‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 100 sur 320 · DÉRIVATION GRECQUE · texte numérisé non relu

DÉRIVATION GRECQUE

C'est au xviii^ siècle que la nomenclature grecque triomphe définitivement. L'immense développement des sciences naturelles amène le lexique scientifique à se charger d'un nombre énorme de mots nouveaux, presque tous tirés du grec.

Ce sont les botanistes Linné et Jussieu qui ouvrent la voie. Puis viennent les physiciens, les chimistes, les naturalistes, les géologues et, de nos jours, les médecins, les philologues, etc., qui apportent chacun leur terme technique. Naturellement tous ne sont pas tirés du grec, il n'y suffirait pas. Du moins il a eu l'honneur de fournir à bien des besoins, grâce à l'extrême précision de ses termes, à sa puissance de dérivation et de composition.

Dérivation grecque.

161. Le français a pris au grec des procédés de dérivation et de composition qu'il applique non plus seulement à des radicaux grecs, mais à des radicaux latins ou français.

Les trois suffixes les plus répandus aujourd'hui dans la langue scientifique sont :

ie, confondu avec le suffixe latin ia (Voir page 158).

ose, pris à des mots grecs en osis, comme aimatosis (action d'ensanglanter), avec lequel la médecine forme : dermatose, névrose, gastrose. Le suffixe indique l'ensemble des affections qui peuvent atteindre la partie du corps nommée dans le radical : la peau, les nerfs, l'estomac.

ite de itis, qu'on trouve dans le grec nephriiis (inflammation des reins) et qui indique une inflammation de la partie nommée par le radical. De là : bronchite, conjonctivite, laryngite (inflammation des bronches, de la conjonctive, du larynx).

Là est la source de cette nomenclature chimique si bien

^Oi DU LEXIQUE.

faite et où il est si facile de distinguer la nature du corps à la figure seule du mot qui le désigne, grâce aux suffixes caractéristiques ite, ate, ique.

Composition grecque.

163. Ck>mposés de mots. — A. Un certain nombre ont été empruntés tout faits. Gitons-en quelques-uns des plus usuels :

acrobate (grec : acrobates) y qui marche sur la pointe des pieds (de acros, pointe, et bainein^ marcher).

amphibie (grec : amphibios), à double vie (de amphiy double, et bios, vie).

amphithéâtre (grec : amphitheatronjy théâtre circulaire {de amphi, autour, et theatron^ spectacle).

Comparez : aristocratie^ astrologie^ autonomie, bibliographie, cacophonie, chirurgie, chronologie,^ cosmographie, cynéqétique, aram^aturge, gastronomie, généalogie^ géométrie, héliotrope, hémicycle, heptagone, hétérodoxe, hippodrome, homologue, idolâtrie, léthargie, liturgie, mélancolie, misanthropie, monosyllabe, odontdlgie, oligarchie, pachyderme, panthère, prototype, rhinocéros, sarcophage, stratège, thaumaturge, zodiaque.

B. Sur le modèle de ces mots, on en forme d'autres qui supposent la création du composé grec qui leur sert de type. Ce composé n'existe pas dans la langue grecque, mais on le forme d'après les règles de la composition grecque. Les composés de cette nature sont tellement nombreux qu'ils forment à eux seuls presque toute la terminologie scientifique. Tels sont :

aéromètre y formé avec les deux mots grecs : aer, air; metroYiy mesure (composé fictif : aerometron) .

anémoscopey de anemos, souffle, et scopein, voir, regarder (composé fictif : anemoscopos) ,

COMPOSITION GRECQUE

typographie, de tupos, type, caractère, et graphein, écrire (composé fictif : typographia),

bibliophile, de biblion, livre, et philos, ami (composé fictif : bibliophilos).

163. Voici, du reste, la liste des préfixes et des suffixes les plus généralement usités en pareil cas.

En qualité de préfixes, on trouve :

auto (môme) dans baro (pesanteur) — chrono (temps) — chruso (or) —

cosmo (monde) — crypto (cacher) —

psewdo (fausseté) — polu (beaucoup) — titho (pierre) — typo (caractère, —

type) . ^

proto (premier) —

pyro (feu) —

télé (loin) —

théo (Dieu) —

zoo (animal) —

autocrate (qui commande de lui-même), haromètre (mesure du poids), chronomètre (mesure du temps), chrysocale (beau comme For), cosmog'ome (genèse du monde), cryptop'ame (qui a les organes de la reproduction cachés), pseudo-mome (prétendu moine), ^olygraphe (qui écrit beaucoup), lithographe (qui écrit sur une pierre), typographe (qui écrit avec des caractères).

T^rotonotaire (premier notaire), ^pyrotechnie (l'art de se servir du feu), télégraphe (qui écrit à distance), théodicée (science de Dieu), zootomie (dissection des animaux), etc.

