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II. — Asie Ce?îtrale Russe

La cuvette de l'Asie Centrale Russe, ou Turkestan occidental, diffère sensiblement de la Sibérie : le climat continental ne s'y manifeste guère que par une sécheresse grandissante, qui a créé entre les fleuves d'épouvantables déserts, et fait reculer à la fois la culture et les hommes jusque dans les hautes vallées de la montagne.

Cependant, cette région de déserts et de steppes est destinée à devenir pour les Russes, plus encore peut-être que la Sibérie, un champ magni- Géographie économ. 32

fique de colonisation. Les obstacles qui s'opposent au développement de la prospérité du pays, très grands encore, y sont toutefois moins difficiles à surmonter. 11 faut d'une part accroître la superficie des terres arables et transformer par conséquent les mœurs de la population, en la faisant passer de Tétat nomade à Tétat sédentaire, et d'autre part établir des voies de communication, qui ouvrent au pays des débouchés sûrs.

Agriculture. — Dans toute la région des steppes, c'est moins le sol en général que le climat qui fait le désert. La fertilité ne dépend que de la distribution de Teau. Actuellement la plus grande partie du pays ne se compose que de déserts et de pâturages; 2 millions 1/4 d'hectares seulement sur 108 millions sont en culture, dont les 2/3 dans le Semiretschensk et le Ferghana. Mais on calcule que cette proportion pourrait être singulièrement élevée et qu'au lieu de 1/50 on pourrait fertiliser par l'irrigation et conquérir à la culture i/6 ou 1/7 du sol. C'est d'autant moins impossible, que tout ce pays a été jadis très prospère et très riche, grâce à un excellent système de canalisation, dont les débris épars font encore aujourd'hui la fertilité de quelques oasis. L'ili, le Syr- Daria, le Zerafchan, l'Amou-Daria, sont autant de ressources qui, bien employées, peuvent rendre au pays son aspect d'autrefois. Les Russes y travaillent activement, et ont obtenu déjà des résultats considérables.

L'Asie centrale, aux étés très chauds, peut produire non seulement les céréales qui mûrissent dès la fin de juin, mais encore beaucoup de plantes du Midi, le cotoriy le riz, les fruits, le raisin, qu'on récolte en septembre. Le coton surtout semble appelé à un grand avenir. La culture s'en était fort développée pendant la guerre de Sécession, elle a beaucoup diminué depuis ; les produits trop grossiers n'ont pu soutenir la concurrence de l'Amérique ; mais, le climat étant très favorable, il n'est pas impossible qu'avec un peu de soin apporté dans la préparation, le Turkestan devienne un des grands pays producteurs du coton (1).

Vélevage dans ce pays de steppes et de peuples nomades est resté jusqu'aujourd'hui l'occupation principale de la majorité des habitants. 11 est toutefois très difficile de fournir des chiffres précis, mais il semble certain que le bétail diminue en nombre dans des proportions très sensibles (2).

Industrie. — L'Asie centrale possède de nombreux gisements de houille, mais les seules mines actuellement en exploitation, près de Tachkend, ne produisent encore que 3,000 tonnes. Le Badakchan a

(1) Culture du coton (18U5) :

Superficie totale 189.709 hectares.

(Dont dans le Ferghana.... 141.804 — )

Production totale 58.000 tonnes.

(Dont Khiva et Bokhara... IC.OOO — )

(2] Chameaux 441.120.

Pour les autres animaux, voir note 1 de la page 494.

toujours été renommé pour ses pierres précieuses : rubis, turquoises, lapis-lazulis, la récolte annuelle atteint près de 1,000 kilogrammes. Le fer, Vargentf le cuivre abondent dans les montagnes du Ferghana. Les provisions de sel enfin sont inépuisables et c*est une ressource précieuse, quand on songe que les habitants de Tlnde en manquent.

L'industrie manufacturière fait des progrès sensibles : l'élevage du ver à soie, introduit depuis peu d'années, après de nombreuses péripéties, semble devoir réussir à merveille; les fabriques italiennes viennent parfois s'approvisionner dans le pays, et Bokhara exporte déjà des soieries. L'industrie des étoffes en poil de chameau est ancienne dans la contrée, celle du coton s'acclimate peu à peu et fait déjà diminuer les importations russes. Les cuirs enfin sont travaillés en plusieurs endroits. Les principaux centres industriels de TAsie centrale, qui sont aussi les centres de commerce les plus importants, sont Bokhara, Samarcande et Tachkend.

