‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 13 sur 320 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

1. Les langues de la Gaule. — Nous ignorons quel fat le peuple qui habita originairement le territoire de la France, et quelle langue il parlait. En tous cas, vers les origines de notre ère, la Gaule était, comme nous l'apprend César, divisée en quatre parties : entre la Garonne et les Pyrénées habitaient les Aquitains, entre la Garonne et la Seine les Celtes, de la Seine à l'Escaut les Belges; le reste était une province romaine.

Les peuples de ces contrées différaient entre eux de mœurs et de langage. Les Aquitains avaient un langage absolument distinct de leurs voisins; ils n'appartenaient pas au même groupe ethnographique. Celaient des Ibères, dopt l'idiome a subsisté et se parle encore dans quelques districts montagneux du sud-ouest de la France sous le nom de basque ou d'euskarien. Les autres Gaulois proprement

dits, Celtes et Belges, parlaient des dialectes différents d'une même langue ; le gaulois.

«. Le g^auiois. — Ce gaulois était un des idiomes indoeuropéens, frère du grec, du latin, du germanique, mais distinct de chacun d'eux. Toutefois il nous est impossible de savoir quelle en était la structure intime. Le lexique, la syntaxe, les flexions de cette langue nous sont à peu près inconnus , car nous n'avons pour les étudier que des moyens insuffisants.

Les documents écrits en gaulois sont presque nuls. Ce sont des inscriptions laconiques et peu variées, dont il est difficile de tirer grand profit.

Nous avons en outre quelques indications fournies par les auteurs anciens qui ont cité des mots celtiques, en trop petit nombre; des noms géographiques qui se sont conservés et dont il est possible de retrouver les éléments.

Enfin l'étude des langues néo-celtiques dérivées du gaulois, breton, gaélique, etc., permet quelques inductions trop souvent hypothétiques et hasardeuses.

En se servant habilement de ces maigres ressources, des érudits prudents et patients sont arrivés à nous fournir quelques connaissances très incomplètes, il est vrai, mais au moins certaines, sur la langue qu'ont parlée nos aïeux.

On a pu décomposer des noms comme Lugdunum (Lyon), Rotomagus (Rouen), Virodunum (Verdun), etc., et trouver que l'un signifie : mont des marais {lougos dunum) , l'autre : maison de la route [roto magus)^ etc.; on a, d'autre part, rassemblé tous les mots conservés par les auteurs de l'antiquité, et l'on est arrivé de la sorte à reconstituer une façon de vocabulaire.

Enfin on a pu deviner l'existence d'une déclinaison qui avait un génitif, un datif, un accusatif différents au mas-

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