‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 153 sur 320 · ELLIPSE DES PRONOMS PERSONNELS · texte numérisé non relu

ELLIPSE DES PRONOMS PERSONNELS

Quant tu les morz dulur est que jo vif. (Roi., 2030.) (Quand tu es mort, c'est un malheur que je vive.)

Bels cumpainz Oliviers, Vnsfustes fils à V bon cunte Renier. (Ib., 2208.) (Beau compagnon Olivier, vous fûtes fils du brave comte Renier.) Il est si fiebles qu il ne poet en avant (Ib., 2228). (Il est si faible qu'il ne peut avancer.)

Mais le plus souvent le pronom était sous-entendu, quelle que fût la personne. Ex. :

De cels de France les corns avum oït (RoL, 2132). (De ceux de France les cors nous avons entendus.) E! DurendaU cum ies e clere e blanche ! Cuntre soleill si luises e reflambes ! (Ib., 2316.) (Ah ! Durandal, comme tu es claire et blanche ! Au soleil comme tu luis et flamboies !) De cels de France oez suner les graisles, (Ib.^ 2116.) (De ceux de France vous entendez sonner les clairons.) Dune luT remembrât desfieus e des honurs. (Ib., 820.) (Alors il leur souvient de leurs fiefs et de leurs honneurs.)

Même si le sujet change et si une même phrase contient deux verbes à deux personnes différentes, l'ancienne langue sousentend souvent le pronom devant ces verbes. Ex. :

Cleimet sa culpe, si priet Deu mercit:

« Veire paterne, ki unkes ne mentis,

Saint Lazarun de mort resurrexis

E Daniel des leuns guaresis,

Guaris de mei Vanme de tuz perilz

Pur les pecchiez que en ma vie fis ! »

Sun désire quant à Deu en purofïrit. (Roi., 2383.)

(Roland) bat sa coulpe et implore le pardon de Dieu :

« Vrai père, qui jamais ne mentis,

Qui ressuscitas baint-Lazare des morts,

Et sauvas Daniel des lions,

Garantis mon âme de tous les périls

En raison des péchés que j'ai faits en ma vie! y> Il tendit à Dieu son gant droit, etc.)

Il y a là des verbes à la première, à la deuxième et à la troisième personne; devant aucun d'eux le pronom personnel sujet n'est exprimé.

Les traces de cette ellipse sont très fréquentes encore au xvi° siècle. Ex. :

Depuis çwe suis au monde. (Baïf, Œuv. chois. ^ 60.) Quand tu me meurtrirais, si te beniroye. (D'Aiibigné,II,173.)

Au XVII® siècle même, on rencontre des phrases analogues :

Vous en veux aujourd'hui confier le secret, (Rotrou, Dam Bern., II, 5, 120.)

// est d'autres hymens et n'avons qu'un honneur. (Id., Illustre Amazone, II, 4, 612.)

Pour ne plus en douter svLÎîii que je le nomme. (Gorn., Olhon, III, 3.)

Aujourd'hui nous exprimons toujours le pronom ; cependant la langue a conservé un assez grand nombre de locutions toutes faites où le pronom fait défaut. Le verbe y est à la 3® personne et serait, en général, suivant la règle de la syntaxe moderne, précédé du pronom il au sens neutre. Ex. : delà vient que, si bon vous semble, à Dieu ne plaise, reste à savoir, tant y a. tant s'en faut, etc.

Le pronom personnel régime était souvent omis autrefois, surtout quand la phrase devait renfermer deux formes, un régime direct et un régime indirect. Le premier restait alors sous-entendu. Ex. :

Ils ne Vaymerent et luy monstrerent bien. (Gomm., VI, 12.)

Dans cette phrase nous mettrions aujourd'hui : le lui.

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