‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 152 sur 320 · PERSONNE · texte numérisé non relu

PERSONNE

B. PLURIEL

Sujet. . .

Ivég. dir. .

lié":, indir.

ilh

illos

illorum

les

il, ils

els, eus, eux

lor, leur

FEMININ

*iUas

nias

*illorum

Forne „ , .

atone ^"'"" '<""«""

eles, elles eles, elles lor, leur

gorgeet

Remarques. — r La forme du régime direct masculin et a disparu devant celle du régime indirect lui, qui sert ainsi pour les deux cas.

2» Il du sujet masculin pluriel a pris un s par analogie vers le xiv^ siècle ; on le rencontre pendant très longtemps sans ce s. Ex. :

Il ne le sevent ne dienl veir nient. (Bol., 1436.)

^Ils ne le savent et ne disent vrai en rien.)

fantost que il virent que Vyaue me sailloit par la par les narilles, il pristrent à plorer. (Joinv. LXIV.)

(Aussitôt qu'ils virent que Teau me sortait par la gorge et les narines, ils se prirent à pleurer.)

Au contraire, le s ou z est presque régulier dans les textes du XIV» siècle. Ex. :

ilz client [Cmelier, 22725); ilz virent (Id., 22742).

3° Leur est proprement, comme son étymologie latine le montre, un génitif dont le sens est : d'eux, mais il a, dès les origines, le sens de à eux :

Jo lur dirrai qu'il est morz en Espaigne. {RoL, 2913.)

4° Le pronom neutre est maintenant le masculin il, qui est substitué à la forme 6^.

5° Lei du féminin a disparu au xiv' siècle; dès le milieu du xiii" siècle, on trouve: H pour lei, puis: lui.

244. Formes éiidées. — Tous les pronoms personnels terminés en e muet sont sujets à perdre cet e muet par éli~ sien devant les voyelles. Ex. : y ai; tu m'as dit; on t'a fait; il l'impose.

Cette élision se produit même parfois lorsque le pronom placé derrière un verbe se trouve porter l'accent tonique:

MaiSj mon petit monsieur, prenez-le un peu moins haut

(Mol., Mis. y l, 2.) Prends pitié de ce peuple et reçois-le en ta grâce.

(Ghapel., Pucelle.) Voyons-le avec Ésope en un sujet semblable.

(LaFont.,Fa6., VI, 1.)

Mais cette licence poétique est presque hors d'usage aujourd'hui.

245. Ellipse des pronoms personnels. — Le latin nc joignait pas souvent le pronom personnel au verbe ; il ne s'en servait que pour insister sur l'idée de la personne; dans les cas contraires, la flexion des verbes suffisait à marquer la personne. Ainsi venio seul signifiait : je viens^ venis: tu viens, sans qu'on eut besoin de faire précéder ces verbes des pronoms ego et tu.

Ici encore se révèle l'esprit analytique de la langue française. L'indication de la personne dans le verbe 'fui peu à peu dévolue au pronom personnel.

Ce changement toutefois n'eut pas lieu tout d'un coup, et il s'en faut bien qu'à l'origine l'emploi des pronoms personnels ait été obligatoire comme de nos jours. L'ancien français avait conservé au verbe des flexions assez distinctes pour qu'on pût reconnaître la personne dont il s'agissait. Quand les finales étaient sonores, boif ne se confondait nullement avec bois ou boit. Il en résultait qu'on pouvait employer le pronom, mais aussi le sous-entendre. Voici des exemples où il est exprimé:

Jo sui Rollanz ki tant vus soelt amer, (Roi, 2001 )

(Je suis Roland qui tant vous aime.)

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