Les suffixes les plus usités sont :

cratie (de crateia) action

graphie (de graj)hia), —

nomie (de nomia), —

logie (de logia), —

scopie (de scopia), —

métrie (de metria)^ —

mande (de manteia), —

ourgie (de ourgia), — plexie (de plexia) {plexis), —

tomie (de tomÂa), —

technie (de technè), art.

de commander, d'écrire, de régler, de parler, de regarder, de mesurer, de prédire, de faire, de frapper^ de couper.

Ainsi se sont formés les mots

stratocratie (règne de l'armée),

calligraphie (belle écriture, art de bien écrire), photométrie (mesure de la lumière),

cartomancie (art de prédire à l'aide des cartes), et une multitude d'autres qu'il serait fastidieux de passer en revue.

fl64. Composés par particules.

Particules.

a (particule privative).

amphi (des deux côtés).

ana (idée d'inversion, de réduplicacalion),

anti (idée d'opposition).

apo (idée d'éloigiioment).

archi (en chef, idée d'excès , d'abon dance).

dia (par, à travers).

dis (double).

dys (indique une difficulté).

€C (idée de sortie, de séparation).

en (en, dans).

Composés pris au grec.

acéphale ( akepha los), sans tête.

amphiôoîopie (amphibologia, pour :

amphibolologia ) , discours ambigu.

anagramme ( anagramma), inversion de lettres.

amiilogie (antilogia), opposition de langage.

di^ologie (apologia), discours qui écarte lin grief.

sxchitecte (arcliitectôn), littéralement:

maître des charpentiers.

diap/iane (diapha nés), transparent.

ài^syllahe (dissulla-

bos), qui a deux

syllabes.

dyspepsie ^dyspep-

sia), difficulté à

digérer.

éclectique (eclecti-

cos), qui choisit.

encéphale (enkephalon), ce qui est dans la tête.

Composés français.

Sigérasie {a et géras, vieillesse); absence de vieillesse.

amphi/rof>e (amphi et trepô, tourner), qui tourne des deux côtés.

anamorphose (ana et morphè, forme), changement de forme.

anticivisme {anti et civisme), sentiment opposé au civisme.

aphélie [aph pour apo et helio, soleil), éloignement du soleil.

archipre/re [archi et prêtre).

diacode (dia et kodia, tête de pavot), fait avec des têtes de pavot.

àistigmate [dis et stigmate), qui a deux stigmates.

dyslalie [ dys et lalein, parler), difficulté à parler.

ecchymose (ec et chymos, humeur), effusion des humeurs sous la peau.

enostose [en et osteon, os)^ poussée d'un os à l'intérieur du canal médullaire.

COMPOSITION GRECQUE

Particules.

Composés pris

au grec.

encCo (en dedans).

exo (en dehors).

exotérique (exoteri-

cos), qui a lieu au

dehors.

epi (sur).

épirfemte ( eplde -

mios), sur le peu-

ple (qui sévit).

eu (bien)

eumémde(euménis),

doux de caractère.

cata (contre).

caidichrèse (cala-

chrèsis), contre l'u-

sage, abus.

meta (idée de suc-

métamorphose (me-

cession, de chan-

tamorphosis), chan-

gement).

gement de forme.

para (à côté).

paradoxe (parado-

xes), opinion con-

traire à l'opinion

commune.

péri (à l'entour).

•gériprieumonie (pe-

ripneumonia), in-

flammation autour

du poumon.

pro (avant).

prolégomènes (pro-

legomena), avant-

propos.

syn (avec).

synagogue (syna -

gogè), réunion.

hyper (au - dessus,

hyperôa^e (hyper-

au delà).

baton), inversion.

hypo (sous).

hypocrite (hypocri-

tes), comédien.

Composés français.

enàocéphale [endo et kephalè, tête), qui a la lête en dedans, sans tête apparente.

exophthalmie {ex pour exo et ophthalmos, œil), sortie de l'œil hors de son orbite.

épicmne {épi et crâne), ce qui recouvre le crâne.

euchrome {eu et chroma^

couleur), qui a une belle

couleur.

cataphonique { cata et

phôné),qm a rapport à la

réflexion des sons.

méiSLchronisme {meta et

chronos, temps), erreur de date.

T^avamorphine {para et

morphine), corps voisin

de la morphine.

T^évianthe {periei anthos, fleur), enveloppe de la fleur.

yrotijpographique, antérieur à la typographie.

synanthe {syn et anthos^ fleur), dont les fleurs paraissent avec les feuilles.

hjperchlorique {hyper et chlorique), qui a plus d'oxygène que l'acide chlorique.

hypocarpe {hypo et carpos, fruit), partie de la plante sur laquelle repose le fruit.

Ces différentes particules servent à former un nombre considérable de mots usités dans les sciences, principalement en médecine et en histoire naturelle. Beaucoup de ces mots deviennent populaires. Mais jusqu'ici il n'y » guère qu'un seul de ces préfixes qui soit entré dans la langue courante, c'est archi.

Page 1