CHAPITRE X
DU SENS DES MOTS 190. Changement de sens dans les mots. — Les mOtS
de la langue usuelle qui n'ont qu'un sens sont assez rares ; et il arrive souvent que, s'ils n'en ont plus qu'un, ils en ont eu plusieurs différents dans le cours de leur histoire. Ainsi : blocus a désigné un fort destiné à assiéger une place avant de signifier un siège où l'on se contente d'empêcher toute communication de la place avec l'extérieur; fusil a eu toute une série de sens avant d'arriver à signifier l'instrument désigné aujourd'hui sous ce nom ; c'était une pierre qui allume, puis la machine qui frappait cette pierre,
l'armo munie de cette machine, et aujourd'hui une arme où il n'y a plus de pierre, une arme à feu. Le mot n'a donc plus, si l'on veut, qu'un sens, mais il en a eu beaucoup.
En général tous les mots vraiment entrés dans l'usage ont eu ainsi un long et multiple développement. Leur signification a son histoire, quelquefois très longue, comme quelques exemples vont le montrer.
A. Bureau^ en ancien français burels, buriaus, régime burel, signifiait primitivement ;
10 Une étoffe de bure, de laine. Ex. : Cote ot nueve de burel (il eut un habit neuf de bureau). [Poésies françaises manuscr. dans Lacurne de Sainte-Palaye.)
2° Le tapis de laine qu'on met sur une table, et de là cette table elle-même. Ex. :
On mettra sans dilation
Les pièces dessus le bureau. (Goquillart, Droits nouveaux. L.)
3® La chambre où est cette table. Ex. : Je serai au bureau.
40 L'établissement détaché d'une administration où s'exécute un service; par analogie, tout établissement analogue. Ex. :
le bureau des hypothèque, le bureau des longitudes,
5° Les employés qui travaillent dans ce bureau, puis, par analogie, les membres d'une assemblée, par exemple, réunis autour d'une table pour diriger les délibérations. Ex. :
les bureaux du ministère, le bureau du Sénat.
B. Chapelet a également parcouru un long chemin avant d'arriver à avoir la signification qu'il a aujourd'hui.