‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 117 sur 320 · Des noms susceptible» d*être employés au pluriel · texte numérisé non relu

Des noms susceptible» d*être employés au pluriel

A. Pluriel des noms abstraits. En latin l'usage avait donné un pluriel à beaucoup de ces noms ; on disait : vitdBy les vies ; superbiœ, les orgueils ; nobilitates, les noblesses ; etc., que ces pluriels indiquassent une pluralité, ou un simple renforcement de l'idée. En français, le nombre des noms abstraits qui ont un pluriel tend à s'étendre de plus en plus. Nos auteurs contemporains affectionnent ces pluriels et on entend sans cesse parler de blancheurs, de de rondeurs, de veloutés, etc.

B. Pluriel des noms propres. — En latin les noms propres se mettent sans difficulté au pluriel. En ancien français, au contraire, et jusqu'au xv" siècle, on en trouve peu à ce nombre. Ce n'est qu'au xvi^ et au xvii« siècle qu'ils se répandent. Ex. :

Ils sont en vérité des esprits forts, et plus forts.,, que les Basile, les Jérôme, les Augustin. (La Bruyère, Des esprits forts.)

Les Scipions vainqueurs et les Gâtons mourants. (Corneille, X, 97.)

Mais les grammairiens s'opposèrent à cet emploi, ne le trouvant pas logique, « attendu que de leur nature les noms propres ne conviennent qu'à un ».

Cependant il est bien évident que les deux Corneille sont deux personnes distinctes, et que quand on les nomme ainsi ensemble, leur nom désigne bien deux individus. Il est par conséquent, quoi qu'on fasse, au pluriel. Du reste l'usage de donner des pluriels aux noms propres est aujourd'hui établi.

Mais une autre difficulté s'est élevée. On s'est demandé si, en donnant un pluriel à ces noms, il convenait de leur en donner la marque. Ainsi le voulait la logique, mais ainsi ne l'a pas permis la grammaire. De là les règles arbitraires qui régissent aujourd'hui la matière; on donne le s aux noms propres, ou on ne le leur donne pas, suivant le cas. Ainsi on dira :

Par la vertu des deux Antonin, ce nom devint les délices des Romains. (Bossuet.)

Et au contraire : Aux siècles des Midas, on ne vit point d'Orphées. (Voltaire.)

Nous n'entreprendrons pas de rappeler ces règles inutiles qui ont moins d'exemples que d'exceptions.

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