‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 15 sur 320 · LA CONQUÊTE ROMAINE · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE ROMAINE

qu'elle récompenserait le dévouement et la fidélité. Ces sentiments devinrent bientôt si généraux que douze cents hommes à Lyon suffirent à garder cet immense territoire de la Gaule où personne ne songeait plus à se révolter.

En même temps, la séduction de la civilisation romaine agissait d'une autre façon, non moins efficace. Sans qu'on fût obligé d'aller jusqu'en Italie, Lyon offrait de Rome une image réduite, mais encore brillante, avec ses palais, son cirque, sou amphithéâtre, etc., que visitaient tous les ans des délégués et des commerçants venus de tout le pays.

Les Gaulois, qui n'avaient ni tradition nationale, ni constitution religieuse, ni civilisation propre, ne pouvaient résister à ces influences, et de très bonne heure ils s'appliquèrent d'eux-mêmes à se romaniser. Une des conditions essentielles pour cela était d'apprendre la langue des vainqueurs. Il le fallait pour obtenir justice, pour servir dans l'armée, pour être prêtre du nouveau culte, pour jouir do ses droits de père ou d'héritier, etc., en un mot, pour profiter ou ne point trop souffrir de l'administration et do la loi.

L'exemple fut naturellement donné par le Midi. De3 écoles se fondèrent dans toute l'étendue de ia Province, où les jeunes gens de l'aristocratie indigène vinrent se former sous la direction de maîtres romains, et quelques-uns d'entra eux pénétrèrent si bien le génie de la langue latine quo Rome les compta au nombre de ses meilleurs écrivains. Tels furent le poète Gallus, l'ami de Virgile, l'historien Trogue Pompée, et d'autres. Des populations entières, sans connaître aussi bien le latin, l'entendirent assez pour que des historiens comme Justin ou des géographes comme Slrabon pussent nous dire d'elles que « par un complet changement elles avaient pris le type romain, qu'elles tenaient tout de Rome, langue, mœurs, institutions ».

Un mouvement plus lent, mais semblable, ne tarda pas

à se produire dès les premiers siècles de notre ère, dans l'ancienne Gaule chevelue. Gomme à Lyon ou à Autun, des rhéteurs et des grammairiens s'établirent à Besançon, à Reims, jusqu'à Trêves, et dans les hautes classes de la société le latin fît, là comme ailleurs, de rapides progrès.

Bientôt des auteurs romains purent se flatter d'être lus et appréciés au delà des Alpes comme à Rome *, et à mesure qu'on avance de nouveaux témoignages montrent que la connaissance du latin se répand. Des orateurs haranguent en latin le peuple, des pères se servent de cette langue pour correspondre avec leurs filles, des frères avec leurs sœurs, des prêtres avec leurs fidèles^. Le latin, qui était déjà la langue de l'État, est devenu celle de l'Église et les idiomes indigènes cèdent de plus en plus à cette double influence. La Gaule devient à son tour une partie du pays romain, de la Romania.

Toutefois, quelque prompte qu'ait pu être cette transmutation, il est évident qu'à cette époque où les communications et les relations étaient encore difficiles, l'instruction populaire à peu près nulle, et l'école sans influence, la masse ne fut pas dès l'abord entraînée dans le mouvement que l'intérêt ou la mode avait fait naître et qui poussait les hautes classes à se romaniser le plus vite et le plus complètement possible. Nous voyons aujourd'hui avec quelle difficulté le paysan renonce à son patois, même quand il entend le français. De même et à plus forte raison le paysan gaulois garda longtemps sa langue, et ce n'est qu'à la longue que le latin finit par triompher dans les campagnes.

Au II* siècle, saint Irénée nous atteste qu'on parle encore

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