‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 154 sur 320 · REPETITION DU PRONOM · texte numérisé non relu

REPETITION DU PRONOM

Seule, la langue populaire se permet encore cette ellipse, et l'on entend dire très souvent : /y donney pour : je le lui donne. Mais cet usage peut s'expliquer de deux façons : il peut y avoir là une simple élision aussi bien qu'un souvenir de la vieille syntaxe. Il faut observer toutefois que l'ellipse dont nous parlons se rencontre jusque dans la langue classique. Ex. :

Le Pape envoya le Formulaire tel quon lui demandoit. (Rac, IV, 567.)

U Archevêque sentoit bien que sa foi humaine n'étoit pas aussi claire qu'il s'éloit imaginé. (Rac, IV, 566.)

«46. Répétition du pronom. — L'ancienne langue, pouvant supprimer le pronom dans tous les cas, le répétait fort rarement. Ex. :

Bels sire reis, jo vus ai servit tant,

Si n'ai oût (eu) e peines e ahans (labeurs). (Roi., 863.)

Le second ai est sans pronom. Au xvi*^ siècle, on sousentend encore très souvent le pronom devant le deuxième verbe, même si les deux propositions sont subordonnées l'une à l'autre, et non pas coordonnées. Ex. :

Nous maintiendrons que tenons i.i chaire de Moijse.

(D'Aub.,II, 314.) Et moy jusque à ce que j'aye esté mieux instruict, ay estimé que c'est un Démon muet incarné. (Td., I, 427.)

Au xviio siècle encore :

mon cœur amoureux Moins il s' en connaît digne, et plus s'en tient heureux.

(Gorn., Ment., 132.)

Aî.jourd'iuii la règle veut que le pronom soit cxprinic

dcvanl chacun des verbes, sauf le cas où ces verbes sont

étroitement unis. Ex. :

Ils marchaient sans parler. Il semblait irrité^ Et la guettait parfois d'un regard de côté.

(Guy de Maupassant, Des vers, 130.)

S47. Emploi pléonastique du pronom. — Si la vieille

langue supprimait volontiers le pronom personnel, sujet ou régime, comme nous venons de le voir, en revanche elle l'exprimait alors qu'il n'en était pas absolument besoin.

Quand, par exemple, la phrase commençait par un régime, la langue rappelait souvent ce régime par un pronom.

Ex. : A aucuns leur osta leurs offices. (Gomm., VI, 7.)

Car l'un sxirpris de l'air il faut soudain qu'il meure. A Vautre, l'air luy est ordinayre demeure.

(D'Aub., m, 384.)

En dehors de ce cas elle aimait, comme toutes les lanl^ues vulgaires, à reprendre par un pronom un sujet sub- Hlantif déjà exprimé- Ex. :

Li niés Marsilie, il est venuz avant. [RoL, 860.) (Le neveu de Marsile, il s'est avancé.) E Berengiers il flert Estramaris. (RoL, 1304.) (Et Bérenger, il frappe Estramaris.) Du siècle les mignons^ fils de la poule blanche^ Ils tiennent à leur gré la fortune en la manche.

(Reg.,Sai'. ni).

Ce pléonasme ne se rencontre plus aujourd'hui dans les phrases positives, sauf dans celles où l'ordre des mois ordinaire est renversé. Toutefois c'est dans cet usage de répéter le pronom sujet qu'il faut chercher l'origine de notre forme d'interrogation usuelle.

EMPLOI PLÉONASTlQUa DU PRONOM. 295

248. Origine de la forme interrogatiiire. — En effet, d'une part, comme les particules interrogatives latines n'avaient pas subsisté, on exprimait Tinterrogation en renversant l'ordre des mots et en rejetant le sujet derrière le verbe. Ex. :

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