‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 165 sur 320 · IV · texte numérisé non relu

IV

Assegiez sui en la maison des champs : Mi bon ami, venez lever le siège.

Néanmoins le changement se fit rapidement, et dans le manuscrit des œuvres de Joinville qui est de cette époque on a remarqué que partout pour ainsi dire, mis, tlSy sis sont remplacés par m^oUy ton, son, au pluriel ini, ti, si par mes y tes y ses.

A ce changement, en quelque façon normal, il en faut ajouter un autre tout particulier. On sait qu'on a cessé d'accorder en genre les possessifs qui précèdent des noms féminins commençant par une voyelle ou un h non aspiré.

Il n'en était pas ainsi dans l'ancienne langue. Ma, ta, sa s'employaient devant ces mots comme devant les autres, mais pour éviter l'hiatus avec une voyelle on élidait l'a final du possessif. On disait m^atuie, ra'am>our. Ex. :

Tenez m'espée, meillur n'en ad nuls hum. [Rol.y 620.)

(Tenez mon épée, meilleure n'en a nul homme.)

Cis abbes de Cheminon si me donna m'escharpe et mon bourdon. (Joinv., XXVII.)

(Cet abbé de Cheminon me donna mon écharpe et mon bourdon.)

En Dieu ot (eut) moût grant fiance (confiance) dès s enfance jusques à la mort. (Joinv., XIV.)

Et encore au xiv^ siècle :

Adieu m' amour, adieu Troye en Champaigne. (Eust. Desch., IV, 99.)

Mais, dès le xii® siècle, on trouve le féminin remplacé en pareil cas par le masculin, et au xiv® siècle ce singulier solécisme devient fréquent. Ex. :

Page 1