IV. — Possessions Britanniques
En Europe, 32.750.000 62.700.000 86.460.000
Indes 702.825. 000 697 .575 .000 1 .460.400.000
Australie, Nouvelle-Zélande. 763.575.000 481.900.000 1.245.475.000
Colonies d'Amer, du Nord.. 364.150.000 185.700.000 549.860.000
Afrique méridionale 126.575.000 198.225.000 324 800.000
Straits Settlements 121. 700.000 62.326.000 174.026.000
Antilles, Amérique du Sud. 81.075.000 78.776.000 169.840.000
Ceylan 98.623.000 23.625.000 122.250.000
Afrique Occidentale 44.675.000 34.725.000 79.400.000
Hong-Kong 20.925.000 45.000.000 65.925.000
Maurice 5.760.000 6.760.000 12.600.000
Autres possessions 11.525.000 '8.450.000 19.976.000
Total des Colonies. 2.444.150.000 1.865.750.000 4.309.900.000
Empire colonial. — L*étude de l'empire colonial britannique ne peut être faite ici; il doit suffire de savoir que c'est le plus considérable du monde entier : il couvre une superficie approximative de 25.687.000 kilomètres carrés et comprend une population d'environ 313 millions d'habitants. Les possessions anglaises sont distribuées sous toutes les zones, dans les pays les plus différents de production, c'est un admirable marché d'achat et de vente pour la métropole, c'est en même temps un lieu d'émigration considérable et la « plus grande Bretagne » existe bien réellement comme une succursale et une expansion de la mère patrie. C'est en outre une prise de possession stratégique du monde : toutes les grandes routes» toutes les i^oies maritimes sont jalonnées de ces possessions où les navires britanniques trouvent du charbon anglais, et un point de refuge en cas de danger.
L'administration de cet empire est une merveille de sagesse et d'habileté : depuis les colonies « militaires », directement gouvernées par la métropole, jusqu'aux colonies constitutionnelles, presque absolument indépendantes, liées seulement à la Grande-Bretagne par un vasselage très lâche, il y a une infinité de colonies intermédiaires auxquelles la liberté a été savamment dosée de manière à maintenir le lien sans entraver l'initiative des colons. Combien d'autres puissances colonisatrices pourraient prendre exemple sur cette habile politique !
La cohésion géographique de cet empire est grande, si l'on considère seulement les précautions prises par la métropole pour entretenir partout des garnisons prêtes à l'action, des postes rapprochés les uns des autres. Aucune colonie n'est située à beaucoup plus d'une semaine de navigation de sa voisine dans le même océan ; le Royaume-Uni engage d'énormes dépenses pour armer aussi complètement que possible les dépôts de charbon, le nerf de la guerre navale, qu'il a semés sur tous les points du globe.
La cohésion morale qui résulte de la communauté de races et d'intérêts est beaucoup moins assurée. Sans parler des dangers évidents que fait courir à l'empire la nécessité de tenir dans l'obéissance un monde comme rinde où les Anglais ne peuvent s'établir, que de races différentes peuplent ces colonies! Français du Canada, de Maurice, des Antilles, Franco- Hollandais de la colonie du Cap, etc., bien des sujets britanniques sentent qu'ils sont d'autre sang que leurs maîtres. Et l'Anglais, doué de si merveilleuses aptitudes à la colonisation, n'a pas du tout les qualités de douceur et de conciliation qui peuvent tant contribuer à rapprocher les races.
Quant à l'intérêt, il n'agit point davantage dans le sens de la concorde. Le Canada et l'Australie ont toutes les ressources nécessaires à la création de grandes industries, houille, métaux, fibres textiles, outre leur richesse agricole ; ces deux colonies se suffiront donc de plus en plus à mesure qu'une population plus dense mettra mieux à profit les produits naturels. L'Inde commence à devenir industrielle- Le rôle de fournisseur presque exclusif des objets industriels peut donc, doit donc échapper un jour au
Royaume-Uni. L'unité de race, la communauté de mœurs ne feront rien contre cette loi inéluctable du développement économique. « Qui se ressemble s'assemble », est un proverbe vrai pour les personnes. t< Qui se suffit sMsole >s est plus juste pour les nations. De là le projet de fédération, moyen terme entre la sujétion absolue et Tindépendance complète, préconisé par les grands hommes d'État de l'Angleterre.
Conclusion tnr les Iles Britanniques. — On voit qu'il est impossible de séparer les colonies de la métropole dans un examen raisonné de la condition économique des lies Britanniques. Le lloyaume-Uni vit en grande partie pour son empire colonial et par lui. Là est le secret du développement prodigieux de la richesse des industriels et des négociants anglais au dix-neuvième siècle.
L'Allemagne est riche en houille et en métaux, industrielle, commerçante; mais elle n a pas un littoral vraiment maritime, dont les habitants vivent en contact avec l'Océan, apprennent à le connaître et à l'aimer. Enfin elle est plus loin de l'Atlantique, c'est-à-dire contrainte de donner à ses navires un ou deux jours de charbon de plus à brûler que l'Angleterre n'en donne aux siens pour une même destination.
La France bien placée sur l'Atlantique, rivale des lies Britanniques, est plus pauvre en ce combustible qui est l'àme du commerce maritime comme de toute industrie.
Les Hollandais, admirables marins, sont absolument dépourvus de cette ressource première de la navigation moderne. Les Belges, riches en charbon, n'ont qu'un contact précaire et indirect avec la mer.