PRONOMS PERSONKELS ET PRONOMS REFLECHIS
adjoint à une foule de verbes (Voir aux verbes pronominaux). La forme soi a au contraire cédé dans bien des cas. A mesure qu'on avance, on voit ses emplois se restreindre; depuis le xvii® siècle, elle va se perdant. On peut aujourd'hui l'employer encore dans bien des cas, comme nous le verrons ; elle est même parfois obligatoire, et cependant la langue courante la laisse tomber en désuétude.
I. Soiy de sa nature, était des deux nombres, et on le trouve au pluriel représentant des choses et des personnes. Ex. :
Tant de profanations que les armes traînent après soi. (Massillon, L.)
Mais dès le xvi^ siècle, on préfère employer eux ou elles. Exemple : D'oîi vient que les hommes ont si grant soin do leur réputation, sinon de quelque honte qu'ils ont engravee en eux. (Calvin, I, 15, 6.) Aujourd'hui on dit couramment : les regrets que dépareilles fautes entraînent après elles.
IL Au singulier soi pouvait toujours s'employer, qu'il s'agît d'une chose ou d'une personne, déterminée ou indéterminée.
A. Aujourd'hui, s'il s'agit d'une chose, on peut encore se servir du réfléchi. On dira, et très correctement : L'aimant attire le fer à soi. Il faut même reconnaître avec les grammairiens que soi est ici plus clair et plus commode que lui. Il n'en est pas moins vrai qu'on dit également et tout aussi bien : Le journalisme attire à lui tant de bons esprits. — Tant de maux que la guerre entraîne après elle. On trouvait déjà dans Molière (Don Juan, III, 1) : toîit cela s'est bâti de lui-même.
B. S'il s'agit d'une personne, l'usage diffère, suivant que le suiet est délcrr.'iné ou indéterminé.
1. Quand le sujet est déterminé, on remplace aujourd'hui presque toujours le réfléchi par le pronom personnel. Il y a même des grammairiens qui prétendent que le réfléchi S3rait incorrect en pareil cas, sauf si le nom déterminé désigne un genre, une espèce. D'après cette règle on peut donc dire : L'égoïste ne vit que pour soi; aussi bien que : l'égoïste ne vit que pour lui. On ne pourrait pas dire : Il a toujours de l'argent sur soi.
Les grammairiens, sur ce point, n'ont fait qu'enregistrer l'usage qui, en effet, ici comme ailleurs, s'est décidément prononcé en faveur du pronom personnel au détriment du réfléchi. Toutefois il faut observer que cette tendance est toute moderne. Même quand le sujet déterminé était pris dans un sens individuel, qu'il désignait une personne particulière et non une espèce, il était d'usage au xvii'' siècle et même encore au xviii*' d'employer le réfléchi soi. Ex. :
M. de Biron..,, avoit si bonne opinion de soy.
(D'Aub., I, 160.) La reine à vos désirs s'offre soi-même aussi.
(Rotrou, r Heureux Naufrage, IV, 5, 226.) Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.
(Corn., Pol, 912.) Mon voisin Léopard Va sur soi seulement,
(La Font., Fa6.,IX, 3.) Je vous dis que mon fils n'a rien fait de plus sage Qu'en recueillant chez soi ce dévot personnage.
(Mol., Tart.,ly 1.)
2. Si le sujet est indéterminé, que ce soit par exemple un des indéfinis on, chacun, etc., le réfléchi est encore de rigueur. Ex. :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
C'est le dernier cas où l'emploi du pronom réfléchi soi