tient, sans contredit, le premier rang. On estime que la surface des terrains consacrés aux exploitations houillères est d'environ 16,000 kilomètres carrés, le nombre des ouvriers employés de plus de 600,000 (1).
Les gisements houillers sont repartis entre les différentes régions de terrains anciens, en Ecosse, dans les pays de Galles et de Gornouaille, dans les comtés du nord et du centre de l'Angleterre. C'est l'Angleterre qui exploite les bassins les plus importants, puis le pays de Galles et l'Ecosse : le sol irlandais est assez pauvre (2).
(1) Travailleurs des mines de houille.
1861 282.473 ouvriers.
(2) Extraction de la houille dans les diverses parties du Royaume-Uni :
Angleterre (1892 127.723.150 tonnes (les 5,7 du total).
Pays de Galles 27 . 191 .923 —
Ecosse 7 . 794 . 613 —
Irlande 111.881 —
De tous ces bassins, le plus important est celui de Durham et Northum-' berland au nord de TAngleterre ; sa production, qui fait vivre les ports de IScwcastle et de Sunderland, est égale à la consommation totale de la Fruïce.
Le bassin du Yorkshire vient ensuite, puis celui de Lancashire; enfin les bassins du Staffordshire et des environs désignés sous le nom général de bassins du Centre alimentent une industrie prodigieusement active.
Le pays de Galles possède les riches mines du Glamorgan, dont la production est presque égale à celle du Yorkshire; la houille de Cardi^ passe pour une des meilleures et rivalise avec celle de Gharleroi.
L'Écoue exploite une longue série de mines dispersées dans ses comtés méridionaux, en particulier dans ceux de Fife et d'Ayr (1).
Le Royaume-Uni est sans contredit au premier rang de ceux qui exploitent actuellement le combustible minéral. Si d*autres pays, comme les États-Unis ou la Chine, ont des amas de houille plus considérables, ils ne les exploitent pas d*une façon proportionnellement aussi active. En outre, il faut remarquer que l'exploitation est moins chère en Angleterre que partout ailleurs, sauf aux États-Unis.
L'Irlande, pauvre en houille, est, comme la Hollande, à laquelle elle ressemble à tant d'égards, riche en tourbe.
Remarquons que la Grande-Bretagne est non seulement favorisée par le nombre et l'importance de ses bassins, mais encore par leur situation géographique. Il n'est pas de pays qui soit situé à plus de 250 ou 300 kilomètres d'une mine de houille; et Tlrlande est à portée de ces trésors de l'Ile voisine.
Le minerai de fer de toutes qualités est tiré de mines qui sont nécessairement voisines des houillères, les houillères étant réparties dans toutes les parties du royaume. L'Angleterre possède du minerai carbonate au centre, du fer oligiste au nord; l'Ecosse est non moins riche, et l'Irlande apporte son contingent.
(1) Extraction de la houille :
Total (189:)} 166.955.000 tonnes.
Valeur 1.407 .523.000 francs.
Prix moyen de la tonne 8 fr. 43
Total (1892) 181.786.871 tonnes.
Valeur 1 .651.000.000 francs.
Tonnes.
Dufham (1892) 23.834.027 ) „ ,.^ g^,
Northumberland 9.528.834» ««-«o-fo»»»
Yorkshire 23. 189.915
Gianiorgao . i 22.808.314
Bassins de ( Lancashire 22.356.171
Staffordshire 14.132.827
Derbyshire 11.141 .152
Nottinghamshire 7.159.750
\ Monmouthsbire 7.407.604
Géographie économ. 30
Cette richesse en fer n'aurait pas une très grande importance, ce minerai étant commun et même surabondant en Europe, si le voisinage des mines de houille ne facilitait beaucoup le travail métallurgique et ne mettait ainsi la Grande-Bretagne dans des conditions particulièrement avantageuses.
Le cuivre des pays de Cornouailles et de Galles a longtemps lutter sur les marché du continent, avec celui du Chili, mais la production diminue de plus en plus, malgré la qualité du minerai, excellent surtout dans le comté de Glamorgan.