Mais, tant que l'exportation de la houille n'aura pas fait de progrès, tant que les voies de communication resteront aussi rudimentaires, Tindustrie de ces pays sera encore très médiocre.

Voies de communication. — Le développement des voies de communication est pour le Turkestan, comme pour la Sibérie, une question d'importance vitale. Tout le pays ne vaudra que par la facilité plus ou moins grande donnée au mouvement du commerce.

Les voies naturelles sont peu nombreuses et peu utilisables pour le commerce extérieur. Le Syr-Daria et T Amou-Daria peuvent porter des barques et même des vapeurs d'un faible tirant d'eau; les premiers ont été lancés sur l'Amou en 1887. Mais les deux fleuves sont trop peu constants pour permettre un service régulier; le trafic est souvent interrompu en été et les transports sont, en tous cas, lents et coûteux. Enfin les deux cours d*eau n'aboutissent qu'à un lac fermé.

C'est presque exclusivement par caravanes que se fait actuellement le commerce. Leur point d'attache avec l'Europe est Orenbourg, qui est à la fois la tète de ligne des chemins de fer russes, et le point de départ de la grande route qui, par Orskaya et Tourgaï, longe au sud le dos des steppes kirghizes et s'engage ensuite dans la vallée de l'Ui pour gagner la Chine par Vernyi et Kouldja. C'est de cette première ligne que se détachent au sud les grandes routes des caravanes qui se dirigent vers Tachkend et Bokhara. Ces deux villes centralisent le commerce des vallées supérieures du Syr et de l'Amou, qui sont, de tous le pays, les régions les plus fertiles. De la dernière partent les routes qui gagnent la Perse par Merv et Meched, Hérat, dans l'Afghanistan, et enfin l'Inde par Balk et Peichawer. Samarcande entretient un commerce important avec la Chine, par la vieille route que suivaient déjà les Grecs et les Romains.

Le chemin de fer transcaspien, qui part de Krasnowodsk, et qui a été mené jusqu'à Samarcande (1,460 kilomètres), par Merv, Tardjoui sur 1 Amou, et Bokhara, n'a pas encore enlevé toute importance à ces

anciennes voies. C'est surtout une ligne stratégique et elle gardera longtemps ce caractère; mais bien qu'elle ne soit pas, tant s'en faut, la ligne la plus courte pour aller de Tachkend et de Bokhara en Russie, elle finira sans nul doute par être un chemin de commerce important. En tout cas, elle a été construite avec une rapidité merveilleuse et à très bon marché. Elle sera bientôt prolongée jusqu'à Tachkend, puis, plus tard, sans doute, par la passe de Kouldja, essaiera de pénétrer dans la Chine occidentale.

Commerce extérieur. — Le commerce du Turkestan passe de plus en plus entre les mains des Russes : ils se sont assuré dans ce pays un marché toujours grandissant pour les produits divers de leurs industries : tissus, cuirs, métaux, cotonnades à bon marché, fabriquées spécialement jiour l'Asie centrale, ustensiles en métal, sucre, faïences. Les importations anglaises ont diminué de plus de moitié depuis 1881, et l'achèvement du chemin de fer de Samarcande leur a porté le dernier coup. Le thé seul continuera peut-être à venir de l'Inde.

Les principaux objets d'exportation sont le coton^ qui, bien qu'inférieur encore aux produits américains, est utilisé néanmoins dans les filatures russes pour la fabrication des tissus de qualité inférieure, la soie filée et les déchets de soie, les peauXy la laine noire ^ connue en Europe sous le nom d' « astrakhan », et enfin les chevaux, qui sont achetés en grand nombre pour la remonte de la cavalerie russe.

On ne saurait d'ailleurs indiquer de chiffres précis pour les divers éléments de ce commerce : les statistiques ne reposent que sur des données tout à fait approximatives.

En résumé, on ne peut s'empêcher d'admirer l'œuvre des Russes dans ce pays. Ils avancent lentement mais sûrement, et chacun de leurs progrès marque une conquête pour la civilisation. Ces succès merveilleux sont dus à la fois aux qualités du colon russe, qui est peut-être le premier colon du monde, à la persévérance et à l'esprit d'initiative bien connus du négociant moscovite, mais surtout à cette parenté de race, qui fait que les Russes sont beaucoup mieux compris des Asiatiques que nous ne le sommes des Arabes, ou les Anglais des Indous.

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