CHAPITRE II
§ I«'. — Coup d^œil sur la géographie physique et politique.
On réunit sous le nom de Asie antérieure ou occidentale les pays qui sont bornés, au nord, par la mer Noire, le Caucase, la Caspienne et la plaine du Turkestan ; à Test, par llnde ; au sud, par la mer d'Oman; à Touest, par la mer Rouge, Tisthme de Suez, la Méditerranée orientale, TArchipel et les détroits, c'est-à-dire les Ëtats de llran (Perse, Afghanistan et Baloutchistan), l'Arménie et les pays de la Turquie d'Asie (Anatolie, Syrie, Mésopotamie et Arabie). Ces pays peuvent être groupés ensemble, parce qu'ils offrent des caractères généraux semblables.
Relief. — La formation en plateaux est le trait caractéristique de cette région : plateau en cuvette de Tlran, entouré de tous les côtés par de hautes chaînes de montagnes qui le séparent complètement des pays voisins ; plateau plus haut, plus accidenté de l'Asie Mineure, bordé au sud seulement par de hauts sommets, incliné vers la mer Noire, où se jettent ses fleuves. Ces deux plateaux se joignent par le grand massif montagneux de l'Arménie, centre orographique et hydrographique important. Enfin vient le plateau, beaucoup plus bas et moins accidenté, de l'Arabie, appuyé aux montagnes qui bordent la mer Rouge et la mer d'Oman, inclîjaé vers le golfe Persique. Le plateau d'Arabie est relié au massif arménien par les deux chaînes rectilignes du Liban et de TAnti-Liban, entre lesquelles se trouve la profonde dépression de la Cœlé-Syrie. La seule plaine importante que l'on puisse citer est celle de la Syrie et de la Mésopotamie, qui continue au nord-ouest, et jusqu'au pied du massif d'Arménie, le couloir du golfe Persique. Quelques petites plaines littorales bordent le plateau d'Anatolie.
Littoral. — Les côtes des pays de plateaux sont en général pauvres en articulations ; c'est le cas pour les régions que nous étudions ici : le long du plateau de l'Iran, la côte est inhospitalière, les ports de Bender Bouchir et Bender Abbas sont peu commodes ; l'Arabie est encore plus pauvre, Aden seul est un port sûr, Hodeïda et Djedda sont de simples débarcadères-; sur la côte de Syrie, les grands navires actuels ne trouvent que diflicilement abri dans les anses qui protégeaient autrefois les galères phéniciennes, la côte est presque rectiligne; un peu plus découpée au
nord et au sud que les pays précédents, TÂnatolie n'offre une véritable articulation littorale qu'à son extrémité occidentale, remarquablement fournie de caps, de golfes et d'îles; encore faut-il remarquer que la plupart des ports des anciennes colonies grecques, si commerçantes jadis, sont actuellement comblés par les alluvions; Alexandrette, Smyrne et Trébizonde sont les grands ports de cette presqu'île. Sur la mer Caspienne, enfin, la côte est basse, marécageuse, malsaine, et difQcilement utilisable pour la navigation.
Climat. — Sécheresse, températures extrêmes, telles sont les caractéristiques du climat de TAsie antérieure : les vents régnants sont en général très secs, qu'ils viennent du nord-est, c'est-à-dire de l'intérieur de l'Asie, ou du sud-ouest, c'est-à-dire du Sahara; en outre, les plateaux semblent se protéger contre les rares vents humides (moussons de l'océan Indien, ou vents de la Méditerranée) par le rempart de hautes montagnes qui les enserre : seules, par conséquent, d'étroites bandes littorales reçoivent des pluies : le Hadramaout et TYémen arabes, la Phénicie, les bordures de l'Anatolie et la côte de la mer Caspienne ; le haut massif d'Arménie va chercher les pluies dans les hautes régions de l'atmosphère. Tout le reste du pays est atrocement sec, et forme une des régions désertiques les plus caractérisées du globe.
Les températures sont la conséquence de la disposition en plateau et du caractère continental du pays. Les chaleurs insoutenables de la journée sont suivies d'un froid vif pendant la nuit; des écarts de SO*, 60* et 70<> entre le jour et la nuit ne sont pas rares. On ne peut guère citer, comme faisant exception à cette règle, que la côte de l'Anatolie, en particulier les pays qui bordent la mer Egée, qui jouissent d'un climat délicieux, et la côte méridionale de la mer Caspienne où la température se maintient très élevée. Le massif arménien doit à sa hauteur un climat presque alpestre.
