EMPLOI DES CAS DU PRONOM PERSONNEL
»50. Emploi des cas. — C'est peut-être ici le seul exemple du maintien de l'ancienne déclinaison française. Non seulement les cas-sujets des pronoms personnels se sont maintenus à côté des cas-régimes, mais en outre ils s'emploieLi encore exclusivement chaque fois que le pronom précède immédiatement le verbe. Nous disons : je fais mal et non : moi fais mal. Cette persistance tient probablement à ce fait que les pronoms personnels je^ tu, il, ayant peu à peu reçu mission de marquer la personne dans le verbe, comme nous l'avons montré plus haut, ces pronoms sont devenus de véritables particules formelles et grammaticales, et, en cette qualité, se sont immobilisés sous leurs formes anciennes.
La règle, dont nous venons de voir qu'il existe encore quelques débris, était naturellement beaucoup plus générale dans l'ancienne langue. On disait : je ei tu irons; je, qui viens y dis. Ex. :
Ne vus ne il n'i porterez lespiez. [Rol.j 260.) (Ni vous ni lui n'y porterez les pieds.) Je et mi (mes) compaignon mangames à la Fonteinne r Arcevesque devant Dongieuz (Joinv., XXVII.)
Au xvi^ siècle encore : Je, respondit Bridoye, respondray brièvement. (Rab., III, 39.)
On sait que cette façon de parler s'est conservée dans les formules de procédure et que les actes commencent généralement par : Je soussigné, etc. Mais c'est là un cas tout particulier. Dès le xiP siècle les formes du régime tendent à se substituer à celle du sujet, et on trouve déjà dans le livre des Rois : Moi et ceste femme firent covenant (un accord).
Au XIV® siècle les exemples se multiplient, et, comme on sait, dans la langue moderne, mo^, toi, lui, s'emploient seuls lorsque par exemple il y a deux sujets, qu'on intercale entre le sujet et le verbe une phrase relative, qu'on
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détache le sujet au commencement de la phrase, qu'on Texprimo sans exprimer le verbe, etc. Ex. :
Mo?i frère et moi, nous sommes tombés d'accord. — Moi, qui n'ai pas vos raisons, je continue à les fréquenter. — Moi, je commettrais une pareille lâcheté! — Qui les frappera? Moi.
S5I. Emplois particuliers dos pronoms mom« et voua.
— Il était d'usage dans la chancellerie romaine de dire nous au lieu de je. Le pluriel avait une valeur augmentative et rehaussait la dignité de celui qui parlait. Cet usage s'est transmis, et de nos jours encore on trouve nous au lieu de je dans les actes administratifs, qu'ils émanent du plus haut fonctionnaire de l'État ou du plus humble des maires.
Cette façon de parler a eu des conséquences importantes. A ceux qui disaient nos en parlant d'eux-mêmes, on s'est habitué à aire vos, et Pline en use déjà ainsi à l'égard de Trajan. La formule réservée d'abord à quelques-uns est devenue banale, et l'usage s'est répandu de dire vous à tout le monde, au lieu de tutoyer comme en latin.
En français, dès les origines de la langue on « voussoya », et nous voyons Roland dire à son épée :
Ne vus ait hum ki facet cuardie. [RoL, 2354.) (Ne vous ait homme qui fasse des lâchetés.)
Aujourd'hui vous est de rigueur à l'égard de tous ceux qui ne sont pas des familiers, l'étiquette le veut ainsi. Toutefois les poètes ont encore la faculté de tutoyer ceux à qui ils s'adressent.
Puis vous est devenu tellement commun qu'on emploie au contraire tu en s'ai ressaut aux personnes ou aux personnifications les plus hautes, à Dieu, à la Patrie. Ex. :