‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 131 sur 320 · EMPLOI DES CAS · texte numérisé non relu

EMPLOI DES CAS

Si s'en vont la voie ferrée Et tant ont le chemin tenu.

"* (Ren., 5741. L.)

la manière. Ex. :

Et il ne voulut nullui croire (croire personne), ains sailli [sauta] en la mer, tous armez, l'escu au col, le glaive au poing, et fu des premiers à terre. (Joinv., IL)

En outre, le cas régime s'employait souvent sans préposition :

1» Pour exprimer le rapport que marque en français la préposition à. Il correspondait alors au datif latin ;

2« Pour exprimer le rapport que marque en français la préposition de. Il correspondait alors au génitif latin.

1® Régime équivalant à un datif, — Quand la construction était claire, il arrivait souvent qu'on n'exprimait pas la préposition à devant les noms de personne. Exemples :

Nul plaid... prindrai qui... cist meon fradre Karle in damno sit. [Serm. de Strasb.) (Je ne prendrai nul arrangement qui mon (pour à mon) frère Charles soit à dommage.)

Cil (celui-ci) a donné le châtelain (pour ; au châtelain) un colp. (Sire de Coucy.)

Les noms de personnifications pouvaient, comme ceux des personnes, être ainsi employés au datif:

Li nums Joiuse l'espée (pour : à Vespée) fut dunez, (Roi., 2508.)

Cette construction a totalement disparu depuis le xiv° siècle. (Voir cependant aux Pronoms.)

2<» Régime équivalant à un génitif. — Dans l'usage général de la langue, de a pénétré toutes les constructions où le latin employait le génitif. Mais, dans l'ancienne langue, cet envahissement n'est pas complet, et la préposition

^56 fORMES ET SYNTAXE.

ne s'emploie pas dans le cas d'un génitif subjectif où le terme au génitif est un nom de personne. Exemples :

li Deo inimi (les ennemis de Dieu). (Sainte Eulalie.) le TQÏ gunfanuniers (porte-gonfanon duroï). [Rol.^ 106.) Ço dit li Reis : « Jo oi le corn Reliant (Le roi dit : a J'entends le cor de Roland)., (Ib. 1768.)

Et li membre Diu sont povre^ nu et despris (Rutebeuf, II, 38). (Et les membres de Dieu sont pauvres, nus et misérables.)

De même avec des noms propres de lieu. Exemples :

Bêles pulcelesz, fillesz Jérusalem (Frag, d'un poème, dans Bartscb, 51). (Filles de Jérusalem.)

Mais dès le xii« siècle de s'introduit dans ces constructions comme dans les autres. Ex. :

près del (du) sépulcre Rachel en terre de Benjamin (Rois, I, 10).

(Voir aux Prépositions.)

Au xiv« siècle, l'ancienne construction disparaît, on n'en garde plus souvenir au xvi® ; cependant il en reste des traces dans certains tours de la langue moderne. C'est ainsi qu'il feut expliquer :

!« Les locutions : fête-Dieu^hotel-Dieu^bain-marie, etc., où le deuxième terme est au génitif ;

2<» Les noms de lieux, tels que Bourg-VAbbé, Bagneuxles-JuifSj Joinville-le-Pont, pour Bourg-de-l'Abbé, etc.;

3° La construction qui accole le patronymique au prénom sans préposition. Ainsi : Pierre Simon est pour Pierre de Simon;

4" Diverses appositions très usitées, telles que : la loi Dufaure, le projet Paul Bert^ le procès Bazaine, V affaire Clemenceau:

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