LES INVASIONS
celtique dans le diocèse de Lyon. Au commencement du iii'^ siècle, Ulpien autorise l'usage de cette langue dans les fidéicommis. Au iv% au v® siècle même, nous avons des témoignages qui prouvent que les idiomes celtiques résistent encore*; au vi" siècle, et jusqu'à l'époque carlovingienne, cette agonie se prolonge, mais la victoire du latin était certaine, et la chute de Rome, l'arrivée de nouveaux maîtres ne compromirent en rien son succès.
4. Les invasions. — Nous ne pouvons point entrer ici dans l'étude de la difficile question des invasions germaniques, qui est loin d'être résolue. On n'est point du tout d'accord sur la nature et l'importance des changements politiques qu'elles entraînèrent. Il est certain toutefois que ni l'infiltration de barbares isolés qui durait depuis des siècles, ni l'irruption violente des hordes venues du Nord ne changèrent grand' chose aux mœurs de la Gaule. Les nouveaux venus semblent bien plutôt avoir adopté la civilisation des vaincus que leur avoir imposé la leur. Ils finirent ainsi par abandonner jusqu'à leur langue, vérifiant une fois de plus cette loi dé l'histoire qu'un peuple vaincu, s'il a pour lui la supériorité intellectuelle et morale, finit, malgré son infériorité matérielle, par assimiler le vainqueur.
Ge n'est pas à dire que le voisinage des dialectes germaniques importés n'eut aucune influence sur le latin parlé alors en Gaule. Nous verrons au contraire par la suite que le lexique en fut enrichi et modifié ; mais les flexions, partie caractéristique d'une langue, restèrent latines ou à peu près. Le véritable et le plus sérieux effet des invasions fut
1. Saint Irénée, Prasf. adv. haer.; Ulp., I. II, Fideicomm. ; Digeste, 1. XXXII, 11 ; comparez : Sulp. Sev. Opéra, p. 543, éd. 1647, d. 1; Glaudien, De mul. galL ; Ausone, De clar. urbib., 14. ; Fortunat, I, Carmen IX, 25, etc.
d'accélérer, en amenant la chute de Rome, la ruine des écoles, la disparition du latin écrit en faveur du latin parlé et populaire.
5. Recals du latin. — Il faut ajouter aussi qu'une partie du domaine romain fut entamée, et que le latin fut repoussé de quelques pays des bords du Rhin où il s'établissait. Un fait identique se produisit quand des Bretons venus d' outre-Manche refoulèrent les populations romanisées et rapportèrent en France leur idiome d'origine celtique qui vit et se parle encore en Bretagne. Le résultat fut le même lors de l'arrivée au vi« siècle de Vascons d'Espagne qui réimportèrent leur langue au sud de l'Adour, sur le territoire qu'ils occupent encore en partie aujourd'hui, et dont Biarritz, Bayonne, Oloron forment la limite.
6. Le latin. — Le latin est une des langues de la famille indo-européenne, sœur du sanscrit, du grec, du gaulois, du germanique, etc.... Il appartient au groupe italique, qui comprenait d'autres dialectes : l'osque, le sabellien, l'ombrien, etc.
Gomme toutes les langues, le latin a eu son histoire, et n'est pas apparu tout d'un coup sous la forme où on se le représente généralement, tel que Virgile ou saint Jérôme l'ont écrit. Il a vécu, c'est à-dire changé. Il y eut toute une longue période primitive, à peu près inconnue du reste, où il se développa librement, en dehors de toute tradition littéraire. Puis une influence savante essaya de le fixer, et désormais il exista une langue écrite et une langue parlée, distinctes l'une de l'autre.
C'est un fait assez commun dans l'histoire, et il se produisit en France, comme nous le verrons, quelque chose d'analogue qui nous permet de comprendre assez bien ce qui se passa autrefois à Rome.