Les minerais de plomb, souvent argentifères, sont tirés surtout des comtés du nord de TAngleterre, York, Northumberland, Cumberland, et du sud de TÉcosse (Dumfries). Toutefois la quantité extraite diminue.
Le zinc de Cornouailles, de Galles ou de TUe de Man est loin de suffire,, malgré un accroissement sensible dans la production, à entretenir l'activité des usines.
L'étain, cette richesse des lies Britanniques dans Tantiquité (tlesCassitérides), donne encore un contingent important.
Le self gemme et marin, est une des grandes richesses du pays : mines de sel gemme du CA6s/itr6, marais salants du littoral, donnent un produit plus considérable que celui d'aucun pays du monde.
11 faut ajouter à cette énumération quelques mines d'arsenic, d'oluoiifrium, de manganèse et de pyrites de fer (i).
Les carrières ne sont pas moins abondantes que les mines. C'est une conséquence de la variété des couches géologiques que l'homme peut aisément exploiter dans le Royaume-Uni.
L'Irlande et les Grampians fournissent un granit estimé ; des Hébrides et des Shetland, on tire d'excellent gneiss. Les pierres de taille calcaires proviennent surtout de l'Ecosse et du comté d'York. Les ardoises sont exploitées dans le pays de Galles et dans le comté de Cumberland. L'Ecosse méridionaledonne des grès de pavage et de construction.
Mais rien n'égale en Angleterre, dans l'industrie des carrières, l'importance de l'extraction des matériaux servant à fabriquer les poteries, les briques, les porcelaines. Le domaine de Vargile est tout différent des
(I) Production minérale (1893):
Tonnes. Valeur.
Bituma 1 .988.000 12.336.000 fr.
Fer 11.383.000 71.321.000
Cuivre 5.400 . 327.000
Plomb 41 .500 7.075.000
Zinc 24. 100 2.050.000
Pyrites de fer 16.0U0 184.000
Étain 13.900 16.06C.000
Manganèse 1 .360 19.000
Sel 1 .955.000 18.542.000
Arsenic 9. 160 1 .529.000
Aluminium 8.960 103.000
Or 120 kgr. 365.000
précédents; il s*étend sur les comtés du Centre et de TEst surtout, dans la zone des terrains jurassiques et des terrains carbonifères. Le Staffordshire est le pays par excellence de l'extraction des argiles plastiques. Les briques et les tuiles sont le produit d'une fabrication très active dans toutes les provinces basses de TËst. Londres est presque entièrement construit en briques.
Les eaux minéi*aleSy toutes froides, sauf celles de Bathy dans le Somerset9hire, sont moins célèbres que celles du continent. En effet, les Anglais qui ont besoin de suivre un traitement ont tout intérêt à rechercher les stations d'Allemagne et de France, où ils trouvent à la fois bons soins et bon climat. Cependant la belle saison attire une assez grande affluence de visiteurs vers les sources ferrugineuses de Tunbridge-Wells, dans le pays de Kent. Les eaux salines d'Epsom sont exportées pour une valeur considérable.
ladnstrias métallurgiques. — Tous ces produits minéraux d'un sol libéralement doté par la nature sont mis en œuvre avec intelligence et activité ; leur premier traitement, puis leur transformation en objets industriels proprement dits, occupent dans le Royaume -Uni des millions d'ouvriers et exigent une force motrice de plus de 10 millions de chevauxvapeurs.
L'emplacement géographique des hauts fourneaux a été rigoureusement déterminé, puisque mines de fer et houillères sont situées dans les mêmes régions. L'Angleterre vient immédiatement après les États-Unis pour la fabrication de la fonte.
En Angleterre, le groupe le plus important est celui du Centre ou du Staffordshire; le district de Birmingham n'a de rivaux chez les États européens que les centres métallurgiques de Westphalie. On peut citer ensuite les hauts fourneaux du Yorkshire et du Cumberland.
