Emploi de la forme tonique et de la forme atone
— Les deux formes se et soi sont loin d'avoir eu la même fortune. D'abord elles sont entrées en concurrence l'une avec l'autre, et se a en général triomphé de soi en le chassant peu à peu de différents emplois que soi avait conservés dans la vieille langue.
En effet, devant un participe le vieux français met volontiers soi. Exemple :
Ledict seigneur des Cordes, soy tenant pour deschargé. (Gomm., V, 15.) Nous disons aujourd'hui ; se tenant*
De même devant un infinitif, surtout si cet infinitif était précédé d'une préposition, soi était autrefois plus fréquent que se. Ex. :
Jamais je ne ouyz homme soy plaindre. (Gomm., YIII, 14.) Contrains de soy retirer. (Amyot, Fabius, éd. 1574, 207.)
Enfin, môme qv.and le pronom réfléchi précédait immé-
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r,06 FORMES ET SYNTAXE.
diatement un verbe à un mode personnel, on employait soi aussi bien que se. Ex. :
Ki traà'st hume, sei ocit e alirui [Roi., 3959). (Celui qui trahit se perd lui-même et les autres.)
Dans ces différents cas, les règles de la langue moderne exigent l'emploi de la forme proclitique et atone.
S57. Échange des pronoms personnels et des pronoms réfléchis. — Le pronom réfléchi a eu à souffrir dela concurrence des pronoms personnels; comme cenx-ci étaient exclusivement employés à la l""^ et à la 2^ personne, l'analogie a de bonne heure tendu à les introduire aussi à la 3% dans des cas où la logique aussi bien que la tradition latine imposait le pronom réfléchi.
On trouve de bonne heure des exemples de cette subslitation :
// otpooir de li resusciter (Joinv., LXVI.)
(Il (Jésus) eut pouvoir de se ressusciter.)
Et lo7^s me dist que il nous avoit appelez pour li confesser à moy de ce ^ue à tort avoit de/fendu maistre Robert. (Id., VI.)
fussent contrainctz de eulx retirer, (Gomm., II, 11.)
Mais ici encore il y a une distinction à faire entre la forme se et la forme soi. La première a été beaucoup plus résistante. Les exemples oià elle est remplacée par un pronom personnel sont rares, même dans l'ancienne langue, et, en français moderne, elle a définitivement triomphé. On peut s'en rendre compte en traduisant les phrases qui précèdent : Et lors il me dit qu'il nous avait appelés pour se confesser à moi. — Ils furent contraints de se retirer, etc. Nous : verrons, même en parlant des verbes réfléchis, comment le pronom i>e, maintenu là où il était nécessaire, s'est en outre