III. — ARABIE
L'Arabie est parmi les pays les moins favorisés du monde. Les déserts couvrent une bonne partie de l'intérieur du plateau, mais ils ne sontpourtant pas aussi terribles que les récits des voyageurs l'ont parfois représenté. Le iVe/'oud lui-même est relativement riche en pâturages et en bois et il est pendant une bonne partie de l'année le séjour des Bédouins nomades. Ce n'est toutefois que dans les oasis, dans la région montagneuse du sud-ouest, sur le pourtour des côtes, en un mot là où il y a de l'eau, qu'une population sédentaire (les fellahs) a pu se fixer et donner à l'agriculture et à l'élevage un certain développement. Dans certains cantons de l'Arabie Heureuse (Yémen et Hadrainaout) l'irrigation est organisée d'une façon très savante et fertilise merveilleusement
(1) Un Allemand a caractérisé sans vergogne ces produits de l'industrie nationale par la devise a billig und schlectit », bon marché et mauvais.
le sol. Sur les plateaux élevés et les montagnes, on cultive les plantes de la zone tempérée et de la région méditerranéenne : les céréales, les fruits, la vigne, le tabac, puis ,1e coton. Les oasis fournissent diverses substances odoriférantes et pharmaceutiques : le baume, Vencens, la myrrhe, la gomme arabique, le séné. Mais les deux produits caractéristiques de TArabie sont les dattes et le café. Le palmier dattier trouve dans ce pays les meilleures conditions d'existence, air chaud et sec et sol salin ; les nombreuses espèces de dattes qu'on y récolte sont la seule nourriture de l'Arabe du désert. Le caféier est originaire d'Ethiopie, mais c'est d'Arabie, où il fut importé vers le xiv» siècle, que sa culture s'est répandue partout et son usage généralisé. H réussit particulièrement sur les collines de i'Yémen, entre les altitudes de 400 et 4,300 mètres, mais la production annuelle, qu'il est assez difficile d'évaluer, ne représente plus guère que le i/200 de la production totale. La plus grande partie du moka vendue en Europe vient directement du Brésil et le port même de Hodeida, qui est avec celui d'Aden le principal entrepôt du vrai moka, reçoit en grande quantité les produits très inférieurs d'Abyssinie et de Nubie, qu'il réexpédie après les avoir démarqués (1).
Les deux animaux de l'Arabie, par excellence, sont le cheva! et le chameau. Le cheval arabe doit aux conditions du climat les qualités qui le caractérisent : vitesse, endurance, sobriété ; elles sont toutes également nécessaires dans un pays aussi aride. La race fine s'épuise d'ailleurs peu à peu et ne se conserve plus que dans les tribus de l'intérieur. Le chameau est, en Arabie, un animal à la fois de charge et de course. C'est dans ce pays aussi qu'il possède au plus haut degré, comme le cheval, les qualités qui le rendent si précieux aux nomades.
L'industrie de la pêche n'est active que sur les eûtes du golfe Persique et elle ne s'applique qu'à la recherche des ^^er/es. C'est la principale source des revenus de l'iman de Mascate. Les huîtres perlières se rencontrent sur de nombreux points des côtes d'Oman, mais c'est à Tile de Bahrein qu'on récolte les perles les plus fines (2).
Les produits minéraux ne manquent pas complètement en Arabie ; on exploite un peu de cuivre, de fer, et de sel gemme, et on a découvert sur les côtes de la mer Rouge de riches gisements de pétrole, mais Vindustrie proprement dite n'existe pour ainsi dire pas ; elle ne fournit du moins que très peu de chose à l'exportation (orfèvrerie, cuirs ouvrés, tapis). Le pays demande au contraire à l'Europe la plupart des tissus et des objets manufacturés dont il a besoin.
En Arabie, il n'y a naturellement pas de routes à proprement parler et les chemins de caravanes sont beaucoup moins commandés par les besoins du commerce ou de l'agriculture, que par la coutume religieuse des pè-
(1) Exportation du café: environ 5.000 tonnes valant de 10 à 15 millions de francs (presque tout sur le Havre et Marseille).
(2) Exportation des perles de Bahreïn (1894): 2.481.^50 fr.
lerinages musulmans au tombeau de Mahomet. Us convergent donc tous vers Médine et la Mecque, suivant des itinéraires plus ou moins directs, qui sont déterminés par la présence des sources et des puits. La voie la plus importante au point de vue historique est celle qui conduit de la Mecque à Conslantinople, par Damas. La plus fréquentée aujourd'hui parce qu'elle est la plus commode et la plus courte est celle qui commence au port de Djedda.
Les principaux objets d'exportation, le café, les gommes, sont apportés sur la côte à dos de chameaux.
C'est d'ailleurs sur la mer que sont situées, à part Sana, toutes les villes iie commerce importantes, mais les ports sont peu nombreux, eu égard à l'immense étendue des côtes. Ils sont d'ailleurs très délaissés et la plupart sont en décadence. Djedda qui a vu en 1878 le mouvement des échanges s'élever encore à 120 millions dfi francs, n'a plus fait dans les années dernières que pour 15 à 20 millions d'affaires: c'est une déchéance complète, mais Djedda a conservé son importance comme port de la Mecque. — Hodeida, le débouché du Yémen, conserve plus d'importance, et le doit surtout à l'exportation du café. Koveït, au fond du golfe Persique, ne se relèverait qu'en devenant, comme plusieurs ingénieurs en ont émis ridée, la tète de ligne du futur chemin de fer indo-européen, ce qui est peu pro bable. Mascate, qui est complètement sous l'influence anglaise, est une étape importante de commerce entre Bombay et Bassorah, non loin des côtes de Perse.
Hail et Riad sont les deux principaux centres du commerce des caravanes à l'intérieur.
Les possessions européennes de ces parages ne sont pas davantage des places de commerce de grand avenir. Leur importance est surtout politique et militaire. Les nations de TOccident tournent d'ailleurs leurs convoitises beaucoup plus sur les côtes égyptiennes de la mer Rouge que sur la côte arabe. Seules l'Angleterre et la France ont pris pied sur cette dernière. Mais c'ei^t surtout sur la côte méridionale que les Anglais se sont établis, lis possèdent les lies Kurian-Iâurian sur les côtes d'Oman, et ils ont fondé plus à l'ouest le comptoir et la citadelle d'Aden, ou plutôt ils ont rendu à cette position une partie de l'importance qu'elle eut jadis. C'est aujourd'hui une ville de 40,000 âmes, fort bien située pour commander le détroit de Bab el Mandeb et servir d'étape commerciale ou de sentinelle maritime entre l'Inde et l'Europe. Le nombre des navires qui y relâchent est très considérable : Steamer- Point, la « marine » d'Aden, est un des plus importants dépôts de charbon de la route d'Europe en Orient (1)»
(1) Port d'Aden (1893-94).
Navires entrés 1289
Commerce :
Par mer. Par terre.
Importetions 82.7«1.960 fr. 7.538.970 fr.
Exportations 69.625.860 3.981 .600
Géographie économ. 33
— La valeur des échanges avec les pays arabes représente d'ailleurs une somme très médiocre, dans le mouvement du port. Les forts de l'îlot de Perim complètent ceux d'Âden ; ils commandent l'entrée même du détroit. Mais les Français ont des droits sur le territoire arabe de Cheik-Said, qui est en face de Péri m ; ils ne les ont point fait valoir jusqu'à ce jour. Au point de vue commercial, c'est notre colonie d'Obock, sur la côte d'Afrique, qui est destinée à nous affranchir d'Aden et de son charbon.