‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 139 sur 320 · ACCORD DES ADJECTIFS · texte numérisé non relu

ACCORD DES ADJECTIFS

George Sand : En attendant qu'on nous la donne (l'histoire) toute expliquée et toute dévoilée,

Yictor Hugo : Une mort toute empreinte de pyrrhonisme.

Même, adjectif variable, ne s'est pendant longtemps pas distingué de même adverbe, pour la raison que l'adverbe en ancien français pouvait prendre un s de flexion, et que mesme devenait ainsi mesmes. On écrivait donc indifféremment : les dieux mesmes et les dieux mesme.

Yaugelas ne voulut plus qu'on confondît les deux fonctions de même. Un de nos meilleurs poètes a failli, dit-il, quand il a dit :

Les immortels eux-mesme en sont persécutés.

Selon le grammairien, même ici est adjectif et non adverbe; il faudrait donc à son avis un pluriel : eux-mêmes. Aussi, pour distinguer, Vaugelas proposait-il d'écrire l'adverbe mesme sans s avec les noms pluriels, et au contraire de lui ajouter les avec les noms singuliers. Cette idée n'a pas été adoptée ; toutefois une différence s'est établie entre les deux formes : même adverbe n'a plus jamais le s de flexion, il reste donc invariable, tandis que même adjectif prend le signe du pluriel. On sait qu'il n'est pas toujours facile de reconnaître auquel des deux on a affaire.

SSS. Accord de quelques adjectifs. — A ces adjectifs

employés adverbialement on en a assimilé plusieurs autres comme nu et feu, qui ont été ainsi considérablement atteints dans leur syntaxe.

Nu. On disait anciennement, voire même au xvi® et au xvii'^ siècle : nus pieds aussi bien que pieds nus et nue tête aussi bien que tête nue. Ex. :

Elle y alla nus pieds, comme toutes les religieuses, (Rac, IV, 509.)hii:iiiL^ -

Ce petit homme qui va toujours nus pieds. (Rac.^

Madame de Guitaut était nues jambes et avait perdu une de ses mules. (Sév., 20. L.)

Mais sous prétexte que nu est ici pris à la forme absolue, les grammairiens font ce mot invariable quand il précède le substantif, de sorte qu'on a des phrases comme celle-ci :

Une grande fille rousse , nu-pieds, tête nue, vient m' ouvrir la barrière. (Chat. d. Ayer.)

Il est vrai que malgré cette règle, on continue à écrire nue propriété et nus propriétaires.

Few, jusqu'au xvi® siècle, s'est accordé avec les substantifs féminins et pluriels, qu'il en fût ou non séparé par l'article. Ce mot est en effet un adjectif, venu probablement de fatutum^ et essentiellement variable. Ex. :

Eu esgard mesmement à son contract de mariage et testament defene sa femme. (Pasquier, Rech., vi, il. L.)

A la cruelle bataille devant Constantinop le moururent feuz de bonne mémoire les roys Lisuart et Perion. (D. Flores de Grèce, L.)

On trouve encore dans Balzac ; Si vous ne connaissez^ pas Uranie, cette nymphe que f ai tant louée, je vous avertis que c'est feue ma bonne amie, Mme des Loges. (Lett., XI, 13. L.)

Mais au xvi« siècle on fut porté à voir dans feu l'analogue de l'italien /*w, dérivé de fuit, et, cette erreur se propageant, le mot fut neutralisé au xvii« siècle, malgré Ménage. Actuellement il n'est ni déclinable ni indéclinable» L'accord se règle, comme on sait, sur la position ; on écrit malgré la contradiction : feu ma mère etrywt feue mère.

, t«3. Adjectifs indéclinables. — ' Il faul ajouter qu'il y a en français quelques adjectifs indéclinables en tout ou en

DEGRÉ DE SIGNIFICATION DES ADJECTIFS. 27i

partie pour des raisons de phonétique. Chaque fois, en effet, que le radical latin se terminait par un s, ou par un son qui devait produire un s, l'adjectif français dérivé ayant le thème déjà terminé par s, ne pouvait prendre le s de flexion.

C'est pour cela que oiseux, gracieux, faux, français, et tous les adjectifs qui ont ainsi un œ ou un s au singulier ne changent pas au pluriel.

Degrés de signification des adjectifs.

««4. Les adjectifs qualificatifs peuvent, en français comme en latin, avoir trois degrés de signification :

Le positif, qui indique la qualité sans comparaison.

Le comparatif, qui indique la supériorité, l'infériorité ou l'égalité.

Le superlatif, qui marque qu'une qualité est portée au plus haut degré.

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