VII
Quand cela paroîtra, je ne doute point qu'il ne domie
matière aux critiques. (Corn., X, 486.)
// ne s'emploierait plus ainsi; toutefois c'est avec cette
valeur qu'il a été mis devant les impersonnels autrefois
construits sans pronom, et qu'il y a remplacé ce. (Voir
aux verbes, g 413.)
Au pluriel on trouve le pronom masculin de la troisième personne employé à la manière latine avec le sens de l'indéterminé on. Ex. :
Hz disent que ce fut pour estre si extrêmement aggravé de travail, que nature n'en pouvoit plus. (Mont., I, 44.)
Ce latinisme est aujourd'hui complètement tombé en
désuétude. Gonlrairement à il le pronom le s'emploie encore fort souvent dans le sens neutre. Ex. :
C'est vrai, puisque jele dis. Passez-le-lui pour cette fois. Il est puni comme il m^éritait de Vètre.
Ce dernier emploi, qu'on a voulu restreindre, est particulièrement curieux, le pouvant remplacer, non seulement comme ici un participe passé passif, mais une proposition entière avec un verbe à un mode personnel. Ex. : Je le punis commue il mérite de Y être. Les puristes condamnent cette tournure si claire et la remplacent par cette autre beaucoup plus lourde : Je le punis comme il mérite d'être puni. Ex. :
Laissez-moi pleurer mon père; vous savez combien il mérite d'être pleuré! (Fénelon.)
Il semble cependant qu'on devait réserver celte répétition pour les cas où on veut marquer particulièrement l'importance de l'idée qu'on répète.
3° La syntaxe du pronom de la troisième personne donne ('gaiement lieu à une remarque importante. On est souvent embarrassé pour savoir s'il faut le laisser invariable, ou au contraire le faire varier dans le cas où ce pronom est attribut du verbe être.
Jusqu'au XYii** siècle le pronom le la les s'accordait le plus souvent avec le sujet, au moins en genre. Ex. :
Je plains cette abusée et c'est moi qui la suis. (Corn., VI, 611.) G'est-à-dire : qui suis cette abusée.
Vous en êtes instruits, et je ne la suis pas. (Gorn., V, 427.)
Je veux sur toutes choses que vous soyez contente, et quand vous la serez, je la serai. (Sév., V, 318.)
Gette mère étoit fort simple et fort humble, et je ne la suis pas. (Rac, IV, 515.)
PRONOMS ADVERBIAUX. 301
Mais Vaugelas trouvait cet usage contraire à la raison, et, sans l'imposer toutefois, il établit la règle adoptée depuis et encore en usage de nos jours. Suivant cette règle, quand le pronom attribut représente un nom pris dans un sens déterminé, on fait l'accord; en cas contraire, c'est-à-dire lorsque le pronom représente un adjectif, ou un participe, un nom pris dans un sens indéterminé, un verbe, une proposition entière, on ne fait pas l'accord.
On dit donc :
Êtes-vous la malade? je la suis.
Êtes-vous malade? je le suis.
Même règle pour l'accord de nombre :
Êtes-vous les condamnés? nous les sommes. Êtes-vous condamnés? nous le sommes.
Dans l'usage la distinction n'est pas toujours observée.
«53. Pronoms adverbiaux. — Il arrive souvent que les pronoms personnels sont remplacés par les pronoms dits adverbiaux en, y. Ces mois sont originairement des adverbes, et nous aurons à en reparler lorsque nous traiterons de cette partie du discours.
En dérive du latin inde et signifie proprement de là; y dérive de ibi et signifie là. Mais il n'est pas difficile de voir par quels développements de sens en et y sont arrivés à faire l'office de pronoms personnels.
On dit d'abord : alez en est (il est parti de là). Puis, par une extension toute naturelle, le mot qui marque le lieu d'origine en vient à marquer d'une façon générale l'origine, la source, comme dans cette phrase : il en conclut, où on peut également remplacer en par de là ou de cela. De même :
Ki qu'en plurt o ki 'n riet {Rol.j 3364.) (Qui qui pleure ou qui rie de cela.)
Bientôt en arrive ainsi à désigner : le moyen, l'instrument, la cause, et à remplacer les formes : de cela, avec cela, par cela^ ainsi de suite. Ex. :
Bien en purrat luer ses soldeiers (Rol.j 34.) (Bien avec cela il pourra payer ses soldats.)
