‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 155 sur 320 · SATAN · texte numérisé non relu

SATAN

Oïl, par ver (vraiment).

{Le drame d'Adam.)

D'autre part, dans les propositions interrogatives comme dans les autres, on pouvait répéter par un pronom le sujet véritable; ce pronom se plaçait à la suite des verbes, et le sujet, construit absolument, comme une sorte de vocatif, reslait en tête de la phrase. Ex. :

Or, sire, la bonne Laurence,

Vostre belle ante (tante), moMrw^-elle?

[Pathelin.)

Grâce à cette construction la proposition restait interrogative, et ses éléments conservaient leur place ordinaire. Aussi la construction subsista-t-elle. Usitée d'abord quand il y avait lieu de détacher le sujet, elle devint bientôt la forme commune de toutes ou presque toutes les phrases interrogatives. Ex. :

Dors- tu content, Voltaire, et ton hideux sourire Voltige-t-i\ encorsur tes os décharnés?

(Alf. de Musset, Rolla.)

La langue populaire a été plus loin, elle a soudé il avec !a consonne de liaison ^, et considéré la syllabe til ainsi formée et réduite dans la prononciation à ti comme une véritable particule, analogue au ne du latin, et se joignant

à toutes les personnes du verbe pour donner à la phrase un sens interrogatif et, par extension, exclamalif. Ex. :

Vous voulez ti pas? Je Vaime ti !

249. Emploi des formes atones et des formes toniques. — On peut dire que la vieille langue les emploie au hasard. Il n'y a pas de règle, sinon qu'on trouve toujours la préposition suivie d'une forme tonique. Ex. :

Baruns Franceis, pur mei vus vei mûrir. [Rol.j 1863.) (Barons français, à cause de moi je vous vois mourir.) E kiserat devant mei en V anz-guarde? (Ib., 748.) (Et qui sera devant moi à l'avant-garde?)

L'usage sur ce point n'a pas changé. Ex. :

C'était beaucoup pour moi, cerCélait rien pour vous.

(Rac, Brit., IV, 2.) Tu fais cela pour nous et nous ceci pour toi.

(V. Hugo, Hem., III, 5.)

Quant au verbe, on lui joignait autrefois les formes atones ou les formes toniques, à peu près indifféremment, que le pronom précédât ou suivît. Ex. :

Qoi, fist lilox (le loup), malais me tu (lu m'insultes)?

(Marie de France, le Loup et l'Agneau.) Che poise moy? (Que me peso). — Sans mcy servir. (Froiss.)

Aujourd'hui l'usage a créé des règles ; les formes toniques ne s'emploient plus au régime indirect qu'après un impératif, comme : dis-moi.

Au régime direct, elles ne se trouvent plus guère qu'après un impératif ou lorsque le pronom suit le verbe et en est séparé par un ou nlusieurs mots. Ex. : Cache-loi, je n'aime que toi.

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