Cours d'eau. — Peu de pays au monde sont aussi pauvres en eau douce que ceux de l'Asie antérieure, et cela s'explique facilement par l'absence de pluies. Sauf les quelques petits fleuves côtiers de l'Anatolie, torrents à sec pendant plus de la moitié de l'année, deux fleuves seulement qui méritent vraiment ce nom, arrivent à la mer, ce sont le Tigre et l'Euphrate, qui empruntent leurs eaux au massif arménien assez arrosé. Et encore, tandis que le Tigre, en longeant la chaîne bordière de l'Iran, en reçoit constamment un contingent d'eaux qui soutiennent son niveau, l'Euphrate, longeant le désert de Syrie, s'appauvrit de plus en plus, et ne peut suffire ni à l'irrigation, ni à la navigation. Les autres fleuves sont d'une rare indigence, et n'arrivent même pas à la mer : le Jourdain, torrent irrégulier, coule au fond du fossé de la Cœlé-Syrie, et vient tomber dans le gouffre de la mer Morte, l'flilmend atteint avec peine le marais de Hamoun, qui marque le fond de la cuvette iranienne, les ouadi de l'Arabie sont presque constamment à sec ; seul, l'Afghanistan envoie à rindus le tribut des eaux du Kaboul, et, au désert de Turkestan, le Mourghab et le Heri-Roud.
Quelques lacs parsèment le sol des plateaux et des pays montagneux ; si le Hamoun iranien et le Touz-Goel anatolien ne sont que des marais, les lacs de Van et d'Ourmiah dans l'Arménie, le lac de Tibériade et la mer Morte forment de vraies étendues lacustres, salées il est vrai pour la plupart.
Les conséquences de ce manque d*eau sont considérables, et pour l'agriculture, et pour les communications.
Populations. — Cette immense région est naturellement peu peuplée ; dans rétat actuel, elle ne pourrait nourrir une population un peu dense. Les habitants sont de races différentes, autochtones, ou restes d*invasions successives. La race indo-européenne est représentée par les Iraniens de Perse, très mélangés du reste d'éléments mongoliques et sémitiques, et par les Grecs qui ont peuplé, de toute antiquité, les €<Hes de l'Ânatolie ; la race sémitique, par les Phéniciens et les Juifs (bien peu nombreux aujourd'hui) de la Syrie, et par les Arabes, qui, <ie leur plateau, se sont répandus sur le reste du pays ; les Turcs enfin, de race touranienne, ont soumis toute la partie occidentale de l'Asie antérieure. Ces populations suivent deux genres de vie différents d'après la région qu'ils habitent : nomades pasteurs ou pillards (très souvent les deux à la fois) dans les déserts, sédentaires agriculteurs dans les parties fertiles de la côte ou sur le parcours des rares fleuves. Presque tous ces peuples suivent la religion musulmane ; les guèbres zoroastriens de l'Arménie, les chrétiens du môme pays, du Liban et des côtes font seuls exception.
Géographie politique. — L'Empire ottoman occupe la plus grande partie de l'Asie antérieure : l'Anatolie, une partie de l'Arménie, la Syrie, la Mésopotamie, la côte occidentale et une partie de la côte orientale de l'Arabie reconnaissent plus ou moins l'autorité du sultan de Constantinople. La partie occidentale du plateau de l'Iran forme le royaume indépendant de Perse; la partie orientale est partagée entre l'Afghanistan, qui doit à la rivalité de l'Angleterre et de la Russie d'avoir conservé son indépendance, et le Baloutchistan qui a été obligé de reconnaître la suzeraineté de l'empire des Indes. Le centre et la côte méridionale de l'Arabie se partagent entre un certain nombre de petits États indépendants. Les colonies européennes sont rares: Chypre et Aden appartiennent à l'Angleterre; la France a des droits incontestables qu'elle ne fait malheureusement pas valoir encore sur l'admirable position de Cheïk Saïd, une des clefs du 6ab-el-Mandeb.
La condition politique de tous ces peuples est celle de la généralité des pays musulmans : le souverain est absolu, a tous les droits sur ses sujets, droits qui sont exigés avec une grande dureté par les fonctionnaires auxquels il les délègue. Aucune indépendance, aucune initiative, de très lourds impôts à payer, telle est la situation des sujets de ces divers souverains : seuls, les chrétiens doivent aux capitulations d'être protégés par leurs consuls, en particulier par ceux de
France et de Russie qui se partagent le protectorat des deux grandes sectes chrétiennes (1).
§ II. — Géographie économique (2).