HISTOIRE DE CES DÉCLINAISONS
m'aide), qu'il n'est pas rare de rencontrer encore au xvi^ siècle, mais le sentiment général du système est perdu.
205. Restes de l'ancienne déclinaison des substantifs. — La langue moderne n'a rien conservé du système lixte de l'ancien français, quelque temps arrêté à mihemin entre la synthèse et l'analyse.
Il y a bien un certain nombre de substantifs où le casujet a subsisté. Ainsi sœur a prévalu contre sereur, nous avons dit.
De même pour : ancêtre (ancessor), traître (traditor), Is (filius), peintre (pictor).
Ou bien les deux formes ont vécu côte à côte. Ainsi nous disons encore :
sire (senior) et seigneur (seniorem), pastre (pastor) et pasteur (pastorem), chantre (cantor) et chanteur (cantatorem) .
Mais on ne peut pas dire pour cela que ces mots se déclinent encore. On n'a pas là deux formes d'un même nom, mais en réalité deux noms différents qui ont chacun un sens spécial, et demeurent indépendants l'un de l'autre.
ao6. Orig^ine du « du pluriel. — L'adoption uniforme du cas-régime comme type du substantif eut une conséquence très importante. Le paradigme de mur étant réduit à mur pour le singulier, murs pour le pluriel, ce s, désinence primitive du cas, devint la désinence caractéristique du nombre, et ainsi s'établit la règle générale que tout substantif forme son pluriel en ajoutant un s à la forme du singulier.
C'est donc ici le lieu de rappeler rapidement les combinaisons particulières auxquelles donnait lieu la rencontre de ce s de flexion avec la consonne qui terminait le thème d un certain nombre de mots.
Si la plupart de ces combinaisons sont particulières à l'ancien français, il en est d'autres qui expliquent encore certaines formations du pluriel dans la langue moderne.
Devant s,
1® Les consonnes labiales h,j), f tombaient : c/efs donne des ;
2® Les gutturales simples tombaient aussi : amicus donne amis. Les gutturales doubles subsistaient au cas-régime et tombaient devant le s du sujet : beccum donne bec, beccus donne bez ;
3® Les dentales, qui primitivement subsistaient devant s, se combinaient avec lui pour donner un z, et il arriva que, postérieurement au xii^ siècle, c'est-à-dire alors que les dentales furent tombées, les mots conservèrent le z au lieu de Y s. On disait : corz et non cors, de curies : les cours.
4° n double devant s donnait naissance à un z. De là la forme : anz pour ans (annos) ;
5® l devant s comme devant d'autres consonnes se vocalisait en u : des chevals donnait des chevans^ comme alba donnait aube.
Or, au moyen âge, il était d'usage de remplacer le groupe us par une abréviation qui fut tour à tour oo et x, qu'on plaçait au-dessus de la ligne et ensuite sur la ligne même. Ainsi : chsvaoo .
Ce signe se confondit avec la lettre a;, et dans l'a; de chevax on vit une notation particulière représentant s. Or, comme on entendait un w, on le rétablit dans l'écriture. On eut : chevaux.
A la Renaissance, on alla plus loin encore, on introduisit le l étymologique. De là l'orthographe du xvi« siècle, chevaulx, qui littéralement représentait chevawwws, trois fois le l vocalisé.
Dès le XVII* siècle on est revenu à l'orthographe c/ie- vaux que nous conservons encore auourd'hui, orthographe