COMPARATIFS ET SUPERLATIFS ANALYTIQUES
Ne placet Deu ne ses seintismes angles. [Roi., 1089.) (Ne plaise à Dieu ni à ses très saints anges.) Pois, sunt muntet sus et 'palais altisme. (RoL, 2708.) (Puis ils sont montés dans le palais très élevé.)
Ces formes étaient très peu nombreuses. Au xvi« siècle, sous l'influence italienne, il en parut quelques autres, et c'est de là que nous avons gardé l'usage de dire : grandissime, révérentissime, sérénissime. Celles de ces expressions qui ne sont pas des termes d'étiquette appartiennent à la langue plaisante comme le fourbissime de Molière :
Mascarille est un fourbe, et fourbe fourbissime. {Et., 11,5.)
Dès le XVII* siècle en effet, une réaction avait eu lieu qui empêcha la propagation de ces formes étrangères.
ZZG. Comparatifs et superlatifs analytiques.
A. Comparatif. En dehors des cas particuliers que nous venons de signaler, ce n'est pas au moyen de suffixes que le français marqua les degrés de comparaison des adjectifs. Ici comme partout, l'esprit analytique triompha. Le latin classique formait le comparatif d'un certain nombre d'adjectifs en ajoutant au positif l'adverbe magis qui signifie plus. Ex. : magis idoneum (plus propre à). Le latin vulgaire remplaça magis par plus qui a le même sens et les comparatifs ainsi formés, qui originairement n'appartenaient qu'à un assez petit nombre d'adjectifs, devinrent le modèle sur lequel on reconstruisit tous les comparatifs français.
De même qu'on disait : plus idoneum,, on dit aussi: plus clarum (plus clair), plus sapium (plus sage), etc., etc.
On trouve aussi une autre manière de rendre le comparatif. Le latin en fournissait également le modèle : il faisait quelquefois suivre un adjectif au positif d'une préposition accompagnée d'un complément et signifiant aur-dessus, par de-là,
BRUNOT. m
comme: prseter, ante^ super. Ex. : super ceteros clarus = (mot à mot: sage au-dessus des autres).
11 n'est pas rare de trouver en ancien français des constructions correspondantes. Exemple:
Sur tuz les altres est Caries anguissus. {RoL, 823.) (Par-dessus tous les autres est Charles angoisseux.)
B. Superlatif. — Le superlatif périphrastique triompha également. Les mêmes adjectifs dont le comparatif se formait à l'aide de magis, avaient un superlatif formé avec maxime. Il y avait également là une indication dont la langue vulgaire tira profit. Elle appliqua ce procédé à tous les adjectifs, en substituant toutefois à l'adverbe maxime un assez grand nombre d'autres particules.
Le français se trouva ainsi avoir des superlatifs variés formés avec différents adverbes :
asez. Ex. : il est asez fols (il est très fou). fort. — Il est fort beau.
Auguste est ioTt troublé. (Gorn., Cinna.) par [laX.per). Tut par seit fel ki ne' s vait envaïr. [Roi., 2062).
(Tout à fait complètement félon soit qui ne les va attaquer.) outre. — outre beau, outre doux.
trop. — trop sachant (très savant.)
durement. — durement belle. (Comparez : Ils plorerent durement.)
L'usage s'est conservé d'indiquer dans la langue moderne une foule de nuances dans l'expression du superlatif; on dit d'une femme, qu'elle est magnifiquement, divinement, adorablement belle, etc., suivant le caractère de l'admiration qu'elle inspire.
De plus, un certain nombre d'adverbes, dans la langue populaire, s'emploient un peu indistinctement. On entend