‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 14 sur 320 · ORIGINES. LE GAULOIS · texte numérisé non relu

ORIGINES. LE GAULOIS

culin et au féminin, au singulier et au pluriel, c'est-à-dire tout un système de flexions assez complet.

Mais là s'arrêtent les découvertes, et la prétention de quelques eeltomanes à aller plus loin n'a servi qu'à jeter du discrédit sur les études celtiques, qui ne sont estimables qu'à condition de ne vouloir pas donner plus qu'elles ne peuvent.

Du reste, quelle qu'ait pu être la langue gauloise, nous n'avons point à nous en préoccuper autrement, car ce n'est ni le belge ni le celtique qui ont donné naissance au français, mais le latin, qui de la province romaine finit par rayonner et s'étendre sur la Gaule entière.

3. La conquête romaine. — Des Alpes aux Gévennes, sur les deux rives du Rhône habitaient les Ligures, parents des Gaulois, mais vers la mer se trouvaient un certain nombre de cités appartenant à des Grecs. La plus célèbre de ces colonies orientales était Marseille, mais il y en avait d'autres : Agde, Port-Vendres, Antibes, Nice.

On sait comment Marseille offrit aux Romains l'occasion d'intervenir dans les affaires de la Gaule. Maîtres de l'Italie et de l'Espagne, et appelés comme arbitres d'une querelle qui avait surgi, les alliés des Marseillais en profilèrent pour s'assurer d'une route entre les Pyrénées et les Alpes, et firent de 154 à 118 avant Jésus-Christ la conquête du pays situé entre les Alpes, le Rhône supérieur, les Gévennes, la Garonne et la mer. Ils y fondèrent des colonies, Aix et Narbonne, et cette immense bande de terrain devint une province romaine (provincia), d'où le nom de Provence qui est resté à une partie de ce pays.

L'influence romaine, partie de là, ne tarda pas à se développer. Moins de cinquante ans après, César, appelé par les Eduens contre les Helvètes, porta ses armes successivement du Rhin à l'Armorique, parcourut la Belgique, le Gotentin,

l'Aquitaine, etc., enfin, après un dernier effort des Graulois en vain coalisés, soumit tout le pays ; la campagne, commencée en 58, puis interrompue, était terminée en 51.

La lutte, comme on sait, fut longue et sanglante, au c ontraire, la conquête morale de la Graule fut très rapide. Les Romains étaient d'excellents colonisateurs; les Gaulois avaient l'esprit souple, un instinct très vif de l'imitation. Un changement rapide eut lieu dans leur esprit et leurs mœurs.

Seule, une forte cohésion eût pu sauver la Gaule d'une assimilation. Mais celte cohésion n'existait pas. Dans la lutte même on ne s'était pas entendu ; vaincus, on acheva de se séparer. La politique romaine continua de précipiter ce mouvement par les moyens qui partout lui avaient réussi. Le pays fut fractionné en une foule de cités ayant chacune leur administration, leur sénat, leurs magistrats municipaux; non seulement les cités n'étaient unies par aucun lien fédéral, mais elles étaient appelées à être forcément rivales, en raison des inégalités qu'on avait créées. De même qu'il y avait en Gaule des individus jouissant de la plénitude des droits tandis que d'autres en étaient entièrerement privés, il y avait des cités privilégiées, toutes romaines, comme Narbonne ou Lyon, d'autres alliées ou fédérées comme Arles ou Marseille, d'autres dites libres comme Trêves et Soissons, etc., et à mesure que l'on descendait de l'une à l'autre on rencontrait des populations privées d'un nombre de plus en plus grand de droits dont quelques-uns étaient essentiels aux besoins presque quotidiens de la vie. De là d'inévitables jalousies, l'impossibilité d'une reconstitution de la nation gauloise. Au lieu de tourner les yeux vers leurs frères, les habitants des villes les moins favorisées s'habituèrent à les tourner vers Rome, dispensatrice des privilèges, et ce ne fut plus partout qu'un même désir de la servir et de lui plaire, dans l'espérance

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