‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 108 sur 320 · DU SENS DES MOTS · texte numérisé non relu

DU SENS DES MOTS

C'est le diminutif de chapely chapeau^ il désigne donc originairement un petit chapeau. Ex. :

Tyhert son chapelet osta.

En tel manière commença [Ren., 21311. L.)*;

ensuite une couronne dont on se coiffe comme d'un chapeau. Ex. :

Il ot ou chief ung chapelet De roses [la Rose, 899. L.).

Spécialement chapelet se dit de la couronne de roses qu'on met sur la tête de la Vierge (rosaire); puis de l'objet de dévotion qui a encore la forme d'une couronne formée de grains enfilés, de la prière même qu'on dit sur cet instrument, et de là, par analogie, de tout ce qui ressemble à cet objet ou à cette prière, comme : un chapelet de marronSy un chapelet d'injures.

C. Le mot cadran, ancien français quadran, du latin quadrantem, eut originairement et pendant longtemps le sens de carré. C'est un plan rectangulaire approchant beaucoup du carré. Puis, lorsque l'horloge ronde et la montre ont remplacé l'ancien rectangle, la surface où les heures étaient marquées a continué à s'appeler du même nom, si bien qu'aujourd'hui, un mot qui par son origine signifiait quelque chose de carré, ne désigne plus guère, sauf de très rares exceptions, que des objets ronds. Dès le xiv^ siècle, la signification primitive avait complètement disparu, comme le prouve cette phrase :

Un petit cadran d'argent, rond, esmaillié. (De Laborde, Ém,auXj L.)

1. Tous les exemples où l'indication de l'auteur est suivie de a lettre L. sont tirés du Dictionnaire de Littré. La lettre G. indique qu'on le^ trouvera dans Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française.

D. saugrenu (proprement sel grenu) signifiait originairement piquant, spirituel. Ex. :

J'en eusse allégué d'autres (contes) encore bien plus saugreneux et meilleurs. (Brantôme, Dames galantes, I, 296. L.)

Aujourd'hui au contraire il a le sens de absurde, ridicule.

fît. Ainsi un mot, dès qu'il apparaît dans la langue, y a un ou plusieurs sens propres, qui sont, au point de vue de la grammaire historique, ses sens étymologiques.

Il en prend bientôt d'autres qui sont des sens dérivés du premier. On les lui donne par une figure, par une opération de l'esprit que les grammairiens appellent un trope.

Ce n'est là qu'un nom et il y aurait un curieux livre à écrire sur la chose elle-même.

Il est évident que la partie immatérielle du mot, le sens, doit, tout comme la partie matérielle, le son, changer suivant des lois. Il peut y avoir des changements accidentels; mais l'ensemble du mouvement est réglé.

Seulement les lois ici seront particulièrement difficiles à saisir et à formuler, car elles ne sont autres que les lois de la pensée même, et une pareille étude concerne au moins autant le psychologue que le grammairien. Voir comment les significations des mots s'étendent ou se restreignent, comment l'une en entraine forcément une autre, c'est en réalité voir comment les idées se développent, s'associent, et ainsi de suite. C'est étudier les procédés mêmes de l'esprit.

Les grammairiens se sont bornés à classer sous différents noms les diverses espèces de figures par lesquelles on donne à un mot un sens qu'il n'avait pas.

fis. La métaphore. — Tout le monde connaît le nom de cette figure et sait en quoi elle consiste. Ce n'est à vrai

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