ACCORD DE L'ADJECTIF
à s'y accoutumer... je voudrais donc dire ouverte^ parce qu'ordinairement on parle ainsi ; qui est la raison décisive. »
Vaugelas, on le voit, faisait des concessions, néanmoins l'usage traditionnel ne l'a pas emporté sur les exigences de la syntaxe latine. Dans la plupart des cas, maintenant, l'adjectif se met au pluriel.
Toutefois si les noms ou pronoms ne sont pas coordonnés, on peut accorder Fadjectif seulement avec le dernier, comme dans cet exemple de Racine {Iphig.) :
Mais le fer, le flambeau, la flamme est toute prête.
Si même ils sont unis par la conjonction ou marquant alternative, on emploie encore le singulier, comme le veut la logique. Exemple : Il a la jambe ou le bras cassé.
Mais si les noms sont unis par la conjonction et, il faut emploj'er le pluriel comme en latin. Exemple : Il y a m^is une constance et un dévouement surprenants.
11 y a bien quelques accommodements avec cette règle et les grammairiens accordent que l'on peut rapporter l'adjectif au dernier substantif seulement, s'il semble le qualifier plus particulièrement. Mais, telle qu'elle est, la règle est trop étroite et «n contradiction avec l'usage des meilleurs auteurs, comme le montrent les exemples suivants :
Cest une puissance orgueilleuse qui est souvent contraire à l'humilité et à la simplicité chrétienne. (Fléchier.)
J'ai une estime et une amitié pour vous toute particulière. (Molière.)
On pourait citer beaucoup de phrases semblables.
%Zt. Accord des adjectifs employés adverbialement.
— On a VU dans la dérivation impropre que les adjectifs s'emploient souvent avec les fonctions d'adverbes. Il en était de même en ancien français, mais en ce cas l'adjectif gardait son rôle de qualificatif, et, comme tel, continuait à s'accorder en genre, en nombre et en cas. On disait :
Cette faveur est trop chère achetée, (Desportes,
EL^ II, Adv. sec.) Une perdrix fraîche tuée, etc.
La langue moderne a gardé cet usage, mais au prix de mille incohérences.
On dit encore : une perdrix fraîche tuée, une porte grande ouverte y mais au contraire on écrira ; cette poularde est fin grasse.
Il y a plus : dans beaucoup de cas, la langue hésite; tantôt elle accorde, tantôt elle n'accorde pas. On trouve :
Les nouveaux venus^ les noi^velles converties; mais aussi : des enfants noitveau-nés.
De là les règles si compliquées de tout.
La vieille langue fait varier tout adverbe et adjectif :
Set anz tuz pleins ad estet en Espaigne. [RoL, 2.) (Sept ans tous pleins il a été en Espagne.)
Jusqu'au xvii® siècle, cet usage se conserve. Ex. :
Ces biens.., ne se partagent pas.... Ils sont possédés tous entiers. (Malh., ii, 565.)
// ne faut que partir^ fax des chevaux tous prêts. (Corn., II, 500.)
J'ai toujours cru que Mme de Coulanges.... seroit toute une autre personne. (Sév., Autogr., ix, 527.)
Mais Vaugelas trouve cet usage illogique; il établit des distinctions entre tout adverbe et tout adjectif. Malgré l'opposition de Ménage (Observ.y p. 31), qui trouvait ces subtilités très fausses , malgré l'habitude des principaux écrivains du temps, l'opinion de Vaugelas prévalut dans l'Académie, et au xviii^ siècle, la règle moderne s'établit avec ses contradictions. Il s'en faut bien
du reste qu'elle soit observée par les auteurs. Montesquieu
écrit :
Je suis toute hors de moi.
Comparez Michelet : Une belle et très belle veuve, toute aimable.