TROISIÈME PARTIE
GÉNÉRALITÉS
L'Asie est la plus grande des « parties de monde ». Autant que Ton peut lui reconnaître de limites, -— et Ton sait que, du côté de FEurope, de l'Afrique même et de l'Océanie, ces limites sont loin d'être précises, — elle a une superficie de 43 à 45 millions de kilomètres carrés. Les points extrêmes sont : au sud, le cap Romania par 4<> et au nord, le cap Tcheliouskine par 78° de latitude nord ; à l'ouest, la c6te de l'Archipel atteint le 2o<» de longitude orientale de Paris, pendant qu'à l'est, le cap Oriental, sur le détroit de Behring, se trouve sur le 172® de longitude occidentale. 8000 kilomètres du nord au sud, 11.000 de l'est à l'ouest, telle est la longueur des lignes droites que l'on peut tirer en Asie.
Tandis que l'Europe est caractérisée par une rem arquable » articulation » du relief, qui, nulle part, ne forme une barrière rigide, qui permet la pénétration profonde des mers dans les terres, des plaines dans les montagnes et, par conséquent, les relations faciles et constantes entre les divers pays du continent, le relief de l'Asie offre des caractères absolument différents.
Au centre du continent s'élève une énorme masse de montagnes et de plateaux, massive, difficilement pénétrable, qui se prolonge presque sans interruption depuis la côte orientale de la Chine jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Asie Mineure. Presque toujours très élevée, elle s'étend ordinairement, sauf en quelques rares points, sur une très grande largeur du sud au nord, et rend les communications presque impossibles entre les régions situées de part et d'autre. Aussi n'y a-t-il, à aucun point de vue, de relations ni de ressemblances entre les diverses parties de l'Asie. Bien qu'elles soient réunies par l'onomastique géographique dans un seul tout que l'on appelle l'Asie, la plaine glacée de la Sibérie et la région tropicale des péninsules hindoue et indo-chinoise se ressemblent aussi peu que si elles appartenaient à des mondes différents ; de même, quel point de comparaison pourrait-on trouver entre les plateaux arides, grillés par le soleil de l'Asie turque et les grandes plaines arrosées et si remarquablement fertiles de la région chinoise ?
Géographie écouom. 31*
Tout sépare et différencie ces diverses régions les unes des autres : relief, climat, hydrographie, races, religions, productions naturelles, avenir, rien de commun entre tous ces pays.
Par conséquent, nous étudierons TÂsie en quatre parties différentes : VAsie Atisse, qui comprend toute la plaine du nord et du nord-ouest, avec la pente septentrionale du plateau central ; VAsie antérieure ou musulmane, comprenant la région de plateaux plus articulés de Touest ; ÏAsie méridionale ou tropicale, formée des deux grandes péninsules indoustanique et indo-chinoise; VAsie orientale ou si no-japonaise enfin, à laquelle se rattache politiquement Timmense soulèvement du centre du continent.
Quelques considérations générales sont néanmoins nécessaires pour bien comprendre le caractère du climat de TAsie. La première, c*est que TAsie est un continent extrêmement massif, malgré les découpures assez riches mais peu profondes de son littoral. Par suite, soit de leur éloignement d'un bassin maritime, soit de Tinterposition d'une puissante barrière montagneuse, soit enfin du voisinage de régions continentales, la plupart des contrées de TAsie sont soumises aux rigueurs du climat continental. Seules, les péninsules indienne et indo-chinois&et la plaine chinoise subissent Tinfluence maritime, très active pour les premières, très mitigée pour la dernière.
La seconde condition générale importante est que le régime des vents est le même, malgré leurs effets divers pour toutes les régions qui font partie de TAsie. Pendant Tété boréal, une zone de basses pressions se forme sur les plateaux surchauffés du centre du continent et amène l'établissement de courants convergeant de tous les côtés vers ce centre ; vents du nord et du nord-est, polaires par conséquent, sur la Sibérie, de l'ouest et du sud-ouest, sahariens pour la plupart, sur l'Asie antérieure, du sud, du sud-est et de l'est, donc maritimes, sur la partie tropicale et chinoise. Ceux-ci seuls sont humides, ce sont les moussons, dont nous verrons l'importance considérable.
Pendant l'hiver boréal par contre, les plaines glacées de la Sibérie de l'est sont un centre de très hautes pressions, d'où les vents rayonnent dans tous les sens ; l'Asie subit alors un régime de vents du nord et du nord-est, continentaux, froids et secs, pendant que, dans la zone tropicale, les alises du nord-est reprennent leur course interrompue par la mousson.
En résumé, régime continental et sec dans la plus grande partie de l'Asie, régime de moussons, alternativement sec et humide dans la partie méridionale et orientale.