‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 128 sur 320 · LATIN FRANÇAIS LATIN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LATIN FRANÇAIS LATIN FRANÇAIS

Sujet: làtro, lerre; haro, ber;

Régime: latronem, larron; baràneni, ba/ron;

particulièrement des noms en io, ionem. Ex. :

LATIN FRANÇAIS

Sujet: cumpànio, compain {copain);

Régime: cumpanibnem, compagnon;

des mots ayant un s au nominatif latin et qui le gardent en français. Ex. :

àbbas abbes; infans, enfes; abbàterriy abbé; infàntem, enfant.

Remarque I. Un certain nombre de mots qui auraient dû se décliner ainsi, n'ont jamais eu de forme pour le cas sujet, ou du moins ils en ont eu une refaite sur un nominatif latin tiré de l'accusatif. On a dû décliner : leônis^ leànem.

En tous cas, on ne leur connaît point en français d'autre»

DÉCI^INAISONS MASCULINES. 249

cas que ceux du régime ; lion, menton^ paon^ charbon^ poisson, etc.

Remarque IL Un grand nombre de ces mots avaient leur nominatif pluriel latin en es; ils devaient donc avoir un s au cas sujet en français.

Ce s a de bonne heure été supprimé, comme partout, dans la deuxième déclinaison ; on a dit :

seigneur (et non seigneurs), au sujet, seigneurs, au régime.

tOZ. Progrés de la première déclinaison. — En résumé on peut donc dire qu'en général la déclinaison française des mots masculins est double.

D'une part les noms qui se déclinent sur muras et qui ont le s au sujet singulier.

D'autre part les noms qui ont des formes assez diverses, mais qui sont tous caractérisés par l'absence de ce même s au sujet singulier.

Toutefois, il est évident dès l'origine qu'on marche vers une simplification, la première déclinaison empiète sur la deuxième. Dès la Chanson de Roland, on constate que le s du sujet singulier tend à s'introduire dans tous les noms masculins. On commence à dire ; li pères, li vins, li empereres.

Au XI 11^ siècle c'est un fait accompli.

!203. Noms indéclinables. — Un certain nombre de mots masculins restent seuls indéclinables. Ce sont quelques dérivés de neutres latins en us qni ont s à tous les cas. Ex. :

corpus, français cors,

tempus, — tems,

pectus, — piz,

latus, — lez, etc.

Ou bien des mots dont le thème se termine déjà par un s qui se confond alors avec le s de flexion. Ainsi : nés (de nasus) ; vis (de visus) ; pris (prix) (de pretium) ; palais (de palatium) ; peis,pois^ poids (de pensum)^ etc.

204. Destinée de ces déclinaisons. — Les règles de déclinaison que nous venons d'exposer furent observées avec régularité un certain temps. Ge qui contribua à leur disparition, ce fut l'influence perversive de l'analogie qui peu à peu, malgré l'étymologie, amena, comme nous l'avons vu, les mots masculins, voire féminins, au type commun de la première déclinaison masculine. Dès le xiii* siècle, ce changement est complet ; au xiv® siècle, la déclinaison elle-même disparaît, c'est-à-dire que, sauf de rares exceptions, le cas sujet, au singulier comme au pluriel, cède au cas-régime.

Cette disparition totale est naturellement précédée d'une période de confusion où le sujet existe encore, mais où on lui substitue le régime sans se rendre plus compte de la différence qui séparait les deux formes. Dans certains auteurs, chez Froissart, Eustache Deschamps, et leurs contemporains, le mélange est tel que de deux mots coordonnés, l'un est au sujet, l'autre au régime. Ainsi on dira :

li (sujet de l'article) baron (au lieu de bers). [Hugues Capet, 29, 3.)

My compagnon (avec le sujet du possessif et le régime de compainz), (Guvelier, Dug.j 180.)

Là fut présens le (pour li) connestables. (E. Desch., 247.)

Li dis conte (pour cuens) veoit bien, (Froissart.)

Désormais il ne reste plus rien de l'ancienne déclinaison. Par tradition, on trouvera encore quelque temps le sujet dans des formules toutes faites comme celles-ci : Que Dieux Vasoille (que Dieu l'absolve), si m'aist Dieux (que Dieu

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