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CONCLUSION GÉNÉRALE SUR L'EUROPE

La terre et rhomme. — Nous avons intercalé dans le corps même de cet ouvrage toutes les comparaisons qu'il nous paraissait utile d'établir, soit entre les divers États européens, soit entre eux et les continents moins civilisés ou moins peuplés que le nôtre. Au reste plus d'un historien de la civilisation a étudié déjà les principales phases du développement économique de l'Europe; nous ne toucherons pas ce sujet déjà traité (1).

Mais une conclusion s'impose aux géographes qui ont examiné les rapports de l'homme avec le sol dans une étude de caractère économique. De même que les grands États n'ont pu prendre conscience nette et entière de leur rôle économique qu'après avoir conquis leur unité territoriale et politique, ainsi l'on peut prévoir dès maintenant ce qui arrivera le jour où le Nouveau Monde aura été mis en pleine valeur. Les phénomènes du développement économique, du déplacement et de la répartition des richesses dans le monde peuvent être suivis; ils sont lents et progressifs

(1) Cf. Histoire de la civilisation, de M. Cb. SeigQobos, G. Masson, Paris, Cf. aussi la remarquable introduction de la Géographie historique, de M. P. Foncin, Paris, A. Colin et Cie, 1888.

comme les phénomènes de la géologie. Notre siècle, où Tihitiative humaine semble le plus près de se soustraire aux fatalités naturelles, est justement celui où notre dépendance devient le plus étroite, où Ton peut suivre le mieux la marche des révolutions économiques.

L'antiquité fut dans un état de civilisation économique très instable par cela même que Tactivité des Grecs et des Romains eut un théâtre très restreint : en étudiant les vicissitudes de Tagriculture, de l'industrie et du commerce de ces lointaines civilisations, on n'étudie en somme que le rapport très variable d'un groupe d'hommes avec une région plus ou moins homogène, le plus souvent avec un groupe hétérogène et incohérent de pays.

Le moyen dge^ avec ses longues périodes de division des peuples, d'isolement des États, ne peut donner lieu encore qu'à des conclusions essentiellement passagères sur la loi des échanges.

L'entrée en scène du Nouveau Monde bouleversa les conditions de l'industrie et du commerce ; il en résulta, il en résulte encore un trouble dans l'état de civilisation matérielle de l'Ancien Monde. C'est d'abord l'exploitation superficielle et brutale du sol découvert, des populations nouvelles; vient ensuite la période de peuplement et de colonisation sous la dépendance de l'Europe, période au cours de laquelle le nouveau monde ne réagit sur l'ancien que comme une propriété de plus ajoutée à une vieille fortune.

Mais Vémancipation de VAmériquey presque complète aujourd'hui, fait à l'Europe une situation plus petite dans le monde, crée un nouveau centre de richesses autonomes d'où sort déjà un âpre besoin de concurrence. L'Europe peuple toujours l'Amérique de ses colons ; mais la terre d'Amérique démarque la nationalité de ces hommes et se les approprie. De là un développement inouï du Nouveau-Monde qui pèse sur l'Ancien de tout le poids de sa richesse, lui prend ses peuples ou les nourrit en partie, ce qui est encore une forme de la domination économique. Mais peu à peu l'équilibre se rétablit entre les terres trop peuplées et celles qui produisent trop, faute d'une population suffisante. L'Europe, à force d'envoyer des immigrants au delà de l'Atlantique, refoule les produits des terres américaines, ou pour mieux dire, va les consommer sur place.

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