‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 110 sur 320 · PATHOLOGIE VERBALE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE VERBALE

maison de plaisance des rois, puis leur palais même, avec tout ce qu'il contient de grands seigneurs et de grandes dames, d'autres expressions suivent une marche inverse. Valet, qui signifiait jeune garçon, jeune guerrier, ne désigne plus qu'un domestique.

Marâtre, qui signifiait belle-mère, perd son sens et se prend en mauvaise part.

Donzelle, autre forme de demoiselle, prend le sens de femme de mauvaise compagnie.

Galetas rappelle d'abord une tour de Gonstantinople, puis un appartement dans la maison des Templiers, ensuite une partie d'un grand château. Il ne s'emploie plus qu'en parlant d'un taudis.

Braconnier^ braire ont eu une fortune, ou plutôt une infortune semblable. L'un signifiait chasseur. Ex. :

Li braconers les chiens décuplent. (L.)

braire voulait dire crier d'une façon générale, tandis qu'il ne s'applique plus qu'au cri d'un animal ridicule et méconnu.

198. Chute et mort des mots. — Quelquefois ce travail de restriction est si considérable, l'empiétement du mot rival si complet, que l'ancien mot disparaît, sans qu'on puisse préciser quelle supériorité le nouveau venu a sur lui.

Dès le latin, ce fait s'est produit.

Ainsi : adulari, blandiri, ont fait place à un radical ger ..lanique flat.^ flatz qui a donné le français flatter; capere a cédé à prehendere.

En français on constate des changements semblables. Quaerere donne querre et quérir, puis le mot circare (parcourir en tous sens, fouiller) remplace le précédent; quérir fait place à chercher.

De même séné a disparu vers le xvi« siècle devant sensé; ams devant mais; moult devant beaucoup j etc.

fîO. Résurrection des mots. — Il arrive quelquefois qu'un de ces mots disparus renaît, mais c'est un phénomène assez rare. La plupart des résurrections sont factices et artificielles. Ainsi une masse d'anciens mots : rancœur^ chef tain, ostj ont été repris de notre temps ; mais beaucoup n'ont qu'une vie apparente dans la langue des lettrés. On en trouve cependant quelquefois qui rentrent dans l'usage populaire. Ainsi, épeler, qui a signifié expliquer, annoncer, a semblé s'éteindre, mais il vivait obscurément et il a reparu avec le sens particulier d'énoncer les lettres ; quasi s'est de même survécu, mais on ne pourrait pas citer beaucoup d'exemples semblables.

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