‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 137 sur 320 · ACCORD DE L'ADJECTIF · texte numérisé non relu

ACCORD DE L'ADJECTIF

Mais de pareils exemples ne sont pas nombreux. Les adjectifs : doré, argenté, et autres, ont un sens spécial; ils signifient ; qui imite l'or, l'argent. Les autres, comme i\)oi-^ rin, marmoréen, ne parviennent pas à remplacer les substantifs : d'ivoire, de marbre, malgré les efîorts faits au xvi^ siècle et de nos jours pour les acclimater.

Ajoutons qu'une foule d'adjectifs manquent et sont remplacés en français par des périphrases. Ex. :

Un homme sans cœur, une femme comme il faut, et ainsi de suite. (Voir à la Dérivation.)

s 19. Régies générales d'accord. — En règle générale, dans l'ancienne langue comme en latin, l'adjectif épithète ou attribut s'accorde avec le substantif ou le pronom auquel il se rapporte, en nombre, en genre et en cas. Ex. :

De plusurs règnes viendrunt H hume estrange (RoL, 2911).

{De plusieurs royaumes viendront des hommes étrangers.)

Amis Rollanz, prozdum, juvente bêle,

Cum jo serai ad Ais en ma capele,

Viendront li hume, demanderunt nuveles ;

Je's lur dirrai merveilluses e pesmes :

Morsi est mis niés, ki tantsuleit cunquerre. (76., 2916.)

(Ami Roland, vaillant homme, belle jeunesse,

Quand je serai à Aix, en ma chapelle,

Viendront des hommes, demanderont des nouvelles ;

Je les leur dirai étonnantes et cruelles :

Mort est mon neveu, qui savait tant conquérir.)

La seule particularité qui soit à signaler, c'est que l'adjectif se met au neutre lorsqu'il y a lieu, c'est-à-dire lorsqu'il se rapporte à un pronom neutre. Ex. :

Il est jugiet que nus les ocirum, (RoL^ 884.) (Il est décidé que nous les tuerons.)

Pur ço que plu^helseit. {RoL, 1004.) (Pour que ce

soit plus beau.) Jugiet et bel sont au neutre, sinon ils prendraient le

s du sujet masculin : jugiez, bels.

Depuis que la déclinaison a disparu, l'accord ne se fait plus qu'en genre et en nombre. En revanche il est devenu tout à fait régulier, tandis que primitivement (dans certains dialectes au moins) l'adjectif attribut avait une tendance à suivre les règles d'accord moins exactement que l'adjectif épithète.

Il reste toutefois un certain nombre de cas particuliers à examiner.

ZZO, Accord de l'adjectif qui se rapporte A plnslenrs noms. — En général dans l'ancien et même le moyen français l'usage était de n'accorder qu'avec le substantif le plus voisin de l'adjectif. Ex. :

Est le pays ou royaulme bien heureux quant il a roy ow seigneur saige. (Gomm., VIII, 24.)

Et se peut veoir par les tours par où l'on monte à cheval, et par ce qu'il avoit entreprins à la ville^ dont les patrons estoient faictz de merveilleuse entreprinse et despence. (Id., VIII, 25.)

Palsgrave cite les exemples suivants : Par consentement et délibération générale. Par la persuasion et enhortement (exhortation) fraudulent.

Au xvii^ siècle la langue hésite encore, et l'habitude de mettre au pluriel masculin l'adjectif qui se rapporte à deux noms de genre différent n'a pas triomphé, comme en témoigne un passage de Vaugelas : « On demande s'il faut dire : Ce peuple a le cœur et la bouche ouverte ou ouverts à vos louanges.... Il faudrait dire ouverts selon la grammaire latine qui en use ainsi... Mais l'oreille a de la peine

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