Li clers tendi s'arbalestre et trait, et en feri l'un parmi le cuer [JoinY., XXVI). (Le clerc tendit son arbalète et lira, et en frappa un au milieu du cœur.)
Li quens Rollanz, quand il veit morz ses pers..., Tendrur en out. [Roi., 2215.)
Le développement de i, y a. été analogue, quoique moins rapide. Cet adverbe, comme nous l'avons dit plus haut, signifie originairement : là. Ex. :
Soleilz n'i luist (Rol.j 980). (Le soleil ny luit pas.)
Y remplacera donc un nom de lieu précédé de la préposition à. Ex. :
Venez-vous à Rome, fj serai (je serai à Rome.)
De même avec un verbe qui ne marque plus ni mouvement vers un lieu, ni présence dans ce lieu : Songez-vous à notre affaire? f y pense (je pense à cette affaire). On dit pareillement : j'y réfléchis, j'y conseils; y équivaut dans toutes ces constructions à la forme plus lourde : à cela, à cette chose, leur Ex. .
Ils comptent les défauts pour des perfections^ Et savent y donner de favorables noms.
(Mol., Mis., II, 5.)
Pour aller jusqu'au bout de leur développement logique, en et y devaient arriver à se dire non pas seulement des
PRONOMS ADVERBIAUX. 50.-^
choses, mais des personnes. C'est ce qui s'est produit en effet. Ex. :
V^ous me confirmez dans la bonne opinion que j'en ai (que j'ai du marquis de Grignan). (Sévigné, IX, 98.)
Ce n'est làquune ébauche du 'personnage; et, pour en ac/iever le jjortrait, il faudroit bien d'autres coups de pinceau. (Mol., Don Juan, I, 1.)
t/'en dois compte, madame, à l empire romain (je dois compte de votre fils). (Rac, Brit.^ 181.)
On pourrait citer des exemples semblables tirés des auteurs de notre temps, y, au contraire, ne peut plus, suivant les grammairiens, s'employer au lieu de à lui. On le trouve cependant en ce sens très anciennement, et encore au xvii» Gt au xviii^ siècle. Ex.:
Il doubtoit bien que sHl y parloit^ si ne la scauroit
il guider. (Gomm., V, 14.)
Tous ceux qui la voient et qui y prennent quelque intérêt (Sév., V, 447.)
Qu'il se donne à Mandane, il n'aura plus de crime.
Qu'il s'y donne, Madame, et ne m'en dise rien, (Goni., Suréna, 1143.)
Om, oui, je te renvoie à V auteur des Satires.
— Je t'y renvoie aussi. (Mol., Femm. sav., III, 5 ]
Quelque regrettable que soit la disparition de cette tournure, il faut reconnaître qu'elle a vieilli. La langue populaire, il est vrai, continue à remplacer /i^ipar y, mais il est difficile de savoir s'il faut voir là un mair.lien de l'ancica usage ou seulement une contraction.
Pronom réfléchi.
So4. Nature du pronom réfléchi. — Quand on veut indiquer que, dans une phrase, une personne désignée par un pronom régime d'une préposition ou d'un verbe est en même temps le sujet de la phrase, on remplace le pronom personnel ordinaire par un pronom d'une forme particulière appelé réfléchi j qui sert à marquer le rapport d'identité entre le régime et le sujet. C'est ainsi qu'on dira : il se brûle, le pronom réfléchi se indiquant dans cette phrase que la personne qui est brûlée, celle qui subit l'action signifiée par le verbe, est la même que celle qui brûle, c'està-dire que celle qui fait l'action. Telle est, en principe au moins, la raison d'être des pronoms réfléchis.
!S55. TVombre et formes des pronoms réfléchis. — Logiquement il devrait y avoir un pronom réfléchi pour chacune des trois personnes, et en effet il en est ainsi en grec. Mais le latin, au moins tel que nous le connaissons, n'a jamais eu de réfléchi ni pour la première, ni pour la seconde personne. Je me fais tort se dit en latin : mihinoceo. Gomme on voit, le pronom réfléchi absent est remplacé par le pronom personnel, et cela n'a aucun inconvénient puisque nulle équivoque n'est possible.
Le français, comme le latin, se sert en pareil cas des pronoms personnels : me, moi, te, toi, etc. Ex. :
Tu ne me trompais pas, tu te trompais toi-même
(Louis Bouilhet.)
A la troisième personne, au contraire, le maintien d'une forme réfléchie était utile à la clarté du discours, le latin avait un pronom particulier : sui, sibi, se (de soi, à soi, soi).