‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 167 sur 320 · VII · texte numérisé non relu

VII

S20 FORMES ET SYi^TAXE.

La langue, en distinguant les cas oii il faut employer le possessif, y a gagné de pouvoir rendre un certain nombre de nuances. Je souffre de mon bras ne signifie pas la mémo chose que^e souffre du bras; mon bras ici c'est le bras 4^1 me fait mal d'habitude, qui est souvent malade, etc.

2. En revanche ce n'est point un progrès qui a amené à interdire l'emploi des possessifs dans certains cas où ils se rapportent à des choses. Ainsi correctement on ne doit pas dire : Cette affaire s'est terminée par un arrangement^ c'était sa conclusion naturelle. La grammaire exige qu'on dise : c'en était la conclusion naturelle. On ne peut pas dire non plus : Elevé dans lainontagne^je connais toutes ses ressources. Chaque fois que l'objet possédé est l'attribut du verbe être ou le régime direct d'un verbe actif, on doit remplacer le possessif par l'article et le pronom en.

Cette règle est trop étroite. Il est évident que la même analogie qui pousse les pronoms personnels à s'employer en parlant des choses amène les adjectifs possessifs à se rapporter non seulement à des personnes ou à des personnifications, mais à des êtres quelconques, voire même à des objets inanimés. Sinon il faudrait condamner des phrases comme celles-ci :

Vart vit de V esprit; le tnatérialisme est sa mort. (Lamennais, dansAyer.)

La patience est amère, mais son fruit est doux. (J.-J. Rousseau, ib.)

Combien ceux qui ont cru anéantir le christianisme, en allumant des bûchers, ont méconnu son esprit. (Chat., ib.)

PRONOMS DEMONSTRATIFS. ";21

m. Pronoms démonstratifs,

I290. Origine des pronoms démonstratifs. — Le latin avait quatre pronoms démonstratifs, trois d'entre eux ont survécu, savoir : hic (celui-ci, ici, près de moi), iste (celuilà, là, près de toi), ille (celui-là, là, près de lui).

Le neutre singulier hoc, du pronom /lie, avait donné o, qui signifiait : ceci, forme maintenant éteinte, qui n'a laissé de trace que dans la locution o-il, aujourd'hui oui et dans avec = apud-hoc. Ipse avait donné es (en es le pas =■ sur le champ) ; ist de iste se trouve dans les Serments et ailleurs encore. Toutefois la langue ne s'est pas contentée de ces formes simples.

S7t. Formes de ces pronoms. — D'une façon générale, les pronoms dont nous venons de parler subirent un renforcement. Pour marquer plus nettement en eux l'idée démonstrative on leur ajouta une particule adverbiale; seulement, au lieu de la mettre à la suite des pronoms, comme on le fera plus tard en français, on la plaça devant eux, suivant le génie de la langue latine. Cette particule était ecce, qui proprement signifie voici. On eut donc des pronoms démonstratifs populaires : ecce-hic, ecce-iste, ecceille réduits par contraction à eccic, ecciste, eccille. (Beaucoup pensent que, outre ce premier changement, les deux derniers pronoms devinrent par analogie eccistic, eccillic.)

Ecce hic, comme le simple hic, n'a fourni qu'une seule forme, du singulier et du neutre, correspondant à ecce hoc. C'est iceo, ceo, ço, ce.

Quant aux pronoms ecce iste et ecce ille, voici leur déclinaison :

MASCULIN Latin. Français. Latin.

Sujet . . . ecciste, icist, cist, cis, eccista,

Rég. dir. . eccistum, icest, cest, cet, ce, eccislam,)

Rég. indir. eccistui, icestui, cesluij cesti, eccistei, icest et, cestei, cesH.

FÉMINIIf

Français.

iceste^ ceste, cette.

PLURIEL

Sujet , . . eccisti, icist, cist, Régime . . eccistos, icez, cez, ces,

{eccistas, ice8tes,ceste8,ces,ces

SINGULIER

MASCULIN FÉMININ

Latin. Français. Latin. Français.

Sujet . . . écaille, icil, cil, eccilla, ) icele, celé, Rég. (lir. . eccillum, icel, cel, eccillam,] celle, Rég. indir. eccillui, icelui, ce- eccillei, icelei, celui, celi, lei, celt.

NEUTRE Latin. Français

eccillud, icel, cel.

PLURIEL

Sujet. . . eccilli, icil, cil, eccillas, iceles, ce- Régime. . eccillos, icels , cels , les, celles, cens. ceux.

Il suffit de jeter les yeux sur ce tableau pour apercevoir les changements considérables que les pronoms démonstratifs ont subis dans leur forme.

1' Presque dès l'origine, le neutre singulier cel a disparu ; on en a peu d'exemples, car de bonne heure il a été remplacé par ço, ce.

2° La chute de la déclinaison a réduit le nombre des formes, ici comme ailleurs, toutefois la transformation ne s'est pas accomplie avec régularité. Seul des deux, le pronom cet a perdu immédiatement son sujet cist qui, dès le xiv* siècle, a fait pJace à cestui, cel. Le pronom celui, au contraire, a conservé beaucoup plus longtemps le sien. Cil est demeuré à côté de celui et de cet; ce n'était plus spécialement un cas-sujet, c'était une forme du pronom, employée tantôt comme sujet, tantôt comme régime. Ex. ;

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