Le pays de Galles possède moinsde groupes; mais les hauts fourneaux du district de Afert^yr-Tydri/ sont aussi nombreux que ceux de Birmingham.
En Ecosse, c'est la région de Glasgow qui est de beaucoup la plus importante.
Pour la production du fer, les usines anglaises viennent encore au second rang, mais à une très grande distance des États-Unis. Sheffleld et Merthyr-Tydvil ont la spécialité des fers.
Les aciers anglais jouissent d'une grande réputation, quoique les usines françaises et allemandes aient fait en réalité plus de progrès que celles du Royaume-Uni. Shefpeld est la métropole de l'acier. Les progrès des États - Uni et de l'Allemagne ont fait passer la production britannique au troisième rang.
Les minerais de cuivre sont réduits dans les usines du pays de Galles, à Sivansea (comté de Glamorgan), qui comprend l'une des plus grandes accumulations d'usines qu'on puisse voir, mais s en tient exclusivement à ce travail des minerais cuprifères. C'est la ville du cuivre.
Le plomb est travaillé à Newcastle^ qui traite les minerais de Durham et de Northumberland, puis dans le comté d'York et en Ecosse.
Sauf pour le fer et Tétain, la plus fiprande partie des minerais traités vieunent de Tétranger (1).
Les industries mécaniques sont naturellement très déyeloppées, puisque métaux et combustibles existent en abondance et dans les mêmes districts. Â vrai dire, chacun des groupes d'industries mécaniques qui s*est formé dans le voisinage des plus riches houillères fournit presque tous les produits de cette catégorie, machines agricoles, machines de filature et de tissage, matériel de chemins de fer, quincaillerie, chaudronnerie, clouterie, armes, coutellerie. Encore convient-il, après avoir indiqué les centres les plus importants, de citer les œuvres spéciales par lesquelles chaque ville s'est rendue célèbre.
Le groupe du Staff ordshire est sans contredit le premier du monde entier non seulement par Tintensité de sa production, mais encore par rinfinie variété des objets qui sortent de ses usines. Birmingham possède à peu près la série complète des industries mécaniques, depuis la fabrication des épingles et des aiguilles jusqu'à celle des plus grandes machines à vapeur. S/ie/'/lWd, comme Birmingham, est à peu près universelle dans Tart de la métallurgie, quoique ses travaux de coutellerie fine l'aient rendue plus particulièrement fameuse et que ses aciéries aient urne réputation supérieure à celle des usines similaires du Staff ordshire. Glasgow, métropole industrielle de l'Ecosse, Manchester, dans le Laocashire, et Merthyr- Tydvil,àQ,ns le pays de Galles, ont ensuite le plus grand nombre dés branches de l'industrie mécanique.
Une localisation qui s'impose est celle des chantiers de constructions navales; ils sont situés dans les grands ports ou dans leur voisinage, en général au débouché des estuaires fluviaux. Les plds actifs sont peut-être ceux de la ClydB, Greenock et Glasgow^ puis Newcastle sur la Tyne, Londres, Liverpool, Hull, sur THumber, etc., etc. Ayant la houille et les métaux en abondance, les chantiers anglais construisent à meilleur compte que la plupart de ceux du continent; on n'oserait affirmer, malgré la grande habileté des Anglais en matière de marine, que leiirs constructions navales soient toujours irréprochables. 11 semble que l'intensité du déTeloppement industriel ait fait, à l'occasion, quelque tort à la haute culture scientifique, sans laquelle il n'est point de bonne industrie. Malgré tout, c'est des chantiers anglais que sont sortis le plus grand nombre des navires à vapeur qui sont à flot aujourd'hui. Navires cuirassés, croiseurs,
(1) Industrie métedlurgique (1898)
Fonte 7.089.000
Fer 1.364.000
Acier 2.893.000
Cuivre 70.900
Plomb 38.200
Zinc 23.300
Étain 11.000
Valeur.